Cornelius a Lapide
Table des matières
Argument : Introduction à l'Exode
Ce livre, d'après le sujet principal de son contenu, fut d'abord appelé par les Grecs, puis par les Latins, Exode, c'est-à-dire sortie (car il raconte la sortie de Moïse et des Hébreux d'Égypte vers la terre promise de Canaan), de même que la Genèse, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome furent nommés par les Grecs et les Latins d'après le sujet que chacun de ces livres traite. Car chez les Hébreux aucune nomenclature ne correspond à ces titres ; mais ils désignent chaque livre par ses premiers mots, de sorte qu'ils appellent l'Exode veelle scemot, c'est-à-dire « et voici les noms », parce que l'Exode commence ainsi.
L'auteur en est Moïse ; qui, de même que dans la Genèse, ayant décrit la création et la propagation du monde, puis laissant de côté l'histoire des autres nations, ne décrivit que l'histoire, l'origine et la propagation de son propre peuple hébreu — c'est-à-dire du peuple fidèle descendant d'Abraham, d'Isaac et de Jacob — de même ici dans l'Exode il poursuit la même histoire.
Reprenant donc ici l'histoire des patriarches et des Hébreux depuis la mort de Joseph, là où il avait terminé la Genèse, Moïse la continue jusqu'à la deuxième année après la sortie des Hébreux d'Égypte, comme il ressort de l'Exode, dernier chapitre, versets 1 et 15.
L'Exode embrasse donc les événements de 145 ans. Que cela soit ainsi est évident ; car de la mort de Joseph à la naissance de Moïse, 64 ans s'écoulèrent. Moïse, à l'âge de 80 ans, fit sortir le peuple d'Égypte, et l'année suivante il érigea le tabernacle, avec l'érection duquel l'Exode se conclut ; car si l'on ajoute 64 à 80 et qu'on y ajoute encore une année, on obtiendra les 145 années susdites.
À ce sujet, et par conséquent pour toute la chronologie de l'Exode, il faut noter que les Hébreux habitèrent en Égypte non pas 430 ans, comme certains le veulent, mais seulement deux cent quinze ans : de sorte que depuis la descente de Jacob en Égypte, qui eut lieu dans la 130e année de Jacob, la 39e de Joseph, jusqu'à la sortie de Moïse et des Hébreux d'Égypte, il ne s'écoula que 215 ans. Que cela soit ainsi, je le démontrerai au chapitre XII, verset 40. Depuis cette descente jusqu'à la mort de Joseph, 71 ans s'écoulèrent : car cette descente eut lieu dans la 39e année de Joseph, et Joseph vécut jusqu'à l'âge de 110 ans. De plus, depuis la naissance de Moïse jusqu'à la sortie des Hébreux d'Égypte, 80 ans s'écoulèrent.
Il s'ensuit que le temps intermédiaire qui s'écoula de la mort de Joseph à la naissance de Moïse fut de 64 ans. Car si l'on ajoute 64 ans aux 80 ans de Moïse et aux 71 de Joseph qui s'écoulèrent de la descente de Jacob en Égypte à la mort de Joseph, on obtiendra et complètera les 215 années susdites qui s'écoulèrent de cette descente à la sortie.
C'est pourquoi Trogue Pompée, ou plutôt Justin, se trompe au livre XXXVI, où il rapporte que Moïse fut le fils de Joseph. Josèphe se trompe également, qui au livre I Contre Apion affirme que Joseph mourut avant Moïse de quatre générations, soit 470 ans ; car il faut corriger en 64 ans, comme je l'ai dit.
De ce qui a été dit, il résulte que l'Exode embrasse l'histoire depuis l'an du monde 2310, où Joseph mourut, jusqu'à l'an du monde 2454, où eut lieu la sortie de Moïse et des Hébreux d'Égypte : bien plus, jusqu'à l'année suivante 2455, où le tabernacle fut érigé.
Moïse donc, dans l'Exode, raconte : premièrement, la mort des patriarches, à savoir les fils de Jacob, et la dure oppression et servitude des Hébreux qui s'ensuivit de la part des Égyptiens. Deuxièmement, la naissance, les actions et les plaies d'Égypte par Moïse. Troisièmement, la traversée des Hébreux à travers la mer Rouge, les Égyptiens y étant engloutis. Quatrièmement, que la manne plut sur les Hébreux au désert, qu'ils y trouvèrent une abondance d'eau et vainquirent Amalec. Cinquièmement, que Dieu leur donna la loi au Sinaï et conclut avec eux une alliance. Sixièmement, que les Hébreux rompirent l'alliance et adorèrent le veau, et que pour cette raison Moïse brisa les tables de la loi et massacra les violateurs de l'alliance. Septièmement, la construction du tabernacle et de ses divers ornements est décrite. Le résumé de l'Exode est donc : premièrement, les dix plaies d'Égypte ; deuxièmement, le Décalogue avec les préceptes judiciaires et cérémoniels ; troisièmement, la construction du tabernacle.
En outre, toutes ces choses furent faites et écrites à cette fin : Premièrement, afin que Dieu accomplît ce qu'il avait promis à Abraham, Genèse XVII, 7-8 : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, afin que je sois ton Dieu et celui de ta postérité après toi, et je te donnerai, à toi et à ta postérité, la terre de Canaan. » Deuxièmement, afin qu'ayant fait sortir son peuple d'Égypte et du milieu des idolâtres, il se formât à partir de lui une Église au Sinaï. Troisièmement, afin qu'il montrât quelle sollicitude il a pour son Église, et combien il est tout-puissant et terrible pour punir leurs ennemis. Quatrièmement, afin qu'il donnât un type de la nouvelle Église et des chrétiens, qui du paganisme par le baptême, et à travers de nombreuses tentations et combats, et par de nombreux miracles, sous la conduite du Christ, se dirigent vers la terre promise dans les cieux. De même donc que dans la Genèse est consignée l'histoire de la création du monde, de même dans l'Exode est consignée l'histoire et le type de sa rédemption : de sorte que Raban a justement écrit que presque tous les sacrements de l'Église présente sont préfigurés et exprimés dans l'Exode.
Synopsis du chapitre
Un nouveau Pharaon, ne connaissant pas Joseph, et craignant les Hébreux qui croissaient ainsi, entreprend de les opprimer. Premièrement, en leur imposant des fardeaux ; mais par là ils croissent d'autant plus. Deuxièmement, verset 15, en ordonnant aux sages-femmes de tuer les mâles des Hébreux ; mais elles refusent le forfait. Troisièmement, verset 22, en ordonnant qu'on les noie.
Texte de la Vulgate : Exode 1, 1-22
1. Voici les noms des fils d'Israël qui entrèrent en Égypte avec Jacob : chacun entra avec sa maison. 2. Ruben, Siméon, Lévi, Juda, 3. Issachar, Zabulon et Benjamin, 4. Dan et Nephthali, Gad et Aser. 5. Toutes les âmes donc qui sortirent de la cuisse de Jacob étaient au nombre de soixante-dix ; et Joseph était en Égypte. 6. Lorsqu'il fut mort, ainsi que tous ses frères, et toute cette génération, 7. les fils d'Israël crûrent, et se multipliant comme des germes, et grandement fortifiés, ils remplirent le pays. 8. Cependant un nouveau roi s'éleva sur l'Égypte, qui ne connaissait pas Joseph ; 9. et il dit à son peuple : Voici que le peuple des fils d'Israël est nombreux et plus fort que nous. 10. Venez, opprimons-le avec sagesse, de peur qu'il ne se multiplie, et que si une guerre survenait contre nous, il ne se joigne à nos ennemis, et que nous ayant vaincus, il ne sorte du pays. 11. Il établit donc sur eux des maîtres des travaux, pour les accabler de fardeaux : et ils bâtirent pour Pharaon des villes d'entrepôts, Phithom et Ramsès. 12. Et plus on les opprimait, plus ils se multipliaient et croissaient : 13. et les Égyptiens haïssaient les fils d'Israël et les affligeaient, se moquant d'eux : 14. et ils rendaient leur vie amère par le dur labeur de l'argile et de la brique, et par tout genre de servitude dont ils étaient accablés dans les travaux de la terre. 15. Or le roi d'Égypte dit aux sages-femmes des Hébreux, dont l'une s'appelait Séphora et l'autre Phua, 16. leur ordonnant : Quand vous assisterez les femmes hébreues, et que le moment de l'enfantement sera venu : si c'est un mâle, tuez-le ; si c'est une fille, conservez-la. 17. Mais les sages-femmes craignirent Dieu, et ne firent pas comme le roi d'Égypte avait ordonné, mais elles conservèrent les mâles. 18. Les ayant mandées auprès de lui, le roi dit : Qu'est-ce que vous avez prétendu faire, en conservant les garçons ? 19. Elles répondirent : Les femmes hébreues ne sont pas comme les Égyptiennes : car elles ont elles-mêmes la science de l'accouchement, et avant que nous arrivions auprès d'elles, elles enfantent. 20. Dieu traita donc bien les sages-femmes, et le peuple crût, et se fortifia extrêmement. 21. Et parce que les sages-femmes craignirent Dieu, il leur bâtit des maisons. 22. Pharaon ordonna donc à tout son peuple, disant : Tout ce qui naîtra du sexe masculin, jetez-le dans le fleuve ; tout ce qui sera du sexe féminin, conservez-le.
Verset 1 : Voici les noms
1. VOICI LES NOMS — veelle scemot, « et voici les noms » ; où le mot « et » semble joindre cette histoire de l'Exode avec la fin de la Genèse et la continuer. Car autrefois le Pentateuque était un seul livre continu, que les générations suivantes divisèrent ensuite en cinq sections ou livres. Ajoutez que le vav hébreu se rencontre souvent comme pléonasme, ne servant que d'ornement, surtout au début d'une phrase ou d'une proposition. D'où Ézéchiel aussi commence ainsi : « Et il arriva dans la trentième année » ; donc le mot « et », chez les Hébreux, n'est souvent qu'une marque du début du discours, et introduit une phrase.
