Cornelius a Lapide
(L'échelle de Jacob à Béthel)
Table des matières
Synopsis du chapitre
Jacob, fuyant Ésaü, se rend en Mésopotamie, et dormant en chemin, il voit Dieu appuyé sur une échelle par laquelle des anges montaient et descendaient, le consolant, et c'est pourquoi il appela ce lieu Béthel ; et enfin au verset 20, il fait un vœu à Dieu.
Note : Tous ces événements se produisirent la soixante-dix-septième année de l'âge de Jacob, comme je l'ai montré au début du chapitre 27.
Texte de la Vulgate : Genèse 28, 1-22
1. Isaac appela donc Jacob, le bénit et lui donna ce commandement : Ne prends point de femme parmi les filles de Canaan ; 2. mais va et rends-toi en Mésopotamie de Syrie, dans la maison de Bathuel, père de ta mère, et prends-y une femme d'entre les filles de Laban, ton oncle. 3. Que le Dieu tout-puissant te bénisse, te fasse croître et te multiplie, afin que tu deviennes une multitude de peuples. 4. Qu'il te donne les bénédictions d'Abraham, à toi et à ta postérité après toi, afin que tu possèdes la terre de ton pèlerinage, qu'il a promise à ton aïeul. 5. Et lorsque Isaac l'eut congédié, il partit et arriva en Mésopotamie de Syrie, chez Laban, fils de Bathuel le Syrien, frère de Rébecca sa mère. 6. Or Ésaü, voyant que son père avait béni Jacob et l'avait envoyé en Mésopotamie de Syrie pour y prendre femme, et qu'après la bénédiction il lui avait commandé en disant : Tu ne prendras pas de femme parmi les filles de Canaan ; 7. et que Jacob, obéissant à ses parents, était parti pour la Syrie : 8. voyant aussi que son père ne regardait pas d'un bon œil les filles de Canaan, 9. il alla chez Ismaël et épousa, outre celles qu'il avait déjà, Mahéleth, fille d'Ismaël fils d'Abraham, sœur de Nabaïoth. 10. Jacob donc, étant sorti de Bersabée, se dirigeait vers Haran. 11. Et lorsqu'il fut arrivé en un certain lieu et qu'il voulut s'y reposer après le coucher du soleil, il prit des pierres qui se trouvaient là, et les plaçant sous sa tête, il s'endormit en ce même lieu. 12. Et il vit en songe une échelle dressée sur la terre, dont le sommet touchait le ciel : et les anges de Dieu montaient et descendaient par elle, 13. et le Seigneur appuyé sur l'échelle lui disait : Je suis le Seigneur Dieu d'Abraham ton père, et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu dors, je te la donnerai ainsi qu'à ta postérité. 14. Et ta postérité sera comme la poussière de la terre : tu t'étendras à l'Occident et à l'Orient, au Septentrion et au Midi : en toi et en ta postérité seront bénies toutes les tribus de la terre. 15. Et je serai ton gardien partout où tu iras, et je te ramènerai dans cette terre : et je ne t'abandonnerai pas que je n'aie accompli tout ce que j'ai dit. 16. Et lorsque Jacob se fut éveillé de son sommeil, il dit : Vraiment le Seigneur est en ce lieu, et je ne le savais pas. 17. Et saisi de crainte : Que ce lieu est redoutable ! dit-il. Ce n'est rien d'autre que la maison de Dieu et la porte du ciel. 18. Jacob donc, se levant le matin, prit la pierre qu'il avait placée sous sa tête, et l'érigea en monument, versant de l'huile par-dessus. 19. Et il appela cette ville du nom de Béthel, laquelle s'appelait auparavant Luza. 20. Il fit aussi un vœu, disant : Si Dieu est avec moi, et me garde dans le chemin par lequel je marche, et me donne du pain pour me nourrir et des vêtements pour me vêtir, 21. et si je reviens heureusement à la maison de mon père : le Seigneur sera mon Dieu, 22. et cette pierre que j'ai érigée en monument sera appelée Maison de Dieu : et de tout ce que tu m'auras donné, je t'offrirai la dîme.
Verset 1 : Il le bénit
1. IL LE BÉNIT — il confirma la bénédiction donnée peu auparavant. Ainsi saint Augustin.
Verset 2 : En Mésopotamie
2. EN MÉSOPOTAMIE — à Haran, ou Carrhes, ville de Mésopotamie, qui était distante d'environ huit jours de marche de Bersabée, où habitaient Isaac et Jacob.
LA MAISON DE BATHUEL — qui avait été celle de Bathuel, mais celui-ci étant mort, elle appartenait désormais à son fils, c'est-à-dire Laban, oncle de Jacob.
Verset 3 : Qu'il te fasse croître et multiplier
3. QU'IL TE FASSE CROÎTRE ET MULTIPLIER, AFIN QUE TU DEVIENNES UNE MULTITUDE DE PEUPLES — qu'il te fasse croître par une nombreuse postérité et une grande famille, de sorte que de nombreuses tribus et multitudes de peuples naissent de toi. Et de fait, les douze tribus issues de Jacob furent effectivement populeuses.
Verset 4 : À ta postérité après toi
4. À TA POSTÉRITÉ APRÈS TOI. — De là, saint Augustin, livre XVI de la Cité de Dieu, chapitre 38, et Rupert concluent que les promesses de Dieu concernant la possession de la terre de Canaan, une postérité nombreuse et des richesses, le Christ devant naître de lui, etc., faites à Abraham et à Isaac, furent appropriées à Jacob et à ses descendants : et que pour cette raison Ésaü est regardé comme exclu et étranger à la postérité et à la famille d'Abraham et d'Isaac, et comme étant devenu le père et le fondateur d'une nation étrangère, à savoir les Iduméens ; d'où il résulte que la condition et l'obligation incluses dans l'alliance et la bénédiction d'Abraham, à savoir la loi de la circoncision, n'obligèrent pas Ésaü et les Iduméens ; bien qu'ils l'aient acceptée volontairement et librement, comme il ressort de Jérémie 9, 25 et 26.
Verset 5 : Il arriva en Mésopotamie
5. IL ARRIVA EN MÉSOPOTAMIE — par ce voyage qui est raconté plus en détail au verset 10. C'est donc une prolepse ; car Moïse voulut mettre sous les yeux d'un coup, comme en un résumé, et comparer les actions tant d'Ésaü que de Jacob, ainsi que la fuite de Jacob loin de son frère et sa destination, afin de la reprendre ensuite et de la raconter plus en détail dans ce qui suit. Car Moïse entend retracer longuement les actions de Jacob, en tant que père des douze Patriarches et de tous les Israélites ; c'est pourquoi, afin de pouvoir s'y consacrer entièrement, il mentionne en passant et résume brièvement les actions d'Ésaü, qui eurent lieu en même temps.
