Cornelius a Lapide
Table des matières
Synopsis du chapitre
Dieu prescrit des fêtes aux Hébreux : premièrement, le Sabbat, verset 3 ; deuxièmement, la Pâque et la fête des Azymes, verset 5 ; troisièmement, la Pentecôte, verset 15 ; quatrièmement, la fête des Trompettes, verset 24 ; cinquièmement, le Jour des Expiations, verset 27 ; sixièmement, la fête des Tabernacles, verset 34 ; septièmement, l'Assemblée ou Collecte, verset 36.
Texte de la Vulgate : Lévitique 23, 1-44
1. Et le Seigneur parla à Moïse, disant : 2. Parle aux enfants d'Israël, et tu leur diras : Voici les fêtes du Seigneur, que vous appellerez saintes. 3. Pendant six jours vous ferez votre ouvrage : le septième jour, parce qu'il est le repos du sabbat, sera appelé saint ; vous n'y ferez aucun ouvrage. C'est le sabbat du Seigneur, dans toutes vos demeures. 4. Voici donc les fêtes saintes du Seigneur, que vous devez célébrer en leurs temps. 5. Le premier mois, le quatorzième jour du mois, au soir, c'est la Pâque du Seigneur ; 6. et le quinzième jour de ce mois, c'est la solennité des azymes du Seigneur. Pendant sept jours vous mangerez des azymes. 7. Le premier jour sera pour vous très solennel et saint ; vous n'y ferez aucune œuvre servile : 8. mais vous offrirez un sacrifice par le feu au Seigneur pendant sept jours : et le septième jour sera plus solennel et plus saint, et vous n'y ferez aucune œuvre servile. 9. Et le Seigneur parla à Moïse, disant : 10. Parle aux enfants d'Israël, et tu leur diras : Lorsque vous serez entrés dans la terre que je vous donnerai, et que vous aurez moissonné la récolte, vous apporterez des gerbes d'épis, prémices de votre moisson, au prêtre ; 11. lequel élèvera la gerbe devant le Seigneur, afin qu'elle soit agréée pour vous, le lendemain du sabbat, et il la sanctifiera. 12. Et le même jour où la gerbe sera consacrée, un agneau sans tache, de la première année, sera immolé en holocauste au Seigneur. 13. Et des libations seront offertes avec lui, deux dixièmes de fleur de farine arrosée d'huile en sacrifice par le feu au Seigneur, d'une très agréable odeur : ainsi qu'une libation de vin, le quart d'un hin. 14. Vous ne mangerez ni pain, ni grain grillé, ni bouillie de la moisson, jusqu'au jour où vous en offrirez à votre Dieu. C'est un précepte éternel pour vos générations et dans toutes vos demeures. 15. Vous compterez donc à partir du lendemain du sabbat, où vous avez offert la gerbe des prémices, sept semaines pleines, 16. jusqu'au lendemain de l'achèvement de la septième semaine, c'est-à-dire cinquante jours ; et alors vous offrirez un sacrifice nouveau au Seigneur, 17. de toutes vos demeures, deux pains de prémices, de deux dixièmes de fleur de farine levée, que vous cuirez pour les prémices du Seigneur. 18. Et vous offrirez avec les pains sept agneaux sans tache de la première année, et un veau du troupeau, et deux béliers, et ils seront en holocauste avec leurs libations, en odeur très agréable au Seigneur. 19. Vous offrirez aussi un bouc pour le péché, et deux agneaux de la première année pour des sacrifices pacifiques. 20. Et lorsque le prêtre les aura élevés avec les pains des prémices devant le Seigneur, ils reviendront à son usage. 21. Et vous appellerez ce jour très solennel et très saint : vous n'y ferez aucune œuvre servile. Ce sera une loi perpétuelle dans toutes vos demeures et vos générations. 22. Et lorsque vous aurez moissonné la récolte de votre terre, vous ne la couperez pas jusqu'au sol, et vous ne ramasserez pas les épis restants, mais vous les laisserez pour les pauvres et les étrangers. Je suis le Seigneur votre Dieu. 23. Et le Seigneur parla à Moïse, disant : 24. Dis aux enfants d'Israël : Le septième mois, le premier jour du mois, sera pour vous un sabbat, un mémorial, avec le son des trompettes, et il sera appelé saint : 25. vous n'y ferez aucune œuvre servile, et vous offrirez un holocauste au Seigneur. 26. Et le Seigneur parla à Moïse, disant : 27. Le dixième jour de ce septième mois sera le jour des expiations ; il sera très solennel et sera appelé saint : et vous affligerez vos âmes en ce jour, et vous offrirez un holocauste au Seigneur. 28. Vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour, parce que c'est un jour de propitiation, afin que le Seigneur votre Dieu vous soit miséricordieux. 29. Toute âme qui ne sera pas affligée en ce jour périra du milieu de son peuple ; 30. et toute âme qui aura fait quelque ouvrage, je la détruirai du milieu de son peuple. 31. Vous ne ferez donc aucun ouvrage en ce jour ; ce sera une loi perpétuelle pour vous dans toutes vos générations et vos demeures : 32. c'est un sabbat de repos, et vous affligerez vos âmes le neuvième jour du mois. Du soir au soir vous célébrerez vos sabbats. 33. Et le Seigneur parla à Moïse, disant : 34. Dis aux enfants d'Israël : À partir du quinzième jour de ce septième mois, on célébrera la fête des tabernacles pendant sept jours en l'honneur du Seigneur. 35. Le premier jour sera appelé très solennel et très saint : vous n'y ferez aucune œuvre servile. 36. Et pendant sept jours vous offrirez des holocaustes au Seigneur ; le huitième jour aussi sera très solennel et très saint, et vous offrirez un holocauste au Seigneur : car c'est le jour de l'assemblée et de la collecte : vous n'y ferez aucune œuvre servile. 37. Voici les fêtes du Seigneur, que vous appellerez très solennelles et très saintes, et dans lesquelles vous offrirez des oblations au Seigneur, des holocaustes et des libations selon le rite de chaque jour, 38. outre les sabbats du Seigneur, et vos dons, et ce que vous offrez par vœu, ou ce que vous donnerez volontairement au Seigneur. 39. À partir donc du quinzième jour du septième mois, lorsque vous aurez récolté tous les fruits de votre terre, vous célébrerez les fêtes du Seigneur pendant sept jours : le premier jour et le huitième jour sera un sabbat, c'est-à-dire un repos. 40. Et vous prendrez pour vous, le premier jour, des fruits du plus bel arbre ; et des branches de palmiers, et des rameaux d'arbres à feuillage épais, et des saules du torrent, et vous vous réjouirez devant le Seigneur votre Dieu ; 41. et vous célébrerez cette solennité pendant sept jours dans l'année : ce sera une loi perpétuelle pour vos générations. Au septième mois vous célébrerez les fêtes, 42. et vous habiterez sous des tentes pendant sept jours : quiconque est de la race d'Israël demeurera dans des tabernacles, 43. afin que votre postérité sache que j'ai fait habiter les enfants d'Israël dans des tabernacles, lorsque je les ai fait sortir de la terre d'Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu. 44. Et Moïse parla aux enfants d'Israël touchant les solennités du Seigneur.
Verset 2 : Voici les fêtes du Seigneur
2. VOICI LES FÊTES DU SEIGNEUR — voici les jours de fête où l'on doit s'abstenir de toute œuvre servile et se consacrer au culte divin. En hébreu, on lit : voici les fêtes prescrites, que vous appellerez mikrae kodesh (Septante : kletas hagias), c'est-à-dire des convocations saintes ; car en ces fêtes le peuple était convoqué pour entendre la loi et pour les sacrifices et les prières.
De là les sages des Hébreux ont dit au sujet de ces fêtes : « Celui qui méprise les solennités ou les assemblées publiques de l'Église n'aura point de part dans le siècle à venir. »
De là aussi l'Église, par l'institution du pape saint Sylvestre, appelle tous les jours féries (jours de fête) : premièrement, parce que tout chrétien doit chaque jour s'abstenir et cesser de pécher ; deuxièmement, parce qu'en ce qui concerne les offices ecclésiastiques et les ministres de l'Église, tous les jours sont des féries, c'est-à-dire des fêtes ; car ils ne doivent se consacrer à rien d'autre qu'au culte divin. Ainsi parle Abulensis. De même que les Gentils nommèrent les jours d'après les sept planètes, comme si l'une d'elles dominait chaque jour, de sorte qu'ils disent le jour du Soleil, de la Lune, de Mars ; et les Juifs désignèrent ces jours à partir du sabbat, de sorte qu'ils disent le premier, le deuxième, le troisième, le quatrième du sabbat, pour le premier, deuxième, troisième, quatrième jour de la semaine : ainsi les chrétiens appellent leurs jours féries, de sorte qu'ils disent feria prima, secunda, tertia, quarta (première, deuxième, troisième, quatrième férie).
Pareillement, Diogène, voyant son hôte se préparer avec un si grand empressement pour une certaine fête, dit : « Est-ce qu'un homme de bien ne considère pas chaque jour comme une fête ? Et en vérité, si nous vivons sobrement, une fête très illustre. Car le temple le plus sacré et le plus divin est ce monde ; c'est en lui que l'homme est introduit quand il naît, afin qu'il contemple continuellement, non des images muettes, mais des effigies vivantes et mobiles, à savoir le soleil, la lune, les étoiles, les fleuves, les plantes, les animaux, » etc. Le témoin est Plutarque, dans son livre De la tranquillité de l'âme.
Combien donc les chrétiens s'écartent du but des fêtes, eux qui, à la manière des païens, se reposent du travail les jours de fête et se livrent au luxe ! Le sage Épaminondas, bien que païen, le comprit ; alors que la cité célébrait une fête et que tous se livraient au vin et aux banquets, il vint à la rencontre de quelqu'un, l'air négligé et pensif ; comme on lui demandait pourquoi, il répondit : « Afin que vous puissiez jouir du loisir et des festins. » Le témoin est Plutarque, dans sa Vie.
Saint Grégoire de Nazianze dit admirablement, Discours 44 : « Pour nous, célébrer une fête n'est rien d'autre que pour l'âme amasser quelque chose de ce qui est ferme et durable. » Et saint Jérôme, dans sa lettre à Eustochium : « Nous devons veiller plus soigneusement à célébrer un jour solennel non pas tant par l'abondance de nourriture que par l'exultation de l'esprit ; car il est très absurde de vouloir honorer par une excessive satiété un Martyr dont on sait qu'il a plu à Dieu par le jeûne. » Voir saint Bernard, Sermon 3 Sur l'Avent. Enfin, écoutons Isaïe, chapitre 58, verset 13 : « Si tu détournes ton pied du sabbat, de faire ta volonté en mon saint jour, et si tu appelles le sabbat tes délices, » etc. « lorsque tu ne suis pas tes propres voies, et que ta volonté propre ne se trouve pas, de manière à prononcer une parole, alors tu te délecteras dans le Seigneur, » etc. Les païens, donc, célèbrent les fêtes avec leur ventre ; les chrétiens avec leur esprit, adorant Dieu en esprit et en vérité. C'est à juste titre que le païen Antisthène, interrogé : « Qu'est-ce qu'une fête ? », répondit : « C'est un attrait pour la gourmandise et une occasion de luxure ; » le témoin est Maxime, Sermon 27.
Note : Les féries ou fêtes des Juifs étaient de deux sortes : les unes furent instituées par Dieu, et les autres par les Juifs eux-mêmes. Sept fêtes furent instituées par Dieu : premièrement, le sabbat ; deuxièmement, la Pâque ; troisièmement, la Pentecôte ; quatrièmement, la fête des Trompettes ; cinquièmement, la fête de la Propitiation, ou des Expiations ; sixièmement, la fête des Tabernacles ; septièmement, la fête de l'Assemblée ou de la Collecte. On omet ici la huitième fête, la Néoménie, dont il est question dans Nombres 28, 11. Quatre fêtes furent instituées par les Juifs : premièrement, la fête des Sorts, le 13 d'Adar, ou de février, en mémoire de la délivrance des Juifs par Esther, Esther 9, 17, 26, 28, 29 ; deuxièmement, la fête de la Dédicace, ou purification du temple, qui fut faite sous Judas Maccabée, 1 Maccabées 4, 49 ; troisièmement, la fête du feu reçu du ciel, 2 Maccabées 1, 18 ; quatrièmement, la fête en raison de la mise à mort de Nicanor, 1 Maccabées 7, 49, et 2 Maccabées 15, 37 : à ce sujet voir Ribera, livre V Du Temple, chapitre 17 et suivants, et Genebrard dans le Calendrier hébraïque.