CHACUN ENTRA AVEC SA MAISON. — « Maisons », c'est-à-dire fils et petits-fils : car « maison » chez les Hébreux signifie souvent la descendance, parce qu'elle est pour ainsi dire l'édifice du père : ainsi le Seigneur promit à David qu'il lui donnerait une maison, c'est-à-dire une descendance royale (2 Rois VII, 11). Et qu'il renverserait la maison, c'est-à-dire la lignée royale, d'Achab (3 Rois XXI, 29). Ainsi Rachel et Léa bâtirent une maison, c'est-à-dire la lignée d'Israël (Ruth IV, verset 11). De même les Grecs, les Latins, les Français, les Flamands, les Espagnols et les Italiens emploient « maison ». D'où le Poète : « Quand la maison d'Assaracus régnera sur Argos vaincue. »
En second lieu, « maison » est justement prise par métonymie pour la famille et tout l'ensemble domestique contenu dans une maison, de la manière dont Aristote prend généralement « maison », livre I de la Politique, chapitre I, quand il dit : « La maison est une communauté économique, composée du mari, de la femme, des enfants, des esclaves, d'un bœuf et d'autres animaux. » D'où le Chaldéen traduit : « chacun entra avec les hommes de sa maison », c'est-à-dire avec ses fils et ses serviteurs, et leurs meubles et biens domestiques ; car c'est en effet ce qui arriva, comme il ressort de Genèse XLVI, 8. Ainsi pensent Procope, Bède et saint Augustin ici, dans la locution 1.
Versets 2 et 3 : Ruben, Siméon, etc.
2, 3. RUBEN, SIMÉON, etc. BENJAMIN. — Ce n'est pas l'ordre de naissance : car ainsi Benjamin, étant le plus jeune, devrait être le dernier ; mais c'est l'ordre du lit conjugal. Car les six premiers sont fils de la première épouse de Jacob, à savoir Léa ; le septième, Benjamin, est fils de la seconde épouse de Jacob, Rachel ; les deux fils suivants sont de la troisième épouse, à savoir la servante Bilha ; les deux derniers sont fils de la quatrième, à savoir Zilpa.
Verset 5 : Toutes les âmes étaient au nombre de soixante-dix
5. TOUTES LES ÂMES DONC QUI SORTIRENT DE LA CUISSE DE JACOB ÉTAIENT AU NOMBRE DE SOIXANTE-DIX. — « Âmes », c'est-à-dire personnes ; c'est une synecdoque. Les Septante traduisent : « toutes les âmes qui sortirent de la cuisse de Jacob étaient au nombre de soixante-dix ». Où il est clair que « âmes » est pris pour « personnes ». Car il est certain que l'âme humaine ne sort pas de la cuisse et ne naît pas par la transmission des parents : pour le suggérer, notre traducteur a clairement rendu : « les âmes de ceux qui sortirent », etc. L'hébreu peut être traduit de l'une ou l'autre manière, mais mieux de la seconde, avec notre traducteur et le Chaldéen.
Ici est établi le nombre des Hébreux entrant en Égypte, à savoir qu'ils étaient 70, afin que cette merveilleuse fécondité de semence multipliée, promise au patriarche Abraham (Genèse XIII, 16, et Genèse XV, 5), soit vue comme très véritablement accomplie par Dieu, quand en 215 ans qu'ils vécurent en Égypte ils crûrent tellement en nombre que, outre les enfants et les femmes, six cent mille fantassins furent comptés à la sortie (chapitre XII, verset 37).
SOIXANTE-DIX — si l'on compte Joseph avec ses deux fils, comme il ressort de Genèse XLVI. C'est pourquoi ce que Moïse ajoute immédiatement ici : « Et Joseph était en Égypte », contient une exception, non par rapport à ce qui précède immédiatement, mais par rapport à ce qu'il avait dit un peu plus haut au verset 1 : « Voici les noms des fils d'Israël qui entrèrent en Égypte. » Car les Hébreux ne se réfèrent pas toujours à ce qui précède immédiatement, mais souvent à ce qui est plus éloigné et plus reculé. Le sens est donc, comme si Moïse disait : Au verset 1, parmi les fils de Jacob entrant en Égypte, je n'ai pas compté Joseph, parce que Joseph avait déjà été et était en Égypte.
Verset 6 : Lorsqu'il fut mort, ainsi que tous ses parents
6. LORSQU'IL FUT MORT, AINSI QUE TOUS SES PARENTS. — « Parents », à savoir les fils, tant les siens propres que ceux de ses frères, c'est-à-dire leurs neveux issus des frères ; ce qui est la parenté la plus proche et la plus grande. Comme s'il disait : Lorsque Joseph et ses frères furent morts, ainsi que leurs fils — c'est-à-dire dans leur seconde génération, ou dans leurs petits-fils. D'où l'hébreu pour « parents » est dor, c'est-à-dire génération, ou âge. Comme s'il disait : Lorsque cette génération ou cet âge fut mort, à savoir lorsque ces soixante-dix qui étaient entrés en Égypte avec Jacob furent morts, alors aussitôt les fils d'Israël, qui étaient les fils et descendants de ces premiers soixante-dix, crûrent et se multiplièrent merveilleusement.
Verset 7 : Comme des germes
7. COMME DES GERMES. — En hébreu c'est veisretsu, c'est-à-dire « ils fourmillèrent » comme les grenouilles et les poissons, dont la fécondité et la multiplication sont merveilleuses, surpassant celles des oiseaux et des animaux terrestres : tant à cause de l'abondance de l'humidité, comme le dit Pline (livre IX, chapitre II), que parce qu'ils se reproduisent en toutes saisons de l'année, comme l'enseigne Aristote (livre VI Des Animaux, chapitre XVII). Notons ici que notre traducteur emploie parfois des comparaisons et des métaphores différentes de celles qui sont dans l'hébreu, lorsque la chose est la même et le sens le même : surtout si la sienne est plus familière ou plus claire pour nous que celle de l'hébreu, comme celle du germe l'est comparée à celle des grenouilles et des poissons. Car cela est permis, bien plus, cela convient à un fidèle traducteur. Du reste, le mot « germer » signifie qu'ils se multiplièrent comme un germe, et comme des fils de la terre, sortirent de la terre en foule, et, comme Aquila traduit, « se traînèrent au dehors ».
D'où les Septante traduisent : « et les fils d'Israël crûrent, et se multiplièrent, et devinrent abondants » : ils crûrent tellement qu'ils se répandirent à travers tout ce pays, dit Théodotion, en grec chudaioi egenonto, que le traducteur d'Origène rend : « ils se répandirent en grande multitude, et ils devinrent extrêmement forts, et la terre les multiplia ». À propos : car de même que d'un seul grain de semence poussent de nombreuses tiges, d'une seule tige de nombreux épis, d'un seul épi de nombreux grains, de sorte que d'un seul grain naissent souvent trois cents et davantage — de même d'un seul patriarche, comme Juda, naissaient de nombreux fils, d'un seul fils de nombreux petits-fils, d'un seul petit-fils de nombreux arrière-petits-fils, etc., de sorte que d'un seul patriarche, en l'espace de cent ans, non pas des centaines mais des milliers de descendants étaient engendrés, et un patriarche pouvait lever une armée de ses seuls fils et petits-fils et la mener au combat contre l'ennemi.
FORTIFIÉS EXTRÊMEMENT — ayant crû en multitude, qui est l'immense force d'une armée ou d'un peuple. Moïse emploie ici l'anadiplose pour signifier l'innombrable propagation de sa nation.
ILS REMPLIRENT LE PAYS — entendez à propos, leur propre pays ou celui qui leur avait été assigné, à savoir la terre de Goshen.
On demande : d'où vient une si grande multiplication des Hébreux — de la nature ou du miracle ? Je réponds premièrement que cela ne doit pas être proprement attribué au miracle : car naturellement, si 70 personnes engendrent continuellement, et celles-ci d'autres, et celles-là encore d'autres, toujours pendant 215 ans, elles produiront un nombre immense de descendants. D'où Diodore de Sicile enseigne (livre III, chapitre II) que Ninus, qui commença à régner vers l'an 250 après le déluge, mena contre les Bactriens un million sept cent mille fantassins. Voyez combien d'hommes furent propagés en 250 ans à partir des trois seuls fils de Noé. De la même manière donc la même chose pouvait arriver ici ; et premièrement, parce qu'il pouvait naturellement arriver que toutes les femmes hébreues fussent fécondes et enfantassent chaque année. Deuxièmement, il pouvait arriver qu'elles commençassent à enfanter prématurément tôt, et cessassent très tard en effet.
Troisièmement, les Hébreux rapportent, et Abulensis ne le conteste pas, qu'elles mettaient au monde deux, trois, voire quatre enfants à la fois ; bien plus, Aristote, au livre VII de l'Histoire des Animaux, chapitre IV, affirme que cela est commun en Égypte, car il dit ainsi : « Tandis que certains animaux mettent au monde un seul petit, d'autres en mettent plusieurs ; le genre humain est entre les deux, car le plus souvent les femmes mettent au monde un seul enfant. Mais souvent, et en la plupart des lieux, elles produisent aussi des jumeaux, comme cela arrive certainement en Égypte ; car en Égypte elles enfantent trois et quatre à la fois ; et en certains lieux cela arrive fréquemment ; mais au plus cinq naissent, et une certaine femme en quatre couches produisit vingt enfants, en mettant au monde cinq à chaque couche, et la plus grande partie d'entre eux put être nourrie et atteindre l'âge adulte. » Ainsi parle Aristote.
