Cornelius a Lapide
(Jacob obtient la bénédiction)
Synopsis du chapitre
Jacob, par ruse, dérobe à son frère la bénédiction de son père ; c'est pourquoi Ésaü le menace de mort : sur quoi sa mère conseille à Jacob de fuir à Haran. Apprends donc par là que le dessein, la promesse et l'élection de Dieu sont fermes, par lesquels il avait dit au chapitre 25, verset 23 : L'aîné servira le plus jeune, et qu'aucun conseil humain ne peut les renverser.
Texte de la Vulgate
1. Or Isaac avait vieilli, et ses yeux s'étaient obscurcis, et il ne pouvait plus voir : et il appela Ésaü son fils aîné, et lui dit : Mon fils ! Il répondit : Me voici. 2. Son père lui dit : Tu vois que j'ai vieilli, et j'ignore le jour de ma mort. 3. Prends tes armes, ton carquois et ton arc, et sors dehors ; et lorsque tu auras pris quelque chose à la chasse, 4. prépare-m'en un mets savoureux comme tu sais que je l'aime, et apporte-le-moi afin que je mange, et que mon âme te bénisse avant que je meure. 5. Rébecca ayant entendu cela, et lui étant allé dans les champs pour exécuter l'ordre de son père, 6. elle dit à son fils Jacob : J'ai entendu ton père parler avec ton frère Ésaü et lui dire : 7. Apporte-moi de ta chasse, et prépare-moi un mets afin que je mange, et que je te bénisse devant le Seigneur avant que je meure. 8. Maintenant donc, mon fils, acquiesce à mon conseil : 9. va au troupeau et apporte-moi deux chevreaux des meilleurs, afin que j'en prépare les mets pour ton père, dont il se nourrit volontiers : 10. et lorsque tu les lui auras apportés et qu'il aura mangé, il te bénira avant qu'il meure. 11. Il lui répondit : Tu sais que mon frère Ésaü est un homme velu, et moi un homme lisse : 12. si mon père me touche et s'en aperçoit, je crains qu'il ne pense que j'ai voulu me moquer de lui, et que je n'attire sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction. 13. Sa mère lui dit : Que cette malédiction soit sur moi, mon fils : écoute seulement ma voix, va et apporte ce que j'ai dit. 14. Il alla, les apporta et les donna à sa mère. Elle prépara les mets, comme elle savait que son père les aimait. 15. Et elle le revêtit des vêtements très précieux d'Ésaü, qu'elle avait chez elle à la maison : 16. et elle entoura ses mains de petites peaux de chevreaux, et couvrit les parties nues de son cou. 17. Et elle lui donna les mets et les pains qu'elle avait cuits. 18. Lorsqu'il les eut apportés, il dit : Mon père ! Et celui-ci répondit : J'écoute. Qui es-tu, mon fils ? 19. Et Jacob dit : Je suis ton premier-né Ésaü : j'ai fait comme tu me l'as commandé : lève-toi, assieds-toi et mange de ma chasse, afin que ton âme me bénisse. 20. Et Isaac dit encore à son fils : Comment as-tu pu trouver si vite, mon fils ? Il répondit : C'est la volonté de Dieu que ce que je voulais vînt vite à ma rencontre. 21. Et Isaac dit : Approche-toi, que je te touche, mon fils, et que j'éprouve si tu es mon fils Ésaü ou non. 22. Il s'approcha de son père, et celui-ci l'ayant palpé, Isaac dit : La voix est bien la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d'Ésaü. 23. Et il ne le reconnut pas, parce que les mains velues reproduisaient la ressemblance de l'aîné. Le bénissant donc, 24. il dit : Tu es mon fils Ésaü ? Il répondit : Je le suis. 25. Alors il dit : Apporte-moi de la nourriture de ta chasse, mon fils, afin que mon âme te bénisse. Lorsqu'il eut mangé ce qui lui fut offert, il lui présenta aussi du vin ; et quand il l'eut bu, 26. il lui dit : Approche-toi de moi, et donne-moi un baiser, mon fils. 27. Il s'approcha et l'embrassa. Et aussitôt qu'il sentit le parfum de ses vêtements, le bénissant, il dit : Voici, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ en pleine floraison, que le Seigneur a béni. 28. Que Dieu te donne de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, l'abondance du froment et du vin ; 29. et que les peuples te servent, et que les tribus se prosternent devant toi : sois le seigneur de tes frères, et que les fils de ta mère s'inclinent devant toi. Que celui qui te maudira soit maudit, et que celui qui te bénira soit comblé de bénédictions. 30. À peine Isaac avait-il achevé de parler, et Jacob étant sorti, Ésaü arriva. 31. Et il apporta à son père la nourriture préparée de sa chasse, disant : Lève-toi, mon père, et mange de la chasse de ton fils, afin que ton âme me bénisse. 32. Et Isaac lui dit : Qui es-tu donc ? Il répondit : Je suis ton fils premier-né Ésaü. 33. Isaac fut frappé d'un violent saisissement : et s'étonnant au-delà de ce qu'on peut croire, il dit : Qui est donc celui qui naguère m'a apporté le gibier qu'il avait pris, et j'ai mangé de tout avant que tu vinsses ? Je l'ai béni, et il sera béni. 34. Ésaü, ayant entendu les paroles de son père, rugit d'un grand cri, et consterné, dit : Bénis-moi aussi, mon père. 35. Celui-ci dit : Ton frère est venu par ruse, et a pris ta bénédiction. 36. Et il répliqua : C'est à juste titre que son nom est appelé Jacob : car il m'a supplanté cette seconde fois : il m'a d'abord enlevé mon droit d'aînesse, et maintenant il m'a dérobé ma bénédiction. Et de nouveau à son père : Ne m'as-tu pas réservé, dit-il, une bénédiction à moi aussi ? 37. Isaac répondit : Je l'ai établi ton seigneur, et j'ai soumis tous ses frères à sa servitude : je l'ai affermi avec le froment et le vin, et après cela, mon fils, que puis-je encore faire pour toi ? 38. Ésaü lui dit : N'as-tu qu'une seule bénédiction, père ? Je t'en supplie, bénis-moi aussi. Et comme il pleurait avec de grands gémissements, 39. Isaac, ému, lui dit : Dans la graisse de la terre et dans la rosée du ciel d'en haut 40. sera ta bénédiction. Tu vivras par l'épée, et tu serviras ton frère ; et le temps viendra où tu secoueras et détacheras son joug de ton cou. 41. Ésaü haïssait donc toujours Jacob à cause de la bénédiction dont son père l'avait béni, et il dit en son cœur : Les jours de deuil pour mon père viendront, et je tuerai mon frère Jacob. 42. Ces choses furent rapportées à Rébecca ; qui, envoyant chercher et appelant son fils Jacob, lui dit : Voici, ton frère Ésaü menace de te tuer. 43. Maintenant donc, mon fils, écoute ma voix, lève-toi et fuis chez mon frère Laban, à Haran ; 44. et tu demeureras avec lui quelques jours, jusqu'à ce que la fureur de ton frère s'apaise, 45. et que son indignation cesse, et qu'il oublie ce que tu lui as fait : ensuite j'enverrai et je te ferai revenir ici ; pourquoi serais-je privée de mes deux fils en un seul jour ? 46. Et Rébecca dit à Isaac : La vie m'est à charge à cause des filles de Heth ; si Jacob prend une femme de la souche de cette terre, je ne veux pas vivre.