Note : Les fêtes instituées par Dieu comportaient ces trois éléments : premièrement, le repos des travaux ; deuxièmement, l'offrande de sacrifices propres à chaque fête, différents des autres, et prescrits par Dieu, comme il ressort de Nombres 28 et 29 ; troisièmement, des cérémonies particulières à chaque fête : par exemple, lors de la fête de la Pâque ou des Azymes, on faisait l'offrande d'une gerbe d'épis ; à la Pentecôte, on faisait l'offrande de pains nouveaux ; lors de la fête des Trompettes, il y avait le son des trompettes ; le Jour des Expiations, on imposait l'affliction et le jeûne ; lors de la fête des Tabernacles, on habitait dans des tentes, et là on se réjouissait avec des rameaux et des fruits.
Verset 3 : Le septième jour est le repos du sabbat
3. LE SEPTIÈME JOUR EST LE REPOS DU SABBAT. — En hébreu : le septième jour est un sabbat de sabbats, c'est-à-dire un repos de repos, comme pour dire : Le plus grand repos et la plus grande cessation du travail sera le septième jour, et c'est de là que ce jour sera appelé sabbat, c'est-à-dire repos. Ainsi Platon disait que les dieux, ayant pris en pitié les labeurs des hommes, instituèrent les fêtes, afin que par elles ils obtinssent quelque repos et quelque relâche de leurs travaux. Ce fut la première et la plus grande fête des Juifs, dont j'exposerai les causes et les significations au Deutéronome 5, 12.
IL SERA APPELÉ SAINT — c'est-à-dire que ce jour du sabbat sera saint, de sorte qu'il puisse à juste titre être appelé saint, c'est-à-dire consacré à Mon culte. Ainsi souvent « être appelé » est pris pour « être », comme en Isaïe 9, 6 : « Il sera appelé (c'est-à-dire Il sera) admirable. » Romains 9, 25 et 26 : « J'appellerai ceux qui n'étaient pas Mon peuple, Mon peuple, » comme pour dire : Les Gentils qui auparavant n'étaient pas Mon peuple seront désormais Mon peuple, parce qu'ils seront chrétiens : de là je les tiendrai et les chérirai comme Mon peuple.
VOUS N'Y FEREZ AUCUN OUVRAGE — c'est-à-dire absolument aucun. De là, le sabbat, il n'était pas permis d'allumer un feu, ni de cuire des aliments, ni de faire aucune autre sorte de travail, de même que le Jour des Expiations, comme il est dit au verset 31 ; mais lors de toutes les autres fêtes, ces choses étaient permises. De là, au sujet de celles-ci, il est dit ici : « Vous n'y ferez aucune œuvre servile ; » mais au sujet du sabbat et de la fête des Expiations, il est dit de manière absolue et générale : « Vous n'y ferez aucun ouvrage. » Toutefois, les Juifs pouvaient le sabbat manger, boire, abreuver leurs bêtes, comme le Christ l'affirme en Luc 13, 15, préparer des remèdes, et en cas de nécessité ramasser et préparer de la nourriture : car ces choses sont nécessaires.
C'EST LE SABBAT DU SEIGNEUR. — « Du Seigneur », c'est-à-dire consacré au Seigneur ; ou deuxièmement, « du Seigneur », c'est-à-dire en lequel le Seigneur se reposa lors de la première création de toutes choses ; troisièmement, « du Seigneur », c'est-à-dire en lequel on doit se reposer en l'honneur et pour le culte du Seigneur Dieu, et cela dans toutes vos demeures, car dans le tabernacle ou le temple il n'y avait pas de repos le jour du sabbat ; car alors les prêtres y sacrifiaient, c'est-à-dire qu'ils immolaient, écorchaient, découpaient et cuisaient les victimes, et c'est ce que le Christ objecte aux Juifs en Matthieu 12, 5 : « N'avez-vous pas lu dans la loi que les sabbats, les prêtres dans le temple violent le sabbat (matériellement), et sont sans péché ? »
Verset 5 : Le quatorzième jour du mois, la Pâque du Seigneur
5. Le premier mois (Nisan, qui correspond en partie à notre mois de mars, en partie à avril), LE QUATORZIÈME JOUR DU MOIS AU SOIR, C'EST LA PÂQUE DU SEIGNEUR. — Pour « au soir », en hébreu on lit « entre les deux soirs », c'est-à-dire entre le coucher du soleil et la nuit, à savoir au crépuscule du soir, avant que ne se lève l'étoile appelée Vesper, ou Hesperus ; car dès le lever de cette étoile commence la nuit, et le 15e jour ; or l'agneau pascal devait être immolé avant le 15e jour, à la fin du 14e jour : c'est pourquoi le 14e jour n'était pas un jour de fête, mais seulement son soir, au cours duquel on immolait la Pâque. C'est la deuxième fête, à savoir de la Pâque et des Azymes, qui, en raison de sa solennité, était célébrée pendant sept jours, et cela en mémoire de ce grand bienfait par lequel Dieu avait libéré et fait sortir les Hébreux d'Égypte.
C'est la Pâque du Seigneur. — La fête de la Pâque est consacrée au Seigneur. Car phase en hébreu signifie un passage, ou plutôt un franchissement : de là, deuxièmement, phase désigne l'agneau pascal, qui était immolé pour le passage de l'ange exterminateur. Enfin, troisièmement, phase désigne la fête elle-même lors de laquelle cet agneau était immolé. Voir ce qui a été dit sur Exode 12, 11.
Cette fête de la Pâque était donc célèbre chez les Juifs ; elle l'est encore davantage chez les chrétiens, qui en ce jour furent libérés non de la servitude de Pharaon, mais du diable et de la mort, par le Christ ressuscitant. C'est pourquoi Dieu l'a illustrée de grands miracles. On rapporte dans la Vie de saint Marcellin, évêque d'Embrun, dont Adon fait mention dans le Martyrologe au 12 des calendes de mai, que le baptistère qu'il avait lui-même construit près d'Embrun, lors des saintes vigiles de Pâques, était chaque année inondé par la vertu de Dieu d'eaux soudaines, et que cela se continuait habituellement pendant les sept jours de la même solennité. Et de ce miracle on conclut que Pâques ne devait pas être célébrée le 14e jour de la lune même avec les Juifs, comme le voulaient les Quartodécimans, mais le dimanche suivant. Car c'est alors que ce miracle se produisait.
De la même manière, en l'an du Seigneur 417, alors qu'on s'était trompé dans la célébration du jour de Pâques, cette erreur fut déclarée par Dieu au moyen d'un miracle ; car en la vraie nuit pascale, à l'heure même du baptême, le baptistère de l'église fut miraculeusement rempli d'eau, comme l'atteste Paschasius, évêque de Lilybée, chez saint Léon après la lettre 63, et d'après lui Baronius, année du Christ 417, qui enseigne aussi d'après Cassiodore que le même miracle avait coutume de se produire dans une autre fontaine en Lucanie. Et Grégoire de Tours atteste que la même chose avait coutume de se produire dans une autre fontaine en Lusitanie, livre I De la gloire des Martyrs, chapitres 24 et 25. Sophronius enseigne que la même chose se produit dans une fontaine en Lycie, et que l'eau y persiste jusqu'à la Pentecôte puis disparaît, dans le Pré spirituel, chapitre 214.
De même, l'erreur des Bretons au sujet du jour de Pâques fut réfutée par un miracle, par lequel saint Augustin, évêque des Anglais, rendit la vue à un aveugle, comme le rapporte le vénérable Bède, livre II de l'Histoire des Anglais, chapitre 2. Dans la Vie de saint Maurille, évêque d'Angers (qui fut disciple de saint Martin), au 5 septembre, on raconte au sujet d'un certain homme dont le nom était Belgicus : le jour de Pâques, il avait ordonné à ses serviteurs de nettoyer les champs ; ils objectèrent que c'était le jour de Pâques ; il insista et les contraignit malgré eux ; mais lorsqu'ils tentèrent de sarcler les récoltes, Belgicus fut aussitôt frappé de cécité et leur cria de s'arrêter. Et comme il était demeuré dans cette cécité pendant trois ans, il fut enfin guéri en touchant les vêtements de saint Maurille qui passait par là.
Dans la Vie de saint Maurice, on raconte que la nuit même de la résurrection, trois serviteurs de son monastère s'étaient adonnés à la pêche et avaient certes pris des poissons en abondance, mais deux d'entre eux furent privés de l'usage de leurs mains et de leurs pieds, tout leur corps étant brisé : le troisième fut rendu à la fois boiteux et sourd, lequel enfin, la nuit de la résurrection, visitant le monastère de saint Bertin et l'invoquant avec larmes, fut rétabli en santé par ses mérites.
De là aussi les empereurs célébrèrent le jour de Pâques avec de grands privilèges et accordèrent la liberté aux coupables. En l'an du Christ 367, les Augustes Valentinien, Valens et Gratien décrétèrent et rescrivirent ainsi à Lampadius, préfet de la ville : « En raison du jour de Pâques, que nous célébrons du fond de notre cœur, nous délions les chaînes de tous ceux que la faute enchaîne et que la prison retient ; dès que le jour de Pâques sera arrivé, que la prison ne retienne personne enfermé, que les liens de tous soient déliés. » Ce rescrit se trouve au livre VIII, De la rémission des crimes, du Code théodosien. L'empereur Théodose accorda la même indulgence aux coupables lors de la même fête en Orient, comme l'atteste saint Jean Chrysostome, dans son discours Sur l'évêque Flavien.
Verset 6 : La solennité des Azymes
6. ET LE QUINZIÈME JOUR DE CE MOIS (le premier et pascal, à savoir Nisan), C'EST LA SOLENNITÉ DES AZYMES DU SEIGNEUR. — Note : Les jours des azymes commençaient avec la Pâque, à savoir le 14e jour du premier mois au second soir, c'est-à-dire au commencement du 15e jour : ils duraient sept jours, qui étaient donc appelés jours pascals, pendant lesquels on mangeait un pain non levé, mais azyme. De là, ces jours se terminaient le 21e jour du premier mois au second soir ; car chaque jour de fête avait un double soir, à savoir le premier et le second, ou le commençant et le finissant, sauf la fête de la Pâque : car celle-ci n'avait qu'un seul soir, à savoir le second du 14e jour. Ainsi, le 14e jour au soir, on immolait la Pâque, c'est-à-dire l'agneau pascal, que l'on mangeait la nuit avec des azymes : le matin suivant, qui était le matin du 15e jour, était la solennité des azymes, parce qu'en ce jour commençait la consommation des azymes ; car la nuit précédente appartenait à ce 15e jour, non au 14e. Le même 15e jour, on immolait aussi d'autres victimes pascales, qui étaient donc également appelées pascha, Jean 18, 28 : de là ce jour était solennel.
Note : De ces 7 jours des azymes, il y avait quatre observances. Premièrement, pendant tous ces sept jours on mangeait des azymes. Deuxièmement, on cessait toute œuvre servile, mais seulement le premier et le septième jour : car pendant les cinq jours intermédiaires restants, on pouvait travailler et œuvrer. D'où il résulte de ce qui a été dit au verset 1 que seuls le premier jour et le dernier étaient proprement des jours de fête, mais non les cinq du milieu. Troisièmement, chaque jour on offrait des sacrifices, à savoir des holocaustes, comme traduisent les Septante, que notre Interprète appelle sacrifices par le feu : car en hébreu on les appelle ignitions, c'est-à-dire des sacrifices qui sont entièrement consumés par le feu en l'honneur de Dieu. Les victimes quotidiennes durant ces jours étaient donc deux veaux, un bélier, sept agneaux d'un an et un bouc pour le péché, comme il ressort de Nombres 28, 19 ; auxquels il faut ajouter un autre agneau, qui était immolé le second jour avec les épis, comme il ressort du verset 12. Quatrièmement, on offrait des épis d'orge mûrissants, et cela se faisait seulement le second jour, non les autres. Ainsi parlent Abulensis, Ribera et d'autres.
