Cornelius a Lapide

Exode VII


Table des matières


Synopsis du chapitre

Le Seigneur envoie Moïse à Pharaon et lui donne des signes à accomplir : Moïse change donc son bâton en serpent devant Pharaon ; puis, au verset 17, il convertit toutes les eaux d'Égypte en sang ; les magiciens de Pharaon font des choses semblables, verset 22 : de là Pharaon s'endurcit pour ne pas laisser partir les Hébreux.


Texte de la Vulgate : Exode 7, 1-25

1. Et le Seigneur dit à Moïse : Voici, je t'ai établi dieu de Pharaon, et Aaron ton frère sera ton prophète. 2. Tu lui diras tout ce que je te commande, et lui parlera à Pharaon, afin qu'il laisse aller les enfants d'Israël de sa terre. 3. Mais j'endurcirai son cœur, et je multiplierai mes signes et mes prodiges dans la terre d'Égypte, 4. et il ne vous écoutera pas : et j'étendrai ma main sur l'Égypte, et je ferai sortir mon armée et mon peuple les enfants d'Israël de la terre d'Égypte par de très grands jugements. 5. Et les Égyptiens sauront que je suis le Seigneur qui ai étendu ma main sur l'Égypte, et qui ai fait sortir les enfants d'Israël du milieu d'eux. 6. Et Moïse et Aaron firent comme le Seigneur l'avait ordonné : ils firent ainsi. 7. Et Moïse avait quatre-vingts ans, et Aaron quatre-vingt-trois, quand ils parlèrent à Pharaon. 8. Et le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : 9. Quand Pharaon vous dira : Montrez des signes ; tu diras à Aaron : Prends ton bâton et jette-le devant Pharaon, et il sera changé en serpent. 10. Moïse et Aaron se présentèrent donc devant Pharaon et firent comme le Seigneur l'avait ordonné, et Aaron prit le bâton devant Pharaon et ses serviteurs, et il fut changé en serpent. 11. Alors Pharaon appela les sages et les magiciens, et eux aussi firent de même par les enchantements égyptiens et certains arts secrets. 12. Et ils jetèrent chacun leurs bâtons, et ils furent changés en serpents ; mais le bâton d'Aaron dévora leurs bâtons. 13. Et le cœur de Pharaon s'endurcit, et il ne les écouta point, comme le Seigneur l'avait ordonné. 14. Et le Seigneur dit à Moïse : Le cœur de Pharaon est endurci, il ne veut pas laisser aller le peuple. 15. Va vers lui le matin ; voici, il sortira vers les eaux ; et tu te tiendras à sa rencontre sur la rive du fleuve, et tu prendras en ta main le bâton qui a été changé en serpent. 16. Et tu lui diras : Le Seigneur, le Dieu des Hébreux, m'a envoyé vers toi, disant : Laisse aller mon peuple afin qu'il me sacrifie dans le désert, et jusqu'à présent tu n'as pas voulu écouter. 17. Voici donc ce que dit le Seigneur : En ceci tu sauras que je suis le Seigneur : voici, je frapperai avec le bâton qui est en ma main l'eau du fleuve, et elle sera changée en sang. 18. Et les poissons qui sont dans le fleuve mourront, et les eaux se corrompront, et les Égyptiens seront affligés en buvant l'eau du fleuve. 19. Le Seigneur dit aussi à Moïse : Dis à Aaron : Prends ton bâton et étends ta main sur les eaux de l'Égypte, et sur leurs fleuves, et leurs ruisseaux, et leurs marais, et tous les réservoirs d'eau, afin qu'ils soient changés en sang ; et qu'il y ait du sang dans toute la terre d'Égypte, tant dans les vases de bois que dans ceux de pierre. 20. Et Moïse et Aaron firent comme le Seigneur l'avait ordonné, et levant le bâton, il frappa l'eau du fleuve devant Pharaon et ses serviteurs ; et elle fut changée en sang. 21. Et les poissons qui étaient dans le fleuve moururent, et le fleuve se corrompit, et les Égyptiens ne pouvaient boire l'eau du fleuve, et il y eut du sang dans toute la terre d'Égypte. 22. Et les magiciens des Égyptiens firent de même par leurs enchantements ; et le cœur de Pharaon s'endurcit, et il ne les écouta point, comme le Seigneur l'avait ordonné. 23. Et il se détourna et entra dans sa maison, et n'y appliqua point son cœur, même cette fois. 24. Et tous les Égyptiens creusèrent autour du fleuve pour trouver de l'eau à boire ; car ils ne pouvaient boire l'eau du fleuve. 25. Et sept jours s'accomplirent après que le Seigneur eut frappé le fleuve.