Verset 1 : Isaac avait vieilli
OR ISAAC AVAIT VIEILLI. Isaac, en cette année où Jacob déroba la bénédiction à son frère, avait 137 ans, tandis qu'Ésaü et Jacob en avaient 77. Car en cette année 77, Jacob, aussitôt après avoir dérobé la bénédiction de son frère et craignant sa colère, s'enfuit en Mésopotamie sur le conseil de sa mère. Cela est évident du fait que Joseph naquit en l'an 91 de la vie de Jacob. Or Joseph naquit 14 ans après la fuite de son père en Mésopotamie, c'est-à-dire après que Jacob eut servi Laban pendant 14 ans pour Rachel et Léa, comme je le démontrerai au chapitre 30, verset 25. Cette fuite de Jacob eut donc lieu en l'an 77 de sa vie ; car de cette année 77 à l'année 91, où naquit Joseph, il s'écoule précisément les 14 années déjà mentionnées. Ainsi Eusèbe, livre 9 de la Préparation, chapitre 4. Voir Abulensis ici, Question 1, et Pererius dans la préface de ce chapitre. Après cela, Isaac vécut encore 43 ans ; car il mourut en l'an 180 de son âge.
ET SES YEUX S'ÉTAIENT OBSCURCIS, tant par la vieillesse que par de fréquentes maladies, dit saint Augustin, livre 16 de La Cité de Dieu, chapitre 30.
Remarque ici la longue patience d'Isaac ; car il endura la cécité pendant 44 ans, à savoir de l'an 137 de son âge (comme je l'ai dit ci-dessus) jusqu'à l'an 180, où il mourut. Sainte Synclétique dit excellemment dans les Vies des Pères : « Si la maladie nous survient, ne nous attristons pas, car elle nous profite pour la destruction des désirs du corps. Si nous perdons nos yeux, ne le supportons pas lourdement, car nous avons perdu l'instrument de l'orgueil. Si nous sommes devenus sourds, ne nous affligeons pas, car nous avons perdu l'ouïe vaine. »
D'où, au même endroit, un autre saint anachorète dit : « La plus haute forme de religion est que dans la maladie on rende grâces à Dieu : car de même que la maladie du corps est guérie par un remède puissant et fort, de même par la maladie du corps les vices du cœur sont émoussés. Si tu es du fer, tu perds ta rouille par le feu de la tribulation ; si de l'or, tu deviens plus splendide et plus pur : c'est pourquoi les saints Pères désiraient toujours être dans la maladie. »
Au même endroit, Polémon, compagnon du bienheureux Pacôme, lorsqu'il était gravement affligé de douleurs de la rate, et que les frères lui demandaient de laisser appliquer quelque remède, répondit : « Si les martyrs du Christ, les uns déchirés en morceaux, les autres décapités, d'autres brûlés par le feu, ont néanmoins enduré courageusement jusqu'à la fin pour la foi : pourquoi moi, cédant avec impatience à de petites douleurs, rejetterais-je les récompenses de la patience, et reculerais-je vainement devant des afflictions momentanées par désir de la vie présente ? »
Au même endroit, on lit au sujet de Didyme (qui fut aveugle pendant quatre-vingts ans, et pourtant très versé dans la Sainte Écriture, d'où saint Jérôme l'appelle son « voyant »), que, interrogé par saint Antoine s'il était attristé de ce qu'il manquait d'yeux, et ne l'ayant pas nié, il entendit d'Antoine : « Je m'étonne qu'un homme sage s'afflige de la perte d'une chose que les fourmis et les puces possèdent, et ne se réjouisse pas plutôt de la possession de celle que seuls les saints et les Apôtres ont méritée : car il est bien meilleur de voir par l'esprit que par la chair, et de posséder ces yeux dans lesquels un fétu de péché ne peut tomber, plutôt que ceux qui, par la seule vue, par la concupiscence, peuvent envoyer les hommes à la ruine de l'enfer. »
D'où le bienheureux Pierre, abbé de Clairvaux, lorsqu'il eut perdu un œil par la force d'une maladie, dit avec un seul œil : « J'ai échappé à l'un de mes ennemis, et je crains davantage celui qui reste que celui que j'ai perdu. » D'où aussi certains philosophes s'arrachèrent les yeux, de peur que l'esprit ne fût distrait, mais rassemblé tout entier pût se consacrer à la contemplation ; et parmi les fidèles, nous lisons que saint Omer, Aquilin et d'autres demandèrent et obtinrent la cécité de Dieu. Saint Pigménius, prêtre romain qui était aveugle, rencontrant Julien l'Apostat, lorsqu'il entendit de lui : « Je rends grâces aux dieux, ô Pigménius, de ce que je te vois », répondit : « Je rends grâces à mon Dieu de ce que je ne te vois pas. » Avec un esprit aussi brave, il supporta donc la cécité qu'il méprisa le tyran. Par la suite, couronné du martyre, il commença à voir ce que l'œil n'a point vu ; à entendre ce que l'oreille n'a point entendu ; et à comprendre ce qui n'est point monté au cœur de l'homme.
Verset 2 : Isaac médite sa mort
TU VOIS QUE J'AI VIEILLI, ET J'IGNORE LE JOUR DE MA MORT. Vois combien, pendant 43 ans, Isaac médita ici par avance sa mort, l'attendit chaque jour comme incertaine, et s'y prépara ainsi que toutes ses affaires. Par son acte donc il nous enseigne que notre vie ne doit être autre chose qu'une méditation de la mort, comme le disait Platon. Car la mort est certaine, et nous adviendra certainement ; mais le jour et l'heure en sont incertains.