Je réponds en second lieu que cette fécondité et propagation des Hébreux ne doit pas être attribuée à la seule nature, mais à la providence singulière, à l'aide et au concours de Dieu, par lesquels il assista la nature, la nourrit et la rendit plus vigoureuse et plus féconde. Cela est prouvé par le fait que les Hébreux crûrent ainsi alors qu'ils étaient dans les plus grands et continuels travaux et afflictions, tant du corps que de l'âme — bien plus, plus on les opprimait, plus ils croissaient. Or cette oppression et affliction est contraire à la fécondité et produit la stérilité, et c'est ce que dit saint Augustin, livre XVIII de La Cité de Dieu, chapitre VII : « Les Hébreux crûrent, leur multiplication ayant été divinement rendue féconde. »
Allégoriquement, Jacob entrant en Égypte avec ses douze fils signifie le Christ entrant dans le monde avec ses douze Apôtres, et prêchant l'Évangile dans tout l'univers, à la suite de quoi, après la mort de Joseph — c'est-à-dire du Christ — une multitude innombrable de croyants fut propagée. Ainsi saint Augustin, sermon 48 Sur les Saisons.
Verset 8 : Un nouveau roi s'éleva
8. UN NOUVEAU ROI S'ÉLEVA DANS LE PAYS. — Qui était-ce ? Cajétan pense qu'il n'était pas d'origine égyptienne, mais assyrienne. Il argumente de ce qu'Isaïe dit (LII, 4) : « Mon peuple descendit en Égypte, et l'Assyrien l'opprima. » Mais le sens de ce passage est différent, comme je l'ai expliqué en ce lieu.
Deuxièmement, d'autres avec Eusèbe pensent que c'était Mephrès, qu'Eusèbe fait le quatrième roi de la 18e dynastie, celle des Politains : et il ajoute que dans la première année de son règne, Joseph mourut et l'affliction des Hébreux commença. Mais cela est en contradiction avec l'Écriture ici, qui affirme que cette affliction commença après la mort de Joseph et de tous ses frères et de leurs fils. Or Lévi et d'autres frères et neveux vécurent longtemps après Joseph : donc cette affliction des Hébreux commença longtemps après la mort de Joseph.
Troisièmement, d'autres pensent que c'était Ramsès, du fait qu'après lui, semble-t-il, fut nommée la ville de Ramsès, que les Hébreux bâtirent sur son ordre pendant cette affliction. Mais Eusèbe, Cyrille et d'autres rapportent que Ramsès régna longtemps après Moïse.
Quatrièmement, Gérard Mercator appelle ce roi Armesésémien, dont il dit qu'il régna 66 ans et commença à régner cinq ans avant la naissance de Moïse.
Cinquièmement, Abulensis, Pererius, Torniellus et d'autres pensent plus probablement que c'était Aménophis, qui fut effectivement le septième de la 18e dynastie des Politains, que certains croient être Memnon, la pierre parlante, dont la statue rendit un son jusqu'au temps du Christ : car lorsqu'un rayon du Soleil à son lever frappait cette statue et atteignait sa bouche, alors elle parlait à la manière et au mode des hommes. Car Eusèbe rapporte que Moïse naquit dans la 18e année de son règne ; et cette affliction des Hébreux commença peu avant la naissance de Moïse. Il est appelé « nouveau roi », non pas parce qu'il était d'une autre dynastie, mais parce qu'il était d'une autre famille que les rois précédents qui avaient honoré Joseph, dit Josèphe ; ou il est appelé « nouveau roi » en raison d'un caractère, d'habitudes, de mœurs et de gouvernement différents et nouveaux — différents, dis-je, de ceux des rois précédents qui avaient traité Joseph et les Hébreux avec bienveillance.
Allégoriquement, l'ancien roi est Dieu, le nouveau roi est le diable, qui affligea les fidèles de trois manières : premièrement, violemment, par les dix persécutions des Empereurs romains ; deuxièmement, avec sagesse, par les philosophes et les hérétiques ; troisièmement, avec ruse et par la séduction, par les attraits et les voluptés, comme il le fait maintenant, une fois la paix de l'Église obtenue. Voir Rupert et saint Augustin, sermon 84 Sur les Saisons. Ainsi cet Abbé, chez Jean Moschus dans le Pré Spirituel, chapitre 144, disait : « Ne désirons pas servir les voluptés d'Égypte, qui nous rendent sujets de Pharaon, tyran pernicieux. » Celui donc qui sert la volupté se soumet à Pharaon, c'est-à-dire au diable.
QUI NE CONNAISSAIT PAS JOSEPH. — Le Chaldéen traduit : qui n'observait pas les décrets de Joseph, mais introduisait de nouvelles lois et de nouvelles coutumes, selon l'adage : Nouveau roi, nouvelle loi.
Voyez ici combien vite l'oubli et l'ingratitude s'insinuent chez les mortels. Le roi et les Égyptiens devaient à Joseph la conservation de l'Égypte dans la famine ; de plus, Joseph avait acquis pour le roi un cinquième des revenus de toute l'Égypte, comme droit perpétuel, en nourrissant le peuple pendant la famine ; mais « rapidement ce qu'on ne voit plus, et (comme dit Pindare) un ancien bienfait est livré à l'oubli et comme au sommeil » : car les hommes inscrivent les bienfaits dans la poussière, mais les injures dans le marbre — bien plus, ils les gravent, comme avait coutume de dire le bienheureux Thomas More. Combien souvent aujourd'hui encore, dans les villes, les royaumes et les congrégations, nous faisons l'expérience de ce mot : « Il s'éleva un nouveau roi qui ne connaissait pas Joseph ! » Apprenez donc ce que disait le même More : « Ce monde n'a coutume, ingrat qu'il est, ni de récompenser les actions bonnes et louables selon leur mérite, ni ne le peut, même quand il est reconnaissant. » Vous donc qui recherchez la faveur des princes, entendez les paroles de Wolsey, qui fut cause du divorce du roi Henri VIII d'Angleterre avec Catherine, et qui encourut ensuite la suprême indignation du roi : « Moi, dit-il, parce que je n'ai pas cherché la faveur de Dieu mais celle du roi, j'ai donc perdu la grâce de Dieu et n'ai pas acquis celle du roi. »
Nous avons connu récemment en Belgique un premier courtisan, qui avait été intime d'un certain prince voisin pendant de nombreuses années, et avait été dans la plus haute faveur ; mais ensuite, pour un motif léger, il déchut de toute sa grâce. Se retirant de la cour, il commença à philosopher plus profondément, et à se consacrer à Dieu et à son âme, et alors il avait coutume de répéter : Par l'expérience j'ai appris quelle grande différence il y a entre les services rendus à un prince et les services rendus à Dieu ; de même, quelle grande différence il y a entre la faveur des princes et la faveur de Dieu. Car j'ai appris et vu que de grands et nombreux services rendus à un prince sont rapidement livrés à l'oubli et mal récompensés ; mais si l'on offense le prince même légèrement, j'ai vu que cela reste profondément gravé dans l'esprit et est sévèrement vengé. Mais les services, même petits, rendus à Dieu, j'ai appris qu'ils sont conservés dans son éternelle mémoire, et récompensés par lui de grandes et éternelles récompenses ; tandis que les offenses contre lui, même graves, sont si bien effacées par une légère pénitence que lui-même oublie aussitôt toute injure et pardonne volontiers la peine.
C'est ce que dit le Comique : Si tu fais quelque bien, la reconnaissance est plus légère qu'une plume ; si quelque chose est mal fait, ils portent des colères de plomb.
C'est pourquoi saint Bernard s'écrie à juste titre, Lettre 107 : « Ô siècle pervers, qui as coutume de ne bénir tes amis que de manière à en faire les ennemis de Dieu ! Aman trouva grâce auprès du roi Assuérus ; cette faveur lui valut une croix : Achitophel trouva grâce auprès d'Absalom ; cela lui apporta le gibet. »
Verset 10 : Venez, opprimons-le avec sagesse
On peut se demander, en second lieu, pourquoi Dieu permit que les Hébreux fussent opprimés par une servitude si dure et si longue en Égypte. Rupert répond qu'ils furent justement jetés dans cette prison où ils avaient envoyé leur frère Joseph ; mais c'était le péché des pères, non celui de leurs enfants. Je réponds donc premièrement, parce que certains d'entre eux avaient absorbé les mœurs impies et l'idolâtrie des Égyptiens ; car Ézéchiel enseigne que les Hébreux adorèrent Apis et des idoles en Égypte, chapitre 23, verset 7 ; et saint Jérôme et Théodoret l'enseignent expressément au même endroit. De là aussi, peu après, ils façonnèrent le veau d'or, comme s'il était l'Apis égyptien, au Sinaï ; de là aussi Moïse interdit et condamne si souvent l'idolâtrie dans le Pentateuque. Ainsi dit Aben Ezra. Cette servitude était donc un châtiment du péché. Deuxièmement, par cette servitude comme par un aiguillon, Dieu voulut les exciter afin qu'ils se détournassent de l'Égypte et des Égyptiens, et se hâtassent vers Canaan, qu'il leur avait destinée. Troisièmement, afin que par cette servitude soit donnée aux Hébreux l'occasion et le juste titre de dépouiller l'Égypte, et de s'enrichir ainsi. Quatrièmement, afin que par la même servitude soit donnée l'occasion d'accomplir les prodiges les plus nombreux et les plus grands, à savoir les 10 plaies d'Égypte, par lesquelles Dieu voulait faire connaître au monde entier sa puissance et sa vengeance contre les impies Égyptiens, et sa clémence et sa sollicitude paternelle envers ses propres Hébreux. Cinquièmement, afin que par elle il purifiât, perfectionnât et glorifiât les Hébreux ; car plus on les opprimait, plus ils croissaient. Sixièmement, afin que par ce fiel il rendît insipides le miel et les délices de l'Égypte aux Hébreux qui les convoitaient, de sorte qu'une fois partis ils ne désirassent jamais retourner en Égypte ; car combien les Hébreux aimaient les marmites d'Égypte et souhaitaient y retourner, cela ressort de Nombres 11, 5, et du chapitre 14, 3.
