Cornelius a Lapide, S.J.
Préliminaires
Table des matières
COMMENTAIRES SUR LA SAINTE ÉCRITURE Par le Révérend Père Cornelius a Lapide, de la Compagnie de Jésus, jadis professeur de Sainte Écriture à Louvain, puis à Rome, soigneusement révisés et illustrés de notes par Augustin Crampon, prêtre du diocèse d'Amiens. TOME PREMIER Contenant l'exposition littérale et morale du Pentateuque de Moïse, la Genèse et l'Exode PARIS Chez Louis Vivès, libraire-éditeur, 13, rue dite Delambre, 13. 1891
AU TRÈS RÉVÉREND ET TRÈS ILLUSTRE SEIGNEUR
HENRI FRANÇOIS VAN DER BURCH,
ARCHEVÊQUE ET DUC DE CAMBRAI,
PRINCE DU SAINT-EMPIRE ROMAIN, COMTE DE CAMBRAI.
Il advint à propos, par une disposition de la Providence divine, Très Illustre Seigneur, qu'au moment même où vous étiez inauguré comme archevêque et prince du Saint-Empire Romain à Cambrai, ce Moïse qui est mien — destiné à vous dès sa première conception et à vous redevable à bien des titres — fût mis au jour.
Tous savent combien étroite fut entre nous, depuis de longues années, l'union des âmes, lien qu'une sympathie de nature, des affections communes et des études semblables avaient d'abord noué, que la familiarité accrut, et que la grâce de Dieu confirma et perfectionna dans le cours presque identique de nos deux vies. C'est pourquoi, appelé par vous de Malines à l'Église métropolitaine dont vous étiez le doyen — en qualité de confesseur pour les fêtes les plus solennelles de l'année —, j'usai librement et généreusement de votre hospitalité et de votre table durant de longues années, jusqu'à ce que notre Compagnie eût établi dans cette ville un noviciat et un collège.
Mais ce que saint Jean-Baptiste dit du Christ — « Il faut qu'il croisse et que moi, je diminue » —, je l'ai pressenti depuis longtemps au sujet de Votre Très Illustre Seigneurie et de moi-même, bien que je ne sois pas prophète ; et nous voyons tous que cela s'est accompli, et nous nous en réjouissons.
En effet, à qui ce Moïse pourrait-il plus justement appartenir qu'à Votre Très Illustre Seigneurie, qui présidez au peuple de Dieu en tant que duc ecclésiastique et séculier tout à la fois, en tant qu'évêque et prince — de même que Moïse forma, gouverna et dirigea l'Église des Hébreux non moins que leur République, et les conduisit hors d'Égypte à travers des déserts sans chemin et devant d'innombrables ennemis, sains et saufs, et même victorieux, jusqu'à la terre promise ? Car il institua et gouverna l'Église par les préceptes cérémoniels du Décalogue reçus de Dieu, la République par les préceptes judiciaires, et l'une et l'autre par les préceptes moraux. En Moïse donc, de même qu'en Melchisédech, Abraham, Isaac, Jacob et les autres anciens patriarches, les deux pouvoirs suprêmes — à savoir celui du prince et celui du prêtre — se trouvaient réunis, en sorte qu'il administrait les affaires civiles comme une sorte de prince, et les affaires sacrées comme une sorte de prêtre, pontife et hiérarque ; jusqu'à ce qu'il eût transféré l'une de ces charges, à savoir le sacerdoce, à son frère Aaron, et l'eût consacré Grand Prêtre. Moïse fut donc un pasteur — d'abord de brebis, puis d'hommes, qu'il délivra de Pharaon avec son bâton pastoral, instrument de tant de miracles, et qu'il gouverna par les lois très saintes des deux fors, ecclésiastique et civil ; car un roi et un prince ne doit pas moins être pasteur qu'un prêtre et un pontife.
Homère appelle le roi pasteur des peuples, parce qu'il doit les paître, comme un berger paît ses brebis, et non les tondre.
Soyez donc, Très Illustre Seigneur, notre Moïse des Pays-Bas ; contemplez ce Moïse qui est nôtre, et, comme vous le faites déjà, exprimez-le de plus en plus dans votre vie et votre conduite — ainsi vous conduirez le peuple de Dieu non pas vers la terre des Cananéens promise aux Juifs, mais vers la terre des vivants et de ceux qui triomphent dans le ciel ; bien plus, vous les y amènerez jusqu'au bout, ce que Moïse lui-même ne put accomplir.
Saint Basile fut le Moïse de son siècle, dit son égal, le bienheureux Grégoire de Nazianze, dans son Discours à la louange de saint Basile, et c'est de Moïse lui-même qu'il apprit à agir comme Moïse. Saint Basile le reconnaît lui-même dans sa lettre 140 à Libanius le Sophiste : « Nous conversons en effet, dit-il, ô homme illustre, avec Moïse et Élie et de semblables bienheureux, qui nous transmettent leur enseignement en une langue étrangère ; et ce que nous avons entendu d'eux, nous le redisons — vrai quant au sens, quoique rude quant aux mots. » Combien saint Basile usa son Moïse, l'Hexaméron seul le montre — ces ouvrages qu'il composa avec tant de labeur en commentaire sur la Genèse de Moïse que saint Ambroise les traduisit, et offrit aux oreilles latines, dans son traité De l'œuvre des six jours, moins son propre ouvrage que celui de saint Basile.
Rufin atteste que saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, après avoir étudié l'éloquence et la philosophie à Athènes, consacrèrent treize années à lire et à méditer Moïse et les Saintes Écritures. Tous savent, Très Illustre Seigneur, combien vous vous délectez de Moïse et de la Sainte Écriture, avec quelle application, lorsque vos occupations le permettent, vous avez coutume de la lire, de la parcourir et de la scruter. Vous vous souvenez combien notre conversation à table, lorsque j'étais l'hôte de votre hospitalité, avait coutume de s'y consacrer ; vous vous souvenez qu'en un seul repas nous lisions ensemble dix ou douze chapitres de la Genèse, et que vous me posiez alors maintes questions difficiles à leur sujet, que je résolvais séance tenante autant que la mémoire le permettait — mais dans cet ouvrage vous les verrez tirées depuis le commencement même, examinées longuement, expliquées intégralement et traitées en un fil continu.
Moïse naquit de la noble lignée des patriarches, et fut arrière-petit-fils d'Abraham. Car Abraham engendra Isaac, Isaac Jacob, Jacob Lévi, Lévi Caath, Caath Amram, et Amram Moïse.
Saint Basile aussi descendait de parents illustres par la piété non moins que par la naissance — Basile et Emmélie —, et sa mère suivit son fils jusque dans sa retraite au désert. Votre lignage, Très Illustre Seigneur, remarquable par la vertu non moins que par le sang, est tenu en haute estime par vos concitoyens. Votre aïeul fut président du Conseil de Flandre, et il s'acquitta de cette charge avec grand honneur personnel et à la satisfaction de la République. Votre père, homme du plus haut jugement et de la plus grande habileté, fut d'abord président du grand Parlement de Malines, puis du Conseil privé ; il demeura ferme et inébranlable dans la fidélité à son prince au milieu des étonnantes et douloureuses agitations et tempêtes de ces Pays-Bas, et pour cette raison il fut très cher au roi catholique Philippe II, de glorieuse mémoire. Et bien qu'il eût exercé ces très hautes charges et ces très hautes fonctions durant de longues années, au cours desquelles il aurait pu amasser d'immenses richesses, il n'accrut pas la fortune familiale, toujours attentif au bien public, au point de paraître négliger ses propres affaires privées.
La même chose fut accomplie par cet illustre chancelier d'Angleterre et martyr, le bienheureux Thomas More, qui, ayant passé cinquante ans dans la vie publique et exercé les plus hautes magistratures, n'augmenta pourtant pas son revenu annuel jusqu'à soixante-dix pièces d'or. Bien au contraire, votre père diminua son propre patrimoine et subit de graves pertes de fortune, précisément parce qu'il demeura fidèle et ferme dans sa loyauté envers son prince. Car en l'an 1572, lorsque les hérétiques s'emparèrent de Malines par surprise, il fut jeté dans une prison infamante, soumis à bien des vexations, et souffrit aussi une grave perte de fortune ; et si le duc d'Albe n'était survenu soudainement avec son armée, il était déjà destiné à la mort. Puis en l'an 1580, lorsque la même ville fut de nouveau occupée par les hérétiques, sa maison fut pillée une seconde fois, tous ses biens furent dérobés, et de surcroît il fut contraint de payer plusieurs milliers de florins pour racheter son épouse, qui n'avait pu se mettre en sûreté par la fuite.