Verset 3 : Prépare-moi un mets savoureux
ET LORSQUE TU AURAS PRIS QUELQUE CHOSE À LA CHASSE, PRÉPARE-M'EN UN METS SAVOUREUX. En hébreu, fais-moi des matammim, c'est-à-dire des friandises, à savoir des mets de nourriture plus délicate qui réjouissent le goût ; car ce jour de la bénédiction du fils était un jour heureux, joyeux et solennel, et devait par conséquent être célébré par un festin joyeux et plaisant. Ainsi Lipomanus.
On peut se demander : Pourquoi Isaac demanda-t-il à Ésaü du gibier de chasse, plutôt que de la volaille ou de l'agneau, qu'il avait à portée de main chez lui, avant de vouloir le bénir ? Je réponds premièrement, parce qu'Isaac était accoutumé à manger du gibier, qu'Ésaü lui apportait de la chasse, comme il ressort du chapitre 25, verset 28, et par conséquent il en était davantage nourri et délecté ; deuxièmement, parce qu'il voulait qu'Ésaü se disposât à recevoir la bénédiction par cette obéissance et ce service de la chasse : ainsi Thomas l'Anglais ; troisièmement, parce qu'Isaac, sans le savoir, était mû par Dieu à envoyer Ésaü chasser, afin qu'entre-temps Jacob pût devancer Ésaü et lui ravir la bénédiction : car Dieu avait décrété de préférer Jacob à Ésaü dans le droit d'aînesse.
Tropologiquement, Isaac enseigna ici que ceux qui donnent les biens spirituels peuvent exiger les biens temporels, à savoir que les prêtres et les pasteurs qui enseignent, prient et bénissent le peuple doivent être entretenus par le peuple.
Verset 7 : Devant le Seigneur
DEVANT LE SEIGNEUR, le Seigneur voyant, entendant, invoqué, consentant et inspirant. Ainsi Oleaster, Pererius et d'autres. Vois ici combien Dieu est admirable dans l'accomplissement de ses œuvres et de ses promesses : Jacob ne pouvait rien espérer de moins que d'être béni, puisque le père avait résolu de bénir Ésaü, et pourtant la bénédiction échut à Jacob lui-même. Au contraire, jamais Ésaü ne fut plus certain de recevoir la bénédiction que lorsque son père lui parlait ainsi ; et pourtant c'est alors précisément qu'il la perdit. Apprends donc à te confier en Dieu, même si toutes choses tournent contre toi : apprends à croire en espérant contre toute espérance.
Verset 11 : Jacob a la peau lisse
MOI UN HOMME LISSE, c'est-à-dire à la peau lisse, non velu comme Ésaü.
Verset 12 : La foi et le courage de Rébecca
QUE CETTE MALÉDICTION SOIT SUR MOI, non que Rébecca voulût véritablement prendre sur elle la malédiction et la punition du père à la place de son fils, comme le veut saint Jean Chrysostome ; mais elle parle ainsi parce qu'elle était sûre de l'heureuse issue : car elle savait que Dieu l'avait ainsi promis, chapitre 25, verset 23, comme pour dire : Tu crains en vain la colère de ton père, il n'y a aucun danger venant de lui ; j'en réponds, et même si tu hésites et doutes, je prendrai toute sa colère sur moi. Ainsi Théodoret.
Où l'on remarque premièrement, en Rébecca, une foi inébranlable en la parole de Dieu disant : « L'aîné servira le plus jeune » ; deuxièmement, elle-même instruit son fils à demander la bénédiction, estimant qu'il serait heureux s'il était béni par son père, homme saint : d'autres mères éduquent leurs fils pour les vanités et les péchés ; troisièmement, bien qu'elle sût que son mari se trompait en ce qu'il voulait bénir le fils aîné contre la volonté du Seigneur, elle ne se querelle pourtant pas avec lui, ne résiste pas par la force, mais s'arrange secrètement pour que la bénédiction revienne à celui que Dieu avait destiné ; quatrièmement, elle prend tout soin que le vieux père ne s'aperçoive pas de la tromperie, et ne soit donc pas troublé ; cinquièmement, elle est diligente envers son mari âgé, lui préparant les mets dont il se nourrissait volontiers ; sixièmement, elle corrige prudemment Jacob afin d'adoucir la colère d'Ésaü.
Tropologiquement, comment les parents doivent aimer leurs enfants également, et ne pas préférer l'un à l'autre, ou s'ils en préfèrent un, doivent compenser autrement, saint Ambroise l'enseigne à partir de cette affection d'Isaac pour Ésaü et de Rébecca pour Jacob, au livre 2 de Jacob, chapitre 2 : « Accepte », dit-il, « un beau combat entre les parents. Que la mère montre l'affection, le père le jugement : que la mère penche avec une tendre piété vers le plus jeune, que le père conserve l'honneur de la nature envers l'aîné ; que celui-ci honore davantage, que celle-là aime davantage ; que l'un compense ce que l'autre diminue. »
Verset 14 : Jacob apporte les chevreaux
IL APPORTA les deux chevreaux que sa mère avait demandés : non que le père fût si robuste et de si grand appétit qu'il consommât deux chevreaux, comme le veut Procope, mais parce que des deux chevreaux elle destinait couper les parties les plus délicates et les offrir au père. Ainsi Diodore et Abulensis.
Moralement, saint Ambroise, livre 2 de Jacob, chapitre 2 : « Il l'emporta », dit-il, « celui qui était préféré par l'oracle ; la diligence vainquit la lenteur, la douceur vainquit la dureté, tandis que l'un cherche une proie sauvage par une chasse rude, l'autre prépare les mets d'un caractère doux. »
Verset 15 : Les vêtements d'Ésaü
TRÈS PRÉCIEUX. En hébreu chamudot, c'est-à-dire désirables ; les Septante ont beaux : c'est pourquoi la mère les conservait dans un coffre parmi des aromates. Qu'ils fussent parfumés est clair d'après le verset 27.
Allégoriquement, la robe d'Ésaü, c'est-à-dire la prophétie, le sacerdoce et l'écriture de l'Ancien Testament furent transférés des Juifs à Jacob, c'est-à-dire aux chrétiens. Ainsi saint Ambroise.
Verset 16 : Les petites peaux de chevreaux
ET LES PETITES PEAUX DE CHEVREAUX, afin que Jacob parût être Ésaü, qui était velu.
ELLE ENTOURA SES MAINS, à la manière de gants : car autrement Jacob devait se servir de ses mains, et avec elles apporter la nourriture à son père et le servir.
Allégoriquement, Jacob est le Christ, qui revêtit des peaux de chevreaux, c'est-à-dire prit sur lui nos péchés, afin de les expier. Ainsi saint Augustin, dans le livre Contre le mensonge, chapitre 10, et Prosper, partie 1 de la Prédication, chapitre 21.