DE PEUR QU'IL NE SE MULTIPLIE, ET QUE SI UNE GUERRE SURVENAIT CONTRE NOUS, IL NE SE JOIGNE À NOS ENNEMIS, ET QUE NOUS AYANT VAINCUS, IL NE SORTE DU PAYS. — Notons ici trois causes poussant les Égyptiens à opprimer les Hébreux, à savoir la crainte, l'envie et la haine. Premièrement, la crainte que, lorsqu'une guerre surviendrait, ils ne se joignissent aux ennemis des Égyptiens, et que les ayant vaincus et dépouillés, ils ne sortissent vers la terre que Dieu leur avait promise, à savoir Canaan. Car les Hébreux se vantaient que Dieu l'avait promise à Abraham et à eux-mêmes, et c'est pourquoi les Égyptiens les craignaient. Deuxièmement, l'envie, parce qu'ils voyaient qu'ils étaient surpassés par les Hébreux, étrangers, en descendance nombreuse, belle, robuste, habile, et en d'autres dons de l'esprit et du corps dont ils étaient dotés et qui étaient remarquables. Troisièmement, la haine conçue à partir de la différence de religion, de caractère et de mœurs : car les Égyptiens adoraient leur Apis ou taureau et d'autres animaux, tandis que les Hébreux adoraient le seul vrai Dieu ; d'où les Hébreux sacrifiaient et mangeaient des bovins et des brebis, ce que les Égyptiens avaient en abomination.
Mais Josèphe, qui ajoute une quatrième cause de haine — à savoir qu'un certain devin avait prédit aux Égyptiens qu'il naîtrait bientôt des Hébreux un certain personnage qui, s'il atteignait l'âge adulte, renverserait la puissance des Égyptiens, mais accroîtrait et ferait merveilleusement prospérer les affaires des Hébreux — c'était Moïse.
10. VENEZ, OPPRIMONS-LE AVEC SAGESSE. — L'hébreu a : venez, soyons sages contre lui, ou à son encontre ; les Septante ont katasophisometha autous, agissons avec ruse contre eux : car il y a une sagesse et une prudence qui vient d'en haut, de Dieu, et une autre qui est terrestre et diabolique (telle qu'était celle-ci), Jacques 3, 15. Assurément ce n'est pas sous cette loi, cette fin et cette intention que Pharaon avait admis les Hébreux dans son royaume.
On peut se demander quand commença cette oppression des Hébreux. Premièrement, Eusèbe dans sa Chronique pense qu'elle commença immédiatement après la mort de Joseph, et dura par conséquent 144 ans ; car tel est le nombre d'années de la mort de Joseph à la sortie d'Égypte. Mais c'est une erreur : car Moïse dit ici qu'elle commença après la mort de Lévi, et de tous les frères et de toute leur parenté, dont beaucoup vécurent longtemps après Joseph. Deuxièmement, les Hébreux dans le Seder Olam pensent qu'elle commença à la mort de Lévi, et dura 116 ans ; mais eux aussi se trompent tant dans le premier que dans le second point : car de la mort de Lévi à la sortie d'Égypte, les années qui s'écoulèrent ne furent pas 116, mais 121. Troisièmement, Torniellus pense qu'elle commença au début du règne d'Aménophis, et dura 106 ans. Quatrièmement, Pererius pense qu'elle dura 87 ans.
Je réponds et dis qu'elle commença peu avant la naissance de Moïse, et dura environ 90 ans — c'est-à-dire qu'elle commença 18 ans avant Moïse, et continua 88 ans du vivant de Moïse ; car dans la 80e année de sa vie, Moïse fit sortir les Hébreux de cette servitude et d'Égypte. Cela est évident, premièrement, du fait qu'elle commença après la mort de Joseph, de ses frères et de toute cette première génération ; et il est établi que Lévi, qui n'avait que 4 ans de plus que Joseph, vécut 137 ans, comme il ressort du chapitre 6, verset 16. Lévi vécut donc 23 ans après la mort de Joseph ; et de la mort de Joseph à la naissance de Moïse 64 ans s'écoulèrent ; donc de la mort de Lévi à Moïse 41 ans s'écoulèrent. De même, Caath fils de Lévi vécut 133 ans, comme il ressort du chapitre 6, verset 18. Si l'on suppose qu'il naquit dans la 20e année de Lévi, il s'ensuit qu'il survécut à son père Lévi de 16 ans, de sorte que de la mort de Caath à Moïse seuls 25 ans s'écoulèrent. De même, après Caath, Pharès et d'autres qui étaient enfants lorsqu'ils entrèrent en Égypte semblent avoir vécu et être morts ; mais cette affliction commença après la mort de Lévi, de Caath et des autres des 70 qui étaient descendus de Canaan avec Jacob en Égypte ; bien plus, après leur mort commença d'abord cette multiplication des Hébreux dont il est question au verset 7, qui suscita cette envie et la haine du nouveau roi, pour les affliger. Après Caath donc, environ 45 ans semblent s'être écoulés, pendant lesquels en partie les survivants des premiers 70 moururent, et en partie les Hébreux furent augmentés d'une nombreuse postérité : de sorte que l'envie et la persécution des Égyptiens contre les Hébreux commencèrent environ une dizaine d'années avant la naissance de Moïse. Cela, deuxièmement, est prouvé par le fait que cette persécution des Hébreux commença vers la naissance de Myriam, la sœur de Moïse, qui fut pour cette raison appelée Myriam, c'est-à-dire amertume, comme le rapportent les Hébreux ; et Myriam avait environ dix ans de plus que Moïse. Car elle garda l'enfant Moïse quand il fut exposé, et fit en sorte qu'il fût nourri et élevé, comme il sera clair au chapitre 2. Elle avait donc alors facilement environ dix ans.
Verset 11 : Il établit sur eux des maîtres des travaux
En hébreu, maîtres de missim, c'est-à-dire de tribut — non d'argent, mais de briques, de sorte que chacun payât sa quote-part quotidienne de travail. C'est donc avec raison que notre Traducteur rend « maîtres des travaux » ; d'où aussi les Septante ont traduit epistatas ton ergon, c'est-à-dire surveillants des travaux. Car ceux-ci n'étaient pas comme des architectes dirigeant une construction, mais comme d'impérieux exacteurs, dit Philon, pressant le travail, et cela pour affaiblir les forces des Hébreux et pour épuiser et tarir par un labeur excessif leur capacité de procréer et de se propager : à savoir afin que ceux qui étaient accablés par les épreuves, tandis que la vie même leur devenait pénible, n'eussent aucun désir du plaisir conjugal.
Combien est vrai ce que dit ce jeune homme chez saint Jérôme, dans sa Lettre à Rusticus, quand, tenté par la luxure et faussement accusé chaque jour du crime de fornication commis (l'Abbé arrangeant cela secrètement pour la victoire sur la tentation), il dit : « N'est-il pas permis de vivre, et sera-t-il permis de forniquer ? »
Écoutez Philon, au livre I de la Vie de Moïse, décrivant cette amère servitude des Hébreux : « Le roi, dit-il, contraignait à des tâches serviles des hommes qui n'étaient pas seulement de naissance libre, mais des hôtes. Deuxièmement, il leur imposait des fardeaux plus lourds qu'ils n'en pouvaient porter, accumulant travail sur travail. Troisièmement, si quelqu'un se retirait du travail pour cause d'infirmité, il était jugé coupable d'un crime capital. Quatrièmement, les hommes les plus cruels et les plus impitoyables présidaient aux travaux, qu'on appelait pour cette raison exacteurs. » Cinquièmement, par l'excès du travail et de la chaleur, un très grand nombre étaient saisis et mouraient de la peste : et les Égyptiens les jetaient sans sépulture, dit Philon. Sixièmement, Eupolémus ajoute, chez Eusèbe livre IX de la Préparation Évangélique, que le roi ordonna que les Hébreux fussent vêtus de vêtements différents de ceux des Égyptiens, afin de les exposer ainsi à la risée et aux vexations de tous, et que pour cette raison ce roi fut puni par Dieu et mourut torturé par l'éléphantiasis.
DES TRAVAUX. — Quels étaient ces travaux imposés aux Hébreux par les Égyptiens ? Je réponds : Le premier travail était de former la boue en briques, comme il ressort du verset 14. Le deuxième, de bâtir les villes de Phithom et de Ramsès, comme il est dit ici. Le troisième, de diviser le Nil en de nombreux canaux pour irriguer les champs et les prés de chacun, et d'entourer les canaux de digues. Ainsi dit Josèphe, qui, quatrièmement, attribue aux Hébreux les insensées constructions des pyramides. Enfin, au verset 14, l'Écriture dit qu'ils servirent en tout genre de servitude dans les travaux de la terre.
Moralement, saint Bernard dans les Sentences dit : « Les maîtres des travaux de Pharaon sont au nombre de trois : l'ardeur fétide de la luxure bouillonnante, la rage furieuse de la cruelle avarice, et l'appétit nuisible de la vaine gloire. »
ET ILS BÂTIRENT DES VILLES D'ENTREPÔTS. — Procope est l'autorité selon laquelle Aquila traduit aussi de cette manière ; le Chaldéen traduit « villes de trésors », de sorte que l'hébreu miskenot venant de sachan serait la même chose que le latin censere et census, par métathèse. Les Septante traduisent poleis ochuras, c'est-à-dire « villes fortifiées » ; Oleaster traduit « villes closes, ou villes pour entreposer », à savoir des armes ou toute autre chose. L'hébreu miskenet signifie proprement des greniers, des entrepôts, des dépôts, comme Vatablus et d'autres le traduisent.