Verset 1 : Voici, je t'ai établi dieu de Pharaon

1. ET LE SEIGNEUR DIT À MOÏSE. — Ici Dieu répond à la timidité et à la plainte de Moïse, qu'il avait formulée au chapitre précédent, verset 12.

VOICI, JE T'AI ÉTABLI DIEU DE PHARAON. — « Dieu », non par nature, ni par union hypostatique : car un tel dieu n'est pas établi, surtout quelqu'un qui subsiste déjà auparavant, comme Moïse subsistait déjà ici ; mais par participation à l'éminence et à la puissance de Dieu contre Pharaon, comme pour dire : Ne crains pas, ô Moïse, la cruauté et l'orgueil de Pharaon, car je t'ai fait comme Dieu pour Pharaon, non pas celui qu'il adorerait fidèlement, mais celui qu'il craindrait servilement comme un punisseur, et qu'il supplierait comme un guérisseur ; et, comme le dit Rupert : « Puisque toi, le plus doux des hommes, tu juges indigne de toi de lutter contre Pharaon, et que tu t'abaisses, voici, je t'élèverai ; et je ferai de toi le dieu de Pharaon, pour que tu commandes aux eaux par la puissance de Dieu, pour que tu crées des grenouilles ; pour que tu commandes à la terre et aux cendres, et que tu produises des moustiques et des ulcères sur le roi et son armée ; pour que tu commandes à l'air, et qu'il engendre la peste ; pour que tu commandes au feu, et que mêlé à la grêle il tombe sur les pécheurs ; en commandant aux éléments tu seras le dieu de Pharaon : voici combien est glorieuse l'humilité, reine des vertus, qui a coutume de s'élever jusqu'au ciel. » Ainsi parle Rupert. D'où le Chaldéen traduit : je t'ai fait rab, c'est-à-dire prince, de Pharaon.

De manière semblable, saint Basile devint le dieu de l'empereur Valens ; saint Ambroise, de l'impératrice Justine ; saint Athanase, Hilaire, Hosius et Lucifer, de l'empereur Constance, puisqu'ils les reprirent très librement, les comparant même à Néron, Dèce, Dioclétien et à l'Antéchrist, comme il ressort de leurs paroles que j'ai citées à 2 Timothée 1, 7. Ainsi saint Bernard au pape Eugène : « Considère, dit-il, que tu dois être le modèle de la justice, le miroir de la sainteté, le défenseur de la foi, etc., le bâton des puissants ; le marteau des tyrans, le père des rois, le sel de la terre, la lumière de la cité, le prêtre du Très-Haut, le vicaire du Christ, l'oint du Seigneur, et enfin le dieu de Pharaon. » Ainsi Élie fut le dieu du roi Achab par ses menaces et ses fléaux : d'où en 3 Rois 18, 17, lorsque le roi lui dit : « Est-ce toi qui troubles Israël ? » il répondit intrépidement : « Ce n'est pas moi qui ai troublé Israël, mais toi, et la maison de ton père, qui avez abandonné le Seigneur. » Vois ici ce que mérite l'humilité, et combien elle exalta Moïse, faisant de lui le dieu de Pharaon. De même que Moïse vainquit Pharaon, ainsi l'humble vainc le diable.

Nous lisons dans les Vies des Pères, livre VII, chapitre 18, que le diable rencontra saint Macaire et voulut le frapper avec une faucille aiguisée, mais ne le put, et s'écria donc en disant : « Je souffre une grande violence de ta part, Macaire, car lorsque je désire te nuire, je ne le puis : tandis que quoi que tu fasses, j'en suis d'autant plus surpassé. Car tu jeûnes parfois ; moi, jamais aucune nourriture ne me restaure. Tu veilles souvent ; le sommeil ne m'a jamais accablé. Mais en une seule chose tu me vaincs, je l'avoue. » Et lorsque Macaire lui demanda quelle était cette chose, il dit : « Ton humilité seule me vainc », et ayant dit cela, tandis que Macaire priait, il s'évanouit dans les airs.