Moïse ne s'élança pas d'un coup au pouvoir, mais monta au commandement par degrés. Durant les quarante premières années, il fut élevé à la cour de Pharaon dans toute la sagesse des Égyptiens, et apprit à traiter avec les grands. Durant les quarante années suivantes, paissant ses brebis, il se donna à la contemplation ; puis, étant âgé de quatre-vingts ans, il assuma le pastorat et la conduite du peuple. Saint Basile fit de même, dont saint Grégoire de Nazianze dit : « Après avoir d'abord lu assidûment les livres sacrés et en être devenu l'interprète, il fut ordonné prêtre par Hermogène, évêque de Césarée », etc.
De semblable manière, saint Cyprien loue saint Corneille, évêque de Rome, au livre IV, lettre 2 à Antonianus : « Cet homme (Corneille), dit-il, ne parvint pas tout d'un coup à l'épiscopat, mais, promu à travers toutes les charges de l'Église et ayant souvent bien mérité du Seigneur dans les ministères divins, il monta au sommet sublime du sacerdoce par tous les degrés de la vie religieuse. Ensuite, il ne sollicita pas l'épiscopat lui-même, ni ne le désira, ni ne s'en empara comme d'autres qui sont enflés par l'enflure de leur arrogance et de leur orgueil ; mais paisible et modeste, et tel qu'ont coutume d'être ceux qui sont divinement choisis pour cette place, par la pudeur de sa conscience virginale et par l'humilité de la réserve qui lui était innée et soigneusement gardée, il ne fit pas violence, comme certains, pour devenir évêque, mais souffrit lui-même la violence pour accepter l'épiscopat. »
N'est-ce pas par ces mêmes paroles dont il peint Corneille que saint Cyprien peint aussi votre personne, Très Illustre Seigneur, et vos mœurs sans tache ? Vous avez monté degré par degré jusqu'au sommet du sacerdoce. D'abord vous avez rempli les fonctions de chanoine et de prêtre — non dans l'oisiveté et l'inaction, mais en formant religieusement votre maison, en vous adonnant à l'audition des confessions, en vous appliquant à l'étude, en assistant sans interruption à la psalmodie, en aidant les indigents par vos conseils non moins que par vos aumônes, et en persévérant dans les œuvres d'hospitalité et de miséricorde. Cette vie innocente et pure, aussi pleine de charité et de zèle que de vertu, attira les suffrages de tous, en sorte qu'ils vous élurent doyen de l'Église métropolitaine de Malines — et ce que vous y avez accompli, le chœur et le clergé de Malines, qui sont un miroir de vertu et de religion pour tous les Pays-Bas, le proclament encore sans que j'aie besoin de parler. Bientôt vous fûtes nommé vicaire général par le Très Illustre Archevêque de Malines ; dans cette charge vous avez embrassé du regard et administré toute la pratique du gouvernement ecclésiastique avec tant de fidélité, de diligence, de grâce et d'habileté que partout vous avez restauré, accru et affermi la discipline ecclésiastique — disciple digne d'un si grand maître. Et en cela il fut particulièrement remarquable que vous vous êtes acquitté de l'une et l'autre charge avec une telle exactitude que jamais le chœur ne regretta l'absence de son doyen, ni le diocèse celle de son vicaire. Vous étiez toujours le premier au chœur, même au cœur de l'hiver, par le froid le plus rigoureux, même lorsque vous rentriez épuisé d'une visite pastorale au-dehors, n'accordant à votre corps aucun repos. Par ce degré vous fûtes appelé à l'épiscopat de Gand par notre Très Sérénissime Archiduc, qui, dans le choix des prélats, exerce un jugement pénétrant et singulier, ne concédant rien à la faveur ni au sang, mais tout à la vertu — charge dans laquelle vous vous êtes si bien recommandé à lui et à tous les Pays-Bas que désormais vous n'êtes plus simplement invité à l'archevêché, mais presque contraint de l'accepter.
Moïse, appelé par Dieu au commandement une troisième et une quatrième fois, refusa, s'excusant jusqu'à provoquer la colère de Dieu, repoussant l'honneur et le fardeau tout ensemble. Il dit en Exode IV : « Je vous en supplie, Seigneur, je ne suis pas éloquent, ni d'hier, ni d'avant-hier, ni depuis que vous parlez à votre serviteur ; mais j'ai la bouche et la langue embarrassées : je vous en supplie, Seigneur, envoyez celui que vous devez envoyer. » Saint Basile pareillement fuit l'épiscopat de Néocésarée, comme il l'écrit lui-même dans l'Épître 164. De même, après avoir fidèlement assisté son ami Eusèbe, évêque de Césarée, dans sa maladie jusqu'à la mort, une fois Eusèbe décédé, Basile se cacha aussitôt ; découvert, il feignit la maladie ; et c'est malgré lui, avec une grande résistance, qu'il fut fait évêque.
Lorsque vous exerciez la charge de vicaire, vous avez voulu secouer le fardeau, vous retirer, et vivre pour vous-même et pour Dieu ; et vous l'auriez effectivement accompli, si notre Révérend Père Provincial — jadis votre maître en philosophie — ne vous avait détourné de cette résolution et ne vous avait persuadé de courber de nouveau le cou sous ce pieux fardeau.
En outre, lorsque Son Altesse Très Sérénissime l'Archiduc songeait à vous transférer de l'épiscopat de Gand et vous avait nommé archevêque de Cambrai, grand Dieu ! quel chagrin vous ressentîtes, combien longtemps vous résistâtes, combien d'échappatoires vous cherchâtes — et ce n'est que poussé et contraint par les instances importunes de beaucoup, par des menaces et presque par la force, de peur de paraître résister à Dieu qui vous appelait par tant de signes, que vous acceptâtes enfin la charge à contrecœur.
La même chose fut faite, au siècle précédent, à l'admiration du monde entier, par Jean Fisher, évêque de Rochester, illustre martyr d'Angleterre, qui fut élevé à l'épiscopat de Rochester en raison de son incomparable savoir et de l'innocence de sa vie. Et comme ce bénéfice parut ensuite trop modeste pour les mérites d'un si grand homme, et que Henri VIII voulut le promouvoir à quelque chose de plus grand, on ne put jamais l'amener à abandonner sa propre épouse — modeste certes, mais la première par la vocation de Dieu, et cultivée de son mieux par les travaux de longues années — en échange de quelque siège plus riche que ce fût. Il ajoutait ceci : « qu'il s'estimerait très heureux s'il pouvait au moins rendre un compte exact, au jour du Seigneur, de ce petit troupeau qui lui était confié et des émoluments non particulièrement considérables qu'il en avait reçus ; puisqu'un compte plus rigoureux sera alors exigé, tant des âmes bien soignées que des deniers bien dépensés, que les mortels ne le pensent ou ne s'en soucient généralement. »
La Sainte Écriture décerne à Moïse cet éloge : qu'il fut le plus doux de tous les mortels. Saint Basile, le Moïse chrétien, vainquit ses adversaires par sa constante bonté, comme l'écrit de lui saint Grégoire de Nazianze.
Votre courtoisie, Très Illustre Seigneur, est admirée de tous — cette courtoisie avec laquelle vous accueillez chacun avec affabilité, le saluez avec honneur, et montrez à tous un visage serein, une parole empressée et un esprit généreux. Par ce moyen vous avez attiré à votre amour les cœurs des Gantois, supprimé les scandales, restauré la discipline ecclésiastique, corrigé ou éloigné les curés de vie dissolue, en sorte qu'un nouvel éclat — une gloire même — resplendit sur toute la Belgique comme un rayon nouveau émané de l'Église de Gand. Car de même que la Belgique est le joyau du monde, ainsi Gand est le joyau de la Flandre et de la Belgique, illustre entre autres choses comme lieu de naissance de Charles Quint, l'invincible empereur. De là ces voix murmurées par le peuple lorsque vous passez dans les rues : « Voici, un ange passe. Voici notre ange. » Cette très sage providence de Dieu qui gouverne divinement le monde entier, comme l'atteste le Sage, « atteint d'une extrémité à l'autre avec force, et dispose toutes choses avec douceur ». Cette providence, vous l'imitez : par la douceur vous amollissez et pénétrez les difficultés, par la force vous les surmontez. Et ainsi tout ce que vous vous proposez, vous l'accomplissez heureusement et le menez à son terme. Qu'à bon droit votre devise soit donc : Avec douceur et avec force.