Verset 7 : Le premier jour sera très solennel
7. LE PREMIER JOUR SERA POUR VOUS TRÈS SOLENNEL. — De ces 7 jours des azymes, les plus solennels étaient le premier et le septième, et ces deux étaient également solennels. Car le fait que notre traducteur appelle le premier jour « très solennel » et le septième « plus solennel » revient au même : de même que le fait qu'il appelle le septième « plus saint » et le premier « saint ». Il veut seulement dire que le premier jour et le septième étaient solennels et très saints par-dessus les autres. De là, en hébreu, dans les deux passages, on trouve le même mot, à savoir mikra kodesh, c'est-à-dire « une convocation sainte ». Ainsi chez les Latins le comparatif n'a parfois pas force de comparaison, mais est employé pour le positif ou le superlatif, comme dans : « Plus triste, et ses yeux brillants baignés de larmes. »
Versets 10-11 : Vous apporterez des gerbes d'épis au prêtre
10 et 11. Lorsque vous serez entrés dans la terre que JE VOUS DONNERAI (Canaan : d'où il est clair que ces lois cérémonielles et ces fêtes n'obligeaient pas les Juifs et n'étaient pas observées par eux dans le désert), ET QUE VOUS AUREZ MOISSONNÉ LA RÉCOLTE, VOUS APPORTEREZ DES GERBES D'ÉPIS, PRÉMICES DE VOTRE MOISSON, AU PRÊTRE, LEQUEL ÉLÈVERA LA GERBE DEVANT LE SEIGNEUR. — « D'épis », à savoir d'orge, qui à ce moment-là, c'est-à-dire en mars ou en avril, autour de la Pâque, mûrit en Palestine.
Note : Ces prémices d'épis n'étaient pas universelles, de sorte que tous fussent obligés d'offrir leur gerbe, mais offraient tous ceux qui voulaient offrir de leur propre gré et par dévotion. De toutes ces gerbes, le prêtre en prenait une qu'il offrait à Dieu ; l'ayant offerte, il la grillait et la séchait ; l'ayant séchée, il l'égrenait, et broyait les grains égrenés, et de la farine broyée, avec de l'encens et de l'huile ajoutés en même temps, il prenait une poignée qu'il brûlait et offrait en encens au Seigneur ; mais les gerbes d'épis restantes, avec leurs grains et leur farine, revenaient au droit et à l'usage des prêtres.
Tropologiquement, la gerbe d'épis signifie la résurrection du Christ : de là elle est offerte le lendemain du sabbat, c'est-à-dire après l'immolation de l'agneau pascal, parce que ceux-ci furent deux jours du Christ — l'un de Sa passion, l'autre de Sa résurrection. De là aussi le Christ, qui est un faisceau de myrrhe en raison de l'amertume de Sa passion, est aussi appelé une grappe de Chypre, en raison de la douceur de Sa résurrection, dit Rupert. Lorsque donc nous croyons que le Christ est ressuscité, nous offrons pour ainsi dire des épis frais au Seigneur dans notre foi et notre espérance. Ainsi parlent Hésychius et Radulphe.
Le lendemain du sabbat
11. LE LENDEMAIN DU SABBAT — comme pour dire : Le lendemain, ou le second jour des azymes, cette gerbe d'épis sera offerte ; car « sabbat » ici ne signifie pas un sabbat proprement dit, comme l'ont pensé Hésychius et Rupert, ni ne signifie non plus tous les jours des azymes et les fêtes pascales, comme certains l'ont supposé ; mais il signifie seulement la fête du premier jour des azymes, parce qu'en ce jour un repos complet était prescrit (c'est pourquoi il est appelé « sabbat » en hébreu) en raison de la solennité de la fête. Cette fête, donc, parce qu'elle était si solennelle, est appelée sabbat : car le sabbat était la première et la plus grande des fêtes. Abulensis soutient que cette gerbe n'était offerte non pas le premier jour mais le second, parce que le premier jour, étant solennel, il n'était pas permis de les moissonner, pas même pour l'usage sacré de l'offrande. Je dirais plutôt que le premier jour était tellement occupé par sa propre solennité et les sacrifices pascals qu'il ne restait pas de temps, et qu'il ne convenait pas en ce jour de griller ces épis.
ET IL LE SANCTIFIERA — il consacrera la gerbe d'épis au Seigneur, par le rite qui est prescrit et expliqué au chapitre II, à l'avant-dernier verset.
Versets 12-13 : Un agneau sera immolé et des libations offertes
12 et 13. ET LE MÊME JOUR OÙ LA GERBE EST CONSACRÉE, UN AGNEAU SERA IMMOLÉ, ET DES LIBATIONS (en hébreu mincha, c'est-à-dire une offrande de farine) SERONT OFFERTES.
13. DES LIBATIONS (c'est-à-dire des offrandes de boisson) AUSSI DE VIN, LE QUART D'UN HIN — c'est-à-dire trois setiers. Car un hin contenait deux conges, soit douze setiers, comme je l'ai dit au chapitre XIV, verset 10. Ce qui est dit ici du vin, il faut l'entendre pareillement de l'huile, à savoir qu'un quart de hin d'huile était ajouté à cette offrande de farine. Car que l'huile devait être ajoutée à toute offrande de farine est clair d'après le chapitre II, verset 1 ; de là aussi dans Nombres XV la même mesure d'huile et de vin est toujours ajoutée à chaque sacrifice. En outre, les libations, c'est-à-dire les vins eux-mêmes, étaient répandus en l'honneur du Seigneur, comme il est dit ici ; mais l'huile mélangée à la farine était brûlée par le feu en offrande à Dieu, ce qui s'entend de la poignée qui de cette farine huilée était brûlée à Dieu : car le reste de la farine ou de l'offrande revenait au prêtre, comme il a été dit au chapitre XXIII et au chapitre VI, verset 16. Ainsi parle Abulensis.
Verset 14 : Vous ne mangerez ni pain, ni grain grillé
14. VOUS NE MANGEREZ NI PAIN, NI GRAIN GRILLÉ, NI BOUILLIE DE LA MOISSON, JUSQU'AU JOUR OÙ VOUS EN OFFRIREZ À VOTRE DIEU — la gerbe d'épis qui vient d'être mentionnée ; car Dieu la réclame pour Lui-même comme prémices des récoltes.
Note : « Grain grillé » (polentam), c'est-à-dire de l'épeautre ou de l'orge grillé. Ainsi les Septante et les Hébreux. Pour « bouillie » (pultes), l'hébreu a « des épis » ; mais il est certain que ce ne sont pas des épis bruts et crus qui sont désignés ici, car ceux-là ne se mangent pas d'ordinaire ; ni non plus des épis grillés, ou du grain grillé et moulu formé en pain, parce que le pain a déjà été mentionné. Avec justesse, donc, notre traducteur a compris les épis ici comme écrasés, c'est-à-dire de la farine tirée en bouillie et cuite : car il s'agit ici de farine non pas crue, mais cuite ; car seule celle-ci se mange d'ordinaire, et la farine se cuit soit en pain, soit en grain grillé, soit en bouillie.
Versets 15-16 : Les cinquante jours de la Pentecôte
15 et 16. VOUS COMPTEREZ DONC À PARTIR DU LENDEMAIN DU SABBAT, OÙ VOUS AVEZ OFFERT LA GERBE DES PRÉMICES (d'épis), SEPT SEMAINES PLEINES, JUSQU'AU LENDEMAIN DE L'ACHÈVEMENT DE LA SEPTIÈME SEMAINE, C'EST-À-DIRE CINQUANTE JOURS, ET ALORS VOUS OFFRIREZ UN SACRIFICE NOUVEAU AU SEIGNEUR. — Ici est décrite la troisième fête, à savoir la Pentecôte, qui était célébrée le cinquantième jour après la Pâque. Et ainsi, à partir du lendemain du sabbat — non d'un sabbat proprement dit, mais du sabbat signifiant la Pâque et la solennité des azymes, c'est-à-dire à partir du second jour des azymes (comme je l'ai dit juste au-dessus), où ils avaient offert la gerbe d'épis — les Hébreux comptaient sept semaines, c'est-à-dire 49 jours, de sorte que le jour suivant, le cinquantième, était la Pentecôte. Qu'il en soit ainsi est clair, premièrement, d'après Josèphe, qui l'enseigne clairement au livre III des Antiquités, chapitre X. Deuxièmement, la même chose est claire d'après la pratique des Juifs et d'après la première Pentecôte, que les Hébreux célébrèrent le sixième jour du troisième mois, comme je l'ai montré à Exode XIX, 11. Car du second jour des azymes, qui était le deuxième jour après la sortie d'Égypte et qui était le seizième jour du premier mois, jusqu'au sixième jour du troisième mois, qui fut le jour de la Pentecôte, on compte 50 jours. De là aussi, dans les calendriers des Juifs, la Pentecôte est encore aujourd'hui assignée au sixième jour du troisième mois. Ainsi parlent Abulensis, Cajetan, Oleaster, Ribera au livre V Du Temple, chapitre VII, et Genebrard dans le Calendrier des Hébreux, qu'il a mis en tête des Psaumes.
Notons ici que les Juifs avaient une Pâque et une Pentecôte fixes : car puisqu'ils se servaient de mois lunaires et célébraient la Pâque le quinzième jour du premier mois lunaire, c'est-à-dire à la pleine lune, en comptant cinquante jours, ils célébraient nécessairement la Pentecôte le sixième jour du troisième mois. Mais les chrétiens, puisqu'ils n'ont pas des mois lunaires mais solaires, de même qu'ils ont une Pâque mobile, ont aussi une Pentecôte mobile, de sorte qu'ils la célèbrent tantôt le dix mai, tantôt le vingt, tantôt le trente, tantôt le dix juin, tantôt le douze.
De ce qui a été dit, il est clair que ces cinquante jours de la Pentecôte doivent être comptés à partir du second jour des azymes, non exclusivement, comme le veulent Radulphe et Ribera (livre V Du Temple, chapitre VII) — car alors il n'y aurait pas cinquante mais seulement quarante-neuf jours — mais inclusivement. Car si, à partir du seizième jour du premier mois inclusivement, vous comptez les quinze jours restants du même mois, puis comptez vingt-neuf jours du deuxième mois (car les mois des Hébreux, étant lunaires, alternaient entre vingt-neuf et trente jours), et enfin ajoutez six jours du troisième mois (car le sixième jour avait lieu la Pentecôte), vous trouverez exactement cinquante jours.
Note : Nous chrétiens, de même que nous ne célébrons pas Pâques le jour où les Juifs le font, à savoir le quatorzième jour du mois de Nisan, mais le dimanche qui le suit, et cela en mémoire de la résurrection du Christ, qui eut lieu un dimanche : de même en conséquence nous ne célébrons pas la Pentecôte le même jour que les Juifs, mais le cinquantième jour à partir du dimanche de Pâques, c'est-à-dire de la résurrection du Christ, lequel tombe nécessairement aussi un dimanche : car un dimanche, qui était la Pentecôte, c'est-à-dire le cinquantième jour à partir de Pâques, l'Esprit Saint descendit sur les Apôtres, et la loi nouvelle fut promulguée à Sion, Actes II, de même que la loi ancienne fut jadis promulguée au Sinaï, le même cinquantième jour à partir de la Pâque. De là saint Augustin, Sermon 154 Sur les Saisons ; Clément de Rome, livre V des Constitutions, dernier chapitre ; Isidore, Albin et d'autres qui écrivent sur les offices de l'Église, et saint Léon, Sermon 1 Sur la Pentecôte, comptent les cinquante jours de la Pentecôte non à partir de la Pâque des Juifs, ni à partir du jour de la passion du Christ (car alors il n'y aurait pas cinquante mais cinquante-deux jours), mais à partir du dimanche même de la résurrection du Christ. En outre, de peur que la Pentecôte des chrétiens ne coïncidât avec la Pentecôte des Juifs — c'est-à-dire de peur que nous chrétiens ne semblions observer l'ancienne Pentecôte des Juifs — pour cette raison la première Pentecôte chrétienne, lors de laquelle l'Esprit Saint descendit sur les Apôtres, ne semble pas avoir coïncidé avec la Pentecôte des Juifs. Cela se prouve ainsi : car l'année où le Christ souffrit et ressuscita, la Pâque des Juifs tombait un jeudi, et le premier jour des azymes un vendredi, jour où le Christ souffrit ; et en conséquence le second jour des azymes tombait un samedi. Or comptez cinquante jours à partir de ce samedi, et vous trouverez que le cinquantième jour, la Pentecôte des Juifs, tombait pareillement un samedi, qui précédait immédiatement le dimanche de la Pentecôte chrétienne, où l'Esprit Saint descendit. Alors donc les Juifs célébrèrent leur Pentecôte le samedi, tandis que les Apôtres et les chrétiens la célébrèrent le dimanche. Ainsi parlent Hugues, Lyra, Abulensis, Cajetan (soit ici, soit aux Actes II), Josèphe, livre III des Antiquités, chapitre XIII, et François Suarez, IIIe partie, Question LIII, disputation 46, section 1 ; les Rabbins enseignent la même chose.