Au même endroit, un autre Abbé dit : « Autant un homme s'abaisse dans l'humilité, autant il s'élève vers le haut ; car de même que l'orgueil, s'il monte au ciel, est précipité en enfer : de même aussi l'humilité, si elle descend en enfer, est alors exaltée jusqu'au ciel. »

Au même endroit, un autre compare l'humilité à saint Jean-Baptiste, et la charité au Christ. « Tout labeur, dit-il, sans l'humilité est vain. Car l'humilité est le précurseur de la charité. De même que Jean fut le précurseur de Jésus, attirant tous les hommes à lui : de même l'humilité attire à la charité, c'est-à-dire à Dieu lui-même, car Dieu est charité. »

Au même endroit, chapitre 15, un certain tanneur d'une admirable humilité est préféré à saint Antoine en mérites, qui disait constamment : « Toute cette cité entre dans le royaume de Dieu à cause de leur justice ; mais moi seul j'entrerai dans le châtiment éternel à cause de mes péchés. »

De là saint Hilaire, au livre VII du traité De la Trinité, enseigne que le Christ est appelé Dieu dans l'Écriture d'une manière différente, à savoir non par institution, mais premièrement, par nom, parce qu'il est simplement et précisément appelé Dieu, comme en Jean chapitre 1 : « Le Verbe était Dieu ; » deuxièmement, par naissance, parce qu'il est appelé Dieu non par adoption mais par génération : car il est appelé le Fils de Dieu engendré par le Père ; troisièmement, par nature, parce que lui-même a dit : « Moi et le Père nous sommes un ; » quatrièmement, par puissance : car lui-même a dit : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre ; » cinquièmement, par profession, parce qu'il professa devant les Juifs qui le persécutaient qu'il était consubstantiel et égal au Père, comme en Jean 5 : « Il appelait Dieu son Père, se faisant égal à Dieu », et il confirma cette profession par des miracles, et la scella par sa mort et son martyre. Ainsi saint Hilaire.

Note : Pour « Dieu », l'hébreu porte Elohim, qui est attribué aussi à d'autres que Dieu, à savoir aux anges et aux hommes, spécialement à ceux à qui Dieu a communiqué sa puissance, qu'il s'agisse de l'autorité judiciaire ou princière.

Ainsi en Exode 22, 28, il est dit : « Tu ne maudiras pas les dieux (c'est-à-dire les juges), et tu ne maudiras pas le prince de ton peuple. » Psaume 8, 6 : « Tu l'as fait un peu inférieur aux anges », en hébreu, inférieur aux Elohim. Psaume 138 : « En présence des anges (hébreu : Elohim) je te chanterai des louanges. »

Note ici : Ce nom Elohim est d'ordinaire limité par son contexte, de peur que le vrai Dieu ne soit entendu : car lorsqu'il est employé absolument, il est attribué au seul vrai Dieu ; ainsi au Psaume 81, 1, il est dit : « Dieu s'est tenu dans l'assemblée des dieux, et au milieu d'eux il juge les dieux : » Dieux, c'est-à-dire juges ; car le vrai Dieu, qui est le juge suprême de tous, n'est jugé par personne ; et au verset 6 : « J'ai dit, vous êtes des dieux », comme pour dire : Non pas véritablement, mais par ma communication et mon institution vous êtes dieux. De là le Christ, citant ce passage en Jean 10, 35, dit : « S'il a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée », comme pour dire : Si ceux-là sont appelés dieux qui ne sont dieux que par participation et par institution, combien plus suis-je Dieu, moi qui suis Dieu par nature ?

Vois ici combien Dieu exalte ses amis. En vérité Philon, au livre I de la Vie de Moïse, dit : « Puisque toutes les choses des amis sont communes, Dieu partage sa puissance et ses richesses avec ses saints. » De là Moïse, à cause de ses vertus et de ses miracles, fut appelé Dieu par les Égyptiens, comme le rapporte saint Cyrille au livre I Contre Julien, et saint Justin dans son Exhortation aux Grecs, après le début, et Eusèbe au livre IV de la Préparation évangélique, vers la fin, ajoutant qu'il fut appelé Mercure, en raison de son intelligence et de son interprétation des écrits sacrés. Le même auteur rapporte qu'il fut aussi appelé Musée. Vois ici en Moïse combien est vrai l'ancien adage : « Un bon prince est l'image vivante de Dieu sur la terre. »

LE DIEU DE PHARAON. — C'est par erreur que dans Théodoret on lit « Dieu d'Aaron » : car nous lisons déjà chez lui, Question 18 : « Comment Moïse fut-il le Dieu d'Aaron lui-même ? » et il répond : « Comme Dieu commandait à Moïse, ainsi Moïse commandait à Aaron ; d'où Aaron fut aussi appelé le Prophète de Moïse. » Cependant, le manuscrit de Théodoret lit Pharaon au lieu d'Aaron, et il semble que c'est bien ce que Théodoret a écrit. Mais quelque scribe ignorant, du fait qu'Aaron comme prophète de Moïse suit immédiatement, a substitué Aaron à Pharaon dans le texte qui précède également, mais à tort.