Moïse portait un amour maternel envers son peuple au cœur endurci, et il l'aima au point de demander à être effacé du livre de vie. C'est pourquoi, comme une nourrice, il nourrit ce peuple pendant quarante ans au désert d'un pain céleste — à savoir la manne ; et il travailla plus encore à embraser leurs âmes de la crainte et de l'amour de Dieu, comme il appert de tout le Deutéronome. Rufin rapporte le zèle et les bienfaits de saint Basile envers son peuple, au livre II, chapitre IX : « Basile, dit-il, parcourant les villes et les campagnes du Pont, commença à réveiller par ses paroles les esprits nonchalants de ce peuple — peu soucieux de leur espérance future — et à les enflammer par sa prédication, et à effacer d'eux l'endurcissement d'une longue négligence. Il les amena, mettant de côté leurs vains soucis du monde, à se connaître eux-mêmes, à se rassembler, à construire des monastères ; il leur enseigna à se consacrer aux psaumes, aux hymnes et aux prières, à prendre soin des pauvres, à fonder des maisons religieuses pour les vierges, et à rendre la vie chaste et pure presque désirable pour tous. Ainsi en peu de temps la face de toute la province fut transformée. »
Tandis que saint Basile prêchait, saint Éphrem vit une colombe lui souffler le sermon à l'oreille — une colombe, dis-je, qui est le signe et le hiéroglyphe du Saint-Esprit, comme l'atteste Grégoire de Nysse. Considérez donc quelle fut sa prédication, et combien zélée et fervente ! Saint Grégoire de Nazianze atteste qu'une famine publique fut soulagée par les efforts de saint Basile : « Il nourrit tout le monde, dit-il ; mais de quelle manière ? Écoutez. En ouvrant par son discours et ses exhortations les greniers des riches, il fit ce que dit l'Écriture : Il rompt le pain pour les affamés, rassasie les pauvres de pains, les nourrit dans la famine, et remplit de biens les âmes affamées. Mais comment exactement ? Ayant rassemblé les affamés en un seul lieu — certains rendant à peine le souffle — hommes, femmes, petits enfants, vieillards, tout âge digne de pitié : recueillant toute sorte de nourriture propre à chasser la faim, plaçant devant eux des marmites pleines de potage ; puis, imitant le service du Christ, qui se ceignit d'un linge et ne répugna nullement à laver les pieds de ses disciples, tout en employant aussi le service de ses serviteurs ou de ses compagnons de service à cet effet, il prenait soin des corps et des âmes des pauvres. Tel était notre nouvel intendant et second Joseph, » etc. Mais Grégoire de Nysse, frère de Basile, ajoute qu'en ce temps-là saint Basile distribua aussi son propre patrimoine personnel aux pauvres.
Tous vos pasteurs, clercs et laïcs ensemble, proclament votre charité, votre sollicitude, votre zèle et vos services envers tous. Vous avez restauré de nombreuses églises, des domaines et des résidences épiscopales, et dans ces œuvres de charité et d'autres semblables vous avez dépensé non seulement les revenus de l'Église mais aussi votre propre patrimoine personnel. Tous les pauvres, les affligés et les accablés célèbrent votre charité ; la nature vous y porte et la grâce vous y pousse ; en vérité vous pouvez dire ces paroles du saint homme Job : « Dès mon enfance la compassion a grandi avec moi, et elle est sortie avec moi du sein de ma mère. »
Vous m'avez dit plus d'une fois — et j'ai constaté par expérience qu'il en est ainsi — que rien ne vous est plus agréable, rien ne vous procure plus de plaisir, que de visiter les hôpitaux et les demeures des pauvres et des malheureux, de les consoler, de les secourir par des aumônes, et de les réconforter par tout office de miséricorde. Les habitants du Hainaut et de Mons en ont fait l'expérience cette année même. Car lorsqu'ils étaient frappés d'une très cruelle peste, qui emporta plusieurs milliers d'entre eux, et qu'il ne restait aucun remède pour arrêter le fléau, vous leur envoyâtes les reliques — le corps de saint Macaire, jadis archevêque d'Antioche en Arménie — et dès qu'il fut introduit dans la ville, la pestilence, comme repoussée du ciel, commença à reculer et à diminuer, et ne cessa de décroître jusqu'à son entière extinction. Tous les habitants de Mons le reconnaissent et le célèbrent publiquement, et en action de grâces ils érigèrent un reliquaire d'argent pour saint Macaire à grands frais.
Moïse institua les Naziréens et leur dicta des lois au livre des Nombres, chapitre V. Saint Basile, le Moïse des cénobites, suscita des monastères dans tout l'Orient et leur prescrivit des constitutions monastiques. Les hérétiques l'attaquèrent pour ce motif, comme s'il s'était révélé inventeur de nouveautés ; il leur répondit dans l'Épître 63 : « On nous accuse, dit-il, aussi de ce genre de vie, parce que nous avons des hommes qui sont des moines adonnés à la piété, qui ont renoncé au monde et à tous les soucis du siècle, que le Seigneur a comparés aux épines qui empêchent la fécondité de la parole ; de tels hommes portent dans leur corps la mortification de Jésus, et chacun, ayant pris sa propre croix, suit le Seigneur. Pour ma part, je consacrerais ma vie entière à ce que l'on me reproche ces crimes, et à avoir auprès de moi des hommes qui, sous ma direction, ont jusqu'ici embrassé cette étude de la piété, » etc. Il ajoute ensuite que l'Égypte, la Palestine et la Mésopotamie sont remplies de ceux qui suivent cette Philosophie chrétienne ; et que même les femmes, rivales du même zèle, sont heureusement parvenues à une règle de vie égale. Puisque ce sublime genre de vie commençait déjà à prendre racine parmi les siens, il exprima le désir qu'il se répandît le plus largement possible ; et envier cette entreprise, déclare-t-il dans les paroles qui suivent, n'est rien d'autre que d'avoir surpassé le diable lui-même en malice : « Ceci je vous l'affirme et vous le confirme : ce que le père du mensonge, Satan, n'a pas osé dire jusqu'à présent, des cœurs téméraires le disent maintenant sans cesse et avec une licence absolue, sans être retenus par aucun frein de modération. » D'après ces paroles, considérez ce qu'il faut penser des hérétiques et des chrétiens corrompus qui sont ennemis des religieux.
Vous, Très Illustre Seigneur, vous n'êtes pas religieux par profession formelle ni par appartenance à une maison religieuse ; mais, ce qui est plus ardu, vous vivez une vie religieuse dans le siècle. Votre maison, votre famille sont si bien ordonnées, si religieuses, qu'elles semblent être un monastère. D'où cela vient-il ? Assurément de ce que la parole de Grégoire de Nazianze sur saint Basile — « la vie de Basile était pour tous une règle de vie » — s'applique également à vous. Vous êtes un ami de notre Compagnie et de tous les religieux qui sont véritablement religieux, et surtout de ceux qui ne vivent pas pour eux seuls mais aussi pour les autres, et consacrent leurs efforts à diriger les âmes vers le salut.
Les monastères de femmes de tout l'archevêché de Malines autrefois, et maintenant du diocèse de Gand, ont été si souvent visités, réformés, édifiés et dirigés par vous avec de saintes ordonnances, que toutes vous regardent comme un père, vous aiment et reposent leur confiance en vous.