Ces villes étaient donc comme les greniers (d'où notre Traducteur rend « entrepôts ») du royaume, dans lesquels étaient conservés le grain public, l'huile, le vin, etc. : car c'étaient les richesses et les trésors des Égyptiens ; et c'est pourquoi ces villes étaient fortifiées et closes, comme le traduisent les Septante et d'autres.
Les Septante ajoutent que les Hébreux bâtirent Héliopolis. Cela est suspect à saint Jérôme dans ses Lieux Hébraïques, parce qu'Héliopolis avait déjà été bâtie auparavant, comme il ressort de Genèse 41, 43. Mais on peut répondre que c'était une autre Héliopolis ; ou, si c'était la même, qu'elle avait été détruite par quelque accident et fut rebâtie par les Hébreux, ou fut si agrandie qu'elle semblait être une ville nouvelle.
Tropologiquement, Phithom en hébreu signifie la même chose que « bouche défaillante » ou « bouche de l'abîme ». Ramsès signifie « agitation ou foulée de la teigne ». Pharaon, c'est-à-dire le diable, ordonne de bâtir ces villes, afin que le pécheur à la mort entende avec Lucifer ce mot d'Isaïe 14, 11 : « Sous toi est étendue la teigne, et les vers sont ta couverture. » Voir Origène et Rupert. D'où aussi saint Bernard dans les Sentences dit : « Le refuge des impies est triple : la leçon de la fausseté trompeuse, qui est Phithom ; la forteresse de la puissance mondaine, qui est Ramsès ; l'apparence de la justice feinte, qui est la ville du Soleil. Pharaon ordonne de les bâtir. »
POUR PHARAON. — Remarque : Tous les rois d'Égypte sont appelés Pharaons, de même que tous les Empereurs romains sont appelés Césars. On demande : d'où vient ce nom ? Premièrement, certains pensent que les Pharaons furent nommés d'après Pharos, une île d'Égypte ; deuxièmement, d'autres disent : Pharaon, disent-ils, signifie en hébreu « libre, dépouillé, dégagé » (de la racine para, c'est-à-dire « il dépouilla, il dégagea »), et de là semble dériver le mot latin Baron ; les rois furent donc appelés Pharaons comme qui dirait Barons, c'est-à-dire « princes libres et souverains ».
Mais Pharaon est un nom égyptien, non hébreu. Troisièmement, d'autres pensent que les rois d'Égypte furent appelés Pharaons d'après leur premier roi nommé Pharaon, de même qu'ensuite les mêmes rois furent appelés Ptolémées d'après le premier Ptolémée, fils de Lagus, à qui Alexandre le Grand attribua l'Égypte. Mais comme nous ne lisons nulle part qu'un premier roi ait été appelé Pharaon de son nom propre, quatrièmement, il semble donc plus vraisemblable que Pharaon est un titre de dignité, comme chez nous le nom d'Auguste. Ainsi dit Eusèbe dans la Chronique, et Josèphe, qui enseigne expressément au livre VIII des Antiquités, chapitre 6, que Pharaon signifie roi en égyptien : « Pharaon donc, dit Josèphe, est un nom d'honneur et de souveraineté, par lequel furent appelés tous les rois d'Égypte, depuis ce Ménès qui fonda Memphis et qui précéda Abraham de beaucoup d'années, jusqu'au temps de Salomon, pendant treize cents ans : car après Pharaon beau-père de Salomon, aucun roi d'Égypte ne fut plus appelé de ce nom. » Ainsi parle Josèphe, qui dans cette dernière affirmation se trompe ; car il est établi par les Livres des Rois, Ézéchiel et Jérémie, qu'après le temps de Salomon il y eut Pharaon Néchao, qui tua Josias, et Pharaon Hophra, et que d'autres rois d'Égypte sont partout appelés Pharaons jusqu'à la captivité de Babylone.
PHITHOM ET RAMSÈS. — Ces villes se trouvaient aux frontières du royaume. Car les Hébreux sont dits être partis de Ramsès pour Socoth au chapitre 12, 37. Ramsès fut peut-être nommée d'après la terre de Ramsès en Goshen, que Pharaon donna aux Hébreux pour y habiter, Genèse 47, 11. Ainsi dit saint Jérôme (ou quel que soit l'auteur : car à Smyrne on cite saint Jérôme lui-même) dans ses Lieux Hébraïques ; ou bien, comme le veut Abulensis, c'est d'après cette ville de Ramsès que toute la région fut appelée Ramsès : de sorte qu'en Genèse 47, 11, la terre est appelée Ramsès par prolepse, celle qui fut ensuite nommée Ramsès d'après cette ville. Abulensis et d'autres disent que cette ville fut plus tard appelée la ville d'Héroopolis. D'où en Genèse 46, 28-29, où il est dit que Joseph alla à la rencontre de son père Jacob en Goshen, ou Ramsès, les Septante ont : « à la ville d'Héroopolis ». Ils jugent aussi que la même ville fut ensuite appelée le district d'Arsinoïte, et finalement Thèbes et la Thébaïde, célèbre pour ses nombreux moines et monastères : bien qu'Adrichomius distingue tous ces lieux et pose trois villes différentes, à savoir Ramsès, Thèbes et la ville d'Héroopolis. Le Targum de Jérusalem traduit inexactement Phithom et Ramsès par Tanis et Péluse. Les Hébreux rapportent que les Juifs travaillèrent si paresseusement dans ces villes que les noms devinrent proverbiaux ; car ils disent du paresseux : « C'est un Phithom et Ramsès. »
Verset 12 : Plus on les opprimait, plus ils se multipliaient
12. ET PLUS ON LES OPPRIMAIT, PLUS ILS SE MULTIPLIAIENT. — Saint Augustin note, au livre XVIII de La Cité de Dieu, chapitre 6, que cela n'arriva pas naturellement, mais par la puissance divine ; car la nature, desséchée, resserrée et supprimée par un labeur et une angoisse excessifs, ne pouvait fournir l'humidité et l'esprit vital nécessaires pour engendrer tant de descendants : et ainsi plus le corps et l'âme étaient accablés par le travail et la détresse, plus ils étaient inaptes à la procréation. Dieu accomplit ici sa promesse faite à Abraham, même si l'ordre des choses qu'il a une fois établi doit être changé, afin que tous les Israélites apprennent à placer leur espérance la plus ferme en sa très haute providence. Encore une fois, voyez ici combien la vertu croît lorsqu'elle est agitée par l'adversité, elle qui languit et se flétrit dans la prospérité. Les mots hébreux l'indiquent plus clairement, car au lieu de « ils se multipliaient », ils ont iiphrots, c'est-à-dire « ils jaillissaient ». Car de même que l'eau ou un fleuve, plus on les resserre et on les contient, plus ils luttent au dehors avec une force et une abondance plus grandes, brisant les digues et les barrières et jaillissant : de même ici les enfants d'Israël, pressés par les Égyptiens, luttaient et jaillissaient au dehors avec une force et une abondance plus grandes.
Apprenez moralement ici que la servitude ne nuit pas aux pieux et aux fidèles, mais leur profite ; et que ceux qui servent Dieu et sont sous sa protection, même s'ils sont esclaves, sont néanmoins libres. Ainsi Bion avait coutume de dire : « Les bons esclaves sont libres, mais les mauvais affranchis servent de nombreux désirs » ; et Sophocle disait : « Même si le corps est esclave, l'esprit néanmoins est libre. » Diogène, vendu comme esclave, quand on lui demanda ce qu'il savait, répondit : « Je sais commander aux hommes libres. » Et l'acheteur l'affranchit, et lui remettant ses fils, dit : « Prends mes enfants, sur lesquels tu pourras régner. » Aulu-Gelle, livre II, en est le témoin ; d'où Sénèque dans la Lettre 28 : « Celui qui méprise la servitude, dit-il, est libre dans n'importe quelle foule de maîtres. » Térence était esclave, et il apprit avec un talent qui n'avait rien de servile, et écrivit des comédies dans un style qui n'avait rien de servile, par lesquelles il mérita à la fois la liberté et une place parmi les princes des poètes. Platon, réduit en servitude, parce qu'il était philosophe, fut plus grand que celui qui l'achetait. L'esprit est plus grand que toute fortune, et dans un corps esclave habite un esprit libre. Le Sénat rejette l'esclave, mais non la vertu, ni l'industrie, ni la fidélité. Tiron était l'esclave de Cicéron, mais ayant obtenu la liberté par ces arts, il laissa à la postérité un livre élégant sur les bons mots de son patron. Parmi les fidèles, Sérapion l'ermite fut noble, qui se vendit à bas prix pour que, devenu esclave, il convertît par sa vertu et sa sagesse son maître, et le libérât de la servitude du péché pour le conduire à la vraie liberté. Plus noble encore fut saint Paulin, évêque de Nole, qui se livra comme esclave aux Vandales pour le fils d'une veuve, et par sa vertu et sa prophétie obtint du roi la liberté pour tous ses concitoyens. Ce Malchus, dont saint Jérôme écrivit la vie, était esclave, dont la chasteté dans le mariage fut défendue par un lion et vengée par la liberté : car le lion tua le maître qui poursuivait Malchus dans sa fuite, et ainsi Malchus s'échappa libre. Enfin, ce mot de Caton, que Cicéron célèbre, était : « Seul le sage est libre. »
Verset 13 : Les Égyptiens haïssaient les enfants d'Israël
13. ET LES ÉGYPTIENS HAÏSSAIENT LES ENFANTS D'ISRAËL. — Comme s'il disait : De là, ou pour cette raison ils les haïssaient, parce qu'évidemment ils les voyaient croître à ce point ; l'hébreu est jakutsu, c'est-à-dire ils étaient piqués (car kots signifie une épine, parce qu'elle pique), à savoir par la douleur, l'envie, l'angoisse, la tristesse, le dégoût et la haine ; et comme le porte le Chaldéen, ils étaient troublés et angoissés à cause des enfants d'Israël. D'où il est clair que les Égyptiens enviaient la croissance et la prospérité des Hébreux, et que leur haine ne naissait pas seulement de la crainte, mais aussi de l'envie. Josèphe l'enseigne expressément, ainsi que David au Psaume 105, 24-25.