Note : Moïse fut Dieu non seulement de Pharaon mais aussi d'Israël ; toutefois de manières différentes : car il fut le Dieu de Pharaon en le châtiant ; d'Israël, en le protégeant, le conduisant, le gouvernant et le soutenant ; car ce qu'Élisée dit d'Élie en 4 Rois 2, 12 : « Mon père, le char d'Israël et son conducteur » — cela, on peut le dire plus véritablement de Moïse. De même que Dieu, assis sur le char des Chérubins en Ézéchiel 1, est le conducteur du monde, de même Moïse fut le conducteur d'Israël, Nombres 11, 11. Ainsi nous lisons dans les Vies des Pères, Sentence 107, que saint Macaire fut appelé le Dieu des moines. « On disait, écrit-il, de l'Abbé Macaire le Grand, que de même que Dieu protège le monde entier et porte les péchés des hommes, de même lui aussi était comme un dieu terrestre parmi les frères, couvrant leurs fautes, et ce qu'il voyait ou entendait, comme ne voyant et n'entendant pas. » Pareillement, sois toi aussi un ange, voire un dieu parmi tes frères et compagnons.

Apprends ici que la gloire qui vient des hommes est vaine, tandis que la vraie gloire est celle qui est cherchée et reçue de Dieu. D'où saint Jean Chrysostome, dans l'Homélie 2 sur l'Épître à Tite, dit : « Je ne t'interdis pas de chercher la gloire, mais je veux que tu poursuives celle qui est vraie, celle qui vient de Dieu, dont la louange ne vient pas des hommes mais de Dieu. Ne regardons qu'une seule chose, que toute notre intention soit dirigée vers cela : à savoir comment nous pouvons mériter d'être loués par la bouche de Dieu. Si nous considérons cela attentivement, nous compterons toujours toutes les choses humaines pour rien. Telle ou telle personne ne te loue pas — tu n'y perds rien ; et si quelqu'un te blâme, il ne t'a en rien nui. Car, qu'il s'agisse de louange ou de blâme, seul ce qui vient de Dieu a profit ou dommage. » Il enseigne ensuite que le mépris de la louange humaine nous rend semblables à Dieu. Car de même que Dieu fut glorieux de toute éternité, et toujours glorifié immensément par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et qu'il n'a donc pas besoin de la louange des hommes, laquelle pendant toute l'éternité avant qu'il n'eût créé le monde n'existait pas : de même il est aussi contempteur de la gloire ; d'où il conclut : « Chaque fois, dit-il, que tu trouves difficile de mépriser la gloire, retourne ceci en ton esprit : si je la méprise, je deviendrai l'égal de Dieu, c'est-à-dire semblable à lui, et aussitôt le mépris de la gloire naîtra du fond de l'âme. »

ET AARON TON FRÈRE SERA TON PROPHÈTE. — De même que tu as été maintenant établi par moi comme Dieu, non par nature, mais par participation : de même tu auras un prophète correspondant en Aaron, non pas un prophète au sens propre, c'est-à-dire à qui Dieu révèle immédiatement les choses futures ; mais à qui tu puisses révéler les choses que tu comprends de moi, afin qu'avec lui pour interprète tu les exposes devant Pharaon, comme il est maintenant expliqué ; de sorte que le mot hébreu nabi, c'est-à-dire prophète, fait allusion à la racine nub, qui signifie parler. Ainsi l'Apôtre, en 1 Corinthiens 14, versets 4, 5, 42, 22, 29, 30, 39, appelle prophètes les hérauts de la parole de Dieu, et appelle prophétie la prédication, comme je l'ai dit en ce lieu, où j'ai aussi présenté les diverses significations du nom de prophète. De ce passage il ne peut donc être conclu qu'Aaron fut prophète au sens propre, bien que cela puisse être déduit d'autres passages, à savoir du chapitre 4, 27, où Dieu lui révéla le retour de Moïse en disant : « Va à la rencontre de Moïse ; » et en 1 Rois 2, 27, le Seigneur dit au prêtre Héli, descendant d'Aaron : « Ne me suis-je pas clairement révélé à la maison de ton père ? »