Moïse résista à Pharaon et à ses magiciens avec une constance admirable ; il soutint, vainquit et soumit de toutes parts les ennemis du peuple de Dieu. Saint Basile vainquit et abattit Julien, l'empereur apostat : car c'est ainsi que Damascène écrit d'après Helladius, dans son premier Discours sur les images : « Basile, dit-il, le pieux, se tenait devant l'image de Notre-Dame, sur laquelle était aussi représentée la figure de Mercure, le célèbre martyr, et se tenait là en prière pour que l'impie apostat Julien fût supprimé. Et de cette image même il apprit ce qui allait advenir. Car il vit le martyr d'abord obscur et indistinct, mais peu après tenant une lance ensanglantée. »
En outre, combien glorieux furent les combats de saint Basile contre Valens et les ariens ! Modestus, le préfet de Valens, comme l'atteste Grégoire de Nazianze, pressait Basile de suivre la religion de l'empereur. Il refusa. Alors le préfet dit : « Nous qui donnons ces ordres — que vous semblons-nous, en fin de compte ? » — « Rien du tout, dit Basile, tant que vous commandez de telles choses ; car le christianisme se distingue non par le rang des personnes, mais par l'intégrité de la foi. » Alors le préfet, enflammé de colère et se levant : « Quoi, dit-il, ne craignez-vous pas cette puissance ? » — « Et pourquoi la craindrais-je ? dit Basile ; qu'arrivera-t-il ? que souffrirai-je ? » — « Que souffrirez-vous ? répliqua le préfet. L'une des nombreuses choses qui sont en mon pouvoir. » — « Et quelles sont-elles ? ajouta Basile : faites-nous les connaître. » — « La confiscation des biens, dit-il, l'exil, la torture, la mort. » Alors Basile : « Si vous avez autre chose, menacez-m'en ; car de celles que vous venez de nommer, aucune ne nous atteint. » — « Comment cela ? dit le préfet. » — « Parce que, dit Basile, un homme qui ne possède rien n'est pas sujet à la confiscation des biens — à moins peut-être que vous n'ayez besoin de ces haillons déchirés et usés qui sont les miens, et de ces quelques livres, en quoi consistent toute ma fortune et toutes mes ressources. Quant à l'exil, je ne le connais pas, car je ne suis lié à aucun lieu particulier ; je n'appelle pas même mienne cette terre que j'habite à présent, et en quelque lieu qu'on me jette, je le tiens pour mien ; ou plutôt, pour parler plus justement, je sais que toute la terre est à Dieu, dont je suis un étranger et un pèlerin. » Écoutez des paroles plus grandes et un plus grand courage. « Quant aux tortures, que puis-je recevoir, moi qui suis privé de substance corporelle ? — à moins peut-être que vous ne parliez du premier coup : car de celui-là seul la décision et le pouvoir vous appartiennent. La mort, au surplus, sera un bienfait pour moi : elle m'enverra plus vite vers Dieu, pour qui je vis et à qui je consacre mon ministère, dont j'ai déjà en grande partie subi la mort, et vers qui je me hâte depuis longtemps. Le feu et le glaive, les bêtes sauvages et les ongles déchirant la chair, sont pour nous un plaisir et une délice plutôt qu'une terreur. Accablez-nous donc d'outrages, menacez, faites tout ce qui vous plaît, jouissez de votre puissance ; que l'empereur même l'entende — vous ne nous vaincrez assurément jamais, ni n'obtiendrez que nous consentions à une doctrine impie, même si vous nous menaciez de choses plus atroces encore. »
Brisé par cette audace, le préfet alla trouver l'empereur et dit : « Nous avons été vaincus par l'évêque de cette Église ; il est supérieur aux menaces, plus ferme dans l'argumentation, plus fort que les paroles flatteuses. C'est quelqu'un de plus timide qu'il faut essayer. » C'est pourquoi Cyrus Théodore se moqua à juste titre de ce préfet — qui plus tard, étant malade, fut contraint d'implorer le secours de Basile — par ces vers :
Tu es préfet sur tous les autres hommes, Modestus,
mais sous Basile le Grand tu prends ta place.
Tu as beau désirer commander, tu te soumets ;
tu es une fourmi, quoique tu rugisses comme un lion.
Théodoret, au livre IV, chapitre 17, ajoute ceci : Il y avait aussi présent, dit-il, un certain homme nommé Démosthène, préfet de la cuisine impériale, qui, d'une manière tout à fait barbare, fit des remontrances à Basile, maître du monde entier. Mais saint Basile, souriant, dit : « Nous avons vu un Démosthène illettré. » Et comme cet homme, s'enflammant d'une plus grande colère, commençait à menacer, Basile dit : « Votre affaire est de veiller à l'assaisonnement des bouillons ; car puisque vos oreilles sont bouchées de saleté, vous ne pouvez entendre la doctrine sacrée. »
Votre constance dans la défense de la foi et de la discipline, Très Illustre Évêque, est célébrée partout ; car tous peuvent voir que vous ne cessez point jusqu'à ce que vous l'ayez affermie, et que vous ayez doucement ramené les rebelles sous le joug du Seigneur, si bien qu'ils s'étonnent eux-mêmes ensuite de s'être rendus et d'être si changés. Certains disent que vous possédez quelque charme magique d'attraction et d'enchantement, en ce que vous pouvez persuader quiconque de quoi que ce soit, et ne cessez pas jusqu'à ce que vous ayez attiré qui que ce soit à votre sentiment — c'est-à-dire ramené à la raison. Vous avez avalé bien des choses dures dans cette œuvre ; vous en avalerez de plus dures encore, mais Dieu sera présent et vous donnera de les surmonter.
Moïse, partant rejoindre ses pères, laissa un immense regret de lui-même parmi le peuple — « et les enfants d'Israël le pleurèrent dans les plaines de Moab durant trente jours. »
À la mort et aux funérailles de saint Basile, saint Grégoire de Nazianze écrit qu'il y eut un tel concours de personnes en deuil — même de Juifs et de païens — que plusieurs furent écrasés et tués dans la foule.
Quelle douleur ressentent vos Gantois à votre départ, le pleurant comme la mort d'un père, toute la ville en parle. Par les carrefours ces voix se font entendre : « Hélas ! nous n'étions pas dignes d'un si grand homme ; nos péchés nous enlèvent cet évêque. Nous tenons cela pour un grand fléau de Dieu. Notre ange s'en va — qui nous gardera ? qui nous guidera ? » D'un autre côté, aussi grand qu'est le deuil des Gantois qui vous perdent, aussi grande est l'allégresse des Cambrésiens qui vous reçoivent ; le pays de Mons se réjouit, Valenciennes exulte, Cambrai pousse des cris de joie.
Une grande moisson se lève ici devant vous, à moissonner avec un grand labeur : près de huit cents paroisses à administrer ; combien de milliers de fidèles à paître ? combien de milliers d'âmes à sauver ? Ici votre diligence sera aiguisée, votre charité excitée, votre zèle enflammé — surtout lorsque vous méditez, et méditez dès maintenant, cette parole de saint Grégoire de Nazianze : « Basile, par la seule Église de Césarée, éclaira le monde entier. »
Vous trouverez dans les Annales de l'Église de Cambrai — qui est très ancienne et parmi les premières de Belgique — que bon nombre de ses évêques ont été inscrits au catalogue des saints, chacun ayant brillé d'une sainteté admirable par sa vertu propre et sa pratique particulière.
Saint Vindicien consacra de grandes ressources et de grands efforts à la construction de lieux sacrés et à leur adaptation pour l'assemblée des fidèles : il érigea des monastères et des églises par-dessus tout.
Saint Lietbert, « évitait les injures avec la plus grande prudence, dit l'auteur de sa Vie, les supportait avec la plus grande égalité d'âme, et y mettait fin avec la plus grande promptitude ; il tenait l'amour de l'argent pour le poison le plus certain de toutes ses espérances ; il usait de ses amis pour rendre les bienfaits, de ses ennemis pour exercer la patience, et des autres pour cultiver la bienveillance. » Partant pour Jérusalem, il entraîna avec lui trois mille hommes, qui l'accompagnèrent en pèlerinage. Sa sainteté fut manifestée par un miracle : car ses cheveux blancs, après sa mort, retrouvèrent la couleur et la beauté de la vigueur juvénile.
Aubert brilla parmi les habitants de Cambrai et du Hainaut d'une humilité et d'une sainteté admirables. Sous son épiscopat le Hainaut commença à fleurir dans la foi chrétienne, avec de nombreux compagnons appelés en renfort, tels que saint Landelin, saint Ghislain, saint Vincent, comte de Hainaut, et sainte Waudru, épouse de Vincent. C'est pourquoi le roi Dagobert des Francs venait assez fréquemment recueillir les conseils de saint Aubert. Il brûlait d'un tel zèle pour convertir un seul pécheur qu'il se consumait presque dans les larmes et les pénitences. Il orna aussi les reliques des saints avec la plus grande décence.
Saint Géry, dès l'enfance, fut très fortement incliné vers les choses sacrées : il délivra miraculeusement un très grand nombre de prisonniers des cachots et des chaînes, grâce en laquelle il excella particulièrement. Il bâtit de nombreuses églises durant les trente-neuf années où il présida à son siège.
Saint Thierry lui fut presque égal, dont Hincmar, archevêque de Reims, exalte les vertus.
De même saint Jean, son successeur, célébré par le même Hincmar.
Saint Odon, évêque de Cambrai, fut d'une telle foi et constance envers Dieu et l'Église que, chassé de son siège par l'empereur Henri IV parce qu'il refusa de recevoir de nouveau de ses mains, à titre de don, la crosse et l'anneau qu'il avait reçus de l'Église lors de sa consécration, il passa le reste de sa vie en exil à Anchin et mourut dans cet exil.
Tels seront pour vous les miroirs domestiques, tels les aiguillons pour de glorieux travaux entrepris pour cette même Église, pour de glorieux combats courageusement soutenus en sa faveur. Poursuivez comme vous avez commencé : des collaborateurs sincères et vigoureux ne vous manqueront pas ; choisissez-les avec sagacité, invitez-les et associez-les comme partenaires dans cette sainte œuvre. Imitez Moïse en toutes choses ; reproduisez Basile. Je prie la bonté divine, et ne cesserai de prier, qu'elle répande sur vous l'esprit de l'un et de l'autre — abondant et double — afin que vous paissiez dans la crainte, le culte et l'amour de Dieu les milliers d'âmes qui vous sont confiées, et que vous les conduisiez à la bienheureuse éternité. Mon amour pour vous et ma sollicitude pour vos affaires, que vous connaissez bien, m'y poussent.