Moralement, saint Ambroise, au livre II de son ouvrage De Jacob et la vie heureuse, enseigne que Jacob fut heureux même dans la fuite et l'exil. « Jacob n'était-il pas heureux, dit-il, même lorsqu'il quittait sa patrie ? Assurément il était véritablement heureux, lui qui acceptait les rigueurs de l'exil pour adoucir la colère de son frère. Car si est heureux celui qui évite le péché, on ne peut certes nier qu'est heureux celui qui allège la faute d'autrui et détourne un crime. C'est pourquoi il évita un fratricide préparé par un exil volontaire, et par ce fait chercha le salut pour lui-même et accorda l'innocence à son frère. C'est donc à juste titre que la grâce divine l'accompagna partout, de sorte que même pendant son sommeil, il acquît le don de la vie heureuse ; car il voyait les mystères des choses futures et entendait les oracles divins. »
Car dans son sommeil il reçut de magnifiques consolations de Dieu, des visions, des bénédictions et des promesses, selon cette parole du Cantique des Cantiques 5, 2 : « Je dors, mais mon cœur veille. » C'est pourquoi Clément d'Alexandrie, au livre II du Pédagogue, chapitre 9, compare ainsi ceux qui dorment sobrement aux anges toujours vigilants, puisqu'ils reçoivent l'éternité de la vie par la méditation de leur veille. Par quoi il signifie que l'âme meurt, pour ainsi dire, si elle cesse de méditer, mais vit et s'éternise si elle s'exerce dans une méditation continuelle.
Verset 8 : Du Syrien
8. DU SYRIEN — c'est-à-dire du Mésopotamien. Voir ce qui a été dit au chapitre 25, verset 20.
VOYANT AUSSI — c'est-à-dire observant et constatant. Ainsi l'hébreu. « Voyant » ici ne signifie donc pas la même chose qu'enquêtant, mais comme pour dire : lorsque par la preuve et l'expérience il eut appris et découvert. Il semble qu'Ésaü ait voulu prendre cette troisième femme qui plairait à ses parents, ou du moins leur déplairait moins que les deux précédentes, qui étaient Cananéennes. Mais il ne voulut pas prendre femme dans la maison de Nachor, bien qu'il sût que cela serait plus agréable à ses parents : et cela par une certaine fierté d'esprit, parce que Jacob s'y était rendu, et il ne voulait pas avoir l'air de suivre et d'imiter son frère, d'autant plus qu'il était lui-même l'aîné.
Verset 9 : Il alla chez Ismaël
9. IL ALLA CHEZ ISMAËL — c'est-à-dire chez les Ismaélites : car Ismaël était déjà mort depuis quatorze ans ; en effet ces événements, comme je l'ai dit au début du chapitre 27, se produisirent la soixante-dix-septième année de Jacob ; or Ismaël mourut à l'âge de 137 ans, ce qui correspondait à la cent vingt-troisième année d'Isaac et à la soixante-troisième de Jacob. Ainsi Tostatus.
Verset 11 : Il prit des pierres
11. IL PRIT DES PIERRES. — D'après ces paroles, Rabbi Néhémie, dans le Midrash Tehillim, à propos du Psaume 90 : « Il a donné ordre à ses anges à ton sujet », et le livre Rabbah en ce passage, pensent que Jacob prit trois pierres et qu'elles furent changées en une seule, dont il est dit au verset 18 : « Il prit la pierre qu'il avait placée sous sa tête et l'érigea en monument » ; afin que fût signifié par là le mystère de la Sainte Trinité, en laquelle trois Personnes s'unissent en une seule essence, et c'est pourquoi Jacob se serait écrié au verset 17 : « Que ce lieu est admirable ! » Mais cela semble être une fiction et une fable rabbinique ; car saint Jérôme ne dit rien de tel, ni aucun interprète ancien ou moderne. Ce qui est dit donc : « Il prit des pierres », entendez : une seule, plus grande et plus appropriée, comme il s'explique lui-même au verset 18, en disant : « Il prit la pierre qu'il avait placée sous sa tête. »
Verset 11 : Les plaçant sous sa tête (Moralité)
LES PLAÇANT SOUS SA TÊTE. — Moralement : Remarquez ici que Jacob se fait un lit et un oreiller durs, c'est-à-dire une pierre ; car un lit dur, une nourriture dure et toutes les choses rudes conviennent aux courtisans du ciel. « Voyez, dit saint Jean Chrysostome, la force de ce jeune homme, qui se sert de pierres comme oreiller ; voyez son esprit viril : il dort sur le sol. » Mais par cette pierre (qui était une figure du Christ) il est rafraîchi et fortifié. C'est pourquoi saint Jérôme, commentant le Psaume 133, appelle cette pierre de Jacob la pierre du secours : « Celui qui avait un tel oreiller, dit-il, dans lequel il apaisait la chaleur de la persécution, voit une échelle par laquelle, s'il en était besoin, il serait reçu au ciel. » Le Christ est donc l'oreiller de ceux qui peinent, sur lequel ils se reposent doucement et reçoivent les rafraîchissements du ciel. À l'inverse, les lits dorés et moelleux sont comme des tombeaux du sommeil, de la mollesse, de la torpeur et de l'acédie, tandis que les lits durs et de pierre sont des gymnases et des palestres de la force et de la vertu. C'est pourquoi saint Ambroise, au livre II de son ouvrage De Jacob : « Jacob, dit-il, fut un bon ouvrier même dans son sommeil, puisqu'il traita plus d'affaires avec Dieu en dormant qu'en veillant. »
Verset 12 : Et il vit en songe
12. ET IL VIT EN SONGE. — C'était donc une vision imaginaire et symbolique.
UNE ÉCHELLE DRESSÉE. — Les Septante lisent : « Une échelle solidement fixée. » Alcazar, commentant l'Apocalypse, chapitre 4, verset 1, pense que Dieu se tenait à cette échelle non au ciel mais sur la terre, aux degrés les plus bas de l'échelle, pour la tenir et la soutenir ; car il parlait avec Jacob qui dormait sur la terre auprès de l'échelle, et il lui était donc proche. Mais plus justement, Josèphe et Cajétan pensent que Dieu se tenait au ciel et était appuyé sur les degrés les plus élevés de l'échelle. Car les anges montaient vers Dieu par cette échelle, pour porter ses commandements sur la terre ; et il n'est pas étonnant que Dieu ait parlé du ciel à Jacob qui se trouvait sur la terre, car cette parole, comme la vision, n'était pas sensible mais imaginaire ou intellectuelle, ce qui peut se produire entre des personnes très éloignées, et se produit souvent, non seulement de la part de Dieu mais aussi des anges.
Que signifie littéralement l'échelle de Jacob ?
On demande premièrement : que signifie littéralement cette échelle de Jacob ?