Rupert dit admirablement : « Puisque, dit-il, Pharaon n'est pas digne de parler avec toi, ô Moïse, qui as été établi son dieu, Aaron sera ton prophète, pour annoncer les plaies que tu provoqueras, ou pour les infliger comme ton ministre : à l'exemple de moi-même, qui ne parle pas aux hommes par moi-même, mais par mes prophètes j'ordonne les choses qui doivent leur être soit annoncées, soit accomplies par moi ; et ces deux hommes se conduisirent ainsi : l'un ayant l'autorité dans la parole, l'autre exerçant l'autorité dans l'accomplissement des signes devant Pharaon. »

Note ici qu'Aaron ne fut pas seulement le prophète de Moïse parce qu'il était son interprète auprès de Pharaon, mais aussi parce que, sur son ordre, il accomplissait des signes et infligeait des plaies à l'Égypte, comme il ressort du bâton changé en serpent dans ce chapitre, verset 10 ; d'où au chapitre 19 le Seigneur dit à Moïse : « Dis à Aaron : Prends ton bâton et étends ta main sur les eaux de l'Égypte, etc., afin qu'elles soient changées en sang. » Et chapitre 8, 5 : « Dis à Aaron : Étends ta main sur les fleuves, etc., et fais sortir les grenouilles. » Et verset 16 : « Parle à Aaron : Étends ton bâton et frappe la poussière de la terre, et qu'il y ait des moustiques. » C'est donc Aaron qui amena les serpents, le sang, les grenouilles et les moustiques sur l'Égypte, mais sur l'ordre de Moïse, comme de son Dieu qui commandait. D'où aussi c'est Moïse, non Aaron, qui en priant Dieu rappela et arrêta ces plaies, comme il est ajouté dans ces mêmes passages. En outre, les plaies suivantes, étant plus graves — à savoir les ulcères du chapitre 9, 9, la peste du chapitre 9, 15, la grêle, les tonnerres et les éclairs du chapitre 9, 23, les sauterelles du chapitre 10, 12, et les ténèbres du chapitre 10, 22 — furent infligées à l'Égypte non par Aaron mais par Moïse seul étendant les mains.

Tropologiquement, Grégoire de Nazianze dans le Discours 22, et son scholiaste Nicétas, appliquent judicieusement ces choses à deux frères, à savoir saint Basile et Grégoire de Nysse : « Moïse, dit-il, fut le législateur des Hébreux ; ainsi Basile fut le législateur des moines, tandis que le Nysséen fut le très saint, à l'instar d'Aaron. Basile fut le chef des prêtres, le Nysséen lui était le plus proche, et pour ainsi dire sa langue initiant les autres ; tous deux frappèrent le péché de dix plaies, divisèrent la mer des vices ; abattirent les Égyptiens, c'est-à-dire les hérétiques et les démons ; mirent en fuite Amalec, c'est-à-dire Julien, par l'extension typique des mains en forme de croix ; et ils nourrirent les Israélites du pain céleste et de l'eau de la doctrine céleste, et les conduisirent au royaume céleste. »


Verset 3 : J'endurcirai son cœur

3. J'ENDURCIRAI SON CŒUR. — Calvin, en ce passage, comme avec un bélier, défend son hérésie selon laquelle Dieu endurcit activement et proprement, de sorte qu'il se vante de terrasser par là tous les sophistes : et ainsi Calvin lui-même traduit : je contraindrai son cœur. Voici donc la pensée et l'opinion de Calvin, bien qu'elle soit embrouillée, cherchant à dissimuler ou plutôt à embellir un si infâme poison : que Dieu endurcit Pharaon proprement et activement, non en lui envoyant la dureté, mais en partie en le livrant et en l'abandonnant à Satan, afin que Satan endurcît davantage son cœur déjà dur ; et en partie parce que par une certaine impulsion secrète, qui dépasse notre entendement, il gouverna son cœur et l'endurcit jusqu'à l'obstination : et pourtant Dieu ne fut pas l'auteur du péché, parce qu'il fit cela par un juste jugement ; car la dureté de Pharaon était un péché, mais l'endurcissement était le jugement de Dieu. Ainsi parle-t-il.

Mais c'est une hérésie inouïe dans tous les siècles, et un exécrable blasphème, que réfute l'Écriture sainte tant ailleurs en de nombreux endroits qu'ici ; car que Pharaon fut endurci non par Dieu mais par lui-même et par sa propre malice, proprement et directement, est démontré : Premièrement, du fait que Dieu, ayant envoyé Moïse, commanda dix fois à Pharaon de libérer le peuple juif ; il voulait donc qu'il laissât partir le peuple, et donc il ne voulait pas l'endurcir pour qu'il le retînt : car vouloir cela proprement, c'est vouloir efficacement que Pharaon refuse de libérer le peuple ; or vouloir qu'il le libère, et le commander, et puis à nouveau ne pas le vouloir efficacement, et donc l'endurcir, sont manifestement contradictoires. De plus, si c'était la volonté de Dieu d'endurcir Pharaon, alors Pharaon en se conformant à sa volonté ne péchait pas : car la volonté de Dieu est la mesure de toute bonne volonté.