On objectera : Dans Actes II, 4, il est dit : « Comme les jours de la Pentecôte s'accomplissaient, » ou comme le grec le porte, « comme le jour de la Pentecôte s'accomplissait, il se fit soudain du ciel un bruit, comme d'un vent violent qui s'approche. » Mais saint Luc semble là parler tout à fait de la Pentecôte alors en usage, à savoir celle des Juifs ; car jusqu'alors aucune Pentecôte chrétienne n'avait été instituée ni célébrée. Donc l'Esprit Saint descendit lors de la Pentecôte juive, et en conséquence la première Pentecôte des Juifs et des chrétiens était une seule et même, tombant un dimanche. En raison de cet argument, certains estiment en effet que la Pentecôte des deux groupes était alors la même. De là ils supposent que, l'année où le Christ souffrit, le premier jour des azymes tomba certes un vendredi, mais fut transféré du quinzième jour du mois au seizième, c'est-à-dire au samedi, afin que deux fêtes — le premier des azymes et le sabbat, en lesquels le travail était interdit — ne coïncidassent pas. Et en conséquence ils supposent que le second jour des azymes cette année-là tomba le dimanche de Pâques, à partir duquel jusqu'au dimanche de la Pentecôte il y a exactement cinquante jours.
Mais ce transfert des fêtes ne peut être solidement prouvé par l'Écriture ni par les Pères ; bien plus, il contredit les Évangélistes, qui affirment que le Christ célébra la Pâque avec les Juifs selon la loi, à savoir le quatorzième jour de la lune au soir, de sorte que le quinzième, qui était le premier des azymes, à savoir le vendredi, fut le jour de la passion du Christ, et en conséquence le second jour des azymes, à partir duquel il faut compter les cinquante jours de la Pentecôte, tombait un samedi.
D'autres estiment que l'année où le Christ souffrit, cette offrande des gerbes, à partir de laquelle les cinquante jours de la Pentecôte devaient être comptés, fut transférée du second jour des azymes au troisième, pour la raison que le second jour des azymes tombait un samedi, où il n'était pas permis de moissonner le grain. Par conséquent, la moisson fut récoltée et offerte le troisième jour, à savoir le dimanche de Pâques, à partir duquel jusqu'au dimanche de la Pentecôte il y a exactement cinquante jours.
Mais la même objection peut être soulevée contre cette opinion que contre la précédente. De plus, son fondement, à savoir qu'il n'était pas permis de moissonner ces gerbes le sabbat, ne semble pas vrai ; car le sabbat il était permis d'immoler, d'écorcher, de découper et de brûler l'agneau matin et soir, et d'autres victimes en outre. Donc à plus forte raison était-il permis de moissonner quelques épis pour l'offrande et le sacrifice. Deuxièmement, s'il n'était pas permis de les moissonner le sabbat, on pouvait et devait les moissonner un ou deux jours avant, plutôt que de transférer cette fête et ce sacrifice du jour prescrit par la loi, à savoir le sabbat, à un autre, à savoir le dimanche. Troisièmement, il y a l'obstacle que les Juifs célébrèrent leur Pentecôte à l'imitation de la première, lors de laquelle ils reçurent la loi au Sinaï, Exode XIX, 11 ; car cette première Pentecôte fut la norme et le modèle de toutes les suivantes, qui furent instituées et conformées à la mémoire et au modèle de la première. Or cette première fut célébrée le cinquantième jour à partir du second jour des azymes, lequel tombait alors un samedi ; car le premier jour des azymes, lors duquel ils sortirent d'Égypte, tombait un vendredi, comme je l'ai montré à Exode XII, 41. Donc le second jour des azymes tombait alors un samedi.
Car si, à partir de ce second jour des azymes, c'est-à-dire du seizième jour du premier mois, lequel tombait alors un samedi, vous comptez cinquante jours, vous arriverez au sixième jour du troisième mois, où ils célébrèrent la Pentecôte. Or s'ils purent alors compter cinquante jours de la première Pentecôte à partir d'un samedi, ils purent également faire la même chose les années suivantes.
Je réponds donc et dis que saint Luc parle de la Pentecôte chrétienne, non de la juive. Car la Pentecôte chrétienne était observée et florissait parmi les chrétiens, non seulement quand saint Luc écrivait, mais aussi depuis son tout début, à savoir depuis la première Pentecôte, qui tomba le cinquantième jour après la résurrection du Christ. Qu'il en soit ainsi se prouve : premièrement, parce que saint Luc, chrétien, écrit à des chrétiens, non à des Juifs (de là il écrit en grec, non en hébreu), l'origine du christianisme et de ses rites sacrés et de ses fêtes. Donc il traite de la Pentecôte chrétienne, non de la juive. Deuxièmement, parce qu'au chapitre 1, il montre clairement qu'il traite des mystères et des actes du Christ, que les chrétiens à Pâques, à la Pentecôte et aux autres fêtes rappellent et célèbrent. Qu'on lise attentivement le chapitre 1, et on le trouvera ainsi. Donc, de même qu'au chapitre 1 il compte quarante jours de la résurrection du Christ à Son ascension, de même aussitôt au chapitre II, à partir de la même résurrection, et non de la Pâque juive, il compte cinquante jours de la Pentecôte. Troisièmement, parce que les chrétiens célèbrent leur Pentecôte à l'imitation de la première, que Luc décrit dans les Actes II ; donc celle-ci était chrétienne. Quatrièmement, que saint Luc décrit ici l'origine de la Pentecôte chrétienne est l'avis de l'Église, qui lit et rappelle son récit sur la Pentecôte chaque année en la fête de la Pentecôte. Le sens est donc : « Comme les jours de la Pentecôte s'accomplissaient, » c'est-à-dire, comme s'achevait le cinquantième jour, auquel la Pentecôte chrétienne devait être instituée et ratifiée par le Christ pour les chrétiens, par l'envoi de l'Esprit Saint, qu'Il avait Lui-même promis (Actes I), et par la promulgation de la loi nouvelle. Car saint Luc fait allusion à la figure, à savoir à l'institution de la Pentecôte mosaïque, Exode XIX, 16, où il est dit d'elle : « Et voici que le troisième jour était venu (qui était le cinquantième à partir de la Pâque, c'est-à-dire la Pentecôte), et voici que des tonnerres commencèrent à se faire entendre, et des éclairs à briller, et une nuée très épaisse à couvrir la montagne, et le son de la trompette retentissait avec une extrême force. » Car de manière semblable, au sujet de l'antitype, à savoir la Pentecôte chrétienne, saint Luc dit : « Comme les jours de la Pentecôte s'accomplissaient, etc., il se fit soudain du ciel un bruit, comme d'un vent violent qui s'approche, etc. Et il leur apparut des langues comme de feu qui se partagèrent, et il s'en posa sur chacun d'eux. » De même donc que Moïse, à l'Exode XIX, parle de la Pentecôte juive et de son institution, de même saint Luc parle ici de la Pentecôte chrétienne et de son institution. Cinquièmement, parce qu'aussitôt après cette institution, la Pentecôte chrétienne commença à être célébrée par les chrétiens, comme je le montrerai tout à l'heure. Donc Luc en traite, et non de la juive.
Le fondement de tous ces points est que le Christ, par la loi nouvelle, voulut abolir l'ancienne loi avec ses rites sacrés et ses fêtes, et y substituer des fêtes nouvelles et chrétiennes. De là, Il voulut aussi que la première Pentecôte chrétienne succédât à la juive le lendemain, pour signifier que, celle-ci étant exclue et abolie, Lui-même instituait et ratifiait désormais la nouvelle. Car lors de la première Pentecôte, c'est-à-dire le cinquantième jour à partir de la résurrection du Christ, Il envoya l'Esprit Saint sur les Apôtres, et par eux, le même jour, promulgua Sa loi évangélique — à savoir que, la loi de Moïse étant désormais abolie, la loi évangélique devait être désormais acceptée et observée par tous. C'est pourquoi en même temps, ayant aboli la Pâque, la Pentecôte et les autres fêtes des Juifs, Il institua tacitement Sa propre Pâque, Sa Pentecôte et Ses fêtes, et voulut bientôt que par les Apôtres les mêmes fussent ratifiées et instituées expressément et en détail par toute la terre.
De plus, que les chrétiens dès le tout début, à savoir dès cette première Pentecôte chrétienne, commencèrent à la célébrer et à la nommer chaque année — non la juive, mais la chrétienne — comme Luc la nomme ici en disant : « Comme les jours de la Pentecôte s'accomplissaient, » se prouve premièrement, parce que lors de cette première Pentecôte eut lieu l'abrogation de l'ancienne loi et de tous ses rites sacrés et de ses fêtes, et fut faite la promulgation publique de la loi nouvelle et de ses rites sacrés, et en conséquence de ses fêtes. Donc les Apôtres et les chrétiens, obéissant à cette promulgation, célébrèrent désormais la Pâque et la Pentecôte chrétiennes, non les juives ; autrement ils eussent péché contre la loi évangélique. De la même manière, la même année où le cinquantième jour après la première Pâque, Dieu donna la loi aux Hébreux au Sinaï, par le précepte de Dieu promulgué en ce passage du Lévitique, la Pentecôte fut ratifiée et dès lors observée par les Juifs. Deuxièmement, parce que les Apôtres, allant prêcher aux Gentils, aussitôt après leur conversion leur instituaient et transmettaient les rites sacrés et les fêtes du Christ (car la religion chrétienne, comme toute autre, ne peut exister sans fêtes et rites sacrés) ; car ils ne pouvaient leur transmettre la Pâque et la Pentecôte juives. Car alors ils eussent contraint les Gentils à judaïser, et au lieu du christianisme leur eussent transmis le judaïsme — ce qui eût été un grand péché, diamétralement opposé à leur office, auquel ils avaient été envoyés et commis par le Christ. En outre, qui douterait que les Apôtres et les premiers chrétiens, brûlant d'amour pour le Christ, rappelaient chaque année par un souvenir anniversaire le jour de Sa résurrection, de Son ascension et de l'envoi de l'Esprit Saint, et de si grands bienfaits et mérites envers l'Église ? Ils célébraient donc la Pâque et la Pentecôte chrétiennes, non les juives. Troisièmement, parce que les Apôtres, aussitôt après l'ascension du Christ, changèrent le sabbat en jour du Seigneur et commencèrent à l'observer en l'honneur de la résurrection du Christ (car le Christ ressuscita un dimanche). Donc à plus forte raison transférèrent-ils immédiatement la Pâque de Moïse à la Pâque du Christ, c'est-à-dire à un dimanche ; car la Pâque chrétienne est proprement le jour de la résurrection du Christ, plus qu'un simple dimanche. S'ils transférèrent la Pâque, ils transférèrent donc aussi la Pentecôte ; car celle-ci suit celle-là et doit être comptée à partir d'elle. L'antécédent se prouve, premièrement, d'après Apocalypse I, 10, où Jean dit : « Je fus en esprit le jour du Seigneur ; » donc le jour du Seigneur, non le sabbat, était alors observé par les chrétiens. Deuxièmement, l'Apôtre en 1 Corinthiens XVI, 2 ordonne que des collectes d'aumônes soient faites « le premier jour de la semaine », c'est-à-dire le premier jour de la semaine, à savoir le dimanche. Donc des assemblées ecclésiastiques se tenaient alors le dimanche. De plus, l'Apôtre parle de ce jour non pas comme de quelque chose de nouveau ou récemment institué par lui-même, mais comme de quelque chose d'usuel et de bien connu parmi les chrétiens. Donc bien avant, le dimanche avait commencé à être observé par les chrétiens en lieu et place du sabbat. Or la Première Épître aux Corinthiens fut écrite en l'an du Christ 57, c'est-à-dire vingt-trois ans après la mort du Christ. Donc, aussitôt après le Christ, les chrétiens célébrèrent le dimanche en lieu et place du sabbat. Pareillement, dans Actes XX, 7, il est dit que le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le dimanche, Paul tint une grande assemblée de chrétiens, dans laquelle, prolongeant son sermon, il rappela à la vie un jeune homme qui s'était endormi, était tombé et avait péri.