Philon et Origène répondent, selon le témoignage de saint Jérôme, épître 161, que cette échelle représente la métempsycose, c'est-à-dire la migration de l'âme humaine d'un corps à un autre. Car ils soutiennent que l'âme de chaque être humain existait avant le corps, et qu'autant de fois qu'elle pécha alors et descendit du ciel sur la terre, autant de fois elle change maintenant de corps, migrant de l'un à l'autre, jusqu'à ce que par eux, comme par certains degrés de pénitence (semblables aux échelons d'une échelle), elle remonte au ciel.
En outre, dans cette descente de l'âme, Origène assigne ces degrés. D'abord, dit-il, l'âme est abaissée dans des corps plus subtils ; puis, si elle continue à pécher, dans des corps plus grossiers ; et finalement elle est précipitée dans des corps terrestres. De plus, Philon, dans son livre De la plantation de Noé, écrit que par cette échelle est signifiée la descente des âmes dans les corps lorsqu'elles naissent, ou que cette descente s'y réalise effectivement.
Car, expliquant ces paroles, Origène dit que Jacob vit une échelle, et il écrit : « L'air, semblable à une cité populeuse, a des citoyens immortels, à savoir les âmes, qui sont égales en nombre aux étoiles ; parmi elles, certaines descendent pour être liées à des corps mortels », etc. C'est pourquoi Origène imagina aussi que les âmes des êtres humains étaient des anges qui, ayant été chassés pour des péchés commis au ciel, descendirent par cette échelle degré par degré dans des corps différents et toujours plus vils.
Écoutez saint Jérôme écrivant à Pammaque contre les erreurs de Jean de Jérusalem : « Origène enseigne que par l'échelle de Jacob, les créatures raisonnables descendent degré par degré jusqu'au dernier échelon, c'est-à-dire à la chair et au sang, et qu'il est impossible que quelqu'un soit précipité soudainement du nombre cent au nombre un, sans passer par chaque nombre, comme par les échelons d'une échelle, jusqu'au dernier, et qu'elles changent autant de corps qu'elles ont changé de demeures du ciel à la terre. » Il donne un exemple : « Imaginez quelqu'un détenteur du pouvoir tribunicien, dégradé par sa propre faute, passant par chaque grade de la cavalerie jusqu'au titre de recrue — un tribun devient-il aussitôt recrue ? Non, mais il devient d'abord premier officier, puis sénateur, puis centurion, puis chef d'escouade, puis officier de patrouille, puis cavalier, puis recrue. » Mais ce sont là les délires de Pythagore et d'Origène.
L'échelle, symbole de la providence divine
Je dis donc avec Théodoret, Aben Ezra, les Hébreux et Pererius, que cette échelle est, premièrement, un symbole de la providence et du gouvernement divins ; c'est pourquoi Dieu s'y appuie, en tant que cause première et premier moteur de toutes choses, qui commande au temps de procéder de l'éternité, et qui, demeurant stable lui-même, donne à toutes choses leur mouvement.
Deuxièmement, les anges montent et descendent en tant que ministres et exécuteurs de la providence de Dieu, auxquels Dieu distribue individuellement à chacun ses fonctions.
Troisièmement, cette échelle s'étend du ciel à la terre, parce que Dieu gouverne les choses inférieures par les supérieures, et les hommes par les anges.
Quatrièmement, les deux côtés de l'échelle sont la douceur et la force ; car Dieu, gouvernant le monde par sa sagesse, atteint d'une extrémité à l'autre avec puissance, et dispose toutes choses avec douceur.
Cinquièmement, les divers échelons de l'échelle sont les divers modes de la providence de Dieu, et les diverses espèces et perfections des choses qui en découlent.
C'est ainsi qu'Homère, au livre VIII de l'Iliade, décrit et représente la providence divine par une chaîne d'or, envoyée par Jupiter du ciel sur la terre, par laquelle Jupiter embrasse, lie et attire toutes choses à lui.
Les trois consolations de Dieu pour Jacob
Deuxièmement, plus proprement et plus particulièrement, Diodore de Tarse enseigne que par les anges descendant est signifié l'heureux départ de Jacob pour la Mésopotamie, et par ceux qui montent, son heureux retour en Palestine. Car Dieu voulut par cette vision consoler et encourager Jacob qui, quittant ses parents et haï de son frère, fugitif, exilé et solitaire, triste et inquiet, dormait durement ici sur un rocher, comme pour lui dire : Ne sois pas triste, ne crains pas, ô Jacob. Je sais que trois choses te pèsent et te tourmentent : la patrie, les parents, ton frère ; contre celles-ci je t'oppose trois choses pour te consoler — l'échelle, Dieu, les anges.
Premièrement, tu as quitté ta patrie, et en étranger tu te diriges vers une terre étrangère : mais vois l'échelle, qui t'ouvre le ciel, qui te montre le chemin préparé pour toi vers le ciel ; deuxièmement, tu as quitté tes parents, et en fugitif tu vas chez des inconnus en Mésopotamie : mais sache que Dieu dirige ce voyage qui est le tien, qu'il est avec toi, te conduit, te protège, et pareillement te bénira et t'enrichira par son aide ; troisièmement, tu es haï de ton frère et tu voyages seul : mais sache que des anges sont tes compagnons et tes guides, qui te conduiront sain et sauf en Mésopotamie et te ramèneront indemne auprès de tes parents en Canaan. Que tel est le sens littéral apparaît clairement de ce qui suit, qui raconte que ces choses arrivèrent à Jacob exactement de cette manière.
Moralité : Le soin de Dieu envers les siens
Moralement : Remarquez ici que Dieu prend soin des siens, surtout de ceux qui se distinguent par la vertu et des héros tels que Jacob, avec un tel soin par lui-même et par les anges, comme s'il leur était entièrement dévoué et ne se souciait de rien d'autre dans le monde entier, selon le Cantique des Cantiques 2, 16 : « Mon Bien-aimé est à moi, et je suis à lui. » Où saint Bernard, sermon 68 sur le Cantique des Cantiques, dit : « Cette majesté est-elle si attentive à celle-ci, elle sur qui repose le gouvernement de l'univers, et le soin des siècles est-il transféré aux seules affaires, ou plutôt aux loisirs, de l'amour ? Assurément oui. Car toutes choses sont pour les élus. » Nous ne refusons donc pas la providence de Dieu aux autres créatures, mais l'épouse seule revendique pour elle-même le soin particulier de Dieu.
Telle fut la bienheureuse Vierge, qui dans cette échelle est le degré le plus élevé, sur lequel Dieu s'appuie, comme je le dirai bientôt. C'est pourquoi saint Thomas, II-II, question 103, article 4, réponse à l'objection 2, enseigne qu'elle doit être vénérée par-dessus les autres saints par l'hyperdulie, parce que, dit-il, par sa coopération elle a plus étroitement approché les confins de la divinité ; car dans l'Incarnation du Christ elle a fait tout ce à quoi la puissance de la nature pouvait s'étendre, et lorsque celle-ci fit défaut, la divinité succéda, pour achever elle seule la substance même de l'œuvre.