LES PARTIES NUES DE SON COU, c'est-à-dire la mollesse et la douceur de son cou. Ainsi l'hébreu.
Verset 19 : Je suis ton premier-né Ésaü
QUI ES-TU ? Car la voix de Jacob éveillait un doute et un scrupule chez Isaac, de sorte qu'il était incertain si celui qui parlait était Jacob ou Ésaü, et c'est pourquoi il demande : Qui es-tu ?
Apprends ici que Dieu permet parfois aux justes d'être quelque peu ignorants, d'être trompés, de tomber, d'être abusés, afin qu'ils se connaissent eux-mêmes. Ainsi le saint Isaac pensait que la bénédiction de Dieu devait s'accomplir en Ésaü, mais il se trompait ; deuxièmement, que Dieu révèle parfois aux petits ce qu'il cache aux grands : ainsi il fut révélé à Rébecca ce qu'Isaac ignorait. Le Christ lui-même confesse la même chose, Matthieu 11, 25.
JE SUIS TON PREMIER-NÉ ÉSAÜ. On peut se demander si Jacob mentit ici, et s'il pécha. Premièrement, Origène, Cassien et saint Jean Chrysostome, suivant Platon, estiment que Jacob mentit, mais licitement et sans péché ; car il est parfois licite d'user du mensonge, comme d'un ellébore, ou comme nous usons de substances vénéneuses dans les médicaments. Mais c'est une erreur déjà déclarée et réprouvée par l'Église, contre laquelle saint Augustin écrivit dans le livre Contre le mensonge.
Deuxièmement, Gabriel au livre 3, distinction 38, et Ailly au livre 1, Question 12, à la fin, estiment qu'il n'est certes pas licite de mentir en soi, mais qu'il est licite de mentir par dispense de Dieu. Mais l'opinion commune des Docteurs avec saint Augustin est que le mensonge est mauvais par sa nature, et que par conséquent Dieu ne peut en dispenser. Car le mensonge est de soi contraire à la nature et à la vertu de la vérité. D'où la Sainte Écriture interdit absolument tout mensonge, Ecclésiastique chapitre 7, verset 14.
Troisièmement, mieux dit saint Augustin, dans le livre Contre le mensonge, chapitre 10, qui juge qu'il s'agit ici d'une locution figurée. Car de même que, Matthieu 11, 14, Jean-Baptiste est appelé Élie, non quant à sa personne, mais quant à son esprit ; et dans Tobie 5, 18, Raphaël dit qu'il est Azarias, c'est-à-dire « aide de Dieu », fils d'Ananias, c'est-à-dire « grâce de Dieu » : de même Jacob dit qu'il est Ésaü, non quant au nom et à la personne, mais quant au droit et au droit d'aînesse, qui lui avait été conféré par Dieu au chapitre 25, verset 23. D'où il dit : « J'ai fait comme tu me l'as commandé » ; car tu avais principalement l'intention de commander à ton premier-né d'apporter les mets et de recevoir la bénédiction paternelle : or le premier-né, c'est moi. « Mange donc de ma chasse », que j'ai chassée non dans les champs, mais à l'étable.
Mais à vrai dire, il semble que Jacob, sous l'impulsion de sa mère et par ses vêtements, ses actes et ses paroles, mentit non seulement sur le droit, mais aussi sur la personne d'Ésaü : car il veut persuader à son père, qui examine attentivement la personne d'Ésaü, par tous les moyens qu'il est Ésaü lui-même ; d'où il ment en disant : « J'ai fait comme tu me l'as commandé » ; et : « Mange de ma chasse », comme s'il disait : J'ai pris mes armes et mon arc, j'ai chassé, voici le gibier que j'ai attrapé et cuit : manges-en ; ainsi saint Jean Chrysostome, Lyran, Cajétan, Lipomanus, Pererius et d'autres.
De plus, bien que ces paroles pussent être excusées et vérifiées par amphibologie et quelque subtile restriction mentale, néanmoins Jacob ne semble pas avoir eu une telle restriction, car il n'était pas si subtil, et ne roulait pas de si grandes choses dans son esprit : mais il était simple, droit et candide ; et dans cette affaire de ravir la bénédiction à son frère par ruse et fraude, il obéit simplement à sa mère et fit tout ce qu'elle lui suggéra ; d'où aussi il est appelé frauduleux par son père, au verset 35.
Je dis en second lieu que ce mensonge de Jacob ne fut pas pernicieux, ni injurieux envers quiconque, mais officieux, et par conséquent seulement un péché véniel. Car les droits de l'aînesse lui étaient dus par don de Dieu, et donc en les ravissant à Ésaü par ruse, il ne lui faisait aucune injustice, mais revendiquait son bien propre. Ainsi Tostat, Lipomanus, Cajétan. De plus, peut-être par ignorance invincible, tant la mère que Jacob pensaient, comme le pensèrent Origène, Cassien et saint Jean Chrysostome, à savoir qu'il leur était licite de mentir dans un tel cas et une telle nécessité.
On objectera : Il y avait ici un mystère, donc ce n'était pas un mensonge. L'antécédent est clair, car Jacob revêtant les vêtements et la personne d'Ésaü signifiait le Christ, qui prit sur lui nos péchés et nos peines. De même cela signifiait que les Gentils devaient être substitués aux Juifs dans la filiation et la bénédiction d'Abraham, à savoir dans la grâce, la justice et le salut, comme l'explique l'Apôtre, Romains 9 et 10.
Je réponds : Ce mystère fut de la part de Dieu et du Saint-Esprit, qui entendait signifier cela allégoriquement ; mais le mensonge fut de la part de Jacob ; car lui, au sens littéral, entendait persuader à son père qu'il était Ésaü en personne. D'où le mystère de Dieu qui vient d'être dit ne l'excuse pas, d'autant qu'il semble l'avoir ignoré à ce moment. De plus, ce mystère et ce sens mystique ne repose pas sur le mensonge de Jacob : car la vérité ne peut s'appuyer sur la fausseté ; mais il repose sur l'acte de Jacob, par lequel il se présenta à son père et se comporta comme s'il était lui-même Ésaü : car les actes peuvent souvent être excusés de mensonge, là où les paroles ne le peuvent. Car les paroles signifient de manière définie et déterminée la chose et la pensée de celui qui parle : mais les actes ne le font que de manière confuse et indéterminée ; d'où ils peuvent être orientés dans un sens ou dans l'autre par l'intention de celui qui agit, déterminés et dirigés pour signifier ceci ou cela. Ainsi les acteurs dans les comédies représentent sans mensonge les personnes de rois et de princes, en faisant ce qu'ils ont fait, comme s'ils étaient eux-mêmes rois et princes.