Enfin, saint Paul s'en prend à la néoménie, au sabbat et aux autres fêtes juives en Galates IV, 9, disant : « Vous vous tournez de nouveau vers les éléments faibles et indigents, auxquels vous voulez vous assujettir de nouveau. Vous observez les jours (juifs), et les mois, et les temps, et les années. » Et Colossiens II, 16 : « Que nul ne vous juge sur le manger ou le boire (dont les Juifs s'abstiennent par la loi), ou au sujet d'un jour de fête, ou de la néoménie, ou des sabbats, qui sont l'ombre des choses à venir, mais le corps est du Christ. » Donc Il voulut que dès le tout début du christianisme, ce ne fussent pas les fêtes juives mais les chrétiennes qui fussent célébrées par les chrétiens.
Enfin, que Pâques fut transférée au dimanche dès le début par les Apôtres, et en conséquence la Pentecôte aussi, est clair d'après l'hérésie des Quartodécimans, qui voulaient que Pâques fût observée avec les Juifs le quatorzième jour de la lune, c'est-à-dire un jour fixe du premier mois, et non le dimanche. Car l'Église les condamna, et le pape Victor, définissant d'après la tradition apostolique que Pâques devait être célébrée par les chrétiens non le quatorzième de la lune mais le dimanche suivant, ainsi que les chrétiens et les Apôtres la célébrèrent à l'origine, comme l'atteste Eusèbe au livre V de l'Histoire, chapitre XXII. Pareillement, Prothère, cité par Bède dans son livre Du calcul du temps, chapitre XLII, atteste que saint Pierre enseigna à Rome que Pâques devait être célébrée le dimanche, et que saint Marc, ayant reçu de lui la même tradition, la transmit aux Égyptiens. Et saint Ignace, qui vécut du temps des Apôtres, dit dans son Épître aux Magnésiens : « Le jour du Seigneur doit être observé comme le premier des jours et comme consacré à la résurrection du Seigneur. » Et dans son Épître aux Philippiens il dit : « Si quelqu'un célèbre Pâques avec les Juifs, il est complice de ceux qui ont tué le Seigneur et Ses Apôtres. » Puisqu'il est donc établi que dès le début la Pentecôte chrétienne fut observée par les chrétiens, qui peut douter que saint Luc en parle, et non de la juive ? Et ainsi, quand saint Luc nomme la Pentecôte, il ne regarde pas seulement au temps où lui-même écrivait (car il n'est pas douteux que la Pentecôte chrétienne était alors observée et ainsi nommée, non la juive), mais il regarde aussi proprement au temps même où les événements qu'il écrit et relate eurent lieu, comme pour dire : « Comme le jour de la Pentecôte s'accomplissait, » c'est-à-dire le cinquantième jour à partir de la résurrection du Christ et de la première Pâque chrétienne, en lequel jour la nouvelle Pentecôte devait être instituée et ratifiée par le Christ en lieu et place de l'ancienne, et de même être nommée — la Pentecôte dont je narre ici l'origine et l'institution, qui serait le commencement, le modèle et la cause de toutes les suivantes, et qui leur donnerait son nom, de sorte que d'après elle elles seraient pareillement appelées Pentecôte, c'est-à-dire le cinquantième jour à partir du jour de la résurrection du Christ.
Enfin, si quelqu'un insiste que saint Luc regardait aussi à la Pentecôte des Juifs, qui était alors en vigueur et d'un usage commun, je réponds que cela peut être admis en ce sens, comme si saint Luc disait : « Comme s'accomplissait, » c'est-à-dire, comme la veille la Pentecôte juive avait été accomplie et avait passé, de sorte que la Pentecôte chrétienne qui lui succédait s'accomplissait, c'est-à-dire commençait à s'achever. Car le mot « s'accomplissait » (compleretur), en tant qu'il regarde la Pentecôte juive, doit être pris au sens parfait ; en tant qu'il regarde, se termine et aboutit à la Pentecôte chrétienne, il doit être pris au sens inchoatif. Car il fait allusion aux deux et les touche en passant, et c'est pourquoi saint Luc les embrasse et les enveloppe en un seul mot. Et ce sens semble plus plein, comme pour dire : « Comme les jours de la Pentecôte s'accomplissaient, » tant l'ancienne que la nouvelle, de sorte que, l'ancienne ayant été accomplie et passée la veille, la nouvelle commençât à s'accomplir le lendemain. Car l'ancienne et la nouvelle étaient pour ainsi dire une seule et même Pentecôte ; car la première passa dans la seconde et lui céda la place, de même que le type passe dans l'antitype et lui cède la place, de sorte qu'il est par là considéré comme un seul et même avec lui. Telle est mon opinion sur la Pentecôte, sous réserve d'une meilleure ; car je ne vois pas ce qu'on pourrait dire de plus probable et de plus solide. Car la position de Gabriel Vasquez, IIIe partie, tome III, disputation 172, chapitre XII, avec Radulphe et Ribera, qui prennent l'expression « à partir du lendemain du sabbat » exclusivement et non inclusivement, contredit clairement le calcul de Moïse et de tous les Hébreux, comme je l'ai montré un peu plus haut. Et l'expression « à partir du lendemain » le suggère suffisamment. Car lorsque nous voulons décrire le temps exclusivement, nous n'avons pas coutume de dire « à partir du lendemain » (car cela est soi-même l'exclusion du jour précédent), mais « à partir de tel jour », par exemple, premier, deuxième, troisième, etc. La chose elle-même enseigne donc que les cinquante jours de la Pentecôte devaient être commencés non à partir du premier jour de Pâques exclusivement, mais à partir du second jour inclusivement.
Un sacrifice nouveau au Seigneur — Deux pains de prémices
16 et 17. ET ALORS VOUS OFFRIREZ (à la Pentecôte) UN SACRIFICE NOUVEAU AU SEIGNEUR, DE TOUTES VOS DEMEURES, DEUX PAINS DE PRÉMICES. — Pour « sacrifice », l'hébreu a mincha, c'est-à-dire « offrande », de la racine nacha, c'est-à-dire « il apporta, il offrit » ; car cette offrande de pains n'était pas proprement un sacrifice. Car ces pains étaient faits de fleur de farine levée, qui ne pouvait pas être sacrifiée, comme il ressort du chapitre II, verset 11, et de là aucune libation n'était offerte avec ces pains. Ces pains étaient donc simplement les prémices de la moisson de blé, qui étaient données aux prêtres et revenaient à leur nourriture et usage.
Note : Chaque famille était obligée d'offrir ces prémices de pain à la Pentecôte, comme il est dit ici. Il en allait autrement de la gerbe d'épis à la Pâque. Et bien qu'Abulensis l'entende ainsi — non pas que chacun apportât ces pains de son propre champ ou de sa maison à Jérusalem, mais que chacun achetât deux de ces pains à Jérusalem et les offrît dans le temple, de même que pour les colombes et les autres victimes (d'où il y avait des vendeurs de toutes ces choses à Jérusalem, que le Christ chassa du temple) — néanmoins l'Écriture hébraïque enseigne ici le contraire ; car elle dit : « De toutes vos demeures, vous apporterez deux pains d'élévation ; » ces paroles indiquent suffisamment que chacun devait apporter ses propres pains de sa maison au temple, afin que chacun rendît les prémices de ses propres récoltes à Dieu en action de grâces. Car c'était là une des raisons pour lesquelles la fête de la Pentecôte fut instituée, à savoir que l'on y offrît à Dieu les prémices du pain. Ainsi parle Josèphe, livre III des Antiquités, chapitre X. L'autre raison était que les Hébreux se souviennent de la loi donnée à la Pentecôte, et pour cela rendent grâces à Dieu et se remémorent cette loi, afin de l'observer plus exactement. Ainsi parle saint Jérôme à Fabiola, Des 42 stations, à la station 12 : « La dédicace, » dit-il, « de la loi, c'est la Pentecôte. » Saint Augustin enseigne la même chose, Question XCV dans les Questions du Nouveau Testament.
Car la loi est un grand bienfait de Dieu, digne d'être célébré par une fête. Car elle est elle-même un rayon de la loi éternelle, découlant des raisons et idées éternelles qui vivent dans l'esprit de Dieu, par lesquelles Lui-même gouverne et dirige toutes choses. « Il y a deux choses, » dit Grégoire de Nazianze, « par lesquelles nous sommes gouvernés : la nature et la loi. » Et saint Augustin, livre IX de La Cité de Dieu : « Le jugement de toutes les lois, » dit-il, « est vain s'il ne porte l'image de la loi divine. » Platon disait : « Il est nécessaire d'établir des lois pour les hommes afin qu'ils vivent selon elles ; autrement ils ne différeraient en rien des bêtes sauvages. La raison en est que l'intelligence d'aucun homme n'est constituée par nature de telle sorte qu'elle connaisse suffisamment ce qui contribue au bien public de la vie humaine ; et même s'il le connaissait, qu'il puisse et veuille toujours faire ce qui est le meilleur. » Ainsi parle-t-il lui-même, livre IV des Lois.
Démosthène disait que « les lois sont l'âme d'une cité. » Héraclite disait que « les citoyens doivent combattre pour leurs lois non moins que pour leurs murailles, parce que sans lois une cité ne peut en aucune façon être en sûreté, mais sans murailles elle le peut. » Ainsi parle Laërce, livre IX, chapitre 1. À quelqu'un qui demandait à Archidamus « qui étaient les gouvernants de Sparte », il répondit : « Les lois et les magistrats légitimes. » Il estimait gravement que dans une république bien constituée l'autorité suprême devait être donnée aux lois, et qu'il ne devait être permis à aucun magistrat de rien tenter de contraire aux lois publiques. Ainsi parle Plutarque, dans les Apophtegmes laconiens.
À quelqu'un qui demandait à Agésilas « ce que les lois de Lycurgue avaient apporté à Sparte », il répondit : « Le mépris des plaisirs. » Plutarque, ibid.
Interrogé sur « ceux qu'il considérait comme injustes », Cyrus dit : « Ceux qui ne suivent pas la loi. » Ainsi parle Maxime, Sermon 50.
Les indigènes du Brésil manquent dans leur langue de trois lettres, à savoir F, L, R, et cela à juste titre, car ils manquent de foi, de loi et de roi. Osorius et Mafféus l'attestent dans l'Histoire des Indes.
Philon, dans le livre De Joseph : « Ce qu'un médecin est au malade, » dit-il, « la loi l'est à la cité. » Chez les anciens, une couronne était le hiéroglyphe de la loi, parce qu'elle est entrelacée de liens fixes par lesquels notre vie est pour ainsi dire liée et retenue. Ainsi parle Pierius, Hiéroglyphiques 41.
Enfin, « la loi est la lumière de la vie. » « Ta parole est une lampe pour mes pieds, » dit le Psalmiste, « et une lumière pour mes sentiers » (Psaume 118), et ce psaume n'est rien d'autre qu'un éloge de la loi. Encore : « Les paroles du Seigneur sont des paroles pures, un argent éprouvé par le feu, purifié en terre, purifié sept fois » (Psaume 11, verset 7).
Or, « la loi n'est rien d'autre que la raison droite, dérivée de la puissance divine des dieux, commandant ce qui est honnête et interdisant le contraire, » dit Cicéron, Philippiques I ; et dans son discours Pour Cluentius : « Le fondement de la liberté, la source de l'équité, l'esprit, l'âme, le conseil et le jugement de la cité sont établis dans les lois. » Ce fut un bienfait spécial de Dieu envers les Hébreux qu'Il leur donna Lui-même la loi, et cela en premier, avant les lois des autres nations. Car le premier législateur du monde fut Moïse, c'est-à-dire Dieu par Moïse. À sa suite, les Gymnosophistes donnèrent des lois aux Indiens, les prêtres aux Égyptiens, les Chaldéens aux Babyloniens, les Mages aux Perses, les Druides aux Gaulois, Zaleucus aux Locriens, Solon aux Athéniens, Lycurgue aux Lacédémoniens, Minos aux Crétois, Philon aux Corinthiens, Zamolxis aux Gètes, Androdamus aux Rhégiens, Hippodamus aux Milésiens, Charondas aux Thuriens, Philolaüs aux Thébains, et Phaléas aux Carthaginois. Chez les Romains, le premier à compiler les lois royales en un seul corps fut Publius Papirius. Ensuite Appius Claudius le décemvir rédigea les Lois des Douze Tables. Après lui vinrent Appius Claudius Caecus, Sempronius Sophus, Scipion Nasica, Quintus Fabius, Marcus Caton et d'autres.
Deux pains de deux dixièmes
17. DEUX PAINS DE PRÉMICES, DE DEUX DIXIÈMES. — De ce qui a été dit au chapitre XIV, verset 10, et de ce qui sera dit au chapitre suivant, verset 5, il ressortira que les deux dixièmes de fleur de farine, et les deux pains confectionnés à partir d'eux, pesaient environ treize livres et demie.