Que signifie l'échelle allégoriquement ?
On demande deuxièmement : que signifie allégoriquement cette échelle de Jacob ?
Eustathe répond que cette échelle signifie la croix du Christ. De même saint Augustin, sermon 79 : Le Seigneur, dit-il, appuyé sur l'échelle est le Christ pendu à la croix ; de là il prit une épouse, c'est-à-dire qu'il s'unit l'Église. À juste titre ; car la croix est une échelle et un chemin par lequel le Christ et tous les chrétiens sont montés et montent chaque jour au ciel.
C'est ainsi que nous lisons dans le martyre de sainte Perpétue et de sainte Félicité, le 7 mars, dont le courage est célébré par saint Augustin dans le commentaire du Psaume 47 et souvent ailleurs, qu'elles reçurent de Dieu un présage et un signe de leur martyre par une échelle. En effet, alors qu'elles étaient détenues captives en prison, sainte Perpétue vit en vision une échelle d'or s'étendant de la terre au ciel, aux degrés de laquelle étaient fixées de nombreuses épées, et elles étaient très acérées, de sorte qu'il semblait que personne ne pût y monter sans une grave blessure. En bas se trouvait un dragon horrible, voulant empêcher quiconque de monter. Elle vit ensuite Saturus (qui était l'un de ses quatre compagnons, qui furent tous couronnés du martyre avec elle en l'an du Seigneur 205) monter l'échelle avec grand courage, et exhorter les autres à le suivre hardiment et à ne pas craindre le dragon, parce qu'il ne pouvait les arrêter. Elle se réveilla ensuite et raconta cette vision à ses compagnons ; tous rendirent grâces à Dieu. Car ils comprirent qu'ils étaient appelés au martyre ; que cette échelle, hérissée de tant de couteaux et d'épées, était le moyen par lequel Dieu voulait les conduire glorieusement au ciel, et que le dragon infernal ne pouvait empêcher leur voyage et leur ascension.
L'échelle de l'Incarnation
Mais plus justement et plus authentiquement, Diodore, Vatablus et Rupert pensent que l'Esprit Saint a représenté par cette échelle l'Incarnation du Verbe, c'est-à-dire la génération du Christ, qui devait naître de Jacob et descendre par divers degrés, c'est-à-dire des générations et des ancêtres, dont le dernier est Joseph avec la bienheureuse Vierge, et le plus élevé est Adam, qui fut directement et immédiatement créé par Dieu.
Deuxièmement, les deux côtés de l'échelle sont la miséricorde et la vérité, ou la fidélité de Dieu concernant le Messie promis ; car ce sont ces deux choses qui firent descendre le Verbe jusqu'à nous et lui firent prendre notre chair.
Troisièmement, cette échelle touche la terre, parce que le Verbe s'est incarné sur la terre et l'a bénie par le toucher de son Incarnation ; et elle touche le ciel, parce que le Christ, qui s'est incarné, est le Fils de Dieu, c'est-à-dire Dieu-homme : car le Christ a uni les choses célestes aux terrestres, les plus basses aux plus hautes, et ainsi Dieu à l'homme en lui-même. C'est pourquoi il dit lui-même : « Nul ne monte au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel » ; il est donc notre échelle, par laquelle nous montons vers Dieu : car nul ne vient au Père, sinon par le Christ.
Quatrièmement, les anges descendent pour annoncer aux hommes ce mystère de l'Incarnation ; les mêmes montent pour porter vers Dieu les ardents désirs et les prières des Patriarches. C'est pourquoi le bienheureux Pierre Chrysologue, sermon 3 Sur l'Annonciation, appelle l'Incarnation l'affaire de tous les siècles, à savoir parce que tous les âges y travaillèrent, et que par les anges l'affaire fut vigoureusement plaidée auprès de Dieu concernant ce remède commun pour le monde, jusqu'à ce que dans la demeure de la Vierge l'affaire céleste fût accomplie.
Cinquièmement, les échelons de cette échelle sont les diverses vertus du Christ, et surtout quatre, à savoir : 1. l'humilité à sa naissance ; 2. la pauvreté dans la crèche ; 3. la charité dans le cours de sa vie ; 4. l'obéissance dans sa passion : voilà le chemin du ciel, marchez-y.
Enfin, la bienheureuse Vierge est appelée l'Échelle de Jacob dans ses Litanies ; et c'est ainsi que saint Bernard (ou quel que soit l'auteur) l'appelle dans son sermon Sur la bienheureuse Marie, page 394 : « Elle, dit-il, est l'échelle, le buisson, l'aire, l'étoile, la verge, la toison, la chambre nuptiale, la porte, le jardin, l'aurore. Car elle est l'Échelle de Jacob, qui a douze degrés entre deux côtés. Le côté droit est le mépris de soi, jusqu'à l'amour de Dieu ; le gauche, le mépris du monde jusqu'à l'amour du Royaume. Les montées de cette échelle sont les douze degrés d'humilité. Le premier est la haine du péché ; le deuxième, la fuite de la transgression ; le troisième, la crainte de la haine ; le quatrième, en toutes ces choses être soumis au Créateur ; le cinquième, obéir à son supérieur ; le sixième, obéir à son égal ; le septième, servir son inférieur ; le huitième, être soumis à soi-même ; le neuvième, méditer constamment sa fin dernière ; le dixième, toujours craindre ses propres œuvres ; le onzième, confesser humblement ses pensées ; le douzième, en toutes choses se mouvoir selon la main, le signe et la volonté du Seigneur. Par ces degrés les anges montent et élèvent les hommes. C'est ainsi que les montées sont disposées dans le cœur, en progressant graduellement et en montant pas à pas. C'est ainsi que dans la maison du Père ils atteignent les demeures lumineuses. Ce sont les douze Apôtres, qui suivent dans le désert les traces de Jésus-Christ. »
L'échelle de la perfection
D'où, deuxièmement, saint Basile, commentant le Psaume 1, dit : L'échelle est la montée vers la perfection ; son sommet est la charité ; ses échelons sont les dix degrés de renoncement, dont le premier est de renoncer aux choses terrestres, pour dire avec les Apôtres : « Voici que nous avons tout quitté » ; le deuxième, d'oublier ces mêmes choses, Psaume 44 : « Écoute, ma fille, etc., et oublie ton peuple » ; le troisième, de haïr et d'abhorrer ces mêmes choses comme du fumier ; le quatrième, de se dépouiller de l'amour des parents et des proches ; le cinquième, de haïr sa propre âme à cause du Christ, de sorte qu'on ne se soucie nullement de sa propre vie, même si elle a reçu la sentence de mort, dit saint Basile ; le sixième, de renier son propre jugement et sa volonté ; le septième, de toujours mortifier ses désirs, pour accomplir cette parole du Christ : « Qu'il se renonce lui-même et qu'il prenne sa croix chaque jour » ; le huitième, de suivre le Christ et d'apprendre de lui, parce qu'il est doux et humble de cœur ; le neuvième, d'aimer constamment et efficacement son prochain, même ses ennemis ; le dixième, où le Seigneur a été vu, est de s'attacher à Dieu et de lui être uni en un seul esprit. Ainsi dit Pererius.