ET ILS LES AFFLIGEAIENT, SE MOQUANT D'EUX. — L'hébreu est : et ils firent servir les enfants d'Israël avec dureté, ou cruauté, c'est-à-dire ils les traitèrent et les firent travailler tyranniquement comme des esclaves : car c'est le comble de la tyrannie et de la cruauté que de se moquer de celui qu'on opprime ; c'est pourquoi notre Traducteur rend avec raison « se moquant d'eux ».
Verset 14 : En tout genre de servitude dans les travaux de la terre
14. ET EN TOUT GENRE DE SERVITUDE DONT ILS ÉTAIENT ACCABLÉS DANS LES TRAVAUX DE LA TERRE. — L'hébreu est : en tout travail des champs, c'est-à-dire en tout travail agricole, leur servitude était dure et cruelle, rude et tyrannique. D'où il apparaît que Pharaon distribua les Hébreux à travers toute l'Égypte, afin que dans les champs et les villages ils servissent partout comme des paysans et des esclaves, accomplissant tout travail agricole, et il leur imposa les fardeaux les plus lourds, et les contraignit à peiner comme des ânes.
Verset 15 : Le roi dit aux sages-femmes des Hébreux
Ceci est la deuxième tyrannie et ruse tyrannique, plus grande que la servitude, le labeur et l'oppression précédents, par laquelle Pharaon tente d'éteindre la descendance de la nation hébreue, et cela par l'entremise des sages-femmes, par l'art desquelles la vie de la progéniture est habituellement préservée, dit Origène ici, Homélie 2.
Les Hébreux et saint Augustin (livre Contre le Mensonge, chapitre 15) pensent que ces sages-femmes étaient hébreues. Mais il semble plus vraisemblable qu'elles étaient égyptiennes. Ainsi disent Josèphe, Hugues de Saint-Victor, Abulensis, Oleaster et d'autres. Car le tyran n'aurait pas cru facile de persuader des femmes hébreues de sévir contre leur propre peuple. De plus, les sages-femmes elles-mêmes indiquent suffisamment qu'elles servaient les Égyptiennes en couches et qu'elles étaient Égyptiennes, quand elles disent : « Les femmes hébreues ne sont pas comme les Égyptiennes : avant que nous arrivions auprès d'elles (les Hébreues, s'entend), elles enfantent » ; d'où leur piété fut d'autant plus louable.
L'UNE S'APPELAIT SÉPHORA, L'AUTRE PHUA. — Ces deux étaient les plus éminentes, et comme les chefs des autres, par l'intermédiaire desquelles Pharaon fit communiquer son ordre aux autres. Les Juifs rapportent, et Lyranus d'après eux, que ces deux étaient Yokébed et sa fille Myriam, c'est-à-dire la sœur de Moïse ; et que c'est pourquoi Dieu leur bâtit deux maisons, à savoir la sacerdotale et la royale : car de Yokébed naquirent les prêtres, à savoir Moïse et Aaron ; mais de Myriam naquirent les rois, parce que Myriam épousa Caleb, un prince de la maison de Juda, dans laquelle se trouvaient le sceptre et la famille royale. Mais ce sont des fables et des inventions des Juifs : car, pour passer sur d'autres objections, Myriam n'était alors qu'une petite fille de six ou sept ans au plus — comment alors pouvait-elle être sage-femme ?
Verset 16 : Quand le moment de l'enfantement sera venu
16. ET QUAND LE MOMENT DE L'ENFANTEMENT SERA VENU. — L'hébreu est : quand vous verrez sur les obnaim. Obnaim est soit le siège d'accouchement, comme l'expliquent communément les Hébreux ; soit plutôt, puisque c'est une forme duelle et qu'il descend de la racine bana, c'est-à-dire « bâtir », il signifie les deux pivots de l'utérus, sur lesquels l'embryon est d'abord formé, de même qu'un vase de terre est formé sur la roue du potier, qui est appelée d'un mot apparenté ophnaim. Deuxièmement, par lesquels, comme par des portes, l'enfant sort et naît à la lumière : car l'utérus est comme un édifice, ou la maison de l'embryon. Le sens est donc : quand vous verrez l'enfant sur les obnaim, c'est-à-dire sur les ouvertures de l'utérus — c'est-à-dire quand vous verrez un enfant mâle sortant du sein maternel. D'où les Septante traduisent : « quand vous assisterez les femmes hébreues, et qu'elles seront sur le point d'enfanter » ; et Vatablus rend clairement : « quand vous les verrez en travail mettant au monde un fils ». D'où il est clair que ces sages-femmes reçurent l'ordre de tuer les mâles des Hébreux non pas après la naissance, mais pendant l'acte même de la naissance : les étouffant, les comprimant, les étranglant secrètement, de sorte que les mères dissimuleraient la chose, comme si elles-mêmes avaient enfanté des enfants morts ou mourants — plan astucieux en vérité, de peur que les mères ne s'aperçoivent de la trahison et ne puissent prendre des précautions. Ainsi disent Abulensis et Lipomanus.
En outre, il est certain qu'avant que l'enfant ne soit entièrement sorti, on peut discerner son sexe, puisque les médecins enseignent que même longtemps avant, cela peut être conjecturé d'après certains signes : par exemple, si les mouvements du fœtus dans l'utérus sont nombreux et forts, c'est le signe que c'est un mâle ; de même, si la mère a bonne mine ; si l'enfant est du côté droit, parce que cette partie est plus chaude et plus forte en raison de la proximité du foie, etc. Ainsi disent Galien et Hippocrate, livre V, aphorismes 42 et 48.
Voici par quels degrés croît l'impiété du roi : premièrement, il voulut empêcher la conception par le travail et l'oppression des parents ; deuxièmement, il tente de détruire la naissance ; troisièmement, au verset 22, il projette de noyer la progéniture déjà née.
De même, tropologiquement, le diable, premièrement, a coutume de détourner une œuvre héroïque pour qu'elle ne se fasse pas ; deuxièmement, s'il ne le peut, il tente de la corrompre pendant qu'elle se fait ; troisièmement, s'il ne peut même pas cela, il s'efforce de la renverser après qu'elle a été faite.
SI C'EST UN MÂLE, TUEZ-LE. — La sage-femme peut facilement et secrètement le faire. Car, comme le dit Aristote au livre VII de l'Histoire des Animaux, chapitre 10 : « Les sages-femmes habiles repoussent dans l'utérus le sang de l'enfant : et une fois cela fait, l'enfant qui défaillait déjà est aussitôt ranimé et rendu à la vie. Leur office est de lier et de couper le cordon ombilical de l'enfant, et d'agir promptement et habilement contre toutes les complications qui surviennent », et de faire face aux difficultés : si l'une négligeait ces choses, ou les faisait mal, elle tuerait l'enfant.
On demande : Pourquoi Pharaon ordonna-t-il de tuer les mâles des Hébreux, mais de conserver les filles ? Je réponds, premièrement, parce qu'il craignait les mâles, de peur qu'ils ne se joignissent un jour à ses ennemis, verset 10. Deuxièmement, parce que les femmes hébreues, aussi désarmées qu'elles fussent, étaient belles : il voulait donc en abuser pour la luxure. Troisièmement, il voulait qu'elles fussent conservées pour le service de ses épouses, et qu'elles fussent servantes des Égyptiens. Quatrièmement, les femmes hébreues excellaient dans le travail de la laine, le tissage, la teinture et d'autres arts, et étaient donc très utiles aux Égyptiens, qui par leur nature sont portés au gain — ce que Platon attribue au climat du lieu.
Écoutez-le tel qu'il est rapporté par Cælius Rhodiginus, livre XVIII, chapitre 18 : « Parmi les enseignements de Platon, on observe que de diverses régions et aspects du ciel naissent différentes dispositions ou tempéraments de caractère. Par cet argument, dans la région de la Grèce les hommes semblent bien plus aptes à acquérir le savoir qu'ailleurs. Mais ceux qui inclinent vers la Phénicie et l'Égypte sont réputés merveilleusement habiles à accumuler de l'argent, leur talent étant particulièrement adapté à cela. Ceux qui sont nourris parmi les barbares belliqueux se révèlent enclins à la fureur et à la colère. Et ceux qui habitent les parties du monde brûlées par le soleil tendent à dégénérer vers la timidité et une nature plus efféminée. Car la chaleur interne se dissipe lorsque les canaux du corps sont relâchés et pour ainsi dire ouverts par l'intempérance de l'astre voisin. La preuve en est le noircissement de la peau, par l'abondance de la chaleur innée attirée à la surface. Mais ceux qui habitent les parties froides et glacées du monde excellent excessivement en audace, la surface de leurs corps étant éclatante. En outre, les régions méridionales, tempérées d'un côté par la chaleur et de l'autre par le froid, produisent des talents plus sages et plus prudents, et des peuples particulièrement nés et faits pour l'empire — ce qui, au jugement de Vitruve, est à peu près le caractère de la situation de l'Italie. »
Cinquièmement, parce que, comme le dit Euripide, les enfants mâles sont l'image des colonnes — les piliers des maisons sont les fils mâles : car le mâle multiplie, propage et fortifie sa famille et sa nation.