Verset 18 : Sept agneaux sans tache avec les pains
18. VOUS OFFRIREZ AVEC LES PAINS SEPT AGNEAUX SANS TACHE — à savoir en holocauste, parce que celui-ci, comme la forme principale, est toujours sous-entendu lorsque le sacrifice est mentionné, à moins qu'une autre espèce ne soit spécifiée. Ainsi parle Abulensis.
Note : Dans Nombres XXVIII, 27, d'autres victimes sont ajoutées qui étaient habituellement offertes lors de cette fête de la Pentecôte, en raison de la solennité de la fête : à savoir deux taureaux, un bélier, sept agneaux et un bouc pour le péché. Car que celles-ci soient différentes de celles prescrites ici est clair tant par d'autres indices que par le fait que là deux taureaux sont prescrits tandis qu'ici un seul : parce que ces victimes-là étaient prescrites pour la fête elle-même à proprement parler, tandis que celles-ci sont prescrites seulement pour honorer l'offrande des prémices, afin qu'avec l'offrande des prémices, ces victimes fussent données à Dieu en sacrifice. Les victimes pour la fête de la Pentecôte elle-même, ainsi que pour les autres fêtes, sont énumérées non dans ce chapitre mais dans Nombres chapitres XXVIII et XXIX (comme il est clair au lecteur). Ainsi parle Abulensis. De là Josèphe, livre III, chapitre X, énumérant toutes les victimes de la Pentecôte, dit : « Ils font des holocaustes de trois taureaux, deux béliers (la Sainte Écriture en compte trois : donc une erreur semble s'être glissée dans le nombre de Josèphe, de sorte qu'il faut substituer trois à deux), quatorze agneaux et deux boucs pour le péché. » Josèphe omet les deux agneaux offerts en sacrifices pacifiques. Radulphe, cependant, soutient que les victimes prescrites ici et celles de Nombres XXVIII sont les mêmes, et tente de résoudre la divergence tout juste citée au moyen d'un mystère. « Il n'importe pas, » dit-il, « que l'on dise deux taureaux avec un bélier ou un taureau avec deux béliers dans les holocaustes, puisque tant les pasteurs que les docteurs (qui mystiquement sont des béliers et des taureaux) sont un en raison de la concorde de la foi et de la paix, et sont compris comme deux si nous considérons la distance entre les deux peuples auxquels ils furent envoyés. » Mais ces explications ne satisfont pas au sens littéral, que Radulphe semble souvent écarter et combattre comme judaïque, à la manière d'Origène et d'autres qui sont tout entiers adonnés aux interprétations tropologiques. De plus, ces sacrifices et victimes n'appartenaient à aucun particulier, comme les pains des prémices ; ils étaient communs à tout le peuple et étaient offerts pour le peuple entier, du trésor public et aux frais communs.
ET ILS SERONT EN HOLOCAUSTE AVEC LEURS LIBATIONS. — En hébreu, « avec son offrande de farine et sa libation » ; donc notre traducteur appelle ici « libations » tout ce qui était offert avec la victime, comme l'huile, le vin, la farine, l'encens et le sel.
Verset 19 : Un bouc pour le péché
19. VOUS OFFRIREZ AUSSI UN BOUC POUR LE PÉCHÉ. — « Vous offrirez », c'est-à-dire vous sacrifierez. Pour « bouc », l'hébreu a « un bouc des chèvres », c'est-à-dire un jeune bouc, ou un chevreau. Voir ce qui a été dit au chapitre IV, verset 23.
Verset 20 : Ils reviendront à l'usage du prêtre
20. LORSQUE LE PRÊTRE LES AURA ÉLEVÉS AVEC LES PAINS, ETC., ILS REVIENDRONT À SON USAGE — comme pour dire : Lorsque les sacrifices pacifiques (car il ne parle ici que de ceux-là, non des holocaustes, puisque les holocaustes étaient entièrement brûlés pour Dieu) auront été immolés et consacrés au Seigneur, ils reviendront au prêtre. Car bien que ces offrandes revinssent autrement en grande partie à ceux qui les offraient, toutefois parce que le peuple tout entier les offrait ici, et qu'elles ne pouvaient être distribuées à tout le peuple, elles sont ici données aux prêtres.
Notons que ce qui est dit ici — que les pains des prémices offerts à la Pentecôte reviennent au prêtre — ne doit pas s'entendre comme si le prêtre officiant dans le tabernacle à la Pentecôte recevait à lui seul tous ces pains ; car puisqu'ils étaient offerts par chaque famille, ils étaient innombrables. Mais cela signifie seulement qu'il recevait ceux qu'il avait élevés et offerts au Seigneur, disons trois ou quatre ; car les autres revenaient au droit de tous et étaient répartis également entre tous les prêtres, comme les autres prémices.
Verset 21 : Vous proclamerez ce jour très célèbre et très saint
21. ET VOUS APPELLEREZ CE JOUR (de la Pentecôte) TRÈS CÉLÈBRE ET TRÈS SAINT. — « Très célèbre », c'est-à-dire très solennel et festif, de sorte que vous cessiez toute œuvre servile en ce jour ; « très saint », parce qu'il est consacré à Moi, à Mes sacrifices et à Mon culte. En hébreu on lit : « Vous proclamerez la substance de ce jour », c'est-à-dire ce jour, « une convocation sainte », c'est-à-dire festive et solennelle. Car, comme l'enseigne Josèphe au livre III, chapitre X, aucune fête chez les Juifs ne se célébrait sans holocauste et sans cessation des travaux. Et à cet égard, notre traducteur appelle cette fête « très célèbre et très sainte », comme je viens de l'expliquer.
Allégoriquement, la Pentecôte des Hébreux signifiait la Pentecôte des Apôtres, lors de laquelle l'Esprit Saint descendit sur eux par des langues de feu et promulgua la loi nouvelle à Sion. L'ayant reçu, ils commencèrent aussitôt à moissonner les régions blanches pour la moisson, comme dit saint Jean Chrysostome dans l'Homélie 2 sur les Actes, et à offrir au Seigneur deux pains de prémices, des deux peuples des Juifs et des Gentils. Et alors beaucoup de Martyrs furent immolés à Dieu : les uns comme des agneaux, c'est-à-dire les innocents ; les autres comme des béliers, c'est-à-dire les Docteurs et les chefs de l'Église ; d'autres comme des taureaux, qui autrefois avaient été orgueilleux dans le monde ; et d'autres comme des boucs, qui auparavant avaient vécu dans les souillures et la puanteur des péchés.
Tropologiquement, le nombre cinquante de la Pentecôte est un signe et un symbole de la pénitence parfaite et de la rémission des péchés, comme l'enseigne longuement saint Jérôme au début du livre II sur Isaïe. De là aussi le Psaume 50 est par excellence un psaume pénitentiel. La même chose est claire dans la cinquantième année, ou année du Jubilé, qui est l'année de la pleine rémission. Alors donc nous offrons deux pains, c'est-à-dire l'amour de Dieu et du prochain. Ainsi maintenant nous célébrons Pâques, la Pentecôte et les autres fêtes non à la manière juive, mais à la manière chrétienne, c'est-à-dire non seulement dans la lettre mais aussi dans l'esprit. Écoutons Grégoire de Nazianze, Discours 4 Contre Julien : « Célébrons les fêtes, » dit-il, « non par l'élégance du corps, ni par le changement et la magnificence des vêtements, ni par les festins et l'ivresse, dont vous avez appris que le fruit est la débauche et l'impureté, etc., mais par la pureté de l'âme, et la joie de l'esprit, et avec des lampes illuminant tout le corps de l'Église, c'est-à-dire les contemplations divines qui sont allumées sur le saint chandelier et inondent le monde entier de lumière. » Et saint Grégoire, Homélie 33 sur les Évangiles : « À quoi sert, » dit-il, « d'être présent aux fêtes des hommes, si l'on se trouve absent des fêtes des anges ? » Le même dans le Registre : « Le jour du Seigneur, » dit-il, « il faut cesser le travail terrestre et se consacrer entièrement à la prière, afin que si quelque négligence est commise pendant les six jours, elle soit expiée par les prières du jour de la résurrection du Seigneur. » Et Origène, Homélie 69 sur l'Exode : « Si tu cesses, » dit-il, « de toutes les œuvres du siècle, et ne fais rien de mondain, mais te consacres aux œuvres spirituelles, viens à l'Église, prête l'oreille aux lectures divines, pense aux choses célestes, sois soucieux de l'espérance à venir, garde le jugement futur devant tes yeux, ne regarde pas les choses présentes et visibles, mais les invisibles et futures : voilà l'observance du sabbat chrétien. » Le bienheureux Thomas More observait les fêtes avec une telle dévotion que, même lorsqu'il était seul en prison, il revêtait de meilleurs vêtements qu'on lui avait apportés. Lorsque ceux qui s'en étonnaient demandaient pourquoi, puisqu'il était seul, il faisait cela, il répondit : « J'observe les fêtes et me vêts convenablement non pour le regard des hommes, mais pour l'honneur de Dieu. » Lorsque le même eut reçu sa sentence de mort, et que l'exécution en était différée plus longtemps qu'il ne le souhaitait, enfin comme approchait la fête de la Translation de saint Thomas de Cantorbéry, il dit la veille de la fête : « Demain, je désire ardemment partir vers Dieu ; car ce jour me serait on ne peut plus convenable. » Et Dieu accorda à juste titre à Son martyr le jour qu'il désirait — un jour où l'on célèbre aussi dans l'Église la mémoire de son saint patron, dont il portait le nom, qui fut couronné du martyre pour une cause semblable ; et des saints Apôtres (car cette fête tombait dans l'octave des saints Pierre et Paul), pour la primauté desquels il versait son sang. Ainsi parle Stapleton dans sa Vie.
Anagogiquement, la Pentecôte, ou la semaine et le sabbat (c'est-à-dire la fête) des semaines, signifiait le repos universel de tous les saints au ciel, de sorte que, de même que le second jour des azymes précéda l'offrande de la gerbe d'épis, c'est-à-dire la résurrection du Christ, de même dans la septième semaine qui suit, et au cinquantième jour, tous ceux qui ont adhéré au Christ par la foi et l'amour sont rassemblés auprès de Lui comme auprès de leur chef, destinés à avoir avec Lui le repos éternel, et alors ils offriront deux pains de prémices, à savoir la gloire de l'âme et du corps, et les consacreront à Dieu et à Ses louanges éternelles. Ainsi parle Radulphe.
Verset 22 : Vous ne la couperez pas jusqu'au sol
22. VOUS NE LA COUPEREZ PAS (la terre) JUSQU'AU SOL — vous ne la moissonnerez pas entièrement, afin de laisser quelque chose aux pauvres à glaner. Voyez ce qui a été dit au chapitre 19, verset 9.
Verset 24 : La fête des Trompettes
24. AU SEPTIÈME MOIS, LE PREMIER JOUR DU MOIS, VOUS AUREZ UN SABBAT (c'est-à-dire une fête solennelle) EN MÉMORIAL, AVEC LE SON DES TROMPETTES. — C'est la quatrième fête, à savoir la fête des Trompettes, le premier jour du mois de Tishri, c'est-à-dire septembre.
Note : Le nombre sept était sacré chez les Hébreux. Car premièrement, le septième jour était festif et constituait le sabbat ; deuxièmement, la septième semaine de jours était la Pentecôte ; troisièmement, le septième mois était en grande partie sacré, et, comme le dit Origène dans l'Homélie 23 sur les Nombres, il était comme un sabbat des mois, de même que le septième jour était un sabbat des jours : car au septième mois, on célébrait quatre, ou plutôt cinq fêtes, à savoir la Néoménie, les Trompettes, l'Expiation, les Tabernacles (et cela pendant sept jours), et l'Assemblée ou Collecte. Quatrièmement, la septième année était une année sacrée de liberté et de rémission, et de repos pour la terre. Cinquièmement, la septième semaine d'années, c'est-à-dire la cinquantième année, était entièrement festive et constituait le jubilé.
LE PREMIER JOUR DU MOIS — il y avait donc une double fête ce jour-là : premièrement, la néoménie ou nouvelle lune, à partir de laquelle ils commençaient le mois, car le premier jour du mois était la nouvelle lune ; deuxièmement, les Trompettes. C'est pourquoi ils offraient aussi des sacrifices doubles ce jour-là, tant ceux de la néoménie que ceux des Trompettes, comme il ressort de Nombres 29, 1 et suivants.