Aux heures dérobées à vos autres occupations, vous pourrez lire cet ouvrage à loisir : j'espère que la variété et l'agrément des récits historiques, des exemples, des rites et des cérémonies antiques vous délecteront, et qu'en y connaissant mieux Moïse, vous serez davantage stimulé à l'imiter. Ma méthode ici est la même que dans les commentaires pauliniens, sinon que je suis ici plus bref en paroles et plus ample en matière. Car ici la variété et l'ampleur du sujet sont plus grandes, comme aussi son accessibilité et son agrément — car beaucoup de choses sont historiques, d'autres typologiques, ornées de belles figures et de beaux symboles — et ces deux raisons m'ont contraint à être économe de mots, de peur que l'ouvrage ne prenne des proportions excessives ; pour la même raison j'ai aussi épargné les gravures de l'arche, des chérubins, de l'autel, du tabernacle et du reste.
J'ai consigné ici ce que j'ai recueilli en vingt ans de commentaire sur le Pentateuque, et d'enseignement de la même matière une deuxième et une troisième fois. J'ai tissé tout au long de solides et agréables allégories des anciennes cérémonies, assaisonnées de sentences choisies, d'exemples et d'apophtegmes des anciens. J'y fus porté par ce vers du Poète :
Il emporte tous les suffrages, celui qui mêle l'utile à l'agréable.
Mais de peur de dépasser la mesure d'une épître, j'en dirai davantage sur Moïse et sur ma méthode dans la préface.
Recevez donc, Très Illustre Seigneur, ce gage et ce témoignage de l'amour et du respect que moi-même, le Collège de Louvain et notre Compagnie tout entière vous portons ; et puisque je suis maintenant appelé d'ici vers d'autres charges, et que peut-être je ne reverrai plus jamais Votre Très Illustre et Révérende Seigneurie en ce monde, que ceci soit un mémorial durable de moi dans votre cœur, afin que, absents de corps pour un temps mais toujours présents en esprit, après cette vie brève et misérable, nous soyons réunis dans la gloire céleste en Jésus-Christ notre Seigneur — à la gloire duquel tout ce labeur qui est nôtre sue et s'efforce — et que chacun de nous reçoive, vous abondamment, moi dans la seule mesure de ma pauvre capacité, ce qui fut promis par Daniel : « Ceux qui auront été savants brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui auront instruit beaucoup d'hommes dans la justice, comme des étoiles pour les éternités sans fin. » Amen.
MUTIUS VITELLESCHI.
PRÉPOSITEUR GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS.
Trois théologiens de notre Compagnie, à qui cette tâche avait été confiée, ayant examiné les Commentaires sur le Pentateuque du Père Cornelius Cornelii a Lapide, théologien de notre Compagnie, et les ayant approuvés comme dignes d'être publiés : nous accordons la permission de les confier à l'impression, s'il en semble ainsi à ceux à qui la chose appartient. En foi de quoi nous avons donné ces lettres signées de notre propre main et munies de notre sceau, à Rome, le 9 janvier 1616.
MUTIUS VITELLESCHI.
PERMISSION DU TRÈS RÉVÉREND PÈRE PROVINCIAL
DE LA PROVINCE FLANDRO-BELGIQUE.
Moi, Charles Scribani, Provincial de la Compagnie de Jésus dans la province Flandro-Belgique, en vertu du pouvoir qui m'a été conféré à cet effet par le Très Révérend Père Général Mutius Vitelleschi, j'accorde aux héritiers de Martin Nutius et à Jean Moretus, imprimeurs d'Anvers, la permission de confier à l'impression les Commentaires sur le Pentateuque de Moïse, dont l'auteur est le Père Cornelius Cornelii a Lapide, théologien de notre Compagnie. En foi de quoi j'ai donné ces lettres écrites de ma propre main et munies du sceau de mon office, à Anvers, le 23 août de l'an 1616.
CHARLES SCRIBANI.
CENSURE.
Ce Commentaire du Très Révérend Père Cornelius Cornelii a Lapide, théologien de la Compagnie de Jésus, est savant et pieux, et à tous égards digne d'être publié, afin qu'il instruise tous ceux qui sont avides de savoir et les fasse progresser dans la piété. Ce que j'atteste le 9 mai de l'an 1615.
EGBERT SPITHOLDIUS,
Licencié en Sacrée Théologie, Chanoine et Curé d'Anvers, Censeur des Livres.
Annotations par lesquelles Aug. Crampon, prêtre du diocèse d'Amiens, a illustré et enrichi les Commentaires du Père Cornelius a Lapide sur le Pentateuque.
Rien ne s'oppose à leur impression.
Donné à Amiens, le 2 mai de l'an 1852.
JACQUES ANTOINE
Évêque d'Amiens.
VIE DE CORNELIUS A LAPIDE.
Cornelius Cornelii a Lapide, Belge de nationalité, natif de Bocholt dans la région d'Eupen, né de parents honorables, commença à adorer Dieu dans la foi, l'espérance et la charité dès le premier usage de la raison. Jeune homme, il entra dans la Compagnie de Jésus le 8 juillet de l'an de salut 1592 ; en son sein, avant même d'avoir franchi le seuil de la jeunesse, il fut ordonné prêtre et offrit chaque jour la sainte Hostie en sacrifice perpétuel, jusqu'à la fin même de sa vie. Il enseigna la Langue Sacrée et la Sainte Écriture publiquement à Louvain pendant plus de vingt ans, puis fut appelé à Rome par ses supérieurs, où il exposa les mêmes matières durant de nombreuses années avec la plus grande célébrité de nom, jusqu'à ce que, cédant à l'effort de ce travail, il se tournât entièrement vers l'écriture privée. Quel genre de vie il établit en ce temps-là, je ne saurais l'expliquer par des mots plus aptes que les siens propres ; parlant avec Dieu, il s'exprima ainsi : « Ces travaux qui sont les miens, et leurs fruits, toutes mes études, toute ma doctrine, tout mon commentaire, je les ai consacrés à votre gloire, ô très sainte Trinité et triple Unité, et j'ai désiré que toute mon action, toute ma souffrance, et ma vie entière ne fussent rien d'autre que votre louange continuelle. Vous vous êtes révélé à mon esprit depuis longtemps, afin que je vous estime et vous cherche, vous seul, et que je tienne pour peu de chose et dédaigne tout le reste comme vil, vain et fugace. C'est pourquoi je fuis les cours et les rivages : je recherche une solitude et une retraite qui m'est agréable et point inutile aux autres, en compagnie de saint Basile, de Grégoire et de Jérôme, dont la sainte Bethléem, si ardemment cherchée par lui en Palestine, je l'ai trouvée ici à Rome. Autrefois, dans ma jeunesse, je jouai le rôle de Marthe ; maintenant, sur la pente de l'âge, je joue et j'aime davantage celui de Marie-Madeleine, attentif à la brièveté de la vie, attentif à Dieu, attentif à l'éternité qui approche. De ma cellule seule — qui m'est plus fidèle et plus chère que toute la terre, et me semble un véritable ciel sur la terre — et du silence seul je suis l'habitant ; habitant de ma cellule, assidu de mon sacré cabinet d'étude, je m'efforce d'être habitant du ciel ; je poursuis le loisir, ou plutôt l'affaire, de la sainte contemplation, de la lecture et de l'écriture. Je me livre à Dieu, un et trine, pour recevoir, méditer et célébrer ses oracles et ses inspirations ; je m'assieds aux pieds du Christ, suspendu à ses lèvres pour boire les paroles de vie, que je puisse ensuite répandre sur les autres. »
Voilà ce qu'il faisait dans sa vieillesse, chargé des mérites d'une longue sainteté ; car, dès le moment même de son entrée dans la Compagnie de Jésus, par la contemplation incessante de la bienheureuse éternité, il fut si fortement excité au mépris des choses humaines et au désir des choses célestes, que dès lors il ne visa rien d'autre que la volonté, la louange et la gloire permanentes du Christ, dans la vie et dans la mort, dans le temps et dans l'éternité ; il s'efforça et travailla à célébrer et à promouvoir cela seul, de tous ses vœux et de toutes ses études, de toutes les forces du corps et de l'âme ; il n'attendait rien d'aucun mortel en ce monde, ne désirait rien ; il ne s'arrêtait point aux jugements et aux applaudissements des hommes ; ne désirant plaire qu'à Dieu seul, et craignant de lui déplaire, il n'avait en vue que cette seule fin, ne formait que cette seule demande, à cette seule fin tendaient toute sa lecture et toute son écriture, tout son labeur s'y dépensait : que son saint nom fût sanctifié, et que sa sainte volonté fût faite sur la terre comme au ciel. Le désir très ardent de subir le martyre, divinement implanté dès son tout premier noviciat, il le conserva toujours si obstinément qu'il ne cessait d'implorer pour lui-même cette couronne de tous ses vœux. Il l'avait presque déjà saisie entre ses