Deuxièmement, Dieu punit très sévèrement le Pharaon qui résistait ; or Dieu n'est pas l'auteur de ce dont il est le vengeur, dit saint Fulgence, livre I à Monime, chapitre 3.

Troisièmement, Pharaon lui-même céda progressivement à Dieu, à Moïse et aux Hébreux, lorsque premièrement il leur permit de partir sans leur progéniture et leurs troupeaux ; deuxièmement, avec leur progéniture mais sans leurs troupeaux ; troisièmement, il leur permit de partir entièrement avec tous leurs biens : il se fléchissait donc et s'endurcissait lui-même ; bien plus, Pharaon lui-même ne fut pas assez impie pour vomir sur Dieu la cause de son endurcissement ; mais il se l'attribua à lui-même en Exode 10, 16 : « J'ai péché, dit-il, contre le Seigneur. »

Car lorsque Calvin prétend libérer Dieu de la faute en attribuant le péché à Pharaon et l'endurcissement à Dieu, il le fait aussi impie qu'ignorant. Car si la dureté de Pharaon est un péché, pourquoi l'endurcissement n'est-il pas également un péché, lui qui est la cause de la dureté ? Car une cause qui pousse au péché pèche assurément, Jean 8, 34 ; Romains 1, 32 ; et surtout lorsqu'elle pousse si efficacement que l'autre ne peut résister.

Mais Calvin insiste que l'endurcissement de la part de Dieu n'est pas une faute, parce que c'est un juste jugement de Dieu ; mais c'est un masque frivole et vide : car si la dureté est une faute, par quelque fin que ce soit, par quelque jugement que tu y pousses, tu commets une faute : car ce qui est mal et faute en soi n'est permis par aucune fin : et c'est pourquoi ce n'est pas un juste mais un impie jugement de Calvin, et cela revient à dire comme si on déclarait ouvertement : Dieu est l'auteur du péché, mais dans ce but qu'il exerce son jugement et la punition des péchés précédents.

Quatrièmement, non seulement Pharaon lui-même attribua la faute et l'endurcissement à lui-même, mais l'Écriture aussi les lui attribue, lorsqu'elle raconte que, une fois libre et exempt de châtiment, il retourna volontairement à son caractère, Exode 8, 15 : « Voyant, dit-elle, que le repos lui avait été donné, Pharaon endurcit son cœur ; » et chapitre 9, 34 : « Voyant que la pluie avait cessé, Pharaon augmenta son péché, et son cœur s'endurcit », c'est-à-dire, comme l'hébreu le porte, jachbed libbo, c'est-à-dire, il appesantit lui-même son cœur. La même chose ressort du chapitre 8, dernier verset, dans l'hébreu : d'où chaque fois que notre Traducteur rend dans l'Exode ingravatum est (il fut endurci), il faut comprendre ingravavit se cor (le cœur, c'est-à-dire la volonté, de Pharaon s'endurcit lui-même) : car c'est ainsi qu'il faut traduire l'hébreu partout.

C'est donc Pharaon lui-même qui s'endurcit proprement et positivement ; mais Dieu ne le fit que de manière permissive et indirecte, comme je le dirai à la Question 2. Ainsi pensent et expliquent partout tous les Pères et les interprètes catholiques.

Calvin objecte, premièrement : Il y a une grande différence entre agir et pâtir, entre agir et permettre ; or endurcir c'est agir, donc ce n'est pas seulement permettre l'endurcissement, mais c'est produire la dureté elle-même. Je réponds : Dans l'usage hébraïque et latin, la permission, voire même l'occasion, est souvent appelée action ; d'où le dicton bien connu : « L'indulgente bonté des pères rend les enfants paresseux. » Et c'est ainsi que nous parlons communément. De plus, agir chez les Hébreux est le terme le plus large, et se prend dans le sens le plus étendu, comme à propos de Joseph en Genèse 41, 13, dans l'hébreu l'échanson dit : Joseph m'a rétabli (c'est-à-dire par sa prophétie, il a prédit que je serais rétabli) dans ma charge ; et il a pendu celui-là, le boulanger, c'est-à-dire a prédit qu'il serait pendu. Ainsi ici au chapitre 5, verset 22, Moïse dit au Seigneur : « Pourquoi as-tu affligé ton peuple ? » c'est-à-dire pourquoi as-tu été l'occasion de leur affliction en m'envoyant vers Pharaon, et en l'exaspérant ainsi davantage contre les Hébreux ? À plus forte raison donc, Dieu, dont la providence embrasse toutes choses, définissant la manière, le temps, le degré et la limite au-delà desquels toutes les actions humaines quelles qu'elles soient ne peuvent progresser, lorsqu'il permet aux méchants d'agir méchamment et de s'endurcir, et les assiste de son concours pour qu'ils puissent faire ce qu'ils veulent, est dit agir.