UN MÉMORIAL AVEC LE SON DES TROMPETTES. — En hébreu, « un mémorial de retentissement », ou, comme le portent les Septante, « de trompettes ». Les Hébreux et les Latins rapportent que la fête des trompettes fut instituée en mémoire du patriarche Isaac, libéré du sacrifice et du glaive de son père Abraham, et du bélier substitué à sa place (Genèse 22, 11), et que pour cette raison, en ce jour, on avait coutume de sonner des cornes de bélier, bien que l'on sonnât aussi des trompettes d'argent le même jour pour la néoménie et les sacrifices, comme il est prescrit dans Nombres 10, 10. Les Hébreux rapportent même qu'Isaac fut libéré de ce sacrifice ce jour précis, à savoir le premier du septième mois. Le retentissement était donc un mémorial de la libération d'Isaac, et en même temps une prière tacite pour que Dieu se souvînt d'eux aussi, et que, de même qu'il avait libéré Isaac, il libérât aussi ses descendants des périls de la mort.
Mystiquement, le septième mois est le temps de la grâce, à savoir de la loi nouvelle, dans lequel les sept esprits de Dieu ont été envoyés sur toute la terre (Apocalypse 5), et nous recevons aussi la grâce et l'esprit septiforme du Saint-Esprit : sa première festivité est la joie du retentissement et des trompettes, c'est-à-dire de la prédication des Apôtres (car ils retentirent à travers le monde entier comme de célestes trompettes) et de la conversion des Gentils. Ainsi parlent Origène, Radulphe et Hésychius. Car le Christ, sur le point de quitter ce monde pour aller vers le Père, les envoya sonner de la trompette à travers le monde entier, en disant : « Allez dans le monde entier, et prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Matthieu, dernier chapitre). Se souvenant de ce commandement, les saints Pierre et Jean, quand on leur ordonna de se taire, répondirent : « S'il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu, jugez-en vous-mêmes. Car nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4).
Le diacre Benjamin, retenu en prison pendant deux ans, lorsqu'il fut libéré à la condition de ne plus prêcher l'Évangile de Dieu, se souvenant de sa vocation, dit : « Je ne puis ni ne dois enfouir en terre le talent de la foi qui m'a été confié. » Théodoret en témoigne au livre 5, chapitre 28.
Saint François demanda à ses frères : « Que vous semble-t-il plus judicieux : que je me consacre à la prière, ou plutôt à la prédication ? » Après avoir énuméré les avantages des deux côtés, il conclut finalement : « Néanmoins, notre Rédempteur a surtout voulu recommander aux siens l'office de la prédication, puisqu'il a lui-même vécu parmi les pécheurs ; comme nous devons marcher sur ses traces, il sera plus utile et plus agréable à Dieu de quitter le repos pour nous mettre au labeur. » Et c'est ce qu'il fit. Ainsi le rapporte saint Bonaventure dans sa Vie, livre 1, chapitre 12.
De là saint Thomas, IIIe partie, Question 67, article 1 : « Prêcher, dit-il, est l'acte le plus principal, propre à l'Évêque, et plus digne que baptiser. » Le même, dans son commentaire sur 1 Corinthiens, chapitre 9 : « Le prédicateur, dit-il, porte huit noms dans l'Écriture, à savoir Soldat, Vigneron, Pasteur, Bœuf, Laboureur, Batteur de grain, Semeur et Architecte du temple. »
De là aussi Isaïe, chapitre 52, dit : « Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent les biens ! » Saint Augustin appelle le prédicateur un Ange. Saint Grégoire, Homélie 3 sur Ézéchiel : « La vie des prédicateurs, dit-il, retentit et brûle tout à la fois. Elle brûle de désir, elle retentit par la parole. L'airain incandescent est donc une prédication enflammée ; mais de l'airain incandescent jaillissent des étincelles, parce que de leurs exhortations procèdent des paroles enflammées aux oreilles des auditeurs. C'est donc à juste titre que les paroles des prédicateurs sont appelées étincelles, parce qu'elles embrasent ceux qu'elles touchent au cœur. »
Le même, au livre 30 des Morales, expliquant Job 39, 1 : « Connais-tu le temps de l'enfantement des bouquetins sur les rochers ? » — « Il est nécessaire, dit-il, que les prédicateurs soient fermes dans les préceptes, compatissants envers les faibles, terribles dans les menaces, doux dans les exhortations, humbles dans la manifestation de leur magistère, dominants dans le mépris des choses temporelles, et inflexibles dans l'endurance des adversités. »
Saint Clément, au livre 8 des Reconnaissances, compare les prédicateurs aux rayons du soleil, qui illuminent le monde et rendent toutes choses visibles.
En outre, l'Ecclésiaste lui-même enseigne quelle doit être cette trompette et cette prédication, au chapitre 12, verset 11 : « Les paroles des sages sont comme des aiguillons, et comme des clous enfoncés profondément ; » sur quoi Olympiodore dit : « De même que les aiguillons piquent les bœufs et les pressent de creuser un sillon avec la charrue, ainsi les paroles des Théologiens nous stimulent, nous qui labourons avec une bonne espérance, à creuser un sillon spirituel, afin que, le champ de notre cœur une fois purifié, nous y plantions les belles pousses de la vertu. Elles sont aussi semblables à des clous incandescents et brûlants, qui s'enfoncent plus profondément et plus facilement dans le bois : car ainsi les paroles des sages s'enfoncent plus profondément dans les recoins les plus intimes de notre entendement. » Et saint Jérôme dit : « Les paroles des sages sont dites piquer, non caresser, ni attirer les larmes d'une main douce ; mais infliger aux égarés les douleurs et la blessure d'une lente repentance. Si donc le discours de quelqu'un ne pique pas mais procure du plaisir aux auditeurs, ce discours n'est pas sage. » Le même à Népotien : « Quand tu enseignes, dit-il, dans l'Église, que ce ne soit pas la clameur du peuple mais ses gémissements qui s'élèvent : que les larmes de tes auditeurs soient tes louanges. » Et ailleurs : « Celui-là est docteur ecclésiastique qui provoque les larmes, non le rire ; qui reprend les pécheurs ; qui n'appelle personne bienheureux, personne heureux. »
Qui que tu sois donc, ô prédicateur, qui que tu sois en tant que trompette, ou plutôt en tant que bouche de Dieu, « crie, ne cesse pas, élève ta voix comme une trompette, et annonce à mon peuple ses transgressions, et à la maison de Jacob ses péchés » (Isaïe 58, 1).
Verset 27 : Le jour des Expiations
27. LE DIXIÈME JOUR DE CE SEPTIÈME MOIS SERA LE JOUR DES EXPIATIONS. — C'est la cinquième fête, yom kippurim, c'est-à-dire de l'expiation ou de la propitiation, lors de laquelle se faisait l'expiation des péchés du peuple commis au cours de toute l'année, par le jeûne et les sacrifices, et c'est pourquoi le grand prêtre expiait non seulement le peuple, mais aussi le Lieu Saint lui-même, et le Saint des Saints, par les cérémonies qui furent prescrites au chapitre 16. Voyez ce qui y a été dit. C'était un jour très saint : aussi n'était-il pas permis d'y cuire des aliments, pas plus que le jour du sabbat, comme il ressort du verset 30.
VOUS AFFLIGEREZ VOS ÂMES — par le jeûne et les autres choses exposées au chapitre 16, verset 29.
Verset 32 : Un sabbat de repos — du soir au soir
32. C'est un sabbat de repos — comme s'il disait : c'est une fête, et un repos de toute manière, lors duquel on doit absolument cesser tout travail, même non servile, comme la cuisson des aliments.
VOUS AFFLIGEREZ VOS ÂMES LE NEUVIÈME JOUR DU MOIS. — À savoir dès le soir, ou dès le coucher du soleil du neuvième jour, jusqu'au soir du dixième jour ; car, comme il suit :
Verset 33. DU SOIR AU SOIR VOUS CÉLÉBREREZ VOS SABBATS (fêtes) — à savoir d'un coucher de soleil à l'autre, c'est-à-dire quand l'étoile de Vénus commence à apparaître (comme le rapportent les Hébreux), laquelle est appelée vesper, vesperugo et hesperus. C'est pourquoi le mot « soir » (vespera) reçut son nom de cette étoile, dit Isidore au livre 5 des Étymologies, chapitre 3 — comme s'il disait : De peur que cette affliction du jour de l'expiation ne soit jugée reportée comme importune et pénible au dixième jour lui-même, je décrète et ordonne que vous la commenciez, comme pour les autres fêtes, dès le soir du neuvième jour précédent. Le texte hébreu, le chaldéen et celui des Septante le signifient plus clairement, car on y trouve une distinction plus explicite, de même que dans les éditions romaines et autres éditions latines corrigées. C'est pourquoi aussi l'Église chrétienne, en ce qui concerne l'office ecclésiastique, célèbre les fêtes du soir au soir ; car voici ce qui est décrété au chapitre 1 « Des fêtes » dans les Décrétales : « Nous décrétons que tous les dimanches soient observés du soir au soir avec toute révérence ; » toutefois, pour le peuple, les fêtes furent prescrites de minuit à minuit.
Verset 34 : La fête des Tabernacles
34. À PARTIR DU QUINZIÈME JOUR DE CE SEPTIÈME MOIS SERA LA FÊTE DES TABERNACLES PENDANT SEPT JOURS POUR LE SEIGNEUR. — C'est la sixième fête, à savoir celle des Tabernacles pendant sept jours, qui en grec est appelée scénopégie, du fait de dresser des tentes ; car skènè signifie « tabernacle » et pègè signifie « fixation » ou « assemblage ». Car il est risible ce que pensent Abulensis et Radulphe, à savoir que scénopégie dériverait de phagia, c'est-à-dire « manger », et de koinè, c'est-à-dire « commun », au motif qu'en cette fête les Juifs mangeraient en public ou dans un lieu commun.
Cette fête fut instituée en mémoire de la protection divine qui abrita si bien les Hébreux dans le désert qu'ils vécurent sans maisons, sous des tentes, pendant quarante ans, en hiver comme en été. C'est pourquoi cette fête ne fut jamais célébrée dans le désert, parce que là s'accomplissait la réalité même de la chose, et c'était comme une fête continue des Tabernacles, pour ainsi dire ; mais par la suite, elle fut célébrée annuellement en sa mémoire en Canaan, de sorte que, en partie dans la ville — dans les cours, les espaces extérieurs, les rues, les jardins, et même sur les terrasses, c'est-à-dire les toits des maisons, comme il ressort de Néhémie 8, 16 — et en partie hors de la ville quand cela était sûr, ils construisaient des tentes de bois ou de poteaux, autour desquels les uns drapaient des branches, les autres des peaux et du tissu de lin, comme on fait pour les tentes militaires, et ils y demeuraient pendant sept jours. Car lorsque les Hébreux de toute la Judée se rassemblaient à Jérusalem pour cette fête, et que chaque famille construisait sa propre tente, comme le dit Josèphe au livre 3 des Antiquités, chapitre 10, il était impossible d'en construire assez dans la ville pour suffire à tous. Et il est vraisemblable que les tentes étaient disposées de manière à former une sorte de ville, chaque famille habitant séparément, et toutes distinguées et ordonnées le long de rues et de places ; car c'est ainsi qu'ils avaient fait lorsqu'ils erraient à travers le désert, et c'était précisément cette réalité dont ils rappelaient alors la mémoire.
En second lieu, cette fête fut instituée à la fin de l'année, à savoir en septembre, après que toutes les récoltes eurent été engrangées, afin qu'ils rendissent grâces au Seigneur pour celles-ci, et c'est pourquoi tous les mâles étaient tenus de se rendre au temple pour cette fête et d'offrir leurs dons, comme il est prescrit dans Exode 23, 14 et suivants. Pour les holocaustes et les victimes qui étaient immolées chacun de ces sept jours, voir Nombres 29, 12. Enfin, le septième jour de cette fête, les Hébreux faisaient le tour de l'autel sept fois, portant des branches, en mémoire de la prise de Jéricho par Josué avec un septuple circuit (Josué 6, 16).
Verset 36 : Le huitième jour — l'Assemblée et la Collecte
36. LE HUITIÈME JOUR AUSSI SERA TRÈS CÉLÈBRE : CAR C'EST UNE ASSEMBLÉE ET UNE COLLECTE. — C'est la septième fête, celle de l'Assemblée et de la Collecte, qui était comme une octave de la fête des Tabernacles. C'était une fête solennelle, d'où saint Jean (chapitre 7, 37) l'appelle « le grand jour de la fête ».