mains en l'an 1604, lorsque, séjournant près du sanctuaire de Notre-Dame d'Aspromont, célèbre par ses miracles, non loin de Louvain, et assistant les foules de fidèles qui y venaient en pèlerinage par les confessions, les prédications et d'autres offices sacrés, un détachement de cavalerie hollandaise fondit à l'improviste sur le lieu, le jour même de la fête de la Nativité de Notre-Dame, dévastant tout par le fer et le feu ; il fut encerclé, et peu s'en fallut qu'il ne fût capturé et massacré. Mais par le secours de la Très Sainte Eucharistie, qu'il emportait hors de l'église de peur qu'elle ne fût profanée par les hérétiques, et par l'aide de Notre-Dame, qu'il implora par un vœu pressant, le danger se dissipa, non sans apparence de miracle ; il fut lui-même préservé sain et sauf par une admirable providence. Au reste, combien le désir du martyre ne le quitta jamais, ces paroles le montrent suffisamment, par lesquelles, ayant achevé son Commentaire sur les quatre Prophètes, il s'adresse ainsi aux saints quatre Prophètes : « Ô Prophètes du Seigneur, vous m'avez fait participant de votre prophétie et de votre laurier doctoral ; faites-moi, je vous prie, participant aussi du martyre, afin que moi aussi je scelle de mon sang la vérité que j'ai puisée en vous, enseignée aux autres et consignée par écrit. Car mon doctorat ne sera ni parfait ni consommé s'il n'est également clos par ce sceau. Depuis près de trente ans, j'ai supporté volontiers et librement avec vous et pour vous le martyre continuel de la vie religieuse, le martyre des maladies, le martyre des études et de l'écriture : obtenez-moi, je vous en supplie, comme don couronnant le tout, le quatrième martyre, celui du sang. J'ai épuisé pour vous mes esprits vitaux et animaux ; j'épuiserai aussi mon sang. Pour toute la peine que j'ai prodiguée durant toutes ces années, par laquelle, par la grâce de Dieu, je vous ai expliqués, illustrés, et fait parler et prophétiser en une langue nouvelle, si bien que j'ai en quelque sorte prophétisé avec vous — obtenez-moi, comme salaire de votre prophète, le martyre, dis-je, du Père des lumières, de même que vous obtenez la miséricorde. » Se tournant bientôt vers la très bienheureuse Mère de Dieu, à qui il devait sa personne et tout ce qu'il avait, par qui il avait été appelé, tout indigne qu'il était, dans la sainte Compagnie de son Fils, au sein de laquelle elle l'avait dirigé, aidé et instruit d'une manière admirable, il la supplie de lui faire obtenir le martyre ; puis il implore avec instance le Seigneur Jésus, son amour, par les mérites de sa Mère et des Prophètes, de ne point vivre une vie oisive ni mourir d'une mort oisive dans son lit, mais d'une mort infligée par le bois ou par le fer. À ces désirs répondaient les ornements de ses autres vertus, qu'il serait trop long de poursuivre ici. Rien ne pouvait paraître plus doux que lui, rien de plus modeste, rien de plus tempéré. Si humble était l'opinion qu'il avait de lui-même au milieu d'un si vaste savoir et d'une telle étendue de toute sagesse humaine et divine, qu'il affirmait : « En vérité et en ma conscience, je suis le plus insensé des hommes, et la sagesse des hommes n'est point avec moi ; je suis un petit enfant qui ne connaît ni son entrée ni sa sortie. » Ailleurs il déclare également : « Voici près de quarante ans que je m'applique à cette sainte étude, depuis trente ans je ne fais rien d'autre et je ne cesse d'enseigner la Sainte Écriture, et pourtant je sens combien peu j'y ai progressé. » Il s'attacha si fermement à la sévérité de la vie religieuse que, de peur qu'elle ne souffrît quelque dommage à cause de lui, il refusait qu'on lui servît quoi que ce fût d'extraordinaire aux repas, bien que sa santé fût toujours fragile, accablée par l'âge et consumée dans des études qui devaient profiter à l'Église de Dieu, et qu'il ne pût supporter les aliments que l'on servait aux autres. L'obéissance lui fut toujours plus chère que la vie, ainsi que l'amour de la vérité. Il plaça la vérité au premier rang dans tous ses écrits, et c'est l'obéissance qui le conduisit à porter ses ouvrages à la lumière publique — ouvrages qu'autrement il eût condamnés à un silence éternel. Absorbé dans ces occupations de sainteté, après avoir dépassé les soixante-dix ans d'âge, il acquitta enfin la dette de la nature dans la Ville Sainte, où il avait toujours désiré mêler ses os à ceux des saints, le 12 mars de l'an 1637. Son corps, par autorité de ses supérieurs, fut enfermé dans son propre cercueil afin qu'il pût un jour être reconnu, et inhumé. Le catalogue de ses œuvres est le suivant : Commentaires sur le Pentateuque de Moïse, Anvers 1616, de nouveau en 1623 in-folio ; sur les livres de Josué, des Juges, de Ruth, des Rois et des Paralipomènes, Anvers 1642, in-folio ; sur les livres d'Esdras, de Néhémie, de Tobie, de Judith, d'Esther et des Machabées, Anvers 1644 ; sur les Proverbes de Salomon, Anvers et Paris, chez Cramoisy, 1635 ; sur l'Ecclésiaste, Anvers 1638, Paris 1639 ; sur la Sagesse ; sur le Cantique des Cantiques ; sur l'Ecclésiastique ; sur les quatre grands Prophètes ; sur les douze petits Prophètes ; sur les quatre Évangiles de Jésus-Christ ; sur les Actes des Apôtres ; sur toutes les Épîtres de l'Apôtre saint Paul ; sur les Épîtres Catholiques ; sur l'Apocalypse de l'Apôtre saint Jean.
Il laissa inachevés ses commentaires sur les livres de Job et des Psaumes.
DÉCRETS DU CONCILE DE TRENTE
(SESSION IV).
DES ÉCRITURES CANONIQUES.
Le sacro-saint, œcuménique et général Concile de Trente, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, les trois légats du Siège Apostolique y présidant, se proposant perpétuellement ceci devant les yeux : que, les erreurs étant écartées, la pureté même de l'Évangile soit conservée dans l'Église ; lequel Évangile, promis auparavant par les prophètes dans les saintes Écritures, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, a d'abord promulgué de sa propre bouche, puis a ordonné qu'il fût prêché à toute créature par ses Apôtres comme la source de toute vérité salutaire et de toute discipline des mœurs : reconnaissant que cette vérité et cette discipline sont contenues dans les livres écrits et dans les traditions non écrites, lesquelles, reçues par les Apôtres de la bouche du Christ lui-même, ou par les Apôtres eux-mêmes sous la dictée de l'Esprit-Saint, nous sont parvenues transmises pour ainsi dire de main en main : suivant les exemples des Pères orthodoxes, reçoit et vénère avec un égal sentiment de piété et de révérence tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament — puisqu'un seul Dieu est l'auteur des deux — ainsi que lesdites traditions, tant celles qui se rapportent à la foi que celles qui se rapportent aux mœurs, comme ayant été dictées soit de vive voix par le Christ, soit par l'Esprit-Saint, et conservées dans l'Église catholique par une succession continue.
Il a jugé à propos d'inscrire dans ce décret la liste des livres sacrés, afin qu'aucun doute ne puisse naître dans l'esprit de quiconque sur les livres qui sont reçus par ce Concile. Les voici :
De l'Ancien Testament : les cinq livres de Moïse, à savoir la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome ; Josué, les Juges, Ruth ; quatre livres des Rois ; deux des Paralipomènes ; le premier et le second d'Esdras, ce dernier étant appelé Néhémie ; Tobie, Judith, Esther, Job, le Psautier Davidique de cent cinquante psaumes ; les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie avec Baruch, Ézéchiel, Daniel ; les douze petits Prophètes, à savoir Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie ; deux livres des Machabées, le premier et le second.
Du Nouveau Testament : les quatre Évangiles, selon Matthieu, Marc, Luc et Jean ; les Actes des Apôtres écrits par Luc l'Évangéliste ; quatorze Épîtres de Paul Apôtre : aux Romains, deux aux Corinthiens, aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux ; deux de Pierre Apôtre ; trois de Jean Apôtre ; une de Jacques Apôtre ; une de Jude Apôtre ; et l'Apocalypse de Jean Apôtre.
Si quelqu'un ne reçoit pas lesdits livres entiers avec toutes leurs parties, tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et tels qu'ils sont contenus dans l'ancienne édition latine Vulgate, et s'il méprise sciemment et délibérément les traditions susdites, qu'il soit anathème.