Que signifie l'échelle symboliquement ?
On demande troisièmement : que signifie symboliquement cette échelle ?
Philon répond dans son livre Des Songes : L'échelle, dit-il, est l'âme ; sa base est le sens et l'appétit des choses terrestres ; son sommet est l'esprit le plus pur, qui monte vers Dieu par les degrés de la contemplation, de même qu'inversement la base susdite descend vers la terre et les choses terrestres par les degrés des convoitises. Que l'homme prenne donc garde de ne pas descendre en suivant la base, mais plutôt de monter en regardant vers son sommet.
Deuxièmement, le même Philon dit : L'échelle est l'inconstance de cette vie, dans laquelle les uns sont précipités du plus haut vers le plus bas, et les autres élevés du plus bas vers le plus haut, et cela au gré et à la volonté de Dieu qui, appuyé sur cette échelle, la régit et la dirige. Ainsi Pittacus, cité par Élien, livre II, fit de l'échelle une image de la fortune et de la vicissitude, du bonheur et du malheur ; car les heureux montent sur la roue de la fortune, et les malheureux descendent. Mais ce sont là des notions philosophiques, qui ne se rapportent pas à la pensée de l'Esprit Saint en ce passage.
Que signifie l'échelle tropologiquement ?
On demande quatrièmement : que signifie tropologiquement cette échelle de Jacob ?
Tertullien répond à la fin du livre III Contre Marcion : Cette échelle est le chemin par lequel les justes disposent dans leur cœur des montées vers le ciel. L'Esprit Saint suggère la même chose dans Sagesse 10, 10, où, parlant de ce Jacob qui est le nôtre et de la vision de cette échelle céleste, il dit ainsi : « Cette (sagesse) conduisit le juste qui fuyait la colère de son frère, par des voies droites, et lui montra le royaume de Dieu. » C'est pourquoi Barlaam dit à Josaphat : « Les vertus sont, pour ainsi dire, certaines échelles du ciel », comme l'atteste Damascène dans son Histoire, chapitre 20. Les deux côtés de cette échelle sont la foi et les œuvres ; ou la Parole de Dieu et les sacrements ; ou « endure et abstiens-toi » — ces deux mots, si quelqu'un les observe, lui feront vivre une vie très tranquille et très sainte, sans péché, comme le disait Épictète.
Les échelons sont les montées des diverses lois et vertus ; de même, ces degrés appartiennent aux commençants, aux progressants et aux parfaits, à qui Dieu s'unit au sommet, et en qui il se complaît et habite. Les anges montant vers Dieu, dit saint Grégoire, livre V des Morales, et à sa suite saint Thomas, II-II, question 181, dernier article, signifient la vie contemplative ; tandis que ceux qui descendent vers les affaires humaines signifient la vie active.
C'est pourquoi Alcazar, cité plus haut, entend à juste titre par ces anges les Apôtres et les autres prédicateurs de l'Évangile, qui répandent sur les hommes par la prédication la sagesse qu'ils ont puisée en Dieu dans la méditation. Ainsi, pour que le prédicateur prêche convenablement, il doit d'abord monter vers Dieu au ciel par la méditation, pour puiser en lui ce qu'il doit dire. Jacob vit donc dans ces anges une préfiguration de ses rejetons et descendants, c'est-à-dire les hérauts de l'Évangile, qui devaient naître du Christ son descendant, et qui enseigneraient aux hommes la science des Saints, que Dieu est dit pour cette raison avoir donnée et révélée à Jacob, Sagesse 10, 10.
L'échelle est la règle de la vie religieuse
Ici se rattache aussi l'explication de Zénon, évêque de Vérone, qui estime que cette échelle signifie les deux Testaments, lesquels, par certains degrés d'observance, conduisent l'homme de la terre à Dieu. Les anges qui descendent sont les hommes qui, des choses spirituelles, tombent dans les choses mondaines, et qui, nourris autrefois dans la pourpre, embrassent maintenant le fumier ; ceux qui montent sont les hommes justes, qui disposent dans leur cœur des montées, cherchant les choses qui sont au ciel, et non celles qui sont sur la terre.
Mais pourquoi personne ne s'arrête-t-il ici ? Saint Bernard répond, épître 253, parce que sur ce chemin, entre le progrès et le déclin, il n'y a pas de milieu ; de même que sur une roue qui tourne, celui qui y est assis ne peut s'arrêter, mais doit nécessairement monter ou descendre. Ô moine, tu crois avoir assez travaillé, tu ne veux pas avancer : il faut que tu recules ; ce que tu négliges ici, tu ne pourras le récupérer durant toute l'éternité. Comme une fourmi, amasse donc des mérites en cette vie, afin que par eux tu vives, et vives glorieusement, dans la vie éternelle qui t'attend ; « tout ce que ta main peut faire, fais-le avec ardeur » ; comme tu te réjouiras dans l'éternité de ce peu de temps bien employé !
Enfin, saint Bernard, dans son sermon sur ce texte, Voici que nous avons tout quitté : L'échelle, dit-il, est la discipline de la vie religieuse, ou la règle de l'Ordre, par exemple celle par laquelle le bien-aimé de Dieu, Benoît, monta au ciel ; les deux côtés sont l'humilité de l'esprit et l'austérité de la vie ; les échelons sont les diverses règles et les actes de vertu. Car l'échelle, étant étroite, signifie le chemin étroit de la discipline qui conduit au ciel. Car, comme le dit saint Augustin dans les Sentences, sentence 19 : « Étroit est le chemin qui conduit à la vie, et cependant on n'y court qu'avec un cœur dilaté ; parce que le sentier des vertus par lequel marchent les pauvres du Christ est large pour l'espérance des fidèles, bien qu'il soit étroit pour la vanité des infidèles. » Saint Antonin, dans la Somme théologique, partie III, titre 26, chapitre 10, paragraphe 11 : Le bien de la vie religieuse, dit-il, fut signifié par cette noble échelle de Jacob, dont les échelons ne sont autres que ceux de la lecture, de la méditation, de la mortification et d'autres exercices semblables dont se compose la vie religieuse. Sur cette échelle montent les anges, pour offrir ces œuvres à Dieu ; et ils descendent, pour apporter à leur tour aux âmes religieuses les divers dons et bienfaits de l'Époux. Et Dieu s'y appuie, parce que par sa grâce et son assistance sont soutenus tous nos efforts, qui, tant qu'il les soutient, ne peuvent tomber ; et lui-même est le soutien ferme de ceux qui montent, et pour ceux qui arrivent au terme, il est la récompense. C'est pourquoi l'on dit véritablement d'elle : « Ce n'est rien d'autre que la maison de Dieu et la porte du ciel. »
Ainsi saint Romuald, comme il est rapporté dans sa Vie, par la vision d'une échelle s'étendant depuis le plus bas de la terre jusqu'au ciel à son sommet, par laquelle il contemplait des moines en vêtements blancs montant et descendant, reconnut admirablement que la perfection de la vie religieuse et son habit étaient signifiés. C'est pourquoi il demanda et obtint ce même lieu d'un noble homme, son seigneur, dont le nom était Maldulus, et il y bâtit le monastère principal de son Ordre, en l'an du Seigneur 1009, lequel fut dès lors appelé Camaldoli, comme « le champ de Maldulus » ; il est situé près de Florence sur le mont Apennin, florissant depuis six cents ans déjà par l'abondance de saints ermites, c'est-à-dire d'anges terrestres.