LÈVE-TOI, ASSIEDS-TOI ET MANGE. Isaac était donc couché dans son lit à cause de la vieillesse et de la faiblesse, et Jacob lui demande de se lever pour manger.
Mystiquement, saint Ambroise, dans le livre Sur Isaac, chapitre 5 : « Le lit des saints », dit-il, « est le Christ, en qui les cœurs de tous, fatigués par les combats du monde, trouvent le repos. Dans ce lit Isaac se reposa et bénit le fils plus jeune. »
Verset 22 : La voix de Jacob, les mains d'Ésaü
LA VOIX EST BIEN LA VOIX DE JACOB ; MAIS LES MAINS SONT LES MAINS D'ÉSAÜ. Ainsi allégoriquement la voix du Christ fut la voix du Fils de Dieu, mais les mains et l'apparence extérieure, que les hommes virent et touchèrent, furent celles d'un homme commun, mortel et misérable. D'où saint Bernard, sermon 28 sur le Cantique des Cantiques : « Ce qui est entendu dans le Christ », dit-il, « est le sien : ce qui est vu est le nôtre : ce qu'il dit est esprit et vie : ce qui apparaît est mortel et est la mort : autre chose est perçue, et autre chose est crue. »
D'où, au même endroit, il enseigne que la connaissance de la vérité se reçoit davantage par l'ouïe que par la vue. « Les yeux du patriarche s'obscurcissent », dit-il, « le palais est trompé, la main est trompée, l'oreille n'est pas trompée. Quoi d'étonnant, si l'oreille perçoit la vérité, puisque la foi vient de l'ouïe, l'ouïe par la parole de Dieu, et la parole de Dieu est la vérité ? La voix, dit-il, est la voix de Jacob ; rien de plus vrai : mais les mains sont les mains d'Ésaü ; rien de plus faux. Tu es trompé, la ressemblance de la main te trompe. Il n'y a pas non plus de vérité dans le goût, même s'il y a douceur : car comment a-t-il la vérité, celui qui croit manger du gibier, quand il se nourrit de viande de chevreau domestique ? Bien moins encore l'œil, qui ne voit rien. Il n'y a pas de vérité dans l'œil, pas de sagesse ; seule l'ouïe possède la vérité, qui perçoit la parole. »
La même chose est claire dans l'Eucharistie : car en elle la main, le goût et le toucher sont trompés, tandis qu'ils perçoivent, goûtent et jugent que c'est du pain ; mais seule la voix ne trompe pas : car c'est la voix du Fils de Dieu, qui ne peut ni être trompé ni tromper, disant : « Ceci est mon corps. »
Verset 23 : Isaac se prépare à bénir
LE BÉNISSANT DONC. C'est-à-dire se disposant et se préparant à bénir : car le mot « bénissant » signifie ici un acte, non achevé, mais commencé et projeté, à savoir l'intention même et la préparation à bénir : car Isaac ne bénit pas Jacob ici, mais dans ce qui suit.
Verset 27 : Le parfum des vêtements de Jacob
QUAND IL SENTIT. La fragrance du parfum que Jacob répandait de ses vêtements récréa et réjouit tellement l'esprit du bon vieillard Isaac que, rempli de joie et brûlant d'amour pour son fils, il éclata dans sa bénédiction.
De ce passage il est évident que c'était une coutume très ancienne que les vêtements des hommes éminents et des nobles fussent imprégnés d'onguents précieux ou de parfums. La même chose ressort du Cantique des Cantiques 4, 11 : Le parfum de tes vêtements est comme le parfum de l'encens, et du Psaume 44, 9 : La myrrhe, l'aloès et la casse de tes vêtements.
VOICI L'ODEUR DE MON FILS. Pour « voici », l'hébreu a « vois », comme pour dire : Je vois, c'est-à-dire je perçois, je sens, je respire la merveilleuse fragrance de mon fils ; car « voir » est employé pour n'importe quel sens, comme je l'ai dit ailleurs.
COMME L'ODEUR D'UN CHAMP EN PLEINE FLORAISON, verdoyant de fleurs et de fruits : car ceux-ci exhalent un souffle doux et parfumé, par lequel les hommes sont merveilleusement récréés. Le mot « plein » n'est pas dans l'hébreu, ni dans le chaldéen, mais dans le grec.
Tropologiquement, sur le parfum des vertus, voir Rupert ici, et saint Augustin, livre 16 de La Cité de Dieu, chapitre 37, et saint Grégoire, homélie 6 sur Ézéchiel, qui dit : « Car la fleur de la vigne a un parfum particulier ; car grande est la vertu et la renommée des prédicateurs, qui enivrent les esprits de leurs auditeurs. Autrement la fleur de l'olivier ; car douce est l'œuvre de miséricorde ; car à la manière de l'huile elle réconforte et donne la lumière. Autrement la fleur de la rose ; car la vie blanche de la chair consiste dans l'incorruption de la virginité. Autrement la fleur de la violette ; car grande est la vertu des humbles, qui, tenant par désir les dernières places, ne s'élèvent pas par l'humilité de la terre vers les hauteurs, et conservent dans leur esprit la pourpre du royaume céleste. Autrement l'épi sent lorsqu'il parvient à maturité ; car la perfection des bonnes œuvres est préparée pour rassasier ceux qui ont faim de la justice. »
QUE LE SEIGNEUR A BÉNI. Cette bénédiction du champ par Dieu consiste en trois choses, comme Isaac l'explique ici : premièrement, dans un parfum doux et fragrant, dont il dit ici : Comme l'odeur d'un champ en pleine floraison ; deuxièmement, dans la rosée du ciel. Il dit plutôt dans la rosée que dans la pluie, parce qu'en Palestine il ne pleut que deux fois par an, à savoir en octobre lorsqu'on sème, pour que la semence germe, qui est donc appelée dans l'Écriture la pluie de la première saison ; et en avril, pour que les moissons mûrissent, ce qui est appelé la pluie tardive. D'où, dans le temps intermédiaire, les champs ont continuellement besoin de rosée, afin que les semis et les récoltes ne se dessèchent pas, mais soient nourris, alimentés et grandissent. Troisièmement, dans la graisse de la terre, c'est-à-dire que la terre ne soit ni sablonneuse, ni marécageuse, ni épuisée, mais grasse, modérément sèche et comme rajeunissante, de sorte qu'elle produise des fruits abondants.