II.
DE L'ÉDITION ET DE L'USAGE DES LIVRES SACRÉS.
En outre, le même sacro-saint Concile, considérant qu'il peut en résulter un profit non négligeable pour l'Église de Dieu si, parmi toutes les éditions latines des livres sacrés qui sont en circulation, l'on fait connaître laquelle doit être tenue pour authentique, statue et déclare que cette même ancienne édition Vulgate, qui a été approuvée par le long usage de tant de siècles dans l'Église elle-même, soit tenue pour authentique dans les lectures publiques, les disputes, les prédications et les expositions ; et que nul n'ose ni ne présume la rejeter sous quelque prétexte que ce soit.
De plus, afin de réprimer les esprits pétulants, il décrète que nul, s'appuyant sur sa propre prudence, dans les matières de la foi et des mœurs qui se rapportent à l'édification de la doctrine chrétienne, détournant la sainte Écriture selon ses propres sens, n'ose interpréter la sainte Écriture contrairement au sens que la sainte mère Église — à qui il appartient de juger du vrai sens et de l'interprétation des saintes Écritures — a tenu et tient ; ni même contrairement au consentement unanime des Pères ; quand bien même de telles interprétations ne devraient jamais être publiées. Les contrevenants seront déclarés par les ordinaires et punis des peines établies par le droit.
Voulant en outre imposer aux imprimeurs une juste mesure en cette matière (lesquels désormais sans aucune mesure — c'est-à-dire croyant que tout ce qui leur plaît leur est permis — impriment les livres mêmes de la sainte Écriture ainsi que des annotations et des expositions de quiconque indifféremment, souvent en taisant l'imprimerie, souvent même sous une fausse marque, et, ce qui est plus grave, sans nom d'auteur ; et vendent aussi témérairement de tels livres imprimés ailleurs), il décrète et établit que désormais la sainte Écriture, et surtout cette même ancienne édition Vulgate, soit imprimée le plus correctement possible ; et qu'il ne soit permis à personne d'imprimer ou de faire imprimer quelque livre que ce soit traitant de matières sacrées sans nom d'auteur ; ni de les vendre à l'avenir ni même de les garder par-devers soi, à moins qu'ils n'aient d'abord été examinés et approuvés par l'ordinaire, sous peine d'anathème et de l'amende prévue dans le canon du tout dernier Concile de Latran. Et s'ils sont réguliers, outre cet examen et cette approbation, ils seront également tenus d'obtenir la permission de leurs supérieurs, après que les livres auront été revus par eux selon la forme de leurs règlements. Ceux qui les communiquent par écrit ou les publient sans les avoir fait d'abord examiner et approuver seront soumis aux mêmes peines que les imprimeurs. Et ceux qui les détiennent ou les lisent, s'ils ne dénoncent pas les auteurs, seront tenus pour les auteurs eux-mêmes. L'approbation de tels livres sera donnée par écrit, et partant elle figurera authentiquement en tête du livre, qu'il soit manuscrit ou imprimé ; et tout cela, c'est-à-dire tant l'approbation que l'examen, se fera gratuitement, afin que ce qui est digne d'approbation soit approuvé et que ce qui en est indigne soit rejeté.
Après cela, voulant réprimer cette témérité par laquelle les paroles et les sentences de la sainte Écriture sont détournées et tordues à des usages profanes — à savoir à des bouffonneries, des fables, des vanités, des flatteries, des médisances, des enchantements impies et diaboliques, des divinations, des sorts, et même des libelles diffamatoires — il ordonne et prescrit, afin de supprimer une telle irrévérence et un tel mépris, que désormais nul n'ose de quelque manière que ce soit employer les paroles de la sainte Écriture à ces fins et à d'autres semblables, de sorte que tous les hommes de cette espèce, téméraires violateurs et profanateurs de la parole de Dieu, soient réprimés par les évêques au moyen des peines de droit et à leur discrétion.
PRÉFACE AU LECTEUR (1)
Parmi les nombreux et grands bienfaits que Dieu a conférés à son Église par le biais du saint Synode de Trente, celui-ci semble devoir être compté au premier rang : qu'entre tant d'éditions latines des divines Écritures, il a déclaré par un décret très solennel comme seule authentique l'ancienne édition Vulgate, qui avait été approuvée par le long usage de tant de siècles dans l'Église.
Car (pour passer sous silence le fait que bon nombre des éditions récentes semblaient avoir été licencieusement détournées pour confirmer les hérésies de cette époque), assurément cette grande variété et diversité de versions aurait pu engendrer une grande confusion dans l'Église de Dieu. Il est en effet désormais bien établi que de notre temps s'est produit presque exactement ce que saint Jérôme attesta être advenu au sien : à savoir qu'il y avait autant d'exemplaires que de manuscrits, chacun ajoutant ou retranchant selon son propre caprice.
Or l'autorité de cette ancienne édition Vulgate a toujours été si grande, et son excellence si éminente, que des juges équitables ne pouvaient douter qu'elle dût être de loin préférée à toutes les autres éditions latines. Car les livres qu'elle contient (tels qu'ils nous ont été transmis pour ainsi dire de main en main par nos ancêtres) ont été reçus en partie de la traduction ou de la correction de saint Jérôme, et en partie conservés d'une très ancienne édition latine que saint Jérôme appelle Commune et Vulgate, saint Augustin Itala, et saint Grégoire l'Ancienne traduction.
Et en effet, touchant la pureté et l'excellence de cette ancienne édition (ou Itala), il existe le splendide témoignage de saint Augustin au second livre du De Doctrina Christiana, où il jugea que, parmi toutes les éditions latines qui circulaient alors en grand nombre, l'Itala devait être préférée parce qu'elle était, comme il le dit lui-même, plus fidèle aux mots tout en conservant la clarté du sens.
Quant à saint Jérôme, il existe de nombreux témoignages éminents des anciens Pères : saint Augustin le qualifie d'homme très savant et très versé dans trois langues, et confirme par le témoignage des Hébreux eux-mêmes que sa traduction est véridique. Saint Grégoire le loue de telle sorte qu'il affirme que sa traduction, qu'il appelle la nouvelle, a tout rendu plus fidèlement à partir de la langue hébraïque, et que par conséquent elle est très digne qu'on lui accorde pleine confiance en toutes choses. Saint Isidore, en plus d'un passage, préfère la version hiéronymienne à toutes les autres et affirme qu'elle est communément reçue et approuvée par les Églises chrétiennes, parce qu'elle est plus claire dans les mots et plus véridique dans le sens. Sophronius également, homme très érudit, observant que la traduction de saint Jérôme était hautement approuvée non seulement par les Latins mais aussi par les Grecs, l'estima si grandement qu'il traduisit le Psautier et les Prophètes, à partir de la version de Jérôme, en un élégant grec.
En outre, les hommes très savants qui suivirent — Remi, Bède, Raban, Haymon, Anselme, Pierre Damien, Richard, Hugues, Bernard, Rupert, Pierre Lombard, Alexandre, Albert, Thomas, Bonaventure, et tous les autres qui ont fleuri dans l'Église durant ces neuf cents années — ont usé de la version de saint Jérôme de telle manière que les autres versions, qui étaient presque innombrables, sont pour ainsi dire tombées des mains des théologiens et sont devenues entièrement obsolètes.
C'est pourquoi l'Église catholique célèbre non sans raison saint Jérôme comme le plus grand Docteur et comme un homme suscité divinement pour l'interprétation des saintes Écritures, en sorte qu'il n'est désormais pas difficile de condamner le jugement de tous ceux qui, ou bien n'acquiescent pas aux travaux d'un si éminent Docteur, ou bien ont même la présomption de pouvoir produire quelque chose de meilleur, ou du moins d'égal.
Cependant, de peur qu'une traduction si fidèle et si utile à l'Église en toutes ses parties ne fût corrompue en quoi que ce soit, soit par l'injure du temps, soit par la négligence des imprimeurs, soit par l'audace téméraire de ceux qui corrigent inconsidérément, le même très saint Synode de Trente ajouta sagement par son décret que cette même ancienne édition Vulgate fût imprimée le plus correctement possible, et qu'il ne fût permis à personne de l'imprimer sans la permission et l'approbation des Supérieurs. Par ce décret, il imposa en même temps des bornes à la témérité et à la licence des imprimeurs, et excita la vigilance et l'industrie des Pasteurs de l'Église à conserver et maintenir un si grand bien avec la plus grande diligence.