Ainsi saint Antonin, traitant de la mort de saint Dominique : Le prieur de Brescia, dit-il, à l'heure même où saint Dominique mourut, vit une ouverture dans le ciel, par laquelle deux échelles d'une blancheur éclatante furent descendues : la bienheureuse Vierge en tenait une, le Christ tenait l'autre ; et les anges montaient et descendaient ; et au sommet de chaque échelle était placé un siège, et quelqu'un y était assis qui ressemblait à un Frère Prêcheur (c'était saint Dominique), ayant le visage voilé, comme allant vers le ciel ; et le Christ et sa mère tiraient les échelles vers le haut, avec le siège et celui qui y était assis, et alors l'ouverture se ferma. Par cette vision était signifiée la voie par laquelle saint Dominique passa au séjour céleste, à savoir qu'un signe certain de prédestination et un chemin certain vers le ciel sont à la fois la règle et la vie religieuse, que saint Dominique et les autres fondateurs d'Ordres instituèrent sous l'impulsion de Dieu ; et aussi la racine et la source de cette vie, à savoir l'imitation fervente, le culte, et par conséquent l'aide et le patronage de la bienheureuse Vierge. C'est pourquoi la bienheureuse Vierge est appelée par les Pères, et dans les Litanies de Lorette, la porte et l'échelle du ciel.
Que signifie l'échelle anagogiquement ?
On demande cinquièmement : que signifie cette échelle anagogiquement ? Je réponds : Cette échelle représente les divers sièges, rangs et chœurs des Saints et des anges dans les cieux. Les anges descendent lorsqu'ils sont envoyés pour garder les hommes ; ils montent lorsqu'ils reviennent, et ils placent les âmes des justes dans les rangs de cette échelle, c'est-à-dire dans les sièges des anges qui tombèrent et devinrent des démons. Le Sage fait aussi allusion à cela, au chapitre 10, verset 10, comme je l'ai dit plus haut.
C'est pourquoi, aux Saints qui combattaient en cette vie, leur place au ciel, leur couronne, a souvent été montrée, comme à saint Étienne, aux Quarante Martyrs dont la mémoire est célébrée le 9 mars, à saint Nicolas de Tolentino, à saint François, à saint Vital. Car Vital, alors que ses persécuteurs le contraignaient à renier le Christ, le confessait avec d'autant plus d'audace ; c'est pourquoi il fut torturé par toutes sortes de supplices, de sorte qu'il n'y avait aucun endroit sur son corps sans blessure. Mais le Martyr, supportant ses souffrances avec un esprit courageux, répandant des prières très ferventes, dit : « Seigneur Jésus-Christ, mon Sauveur et mon Dieu, ordonne que mon esprit soit reçu ; car je désire maintenant recevoir la couronne que ton saint ange m'a montrée. » Ayant dit ces paroles, il s'envola au ciel ; les témoins en sont saint Ambroise et saint Jérôme, Exhortation aux vierges. C'est donc à juste titre que le même Jérôme, dans son épître à Julien, tome I, dit : « Jacob vit l'échelle, et le Seigneur appuyé sur elle d'en haut, afin qu'il tendit la main aux fatigués, afin qu'il provoquât au labeur ceux qui montaient par son propre aspect. »
Verset 13 : La terre sur laquelle tu dors
13. LA TERRE SUR LAQUELLE TU DORS — toute la terre de Canaan. JE TE LA DONNERAI AINSI QU'À TA POSTÉRITÉ. — « À toi », c'est-à-dire à ta postérité : car le « et » ici est exégétique, ou une marque d'explication, et signifie « c'est-à-dire ».
Verset 14 : En toi seront bénies toutes les tribus
14. EN TOI ET EN TA POSTÉRITÉ SERONT BÉNIES TOUTES LES TRIBUS DE LA TERRE. — « En toi », comme dans l'origine et le père ; mais « en ta postérité », c'est-à-dire par le Christ qui doit naître de toi, elles seront prochainement et immédiatement bénies, c'est-à-dire dotées de justice, de grâce et de salut — toutes les tribus de la terre, à savoir celles qui recevront le Christ, croiront en lui et lui obéiront.
Verset 15 : Six bienfaits promis à Jacob
15. TANT QUE JE N'AURAI PAS ACCOMPLI — c'est-à-dire jusqu'à ce que j'accomplisse. Remarquez ici six immenses bienfaits que Dieu promet à son serviteur Jacob, affligé et accablé. Le premier est : « La terre sur laquelle tu dors, je te la donnerai » ; le deuxième : « Ta postérité sera innombrable, comme la poussière de la terre » ; le troisième : « En toi seront bénies toutes les tribus de la terre » ; le quatrième : « Je serai ton gardien partout où tu iras » ; le cinquième : « Je te ramènerai dans cette terre » ; le sixième : « Je ne t'abandonnerai pas que je n'aie accompli tout ce que j'ai dit. »
Verset 17 : Que ce lieu est redoutable
17. ET SAISI DE CRAINTE — rempli d'une sainte frayeur, de terreur sacrée et de révérence. QUE CE LIEU EST REDOUTABLE ! — qu'il est sacré, avec quelle révérence, quel tremblement, quelle humilité il faut vénérer ce lieu, en raison de la présence de Dieu et des anges montant et descendant par l'échelle !
CE N'EST RIEN D'AUTRE QUE LA MAISON DE DIEU — où, assurément, Dieu s'appuie sur l'échelle et habite avec ses anges montant et descendant. Le Chaldéen traduit : Que ce lieu est redoutable ! Ce n'est pas un lieu commun, mais un lieu en lequel il y a complaisance devant Dieu, et en face de ce lieu se trouve la porte du ciel.
Voyez ici comment, depuis le temps de Jacob et d'Abraham, Dieu a distingué certains lieux par son apparition, ses bienfaits et ses miracles, et a voulu y être adoré et invoqué. Pourquoi donc les Novateurs crient-ils contre la bienheureuse Vierge de Lorette, de Halle, d'Aspricollis ?