Allégoriquement, ces bénédictions se sont accomplies dans le Christ, comme l'enseigne saint Augustin, livre 16 de La Cité de Dieu, chapitre 37. Tropologiquement, dans l'âme de chaque juste, comme l'enseigne saint Grégoire, homélie 6 sur Ézéchiel. Anagogiquement, dans les bienheureux, comme l'enseigne saint Irénée, livre 5, chapitre 33.
Verset 29 : La quadruple bénédiction de Jacob
QUE LES PEUPLES TE SERVENT, c'est-à-dire : À tes descendants, David, Salomon et les Maccabées, les Édomites, les Philistins, les Arabes, les Ammonites et d'autres peuples seront soumis.
Remarque les quatre parties de cette bénédiction. La première est une double bénédiction de Jacob : la première se rapporte aux richesses, lorsqu'il dit : Que Dieu te donne de la rosée du ciel, etc. ; la deuxième se rapporte à l'empire, lorsqu'il dit : Que les peuples te servent ; la troisième, à la primauté parmi les frères, lorsqu'il dit : Sois le seigneur de tes frères ; par ces paroles Jacob reçut le droit et la seigneurie sur Ésaü ; mais l'exécution de ce droit et de cette seigneurie, il ne la reçut pas en sa personne, mais en ses descendants, lorsque les descendants d'Ésaü, c'est-à-dire les Édomites, servirent sous David ; la quatrième, lorsqu'il dit : Que celui qui te maudira soit maudit, et que celui qui te bénira soit comblé de bénédictions. Cela se rapporte à la faveur de Dieu, comme pour dire : Dieu prendra en main ta cause et celle de tes descendants ; ceux qui sont tes amis ou tes ennemis, il les considérera comme les siens : en maudissant ceux-ci, c'est-à-dire en leur faisant du mal, et en bénissant ceux-là, c'est-à-dire en leur faisant du bien.
Remarque : Ces bénédictions sont en partie des bénédictions, en partie des prophéties. Car Isaac, par l'esprit prophétique, avec ces paroles invoque et en même temps prédit ce qui devait advenir à Jacob et aux Israélites de la part de Dieu et de la faveur de Dieu.
Verset 33 : Isaac frappé de stupeur
ISAAC FUT FRAPPÉ D'UN VIOLENT SAISISSEMENT. Les Septante : Isaac fut saisi d'une très grande extase. Dans cette terreur et cette admiration, Isaac, ravi en extase, dit saint Augustin, Question 80, vit et dit les choses qui suivent, de sorte qu'il changea d'avis, et ne se mit pas en colère contre Jacob, qui par fraude avait dérobé la bénédiction à son frère, mais la confirma : en effet dans ce ravissement, Dieu montra à Isaac que cet acte de Jacob, quant à la substance du fait, à savoir le vol, la prévention et la substitution de sa personne dans le droit d'aînesse (bien que non quant au mode, à savoir le mensonge), avait été accompli par son signe et son inspiration : car Jacob avait été désigné par lui comme le premier-né et l'héritier de ses promesses faites à Abraham et à Isaac, non Ésaü ; il voulait donc qu'Isaac ratifiât ces choses ; d'où Isaac, obéissant aussitôt à Dieu et changeant son intention d'Ésaü vers Jacob, dit : Et il sera béni. Ainsi saint Jérôme, Alcuin et saint Augustin, livre 16 de La Cité de Dieu, chapitre 37.
Verset 34 : Le cri d'Ésaü pour une bénédiction
IL RUGIT, comme un lion, manifestant non seulement sa tristesse, mais sa férocité et sa fureur, par un cri puissant semblable à un rugissement.
Philon et Eusèbe jugent qu'Ésaü rugit ainsi, non tant par douleur de la bénédiction perdue (bien que cela aussi le piquât), que par envie de l'avancement de son frère, surtout parce que son père l'avait préféré à lui-même, et l'avait soumis à son frère.
BÉNIS-MOI AUSSI. L'hébreu a davantage de pathos : Bénis-moi aussi ; moi, mon père, sous-entends, je suis ton fils, et le véritable premier-né, et celui qui t'a été le plus cher jusqu'ici, et à qui tu as promis cette bénédiction il y a peu, et qui ai été maintenant devancé par la ruse de mon frère, et qui ai subi cette perte parce que j'ai obéi à ton commandement en partant à la chasse, afin de préparer ce que tu désirais ; il est donc juste que tu me bénisses aussi.
NAGUÈRE. Ce mot n'est ni dans l'hébreu, ni dans le chaldéen, ni dans le grec. « Naguère » signifie ici la même chose que « avant » ; car nous disons communément d'un homme vigilant, diligent et vif : Depuis longtemps, déjà il t'a devancé, comme ici Jacob avait devancé Ésaü ; car à peine Jacob était-il sorti de chez son père qu'Ésaü arriva, comme il ressort du verset 30. Où saint Jean Chrysostome, homélie 53, admire la providence de Dieu envers ceux qui sont les siens et qui lui obéissent : car il fit en sorte qu'Ésaü ne revînt pas avant que Jacob, ayant reçu la bénédiction, ne fût sorti. « Apprenons donc », dit-il, « que lorsque quelqu'un veut gérer ses affaires selon la volonté du Seigneur, il est aidé d'un si grand secours céleste qu'il en fait véritablement l'expérience. »
On pourrait, en second lieu, rapporter « naguère » non au départ de Jacob, mais au gibier pris et à la nourriture apportée par lui à son père : car le père passa un peu plus de temps à manger et à converser avec Jacob.
ET IL SERA BÉNI. On objectera : Une erreur de personne annule les contrats humains, surtout les mariages ; donc aussi cette bénédiction d'Isaac : car lui, se trompant, en bénissant Jacob, pensait et avait l'intention de bénir non pas lui, mais Ésaü. De même, Jacob s'est introduit par ruse et fraude ; or la ruse ne doit profiter à personne, comme le veut la règle du droit.
Pererius répond en niant la conséquence ; car Isaac ne se trompait pas sur la personne quant à son intention première, qui était de bénir celui qui était le premier-né, ou que Dieu voulait être le premier-né : et c'était Jacob, non Ésaü ; il se trompait cependant quant à son intention secondaire, par laquelle il entendait bénir Ésaü, le croyant premier-né ; d'où, reconnaissant cette erreur par l'inspiration de Dieu et corrigeant son intention, il dit : Et il sera béni, à savoir Jacob, que j'ai béni auparavant. De plus, la ruse de Jacob ne fut pas mauvaise, mais bonne : car par elle il revendiqua son droit et son bien propre, à savoir le droit d'aînesse, qu'il n'aurait pu autrement obtenir d'Ésaü, possesseur injuste et violent.