Et bien que les théologiens d'insignes Académies aient travaillé avec grande louange à restituer l'édition Vulgate dans sa splendeur première, néanmoins, parce que dans une affaire si importante nulle diligence ne peut être excessive, et parce que plusieurs manuscrits plus anciens avaient été recherchés par ordre du Souverain Pontife et apportés en la Ville, et enfin, parce que l'exécution des décrets des conciles généraux et l'intégrité même et la pureté des Écritures sont reconnues comme relevant au premier chef du soin du Siège Apostolique : c'est pourquoi Pie IV, Souverain Pontife, avec son incroyable vigilance sur toutes les parties de l'Église, confia cette charge à quelques Cardinaux très choisis de la sainte Église Romaine, et à d'autres hommes très versés tant dans les lettres sacrées que dans les diverses langues, afin qu'ils corrigeassent très exactement l'édition latine Vulgate, en recourant aux plus anciens manuscrits, en examinant aussi les sources hébraïques et grecques de la Bible, et en consultant enfin les commentaires des anciens Pères.
Pie V poursuivit pareillement la même entreprise. Mais cette assemblée, longtemps interrompue en raison des occupations diverses et très graves du Siège Apostolique, Sixte V, appelé par la divine Providence au souverain Pontificat, la rappela avec un zèle très ardent, et ordonna enfin que l'ouvrage achevé fût confié à l'impression. Celui-ci ayant déjà été imprimé, et le même Pontife s'occupant de le faire paraître au jour, observant que nombre de fautes s'étaient glissées dans la sainte Bible par la faute de l'imprimerie et semblaient requérir un nouveau soin, il jugea et décréta que l'ouvrage entier devait être remis sur l'enclume. Mais, prévenu par la mort, il ne put accomplir ce dessein ; Grégoire XIV, qui avait succédé à Sixte après le pontificat de douze jours d'Urbain VII, exécutant son intention, entreprit de le mener à terme, certains éminentissimes Cardinaux et d'autres hommes très savants ayant été de nouveau députés à cet effet.
Mais celui-ci également, ainsi que son successeur Innocent IX, ayant été enlevés de cette lumière en un temps très bref, enfin au début du pontificat de Clément VIII, qui tient présentement le gouvernail de l'Église universelle, l'ouvrage que Sixte V avait projeté fut, avec le secours de Dieu, mené à sa perfection.
Reçois donc, lecteur chrétien, avec l'approbation du même Clément, Souverain Pontife, de l'imprimerie Vaticane, l'ancienne édition Vulgate de la sainte Écriture, corrigée avec toute la diligence qu'il a été possible d'y apporter : édition dont, s'il est difficile d'affirmer qu'elle soit parfaite en tous points, vu la faiblesse humaine, il ne faut nullement douter qu'elle soit plus corrigée et plus pure que toutes celles qui ont paru jusqu'à ce jour.
Et certes, bien que dans cette révision de la Bible un zèle non médiocre ait été appliqué à la comparaison des manuscrits, des sources hébraïques et grecques, et des commentaires mêmes des anciens Pères, néanmoins, dans cette édition largement répandue, de même que certaines choses ont été délibérément changées, de même aussi d'autres, qui semblaient devoir être changées, ont été délibérément laissées sans modification : tant parce que saint Jérôme avertit plus d'une fois qu'il fallait ainsi procéder, pour éviter de scandaliser les peuples ; tant parce qu'il est à croire que nos ancêtres, qui firent des versions latines à partir de l'hébreu et du grec, disposaient de livres meilleurs et plus corrigés que ceux qui sont parvenus jusqu'à nous après leur époque, lesquels peut-être, à force d'être copiés à maintes reprises pendant un si long temps, sont devenus moins purs et moins intacts ; tant enfin parce que le dessein de la sacrée congrégation des éminentissimes Cardinaux et des autres hommes très savants choisis par le Siège Apostolique pour cet ouvrage ne fut pas de produire quelque édition nouvelle, ni de corriger ou d'amender l'ancien traducteur en quoi que ce soit, mais de restituer l'ancienne édition latine Vulgate elle-même — purgée des erreurs des anciens copistes et des fautes de corrections corrompues — à son intégrité et à sa pureté originelles autant que faire se pouvait, et, une fois restituée, de s'efforcer de toutes leurs forces de la faire imprimer le plus correctement possible selon le décret du Concile œcuménique.
En outre, dans cette édition il a semblé bon de n'ajouter rien qui ne soit canonique, rien de supposité, rien d'étranger. Et telle est la raison pour laquelle les livres intitulés III et IV d'Esdras (que le saint Synode de Trente n'a pas comptés parmi les livres canoniques), ainsi que la Prière du roi Manassé (qui n'existe ni en hébreu ni en grec, ne se trouve pas dans les manuscrits les plus anciens et ne fait partie d'aucun livre canonique) ont été placés en dehors de la série de l'Écriture canonique. Et l'on ne voit en marge aucune concordance (qu'il n'est pas interdit d'y ajouter par la suite), aucune note, aucune variante de lecture, aucune préface quelconque, et aucun argument au début des livres.
Mais de même que le Siège Apostolique ne condamne pas l'industrie de ceux qui ont inséré dans d'autres éditions des concordances de passages, des variantes de lecture, des préfaces de saint Jérôme et d'autres choses de ce genre : de même il n'interdit pas que, dans un autre genre de caractères, dans cette même édition Vaticane, des aides de cette sorte soient ajoutées à l'avenir pour la commodité et l'utilité des étudiants, pourvu toutefois que les variantes de lecture ne soient pas annotées en marge du Texte lui-même.
LE PAPE CLÉMENT VIII.
POUR PERPÉTUELLE MÉMOIRE DE LA CHOSE.
Le texte de l'édition Vulgate des saintes Bibles, restitué par les plus grands travaux et veilles et purgé de ses erreurs avec la plus grande exactitude, sortant en la lumière, avec la bénédiction du Seigneur, de notre imprimerie Vaticane : Nous, désirant pourvoir opportunément à ce que le même texte soit désormais conservé sans corruption, comme il convient, par l'autorité Apostolique et par la teneur des présentes, interdisons strictement que, durant dix ans à compter de la date des présentes, tant en deçà qu'au-delà des monts, il soit imprimé par quiconque ailleurs que dans notre imprimerie Vaticane. Le susdit décennaire écoulé, Nous prescrivons que cette précaution soit observée : que nul ne présume de confier à l'impression cette édition des saintes Écritures sans s'être d'abord procuré un exemplaire imprimé dans l'imprimerie Vaticane, et que la forme de cet exemplaire soit inviolablement observée, sans que soit changée, ajoutée ou retranchée même la plus petite parcelle du texte, à moins qu'il ne survienne quelque chose qui doive être manifestement attribué à une erreur typographique.
Si quelque imprimeur, dans quelques royaumes, cités, provinces et lieux que ce soit, tant soumis à la juridiction temporelle de notre sainte Église Romaine que non soumis, présume d'imprimer de quelque manière que ce soit cette même édition des saintes Écritures dans le décennaire susdit, ou, le décennaire écoulé, autrement que selon l'exemplaire susmentionné ; ou si quelque libraire présume, après la date des présentes, de vendre, proposer à la vente ou publier des livres imprimés de cette édition, ou des livres à imprimer, qui diffèrent en quoi que ce soit du texte susmentionné restitué et corrigé, ou imprimés par un autre que l'imprimeur du Vatican dans le décennaire : il encourra, outre la perte de tous les livres et les autres peines temporelles à infliger à Notre discrétion, la sentence de l'excommunication majeure par le fait même, de laquelle il ne pourra être absous que par le Pontife Romain, sauf à l'article de la mort.
Nous mandons par conséquent à tous et à chacun des Patriarches, Archevêques, Évêques et autres Prélats des églises et des lieux, même réguliers, qu'ils veillent et fassent en sorte que les présentes lettres soient inviolablement et perpétuellement observées par tous dans leurs églises et juridictions respectives. Qu'ils répriment les contrevenants par les censures ecclésiastiques et autres remèdes opportuns de droit et de fait, tout appel étant écarté, en invoquant aussi, si besoin est, l'aide du bras séculier ; nonobstant les constitutions et ordonnances Apostoliques, et les statuts et coutumes des conciles généraux, provinciaux ou synodaux, tant généraux que spéciaux, et de toutes églises, ordres, congrégations, collèges et universités, même d'études générales, confirmés par serment, confirmation Apostolique ou quelque autre fermeté que ce soit, ainsi que les privilèges, indults et lettres Apostoliques émanées ou à émaner en sens contraire de quelque manière que ce soit : auxquels tous Nous dérogeons très largement pour cet effet et décrétons qu'il y est dérogé.
Nous voulons aussi que les copies des présentes, même imprimées dans les volumes eux-mêmes, reçoivent partout en justice et hors justice la même foi que l'on accorderait aux présentes elles-mêmes si elles étaient exhibées ou montrées.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 9 novembre 1592, en la première année de Notre Pontificat.
M. VESTRIUS BARBIANUS.