Notons que cette fête est appelée « assemblée et collecte », non pas tant d'argent ou d'aumônes, comme le veulent Abulensis, Lyranus, Cajétan et Oléastre, mais d'hommes et de peuple, qui se rassemblaient le huitième jour dans le tabernacle, puis plus tard dans le temple, afin que, réunis ensemble, ils rendissent grâces à Dieu par des sacrifices solennels — parce qu'après cette longue pérégrination dans le désert, toutes les tribus étaient arrivées saines et sauves en terre promise, comme à leur destination et demeure, et la possédaient en paix. Pour une raison semblable, le septième jour des azymes est appelé jour d'assemblée et de collecte, parce que tous se réunissaient ce jour-là pour rendre grâces à Dieu de les avoir rassemblés alors qu'ils étaient dispersés dans la servitude d'Égypte, et de les en avoir fait sortir ensemble. Que l'on parle ici de la collecte non d'argent mais de peuple, et que c'est de là que la fête reçut le nom d'assemblée ou de collecte, cela est clair : premièrement, parce qu'en hébreu cette fête est appelée atseret, qui signifie une assemblée ou une congrégation, non d'argent, mais de peuple ; deuxièmement, parce que le chaldéen rend très clairement ce mot atseret par kenisin tehon, c'est-à-dire « vous serez rassemblés » ; troisièmement, parce que les Septante rendent toujours ce mot par exodion — or l'exodion, comme en témoigne Théodoret (Question 32), indique la fin des festivités ; et l'exodion, chez Tite-Live (livre 7), Juvénal (Satire 6), Pollux (livre 4), Suidas et d'autres, était un chant que l'on chantait à la conclusion de quelque chose, en particulier d'une comédie ou d'une représentation théâtrale. « La jeunesse, dit Tite-Live, ayant abandonné la représentation de pièces par les acteurs, se mit elle-même, à l'ancienne manière, à lancer entre eux des plaisanteries tissées en vers, qui à partir de là furent appelées exodes et furent associées aux pièces, principalement aux farces atellanes. » D'où, par allusion à cela, les Septante appelèrent cette fête un exodion, parce qu'elle concluait la solennité de la fête des Tabernacles par une action de grâces publique et commune et des acclamations, après quoi, quittant les tabernacles, chacun retournait dans ses propres demeures et villes. Quatrièmement, parce que le roi Salomon fit un rassemblement semblable, non d'argent (car il était lui-même très riche et très généreux), mais du peuple, lors de l'octave de la dédicace du temple (2 Chroniques 7, 9). Je ne nie pas cependant que, lors de cette fête, une collecte d'argent pût être faite pour le temple et les ministres de Dieu avant le départ du peuple ; mais cela pouvait se faire aussi lors d'autres fêtes, et surtout le septième jour des azymes. Or cette fête n'est pas appelée Assemblée ou Collecte pour cette raison, et tel n'était pas le but principal de cette fête.
Versets 37-38 : Outre les sabbats du Seigneur
37 et 38. Et vous offrirez parmi eux des oblations au Seigneur, DES HOLOCAUSTES, OUTRE LES SABBATS DU SEIGNEUR ET VOS DONS — comme s'il disait : Ces sacrifices que j'ai décrits, vous les offrirez à chaque fête, outre les sacrifices qui sont offerts le jour du sabbat, à savoir quatre agneaux, dont deux sont offerts le matin et deux le soir en holocauste le jour du sabbat, comme il ressort de Nombres 28, 9 ; de même outre vos dons et vos vœux, c'est-à-dire outre les victimes que vous offrez volontairement ou par vœu.
Verset 40 : Fruits, palmes, branches et saules
40. ET VOUS PRENDREZ POUR VOUS LE PREMIER JOUR (de la fête des Tabernacles, comme il a été dit précédemment) DES FRUITS DU PLUS BEL ARBRE, ET DES BRANCHES DE PALMIERS, ET DES RAMEAUX D'ARBRES AU FEUILLAGE TOUFFU, ET DES SAULES DU TORRENT, ET VOUS VOUS RÉJOUIREZ DEVANT LE SEIGNEUR. — Note : Lors de la fête des Tabernacles, il est commandé aux Juifs de porter dans leurs mains des branches ou des fruits de quatre arbres : premièrement, « du plus bel arbre », c'est-à-dire du cédratier. Ainsi le Chaldéen. C'est pourquoi Josèphe appelle les fruits de cet arbre des pommes de Perse ; car les fruits du cédratier, selon Dioscoride, sont appelés persiques et médiques, parce qu'ils furent apportés en Italie de Perse et de Médie, comme l'atteste Pline. Que cet arbre fût le cédratier est aussi enseigné par Rabbi Moïse l'Égyptien (Maïmonide), au livre 3 des Morales, chapitre 44.
On objectera : saint Jérôme, dans son commentaire sur Zacharie, chapitre 14, dit que c'était un cèdre. Je réponds : Par cèdre, il entend le cédratier ; car les cédrats sont aussi appelés cedromela, comme qui dirait « pommes de cèdre », comme en témoigne Dioscoride ci-dessus.
Deuxièmement, « des branches », c'est-à-dire des branches de palmier. Ainsi les Septante.
Troisièmement, « des rameaux d'arbres au feuillage touffu », c'est-à-dire du myrte. Ainsi parlent Josèphe, le Chaldéen, et Rabbi Moïse ci-dessus.
Quatrièmement, « des branches de saule ». Les Hébreux étaient donc tenus de porter des branches de ces quatre arbres beaux, longtemps verdoyants et parfumés (car le cédratier et le myrte sont d'agréable odeur) pendant la fête des Tabernacles, afin de se souvenir qu'ils avaient été transférés du désert dans une terre fertile abondant en arbres excellents ; de les porter, dis-je, non seulement le premier jour de la fête, comme le pensait Abulensis, mais pendant les sept jours consécutifs de la fête ; car voici ce qui est dit ici : « Vous célébrerez la solennité pendant sept jours. » Et c'est ainsi que l'ont compris Rabbi Moïse, Burgensis, Ribera et d'autres ; et cela afin que, par les sept jours, il fût signifié que les Hébreux avaient demeuré de nombreuses années dans le désert, et que de là leur était venu la pleine joie en terre promise ; car voici ce qui suit :
ET VOUS VOUS RÉJOUIREZ DEVANT LE SEIGNEUR — comme s'il disait : Portant ces branches et ces fruits, vous danserez dans le sanctuaire devant le Seigneur. Car les anciens avaient coutume de célébrer leurs fêtes par des danses, comme il ressort de 2 Samuel 6, 14, d'Exode 32, 19 et d'Exode 19, 20. Ainsi parle Abulensis, qui ajoute aussi : « Certains disent que, quand les Juifs avaient ces branches en main, ils y avaient aussi des fruits attachés, et qu'ainsi ils bondissaient en élevant et abaissant ces fruits dans toutes les directions ; par quoi ils signifiaient que cela était pour la louange de Dieu, qui était Seigneur de toutes les positions du monde. » Quelque chose de semblable se faisait dans la terouma, ou offrande des prêtres, comme j'en ai traité à Exode 29, 24 et Lévitique 7, 30.
Interprétation mystique des fêtes
Mystiquement, le septième mois est le temps de la grâce ; sa première fête est celle des Trompettes, c'est-à-dire la prédication des Apôtres ; la deuxième est l'Expiation, c'est-à-dire la pénitence et le mépris des voluptés séductrices, auxquels doivent s'appliquer tous ceux qui sont véritablement convertis à Dieu ; la troisième est celle des Tabernacles, parce que le troisième degré de la vie chrétienne est de vivre ici-bas comme sous une tente pendant sept jours, c'est-à-dire pendant toute la vie, de sorte que nous usions des choses de ce monde autant qu'il est nécessaire et pas davantage, et que de tout notre esprit nous nous hâtions à travers le désert de ce monde vers les demeures célestes, afin de dire avec le Psalmiste : « Je suis un étranger et un pèlerin, comme tous mes pères » ; « car Abraham habita sous des tentes, avec Isaac et Jacob, cohéritiers de la même promesse. » Voyez ce qui a été dit à Hébreux 11, 9-10. Elle est célébrée le quinzième jour, quand la lune commence à décroître, parce que celui qui reconnaît que les biens de ce monde sont fugaces et périssables (dont la lune est le symbole) se hâte vers les choses éternelles. Pendant ses sept jours, nous offrons continuellement des holocaustes, parce que nous nous consacrons tout entiers, nous et tout ce qui est nôtre, à Dieu.
Nous portons premièrement le cédrat, qui est de couleur dorée, c'est-à-dire la charité ardente, par laquelle nous nous dévouons tout entiers à la gloire de Dieu et au bien de nos frères ; deuxièmement, des branches de palmier, parce que, comme des vainqueurs, nous foulons aux pieds toutes les choses terrestres, car notre conversation est dans les cieux ; troisièmement, l'arbre au feuillage touffu, à savoir le myrte, c'est-à-dire la densité parfumée de toutes les vertus et leur exercice continuel ; quatrièmement, des branches de saule verdoyant, parce que nous devons persévérer avec une ferme stabilité dans notre état et la verdeur de nos vertus ; celles-ci sont prises du torrent, parce que si nous ne méditons pas fréquemment la loi de Dieu et n'implorons pas la grâce de Dieu, cette vigueur de l'âme se flétrira en nous. Voyez Psaume 1, 3. Celui qui fait ces choses se réjouira devant le Seigneur, et mènera toujours en lui une vie joyeuse.
De plus, saint Jérôme, dans son commentaire sur Zacharie, chapitre 14, prend le plus bel arbre pour la sagesse, les palmes pour la victoire, le myrte pour la mortification, et les saules pour la chasteté. Car « les médecins et les naturalistes rapportent, dit-il, que si quelqu'un boit de la fleur de saule mêlée à de l'eau, toute chaleur se refroidit en lui, et la veine de la concupiscence se tarit, de sorte qu'il ne peut plus engendrer d'enfants. » Ornés et en même temps armés de ces choses dans les tabernacles de cette vie, nous tendons vers notre demeure préparée dans les cieux. Les saules, donc, tout comme la laitue, le gattilier (agnus castus), etc., diminuent l'humeur vénérienne, et nourrissent et allument la chasteté.
La quatrième fête, suivant et concluant la fête des Tabernacles, à savoir son octave, est la fête de l'Assemblée et de la Collecte ; elle signifie l'octave de la résurrection, quand, quittant ces tabernacles, nous serons rassemblés au conseil et à la congrégation des Saints dans les cieux, dont le Psalmiste chante : « Bienheureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur ; ils vous loueront dans les siècles des siècles. » Alors nous ne ferons aucune œuvre servile, parce qu'alors cessera tout péché, et aussi toute peine et toute douleur ; nous offrirons un holocauste au Seigneur, parce que de toutes nos forces et de tout l'élan de notre âme nous contemplerons et aimerons Dieu : car là nous accomplirons cette parole : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ta force » ; et cette autre : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. » Ainsi parle Radulphe, et en partie Hésychius, et d'après eux Ribera, livre 5 Du Temple, chapitres 10 et suivants.
Application allégorique à la Nativité du Christ
Allégoriquement aussi, Rupert applique avec à-propos et élégance ces choses à la fête de la Nativité du Christ Seigneur. Car de même que la pâque et la pentecôte des Juifs, dit-il, signifiaient la pâque et la pentecôte des chrétiens, ainsi la fête des Tabernacles, qui était célébrée à la fin de l'année, signifiait la fête de la Nativité du Seigneur, qui est célébrée à la fin de l'année. Car alors, dans la joie, nous recueillons le fruit de notre terre virginale, c'est-à-dire de la Bienheureuse Marie — à savoir le Christ à Bethléem — et le fruit du plus bel arbre, c'est-à-dire le Fils de la Vierge immaculée, nous l'offrons et le recevons trois fois dans l'Eucharistie. Car le Christ est né dans une étable et une hôtellerie, afin de demeurer ici parmi nous comme sous un tabernacle, et de nous conduire d'ici vers la patrie céleste ; et les palmes sont aussi présentes : car cette fête du Christ est accompagnée et suivie du martyre et de la victoire de saint Étienne ; et l'arbre au feuillage touffu est présent, à savoir saint Jean répandant de denses et très profonds mystères ; et les petits innocents sont présents, qui, comme des saules du torrent n'ayant pas de fruit d'œuvres, s'élancèrent soudain par la seule grâce de Dieu vers la verdure de la patrie éternelle et du paradis céleste.