Tertullien, dans son livre De la fuite, pense que Jacob, dans cette vision, vit le Christ, qui est la maison de Dieu et en même temps la porte par laquelle nous entrons au ciel, et que c'est ce qu'il entendit et signifia par ces paroles.
ET LA PORTE DU CIEL — parce que, assurément, de là j'ai vu les anges sortir, lorsqu'ils descendent par l'échelle ; et entrer, lorsqu'ils montent par elle vers Dieu.
Allégoriquement, l'Église est Béthel, c'est-à-dire la maison de Dieu et la porte du ciel : parce que Dieu y habite comme dans sa propre maison par sa présence, tant spirituelle que réelle et corporelle dans l'Eucharistie ; et parce que dans l'Église se trouvent les mérites du Christ (dont Jacob fut le père et la figure), par lesquels la porte du ciel a été ouverte.
Ainsi Rupert. Voir Cajétan. Si donc ce lieu et cette pierre furent si augustes et si redoutables, que sera l'Église des chrétiens, dans laquelle ce n'est pas une ombre, c'est-à-dire l'arche d'alliance, qui est conservée, comme c'était le cas dans le tabernacle de Moïse, mais le Tout-Puissant lui-même, le Créateur de toutes choses, qui habite véritablement sous le voile blanc du très auguste Sacrement, comme dans une nuée ? Véritablement saint Jean Chrysostome, homélie 36 sur la Première Épître aux Corinthiens : « L'Église, dit-il, est le lieu des Anges, le lieu des Archanges, le royaume de Dieu, le ciel même ; et si tu ne le crois pas, regarde cette table », c'est-à-dire l'autel.
Verset 18 : Il l'érigea en monument
18. IL L'ÉRIGEA EN MONUMENT — cette pierre, ou ce rocher sur lequel il avait dormi, Jacob la souleva et la dressa debout, pour qu'elle fût un mémorial de la vision et de l'apparition qui lui avait été faite.
Note : Le mot « titre » (titulus) s'emploie en quatre sens et désigne quatre choses. Premièrement, un titre est l'inscription d'une chose, comme le titre d'un livre, le titre de la croix ; deuxièmement, un titre est une colonne ou une pyramide érigée en trophée d'une victoire ou d'un fait remarquable ; troisièmement, un titre est une statue, une image ou une idole érigée pour le culte et l'adoration, tel le titre interdit au Lévitique 26, 1 ; quatrièmement, un titre est un morceau de bois, de pierre ou autre chose, placé ou érigé en mémorial et en signe d'un événement, par exemple la vision angélique faite ici à Jacob. Car Jacob érigea cette pierre en monument, afin qu'à son retour de Haran dans sa patrie, en ce même lieu il se rappelât et vénérât ce bienfait de Dieu, comme il est avéré qu'il le fit au chapitre 35, verset 5.
De là, il consacra aussi la même pierre comme autel, comme il apparaîtra au dernier verset ; c'est pourquoi ce monument signifie non seulement un mémorial, mais aussi un autel. Et de là, les premiers chrétiens, à l'exemple de Jacob, appelèrent leurs églises des « titres » (tituli), d'après le titre, c'est-à-dire le signe de la croix, et d'après le titre, c'est-à-dire le nom d'un certain saint, en l'honneur duquel elles étaient titrées, c'est-à-dire nommées, consacrées et distinguées — comme le titre de Sainte-Praxède est l'église de Sainte-Praxède ; le titre de Saint-Laurent est l'église de Saint-Laurent. Cette manière de parler est fréquente dans les Vies des premiers Pontifes. Ainsi dit Jacques Gretser, livre II, De la Croix, chapitre 7. Et c'est de ces titres que les Cardinaux tirèrent leurs titres et surnoms, comme l'enseigne Jérôme Platus, dans son livre De la dignité des Cardinaux, chapitre 2.
Verset 18 : Versant de l'huile par-dessus
VERSANT DE L'HUILE PAR-DESSUS — en signe de consécration, dit Abulensis, parce que les choses consacrées sont ointes d'huile. Cette effusion d'huile ne fut donc pas une libation ni un sacrifice ; car nulle part nous ne lisons que de l'huile seule ait été offerte en libation ou en sacrifice à Dieu. C'est pourquoi Jacob, se réveillant le matin après cette divine vision, apporta de l'huile de la ville voisine de Luza, qui fut ensuite appelée Béthel par lui, dit Abulensis, et avec elle il oignit la pierre sur laquelle une si merveilleuse vision lui était advenue pendant son sommeil, et en l'oignant il la consacra en quelque sorte à Dieu. C'est pourquoi aussi il l'utilisa par la suite comme un autel consacré, et y offrit un sacrifice, comme il ressort du chapitre 35, verset 7.
Ainsi, à l'exemple de Jacob, l'Église dédie et consacre les autels et les églises à Dieu par une onction sacrée, dont la signification morale se trouve chez saint Bernard, sermon Sur la dédicace d'une église. De plus, avec une onction semblable, dit Théodoret, les femmes pieuses ont coutume d'oindre les reliquaires des Martyrs, pour attester tant leur sainteté que leur propre dévotion envers eux. C'est pourquoi aussi le diable, singe de Dieu et des Saints, imita cette onction dans ses propres rites sacrés, lorsqu'il persuada ses adeptes d'oindre et de consacrer des pierres à Terminus. Ainsi dit saint Augustin, livre XVI de la Cité de Dieu, chapitre 38.
Allégoriquement, saint Augustin au même endroit pense qu'ici sont signifiés le Christ et le Chrême des chrétiens : car le Christ est la pierre angulaire de l'Église, Éphésiens 2, 20, oignant et oint de l'huile d'allégresse par-dessus ses compagnons.
Signification tropologique de l'huile
Tropologiquement, l'huile est le symbole des grâces et des vertus, en raison de huit propriétés, analogies et ressemblances qu'elle possède. Car premièrement, l'huile a le pouvoir d'illuminer : elle est en effet la nourriture et l'aliment de la lumière et des lampes ; deuxièmement, l'huile a le pouvoir d'assaisonner les aliments, utilement pour la santé et agréablement pour le goût ; troisièmement, la propriété de l'huile est de surnager au-dessus des autres liquides ; quatrièmement, de réchauffer les blessures et d'adoucir les douleurs : c'est pourquoi dans l'Évangile de Luc, chapitre 10, ce Samaritain banda les plaies de celui que les brigands avaient laissé à demi mort après lui avoir infligé de très graves blessures, en y versant de l'huile et du vin ; cinquièmement, de réjouir le visage et de restaurer les membres fatigués et languissants : d'où cette parole du Psaume 104 : « Pour qu'il réjouisse son visage avec de l'huile » ; sixièmement, d'alléger les peines et de diminuer les afflictions, à quoi se rapporte cette parole d'Isaïe 10 : « Le joug se corrompra à cause de l'huile » ; septièmement, de vivifier et de fortifier le corps et de le rendre apte à la lutte et au combat, comme on le faisait chez les athlètes ; huitièmement, d'amollir et d'engraisser, selon cette parole du Psaume 22 : « Tu as oint ma tête d'huile » ; c'est pourquoi, en raison de sa douceur et de son onctuosité, l'huile est ordinairement un symbole de miséricorde. Toutes ces propriétés sont faciles à appliquer à la grâce et aux vertus.