De plus, ceci ne fut pas tant une bénédiction qu'une prophétie, et la langue d'Isaac ne fut pas tant mue par Isaac que par Dieu pour bénir Jacob.
On peut se demander pourquoi Ésaü rechercha si avidement et si instamment la bénédiction de son père. Je réponds premièrement, parce que par un long usage les hommes avaient appris en ce temps que la bénédiction — ou la malédiction — d'un père avait un très grand pouvoir, et était souvent efficace sur les enfants, comme cela arrive encore fréquemment de nos jours. La bénédiction du père, dit le Sage en l'Ecclésiastique 3, verset 11, affermit les maisons des enfants, mais la malédiction de la mère en déracine les fondements. Ainsi Sem et Japhet, bénis par Noé : Béni soit le Seigneur, Dieu de Sem, que Canaan soit son serviteur, que Dieu dilate Japhet, etc., Genèse 9, 26, obtinrent la même chose de Dieu. Ainsi la bénédiction de Jacob donnée à Éphraïm et Manassé, Genèse 48, 20, et celle donnée aux douze fils, Genèse 49 ; de même la bénédiction de Moïse donnée aux douze tribus, Deutéronome 33, fut efficace et véritablement accomplie. De même la bénédiction de Tobie donnée à son fils au chapitre 5, verset 21 : Que votre voyage soit heureux, que Dieu soit avec vous sur votre chemin, et que son ange vous accompagne ; de même la bénédiction de Ragouël, beau-père, donnée à Tobie et à son épouse Sara, chapitre 10, verset 1, fut efficace. D'où saint Ambroise, livre 1 des Bénédictions des Patriarches, chapitre 1 : « Combien nous devons de révérence à nos parents », dit-il, « quand nous lisons (Genèse 27) que quiconque était béni par son père était véritablement béni ; c'est pourquoi Dieu accorde cette grâce aux parents, afin que la piété des enfants soit stimulée : le privilège des parents est donc la discipline des enfants. » Ainsi, par la bénédiction de leur père Mattathias, les Maccabées devinrent braves et invincibles dans les guerres, 1 Maccabées chapitre 2, versets 69 et suivants.
Au contraire, Cham, maudit par son père Noé, devint tel dans toute sa postérité cananéenne. De même Ruben, maudit par Jacob pour l'inceste, eut le même sort : il en alla de même pour Lévi et Siméon, Genèse chapitre 49, versets 4 et 5. D'où saint Ambroise conclut ci-dessus : « Que le pieux honore son père pour la grâce, l'ingrat pour la crainte. »
Saint Augustin rapporte un exemple mémorable au livre 22 de La Cité de Dieu, chapitre 8, au sujet de dix enfants maudits par leur mère, qui furent aussitôt frappés d'un horrible tremblement des membres, et c'est pourquoi ils erraient dans presque tout le monde romain : deux d'entre eux furent guéris auprès des reliques de saint Étienne.
Deuxièmement, parce que par cette bénédiction du père mourant, les premiers-nés étaient déclarés, et les héritiers de la promesse faite à Abraham, comme Jacob fut ici déclaré. Ainsi Rupert.
Verset 36 : Le nom de Jacob et la supplantation
C'EST À JUSTE TITRE (correctement, véritablement, à propos — ainsi l'hébreu) QUE SON NOM EST APPELÉ JACOB : CAR IL M'A SUPPLANTÉ CETTE SECONDE FOIS. Jacob signifie la même chose que « tenant le talon » et « supplantateur ». Il fut ainsi nommé parce qu'en naissant il tenait le talon de son frère. Cela signifiait qu'il supplanterait son frère, comme en fait il le fit : premièrement, en achetant habilement le droit d'aînesse d'Ésaü, chapitre 25, verset 21 ; deuxièmement, ici en lui ravissant la bénédiction de son père. L'arabe traduit avec emphase : « il m'a jacobé cette seconde fois. » « Jacober » est un verbe fréquent chez les Arabes signifiant supplanter, et réduire quelque chose jusqu'à la lie et à l'extrême, tiré de l'hébreu aqab et yaaqob, c'est-à-dire supplanter et supplantateur.
TA BÉNÉDICTION — celle qui t'était due par le droit de nature, et qui t'était destinée par moi, mais Dieu l'a transférée à ton frère.
Verset 37 : Que puis-je encore faire pour toi ?
TOUS SES FRÈRES. Tous les parents et consanguins, soit qui naîtront de toi, ô Ésaü, soit d'Ismaël et de mes autres frères, fils de Cétura : car de même que je suis leur chef et prince, de même le sera Jacob.
QUE PUIS-JE FAIRE ? Ésaü demandait une bénédiction semblable à celle de Jacob, et due au premier-né : Isaac ne pouvait la donner ; d'où l'Apôtre en Hébreux 12 affirme qu'Ésaü la rechercha avec des larmes, mais en vain, car il ne l'obtint pas ; Isaac lui en donna donc une autre telle quelle.
Versets 39–40 : La bénédiction d'Ésaü
DANS LA GRAISSE DE LA TERRE ET DANS LA ROSÉE DU CIEL D'EN HAUT SERA TA BÉNÉDICTION. En hébreu il y a : ta demeure ou ton habitation sera, c'est-à-dire : Tu habiteras dans une terre grasse et fertile, que Dieu fécondera en envoyant la rosée et la pluie.
Tu vois ici que la bénédiction d'Isaac est une prophétie, qui s'est accomplie au chapitre 33, verset 9. De plus, c'est la moindre des bénédictions données à Jacob, à savoir l'opulence du vin et du froment ; en effet, une telle bénédiction, et non une autre, était due à un homme terrestre et charnel.
TU VIVRAS PAR L'ÉPÉE. Tu occuperas une terre fertile ; cependant tu vivras non tant de l'agriculture que du pillage et de la rapine, non tant toi que ta postérité. Combien les Édomites furent rapaces et belliqueux, Josèphe l'enseigne au livre 4 de la Guerre des Juifs.
ET TU SERVIRAS TON FRÈRE (sous David), ET LE TEMPS VIENDRA OÙ TU SECOUERAS ET DÉTACHERAS SON JOUG. C'est-à-dire au temps de Joram, fils de Josaphat, les Édomites se révoltèrent contre les Juifs, IV Rois 8, et restèrent libres du joug juif pendant 800 ans, jusqu'à Hyrcan, qui les soumit de nouveau ; et de nouveau Hérode, fils d'Antipater l'Édomite, obtint le royaume de Judée, et le tint en sa personne et en ses descendants jusqu'à la destruction de Jérusalem, pendant 150 ans. D'où il advint qu'au temps de Titus et de Vespasien, les Édomites avec les Romains prirent d'assaut et dévastèrent Jérusalem. Voir Josèphe, livre 14 des Antiquités, au début, et livre 1 de la Guerre des Juifs.