Tropologiquement, les femmes sont les œuvres de la chair, les mâles sont les œuvres de l'esprit et de l'intelligence. De même, les femmes sont les âmes molles, faibles et imparfaites ; les mâles sont les âmes fortes, nobles et parfaites. « Par la femme, » dit saint Jérôme sur l'Ecclésiaste chapitre 2, « est signifié le sexe plus fragile et la matière : aucun saint, sauf très rarement, n'est rapporté avoir engendré des filles ; et seul Salphaad, qui mourut dans ses péchés, engendra toutes des filles. Jacob, parmi ses 12 fils, fut père d'une seule fille, à savoir Dina, et à cause d'elle il fut mis en péril. » Voir aussi saint Ambroise, De Caïn et Abel, chapitre 10.
La vertu, dit Cicéron dans les Tusculanes II, tire son nom de l'homme (vir). Et la force est la qualité la plus propre à l'homme, dont les deux plus grands offices sont le mépris de la mort et de la douleur. Et Lactance, De l'Ouvrage de Dieu, chapitre 12 : « L'homme (vir), » dit-il, « est ainsi appelé parce qu'il y a en lui plus de force (vis) que dans la femme, et de là la vertu (virtus) a reçu son nom. » Et saint Augustin, dans sa Lettre à Macédonius : « La vertu, » dit-il, « c'est aimer ce qui doit être aimé. Aimer droitement, c'est la prudence ; n'en être détourné par aucune épreuve, c'est la force ; par aucun attrait, c'est la tempérance ; par aucun orgueil, c'est la justice. » D'où Ovide : La vertu tend vers ce qui est ardu. Et Virgile, Énéide VI : Facile est la descente aux Enfers, mais revenir sur ses pas et s'échapper vers les airs d'en haut, voilà l'œuvre, voilà le labeur : peu de ceux que Jupiter favorable a aimés, ou qu'une ardente vertu a élevés au ciel, fils des dieux, ont pu le faire.
Aristote, dans son Hymne à la louange de la vertu : « Ô vertu, ardue et laborieuse pour le genre humain, plus belle découverte de la vie ! Pour ta beauté, ô vierge, même mourir — en Grèce la mort est regardée comme désirable — et endurer de violents et inlassables labeurs. Tel est le fruit immortel, plus précieux que l'or, que tu implantes dans le cœur. Par ta grâce, Hercule, né de Jupiter, et les fils de Léda ont enduré beaucoup, déclarant par leurs actes ce qu'ils étaient capables de faire. » Et Socrate disait : « De même qu'une statue doit être immobile sur sa base, de même celui qui s'applique à la vertu doit être inébranlable dans son bon propos. » Et Pline, livre XXXVI, chapitre 9 : « De même que d'immenses obélisques sont érigés à grand-peine à cause de leur poids, mais une fois en place, ils durent des siècles infinis, de même la vertu. » Pharaon donc, c'est-à-dire le diable, dit Origène, Cyrille, Augustin et Rupert, cherche surtout à renverser les mâles, c'est-à-dire les héros et les parfaits, par deux sages-femmes, c'est-à-dire par la chair et le monde — à savoir par les plaisirs de la chair et par les richesses et les honneurs mondains. Pour les vaincre, nous devons craindre Dieu et par la crainte de Dieu crucifier notre chair. Les Égyptiennes ont besoin de l'aide des sages-femmes, parce que les imparfaits sont mus aux œuvres de vertu soit par l'espoir de l'honneur et du gain, soit par la crainte de la perte et de la honte : les Hébreues, c'est-à-dire les parfaits, n'en ont pas besoin, parce qu'elles sont poussées par la force de l'Esprit Saint vers tout bien et toute sainteté, si ardue soit-elle, par le pur amour de Dieu et le désir de lui plaire à lui seul.
Verset 17 : Elles craignirent Dieu
En hébreu c'est : elles craignirent Élohim, c'est-à-dire Dieu le juge, gouvernant toutes choses, punissant, récompensant ; car tel est Élohim, et c'est pourquoi il doit être souverainement craint et adoré.
Verset 19 : Elles ont elles-mêmes la science de l'accouchement
En hébreu c'est nunchaiot, qui signifie « pleines de vie » ou « vivifiantes », et cela en un triple sens : Premièrement, comme si elles disaient : Parce qu'elles-mêmes sont d'un esprit vif et sagace, et, comme le Chaldéen traduit, parce qu'elles sont sages, et par conséquent d'elles-mêmes et par leur propre habileté elles ont la science de l'accouchement, comme notre Traducteur le rend. Deuxièmement, parce qu'elles-mêmes sont vigoureuses et énergiques, et c'est pourquoi avant que la sage-femme puisse arriver auprès d'elles, elles enfantent l'enfant, et celui-ci est vif et fort. Ainsi dit Vatablus. D'où le Targum de Jérusalem traduit : parce qu'elles-mêmes donnent la vie avant que la sage-femme n'arrive auprès d'elles ; elles prient devant leur Père céleste, et il les exauce, et ainsi elles enfantent. Troisièmement, parce qu'elles-mêmes sont « vivifiantes », c'est-à-dire sages-femmes : car c'est le rôle des sages-femmes d'aider les femmes en travail afin que l'enfant reçoive la vie, et ainsi, dans l'idiome hébreu, on dit qu'elles donnent la vie à l'enfant. Certains rabbins traduisent grossièrement : Elles sont comme des bêtes (car l'hébreu chaiot signifie aussi des bêtes), qui lorsqu'elles enfantent n'ont pas besoin de sages-femmes. Évidemment, ces grossières sages-femmes pouvaient donner cette réponse grossière, comme leur étant naturelle, aux grossiers Égyptiens. Car ainsi le peuple grossier, hostile aux Juifs, dirait naturellement : « Les Juives enfantent comme des animaux et des juments. »
AVANT QUE NOUS ARRIVIONS AUPRÈS D'ELLES, ELLES ENFANTENT. — Elles mentent ; car elles-mêmes conservaient les mâles des Hébreux, comme il est dit au verset 17. Rupert juge que ce mensonge des sages-femmes était permis, tant parce qu'il procédait de la charité, que parce que Dieu le récompensa en leur bâtissant des maisons. De même, Cassien, Conférences XVII, du chapitre 17 au 25, enseigne qu'il est permis de mentir soit pour éviter un mal, soit pour acquérir un bien — par exemple, pour acquérir l'humilité. Bède enseigne la même chose sur 1 Rois 21, et Clément, livre VII des Stromates, et Origène, livre IV Contre Celse, qui semble avoir tiré cette erreur de l'école de Platon, dont voici la doctrine, au livre III de la République : « Le mensonge, bien qu'une chose mauvaise, doit cependant être employé parfois, comme on emploie l'ellébore et le remède ; donc les princes des cités, et tous ceux à qui cela est concédé, doivent parfois mentir soit contre les ennemis, soit pour la patrie et les citoyens ; mais des autres qui ne savent pas user du mensonge, tout mensonge doit être retranché. » Saint Jean Chrysostome semble être du même avis, dans l'Homélie 53 sur la Genèse, et saint Jérôme dans son commentaire sur Galates chapitre 2 ; mais ces deux Pères doivent être pieusement excusés, en ce que par mensonge ils entendent simulation ou dissimulation.
Car il est maintenant certain, et même de foi, que tout mensonge est péché et illicite ; cela ressort de Proverbes 12, 22 : « Les lèvres menteuses sont en abomination au Seigneur. » Bien plus, l'Écriture signifie souvent par le mensonge toute impiété et toute prévarication, comme en Jérémie 8, 6 et 10 ; Osée 7, 1. De même qu'inversement, par la vérité elle signifie tout devoir et toute obligation de la vertu, comme il ressort de Jean 8, 44 ; Éphésiens 4, 15 ; Psaume 119, 30, 86, 160. Deuxièmement, parce que cette doctrine a été définie par Innocent III, au titre De l'Usure, chapitre Super eo. La raison en est que le mensonge est intrinsèquement mauvais, tant parce qu'il est contraire à la vérité, ou plutôt à la véracité ; que parce qu'il est en soi honteux pour un homme de tromper et de parler contre son propre esprit. Voir saint Augustin, dans son livre Du Mensonge, et son livre Contre le Mensonge, que tous les théologiens suivent constamment.
On objectera : Ce mensonge procédait de la charité. Je réponds : La charité ne dicte jamais que l'on fasse le mal, et par conséquent ni que l'on mente pour servir le prochain ; car la charité et la vérité sont sœurs. Ce mensonge procédait donc non de la vraie charité, mais de l'amour désordonné ou de la crainte des sages-femmes.
On objectera en second lieu : Dieu récompensa ce mensonge en leur bâtissant des maisons. Saint Augustin répond, dans son livre Contre le Mensonge, chapitre 19 et suivants, que cette récompense leur fut donnée « non parce qu'elles mentirent, mais parce qu'elles furent miséricordieuses envers les hommes de Dieu ; ce n'est donc pas la tromperie qui fut récompensée en elles, mais la bienveillance — la bonté de l'esprit, non la méchanceté du menteur ; et à cause de ce bien, Dieu pardonna aussi ce mal. » Je dis la même chose de Rahab, Josué 2, 5. Saint Grégoire enseigne la même chose, au livre XVIII des Morales, chapitre 2, où il ajoute qu'à cause de ce mensonge, leur récompense éternelle fut convertie en une récompense temporelle.
Mais cela est à peine probable : car un péché véniel, tel qu'était ce mensonge officieux, ne peut pas renverser un acte de charité et le mérite de la vie éternelle.