Calvin insiste davantage : La permission, comme les autres négations et privations, n'est pas un jugement, n'est pas un châtiment, n'est pas une peine ; car ceux-ci sont positivement infligés par un juge. Or l'endurcissement est un jugement, un châtiment et une peine pour les péchés précédents : donc il est infligé par Dieu non seulement de manière permissive mais aussi de manière positive. Je réponds que la majeure est fausse : car bien que la sentence d'un juge doive être positive, la peine imposée par elle est souvent privative, comme lorsqu'un juge punit quelqu'un par la privation de ses biens, l'inhabileté aux charges et aux dignités, etc. Ainsi la loi Julia punit les adultères en permettant à leurs parents de les tuer impunément. De même, le décret de permettre que telle ou telle personne soit endurcie est en Dieu quelque chose de positif, et un acte positif ; cependant la permission de l'endurcissement elle-même n'est pas un acte positif, mais n'en est pas moins une grande peine ; car qui ne voit que c'est une grande peine pour les pécheurs lorsque Dieu leur permet de faire impunément tout ce qu'ils veulent, et de se précipiter dans les profondeurs du mal et de l'enfer ? Ajoute qu'en cet endurcissement il n'y a pas seulement permission, mais aussi d'autres actes positifs de Dieu, comme je le dirai à la Question 3.

Il objecte deuxièmement : Ce n'est pas une seule fois, mais fréquemment qu'il est dit ici que Dieu endurcit Pharaon, mais non que Pharaon s'endurcit lui-même : or il ne semble pas probable que l'Écriture emploie un langage impropre tant de fois. Je réponds : Il est dit plus souvent ici que Pharaon s'endurcit lui-même, comme il ressort de ce qui a été dit ; plus rarement que Dieu l'endurcit, à savoir seulement lors des 6e, 8e et 9e plaies, et lorsqu'il poursuivit les Hébreux après leur départ d'Égypte, et cela fut prédit ici à Moïse afin de l'encourager, puisqu'il allait éprouver une si grande obstination de la part du roi, et afin que Moïse ne fût pas accablé, pensant que Pharaon n'était pas endurci sans la providence et la prescience de Dieu, et afin qu'il sût que le cœur du roi était dans la main de Dieu, et qu'il serait finalement amolli par lui, de sorte qu'il laisserait partir les Hébreux, comme il le fit après la dernière plaie des premiers-nés.

Il objecte troisièmement : Dieu, au chapitre 10, verset 1, dit qu'il a endurci Pharaon afin de montrer ses signes, ses plaies et sa puissance en lui : donc il n'endurcit pas Pharaon par ses signes et ses fléaux, mais plutôt il l'endurcit dans ce but d'avoir une occasion de le flageller et de manifester sa justice et sa puissance en lui. Je réponds : Dieu manifesta sa puissance en Pharaon non en l'endurcissant, mais en flagellant et en punissant celui qui s'était endurci, dont il sera dit davantage en son lieu : car autrement, si Pharaon ne s'endurcit pas librement mais que Dieu l'endurcit, quel combat y eut-il entre Pharaon et Dieu ? Car alors Dieu fit tout et Pharaon rien. Quelle puissance, je le demande, Dieu manifeste-t-il dans une pierre endurcie ; ou quel combat peut-il y avoir avec une pierre ?


Question 2 : De quelles manières Dieu a-t-il endurci Pharaon ?

On demande en second lieu : si ce n'est pas directement et positivement, de quelles manières dit-on que Dieu a endurci Pharaon ?