Verset 19 : Il l'appela Béthel
19. ET IL APPELA CETTE VILLE DU NOM DE BÉTHEL, LAQUELLE S'APPELAIT AUPARAVANT LUZA. — La ville qui s'appelait auparavant Luz ou Luza, à cause de l'abondance de noyers ou d'amandiers (car luz signifie « noix » en hébreu), dit saint Jérôme dans ses Questions hébraïques, fut appelée Béthel par Jacob, c'est-à-dire « maison de Dieu », parce que dormant auprès d'elle, il avait vu Dieu appuyé sur l'échelle.
Cette Béthel n'est pas Jérusalem, ni le mont Moria, comme le veulent les Hébreux, Lyranus et Cajétan ; mais, comme le soutiennent à juste titre Abulensis, Adrichomius et d'autres, c'est une ville distante de Jérusalem de plus de dix-huit milles, située dans le lot de la tribu d'Éphraïm, près de Sichem, dans laquelle, comme aussi à Dan, comme aux confins les plus extrêmes de son royaume, Jéroboam proposa ses veaux d'or à l'adoration du peuple, abusant pour cette persuasion de l'exemple de Jacob, qui au même endroit avait érigé cette pierre en monument ; c'est pourquoi cette Béthel est appelée par les Prophètes, par antiphrase, Beth-Aven, c'est-à-dire « Maison de l'idole » ou « de l'iniquité », comme le traduit Théodotion, Osée 4, 5 et 10.
Certains pensent qu'il y eut deux Béthel, l'une ici dans la tribu d'Éphraïm, l'autre dans la tribu de Benjamin, près d'Aï, dont parle Josué 18, 22. Mais André Masius réfute cela et prouve qu'il n'y eut qu'une seule et même Béthel, qui était située dans le territoire de Luza, de sorte qu'elle était à quelque distance de Luza elle-même, mais Luza elle-même était de temps en temps appelée Béthel. Laquelle de ces opinions est la plus vraie, nous en discuterons à Josué 18 et Juges 1.
Verset 21 : Le Seigneur sera mon Dieu
21. LE SEIGNEUR SERA MON DIEU. — Le Seigneur était déjà et avait été le Dieu de Jacob depuis sa naissance. Le sens est donc, comme s'il disait : Si Dieu m'a donné la nourriture, le vêtement et un heureux retour dans ma patrie, je lui voue et lui promets que désormais je l'honorerai d'un culte spécial et plus grand que celui dont je l'ai honoré auparavant, à savoir que je lui donnerai la dîme, tant pour les sacrifices que pour tout autre culte qui lui est dû ; et qu'après mon retour de Mésopotamie je consacrerai ce lieu à Dieu comme un autel et un temple ou une chapelle : car c'est ainsi que Jacob lui-même explique ce vœu dans ce qui suit, comme Cajétan le remarque justement.
Moralement, Rupert insiste sur les paroles de Jacob, Si Dieu est avec moi et me donne du pain, et il dit : « Cela, il le dit en homme pauvre et véritablement mendiant de Dieu. Et ce n'est pas étonnant, puisque le très grand roi David dit : Mais moi je suis mendiant et pauvre. Un bon exemple nous a donc été fourni, à nous enfants, par nos pères, afin que, si riches que nous soyons, nous disions tous, en mendiants devant la porte de la grâce divine : Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien, etc., afin que nous reconnaissions que c'est un don de Celui qui seul a pu créer l'aliment nécessaire du pain, non moins pour un roi sur un trône resplendissant que pour une veuve assise à la meule. » De plus, Jacob demande du pain, non de la viande, non des perdrix. Car, comme l'enseigne Grégoire de Nysse dans son livre De la Prière : « Il nous est commandé de chercher ce qui suffit à conserver la nature du corps : Donne du pain, disons-nous à Dieu, non le luxe, non les délices, non les ornements d'or, non l'éclat des pierreries, non les champs, non les gouvernements de nations, non les vêtements de soie, non les divertissements musicaux, ni quoi que ce soit par quoi l'âme est détournée du soin divin et supérieur ; mais du pain. » Et plus loin : « Ce que tu dois à la nature est peu de chose ; pourquoi multiplies-tu les tributs contre toi-même ? Le ventre est un exacteur perpétuel de tributs, etc. Dis à Celui qui fait sortir le pain de la terre, dis à Celui qui nourrit les corbeaux, qui donne la nourriture à toute chair, qui ouvre sa main et remplit de bénédiction tout être vivant : C'est de toi que je tiens la vie, de toi aussi que me vienne le soutien de la vie. Donne du pain, c'est-à-dire que j'obtienne ma nourriture par de justes labeurs. Car si Dieu est la justice, il n'a pas le pain de Dieu, celui qui tire sa nourriture d'un bien acquis par la fraude et l'injustice. »
Enfin, saint Jean Chrysostome réfléchit, dans l'homélie 54, sur « et me donne du pain ». Car Jacob anticipa en fait la prière que le Christ enseigna et établit par la suite, en disant : « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien » ; la nourriture du jour, dit-il : ne demandons donc rien de temporel à Dieu. Car il est tout à fait indigne de demander à un être si libéral et doué d'une si grande puissance ces choses qui se dissolvent dans la vie présente et connaissent de grandes vicissitudes. De ce genre sont toutes les choses humaines, que l'on parle de richesses, de puissance ou de gloire humaine. Mais demandons toujours les choses qui demeurent, les choses suffisantes, les choses exemptes de changement.
Verset 22 : Cette pierre sera appelée Maison de Dieu
22. CETTE PIERRE QUE J'AI ÉRIGÉE SERA APPELÉE MAISON DE DIEU. — C'est une métonymie : car le contenu est mis pour le lieu, comme pour dire : Le lieu où se trouve cette pierre, par mon application, ma destination et en quelque sorte ma consécration, sera et sera appelé saint, et maison ou demeure de Dieu, et sur cette pierre, comme sur un autel, je sacrifierai à Dieu. Ainsi disent le Chaldéen, Cajétan, Lipomanus et d'autres. Que tel est le sens apparaît clairement du chapitre 35, verset 7 ; car c'est là que Jacob accomplit ce vœu, de retour de Haran, et sur cette pierre, comme sur un autel, il offre un sacrifice à Dieu.
JE T'OFFRIRAI LA DÎME. — D'où il ressort clairement, contre Calvin, que l'on peut pieusement et religieusement vouer une œuvre, même une qui n'est pas commandée par Dieu ; car tel est le don de la dîme, que Jacob voue ici.