Calvin se trompe donc, bien plus il blasphème, quand il enseigne de là que Dieu tient en estime et orne de récompense les vertus même souillées de quelque mélange d'ordure, comme si elles étaient pures ; ce qu'il déduit d'un autre de ses principes, non moins impie — à savoir qu'aucune œuvre n'est si sainte et si parfaite qu'il ne s'y attache quelque tache. Car Dieu n'a pas ici approuvé ou récompensé l'acte vicieux du mensonge, ce qu'il serait blasphématoire de penser ; bien au contraire, elles avaient un véritable acte de crainte de Dieu, par lequel elles révéraient Dieu, et pour Dieu s'exposèrent au danger de mort ; et cet acte de crainte est surnaturel et méritoire de la vie éternelle. Cela est vrai, mais hors de propos pour ce passage ; car « bâtir des maisons » ne signifie pas dans l'Écriture donner la récompense de la vie éternelle.
Verset 21 : Il leur bâtit des maisons
Ainsi portent l'hébreu, le Chaldéen et le latin, et même les Septante : car ils ont epoiesen autais oikias. Mais autrefois on lisait epoiesan, c'est-à-dire « elles firent », comme le lit Augustin, traduisant « elles se firent des maisons fortifiées », dans lesquelles elles pourraient se protéger de l'attaque des Égyptiens, dont elles avaient méprisé les ordres : mais il n'est pas probable qu'elles firent cela. « Il bâtit » donc — non pas Pharaon, mais Dieu qu'elles craignirent — « pour elles » — non pas pour les Hébreux, comme le veut Calvin, mais pour les sages-femmes qui craignirent Dieu : car la suite du discours l'exige, puisqu'il s'occupe de décrire la récompense des sages-femmes, et les Septante qui traduisent autais, et le Chaldéen, qui traduit lahen, au féminin ; car bien que dans l'hébreu le pronom soit masculin lahem, cependant par une énallage familière aux Hébreux, il est employé pour le féminin lahen, comme cela arrive aussi au chapitre 15, 20, et ailleurs : et inversement, le féminin est employé pour le masculin, Ruth 1, 13, et 2 Rois 4, 6. Moïse emploie ici le masculin pour le féminin, parce que les femmes et les familles reçoivent leur nom de leurs maris, dit Vatablus.
Quelles étaient ces maisons ? Les Hébreux, comme je l'ai dit au verset 15, pensent que Myriam épousa Caleb et reçut la maison royale, tandis que Yokébed reçut la maison sacerdotale ; mais c'est absurde. Car Josèphe dit que Myriam n'épousa pas Caleb mais Hur, et la maison royale était dans la famille de David, qui ne descendait pas de Caleb mais d'une autre lignée.
Deuxièmement, R. Kimchi : « Il leur fit des maisons », c'est-à-dire, dit-il, il les cacha de Pharaon et les mit en sûreté.
Troisièmement, Lyra : « Il leur fit des maisons », c'est-à-dire il les unit en mariage aux principaux Hébreux, et parmi eux leur donna une illustre descendance et des familles. Mais cela est dit gratuitement et par conjecture : car l'Écriture ne dit pas que Dieu leur fit des maisons des Hébreux, ou parmi les Hébreux, mais simplement des maisons.
Quatrièmement, Rupert et saint Jérôme sur Isaïe 65 entendent par « maisons » les demeures dans le ciel, dont le Christ dit, Jean chapitre 14 : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. » Ces Pères estiment donc que ces sages-femmes méritèrent la récompense de la vie éternelle : saint Thomas est du même avis, II-II, Question 110, dernier article.
Cinquièmement, plus probablement saint Augustin et Théodoret expliquent ainsi : « Il leur bâtit des maisons », c'est-à-dire il accrut leurs biens domestiques, leur donna des richesses et une abondance de biens temporels ; car ainsi Jacob dit à Laban, Genèse 30 : « Il est juste que je pourvoie enfin à ma propre maison », pour quoi l'hébreu porte : Quand ferai-je aussi une maison pour moi ?
Sixièmement et mieux encore : « Il leur bâtit des maisons », c'est-à-dire il leur donna une descendance et une postérité nombreuse — riche, honorée, illustre, de longue vie et durable. Car ces cinq qualités ennoblissent particulièrement la descendance ; car en hébreu le fils est appelé ben, de la racine bana, c'est-à-dire « il bâtit », parce que le fils est pour ainsi dire l'édifice et la maison de son père, et parce que les fils, par eux-mêmes et par les fils qu'ils engendrent, bâtissent la famille du père comme une maison. Voir ce qui a été dit au verset 1. Remarque : C'était une récompense appropriée, que celles qui avaient préservé les enfants des Hébreux fussent comblées d'enfants qui leur appartiennent.
De même, ces sages-femmes méritèrent aussi la vie éternelle, comme je l'ai dit ; mais dans l'Ancien Testament, Dieu n'exprime pas habituellement cette récompense céleste, parce qu'aux Juifs, qui étaient frustes et charnels, il ne propose généralement que des récompenses temporelles, et celles-ci de cinq sortes. Premièrement, la longévité ; deuxièmement, une descendance ample et illustre ; troisièmement, la richesse ; quatrièmement, la puissance et la domination ; cinquièmement, la victoire sur les ennemis. Car la promesse explicite du royaume céleste et de la vie éternelle est propre au Nouveau Testament et à l'Évangile du Christ, dit saint Jérôme à Dardanus.
Saint Thomas, II-II, Question 110, dernier article : Ils tinrent pour impossible et contraire à la nature des choses qu'une vertu souillée par le vice soit, ou soit jugée et considérée comme vertu par cet œil très clairvoyant de Dieu. Dieu récompensa donc non le mensonge, mais les autres actes de piété, de miséricorde et de crainte de Dieu, comme Moïse le dit expressément au verset 20, lesquels étaient clairement distincts de l'acte antérieur de mensonge ; car ces sages-femmes, dans cette protection des enfants, produisirent de nombreux actes — les uns bons, les autres mauvais.
On objectera : Que devaient donc faire ces sages-femmes ; que devaient-elles répondre à Pharaon qui les pressait ? Je réponds : Ou bien elles devaient fuir devant sa face et se cacher ; ou bien la vérité devait être cachée par quelque stratagème, non niée ; ou bien certainement, comme le dit saint Augustin, chapitre 17 de son livre Contre le Mensonge, « elles auraient dû refuser très librement, et auraient dû plutôt mourir pour la vérité la plus innocente. »
Verset 22 : Il ordonna à tout le peuple
Cet ordre d'infanticide ne fut édicté que contre les mâles des Hébreux, comme il ressort de ce qui précède ; d'où il est surprenant que Cajétan l'étende aussi aux Égyptiens. Ce fut le troisième degré de la tyrannie, sévissant maintenant publiquement contre les Hébreux. Il est vraisemblable que les Égyptiens furent horrifiés par cet édit inhumain, et que par conséquent il fut à peine mis en pratique, et peu après négligé et aboli. Torniellus pense qu'il fut révoqué aussitôt après la mort d'Aménophis, qui l'avait édicté ; mort que, suivant Eusèbe, il assigne à la quatrième année de Moïse.
Tropologiquement, Origène, homélie 1, et d'après lui saint Augustin, sermon 84 Sur les Saisons : « Notre âme, » dit-il, « est ou bien gouvernée par un roi légitime, ou bien dévastée par un tyran. » Le Pharaon qui chérit Joseph et les Israélites représente le roi ; le Pharaon qui ne connaissait pas Joseph, et qui affligea les Hébreux par des travaux de brique et d'argile, représente le tyran. « Car si, avec l'aide de Dieu, nous vivons pieusement ; si nous pensons à la charité, à la miséricorde, à la patience, à la pénitence, etc. : bien que nous soyons encore en Égypte, c'est-à-dire dans la chair, cependant nous sommes gouvernés par le Christ Roi ; et il nous gouverne dans l'argile et la brique, mais ne nous consume pas, et ne nous use ni ne nous afflige par des soucis terrestres ou des anxiétés excessives. Mais si notre âme commence à se détourner de Dieu et à poursuivre des choses déshonorantes, alors elle soumet sa nuque au tyran (le diable), qui s'adresse à son peuple, c'est-à-dire aux plaisirs du corps, pour tuer les mâles des Hébreux et conserver les femmes. Car le diable veut éteindre en nous le sens rationnel qui voit Dieu, et conserver ce qui appartient à la concupiscence de la chair.
« Ce Pharaon vous contraint donc à servir ses œuvres, non de justice mais d'iniquité : il vous fera travailler la brique et l'argile pour lui ; lui, sous des contremaîtres, des maîtres et des conducteurs, vous poussera aux œuvres terrestres et luxurieuses par des coups et des châtiments ; c'est lui qui vous fait courir à travers le monde, être troublé par les éléments de la mer et de la terre par cupidité ; c'est lui le roi d'Égypte qui vous fait assiéger les tribunaux de procès, et fatiguer vos voisins de querelles pour un petit morceau de terre ; c'est lui qui vous persuade par la luxure de tendre des embûches à la chasteté, de tromper l'innocence ; de commettre dans votre maison ce qui est honteux, au dehors ce qui est cruel, dans votre conscience ce qui est infâme. Si donc vous voyez que vos actes sont de cette sorte, sachez que vous servez le roi d'Égypte, c'est-à-dire que vous n'êtes pas conduit par l'esprit du Christ, mais par celui du diable. »
Allégoriquement, au sujet des saints Innocents massacrés par Hérode — qui, comme des grains précieux semés et morts, produisirent une grande moisson pour l'Église — voir Prosper, De la Promesse et de la Prédication de Dieu, Partie I, chapitre 32.
Enfin, anagogiquement, Rupert dit : Par l'étendard de la Croix et par la tribulation, nous devenons plus forts que le diable, nous sommes ajoutés aux anges, nous sortons de la terre, parce que le ciel nous attend.