Moralement, saint Ambroise, livre 2 de Jacob, chapitre 3, dit : « Un bon père, ayant deux fils, l'un intempérant et l'autre sobre, afin de veiller sur les deux, mit le sobre au-dessus de l'intempérant, et décréta que l'insensé obéît au prudent, afin que par l'autorité de celui qui gouverne il améliorât ses dispositions. »
Verset 41 : La haine d'Ésaü envers Jacob
ÉSAÜ HAÏSSAIT DONC TOUJOURS JACOB. Remarque ici : Après avoir reçu la bénédiction de son père, Jacob est aussitôt éprouvé, souffre la persécution, et finalement est chassé de la maison paternelle, de sorte qu'on aurait pu penser que la bénédiction ne lui avait en rien profité, et même lui avait nui : mais l'issue montra qu'elle lui avait profité.
Remarque en second lieu l'impiété et la sottise d'Ésaü : car premièrement, il se met en colère, et même il hait son frère ; deuxièmement, il cherche un moyen de se venger ; troisièmement, il ne considère pas que cela s'est fait par la providence de Dieu, ni qu'il l'avait mérité, mais considère seulement ce que son frère a fait ; quatrièmement, puisqu'il ne pouvait reprendre la bénédiction par le droit, il recourt à la force ; cinquièmement, il résout non seulement de persécuter son frère, mais aussi de le tuer ; sixièmement, il désire la mort de son père : Les jours de deuil pour mon père viendront, dit-il, et je tuerai mon frère. Où saint Jean Chrysostome dit justement, homélie 53 : « Celui qui est en colère contre ceux qui sont en rage, n'est-il pas lui-même non moins insensé ? » Septièmement, il cache tout cela, jusqu'à ce que l'occasion de l'accomplir se présente. Combien il fut insensé, lui qui tenta de recouvrer la bénédiction par de mauvais moyens, et même en ajoutant des péchés aux péchés, alors que par là on encourt davantage la malédiction : car c'est par les bonnes actions qu'il faut attirer la bénédiction de Dieu.
Verset 42 : Ésaü menace Jacob
IL MENACE. En hébreu mitnachem, c'est-à-dire il se console — de ce qu'il te tuera.
Verset 45 : Rébecca craint de perdre ses deux fils
POURQUOI SERAIS-JE PRIVÉE DE MES DEUX FILS EN UN SEUL JOUR ? Car si tu restes ici, il faudra te battre avec ton frère, et ou bien vous tomberez sous vos blessures mutuelles, ou bien l'un étant tué, l'autre sera fugitif, et ainsi je serai privée de la présence et du réconfort de tous les deux.
Verset 46 : Le sage conseil de Rébecca
SI JACOB PREND UNE FEMME DE LA SOUCHE DE CETTE TERRE (une Cananéenne ou une Héthéenne, telles que celles qu'Ésaü a épousées, qui par leur méchanceté et leur obstination nous sont importunes et odieuses à toi et à moi), JE NE VEUX PAS VIVRE. En hébreu : à quoi me sert la vie ? C'est-à-dire : La vie me sera si triste et si amère que je préférerais mourir plutôt que vivre.
Remarque la prudence de Rébecca : car pour empêcher le fratricide, elle envoie l'un des frères au loin ; et de peur de révéler au père le crime et le complot de l'autre, et de causer ainsi de la tristesse au père et l'indignation du père au fils, elle avance une autre raison d'envoyer son fils au loin — et une raison vraie — à savoir qu'elle ne veut pas que Jacob épouse quelque Héthéenne désobéissante et méchante, mais qu'elle désire qu'il épouse quelque parente de Haran, où la maison de son père était bien réglée. Cette raison toucha Isaac et le persuada d'envoyer Jacob à Haran au chapitre suivant.
D'où saint Ambroise, livre 2 de Jacob, chapitre 3 : « Apprenons de Rébecca », dit-il, « combien il faut veiller à ce que l'envie n'excite pas la colère, et que la colère ne se précipite pas dans le meurtre. Que Rébecca vienne, c'est-à-dire la patience, bonne gardienne de l'innocence ; qu'elle nous persuade de céder la place à la colère. Retirons-nous à quelque distance, jusqu'à ce qu'avec le temps l'indignation s'adoucisse et que l'oubli de l'offense s'insinue. »
Ce conseil prudent et saint de Rébecca et de Jacob fut suivi par saint Grégoire de Nazianze ; car, lorsqu'au Concile de Constantinople des rivalités et des dissensions de certains évêques avaient éclaté, du fait que Nazianze avait été consacré évêque par d'autres sans les consulter, Grégoire renonça volontairement à sa place et à son rang, et leur adressa ces paroles : « Je vous supplie humblement par la Trinité elle-même de régler toutes choses entre vous avec droiture et paix : et si je suis la cause de la dissension parmi vous, je ne dois nullement paraître plus vénérable que le prophète Jonas ; jetez-moi à la mer, et cette tempête de troubles entre vous se calmera. Je souffrirai volontiers tout ce que vous voudrez, bien que je sois innocent, pour le bien de votre concorde ; chassez-moi du trône, bannissez-moi du monde, aimez seulement la vérité et la paix. Adieu, saints pasteurs, et souvenez-vous toujours de mes travaux. » Ayant dit cela, il alla vers l'empereur Théodose demander sa démission : « Je demande humblement », dit-il, « d'être délivré de ces travaux ; qu'il y ait une fin à l'envie, que les évêques cultivent la paix, et que cela se fasse par tes soins : c'est le don que je te demande, accorde-moi cette dernière faveur. » Théodose, admirant la vertu de cet homme, y consentit enfin à contrecœur, et permit que Nectaire lui fût substitué. Ainsi Grégoire le Prêtre dans sa Vie de Nazianze.
Allégoriquement, Rébecca envoyant Jacob en Mésopotamie, où il engendra les douze Patriarches, signifie Dieu le Père envoyant son Fils dans le monde, où il suscita les douze Apôtres. Et de même que Jacob fut envoyé seul avec un bâton, de même le Christ vint seul, pauvre et humble, et il voulut que les Apôtres fussent de même, et qu'ils évangélisent ainsi le monde entier, de sorte qu'ils fussent semblables à des anges ne manquant de rien, comme des sortes de dieux terrestres. Ainsi saint Irénée, livre 4, chapitre 38, et saint Augustin, sermon 79 Sur les Saisons.