Je réponds premièrement : de manière permissive, et notez ici que Dieu permet les péchés d'une façon bien différente et bien plus puissante qu'un homme, par exemple un prince, ne pourrait les permettre ; car Dieu tient entre ses mains les volontés de tous les hommes, de sorte qu'il peut les incliner dans n'importe quelle direction ; mais la volonté de l'homme, sans le consentement de Dieu, ne peut s'engager dans aucune œuvre, bonne ou mauvaise, à moins que Dieu ne relâche les rênes de sa permission, et même ne concoure et ne coopère positivement avec elle pour produire cet acte et cette œuvre. De même donc que celui qui tient un lion attaché par une corde, s'il le relâche et le libère, et que le lion libéré tue quelqu'un, celui qui tenait le lion est dit avoir tué cet homme, non par lui-même, mais par le lion qu'il a libéré : ainsi Dieu, en permettant à la volonté de pécher et de s'endurcir dans les péchés, est dit endurcir cette même volonté, surtout parce que par son concours il concourt à cet acte d'endurcissement.

Deuxièmement, Pineda, sur Job chapitre 8, verset 20, numéro 3, l'explique ainsi : J'endurcirai, et, comme le dit l'hébreu, j'appesantirai ou je fortifierai le cœur de Pharaon, c'est-à-dire je rendrai le cœur de Pharaon dur, fort, capable de résister, et nullement timide ou mou : car cette constance naturelle et cette hardiesse, par laquelle il advenait que Pharaon fût tenace dans ses résolutions et ne les changeât pas facilement, venait de Dieu auteur de la nature, mais Pharaon lui-même en abusait comme d'armes pour résister à son Créateur. Cette explication est vraie, mais incomplète ; car cette dureté de Pharaon n'était pas seulement une certaine constance naturelle, mais de surcroît de l'obstination, de l'impudence et de l'opiniâtreté d'un esprit orgueilleux ; vices dont Dieu n'était pas l'auteur, mais plutôt Dieu endurcit Pharaon par les miracles — premièrement, ceux des magiciens : car lorsque Pharaon vit ses magiciens accomplir les mêmes prodiges que Moïse accomplissait, il méprisa les prodiges de Moïse et de Dieu ; d'où, à ce moment-là, ce ne fut pas tant Dieu que les magiciens qui sont dits avoir endurci Pharaon. Mais après que les magiciens eurent été vaincus par Moïse et frappés par lui d'ulcères, et qu'ils ne purent plus se tenir devant Pharaon et l'endurcir, alors enfin Dieu est dit l'avoir endurci, chapitre 9, verset 12 : car c'est là qu'il est dit pour la première fois que Dieu endurcit Pharaon, parce que ces miracles de Dieu étaient en même temps des plaies et des coups qui, frappant le cœur dur de Pharaon, ne l'amollissaient pas mais le rendaient plus dur encore. Ajoutez, troisièmement, qu'après les plaies, Dieu présentait à Pharaon ces pensées ou d'autres semblables : Dieu veut que tu te soumettes à lui et que tu t'humilies ; il veut que tu déposes ta disposition orgueilleuse et dure ; il veut que tu libères le peuple hébreu, que tu opprimes tyranniquement, bien qu'il soit pour toi un grand honneur, une grande utilité et une grande gloire. Irrité par ces pensées, l'esprit orgueilleux de Pharaon s'enflait davantage, s'endurcissait, s'enflammait de colère et résistait à Dieu, disant : Qui me commandera ? Je suis Pharaon, le grand roi. Qui est le Dieu des Hébreux pour m'arracher cette proie ? Je ne céderai pas, je ne laisserai pas partir le peuple. Et c'est précisément ce que semblent signifier les paroles de l'Écriture, où après la plupart des plaies il est immédiatement ajouté : « Et le Seigneur endurcit le cœur de Pharaon, et il ne les écouta pas. » Et en ce sens, saint Augustin dit, au livre V Contre Julien, chapitre III, que Dieu endurcit Pharaon non seulement par sa patience mais aussi par sa puissance (c'est-à-dire par son commandement puissant, ses plaies et ses châtiments). Dieu endurcit donc Pharaon — c'est-à-dire que, par ce mode de providence consistant à envoyer puis à retirer les miracles et les châtiments, à permettre les artifices des magiciens, par la sévérité et les exigences rigides de Moïse, et par d'autres moyens que Dieu employa autour de lui, Pharaon s'endurcit davantage, et Dieu prévoyait qu'il s'endurcirait encore par sa propre malice et par son propre libre arbitre — mais non que Dieu lui-même eût l'intention de l'endurcir.

Troisièmement, Dieu endurcit Pharaon en lui retirant sa grâce, qui aurait amolli son cœur, de même que le soleil durcit la boue — non en produisant positivement la dureté, mais en aspirant l'humidité qui tempérait et amollissait la boue. Ainsi Dieu, dit saint Augustin, endurcit le cœur en n'accordant pas la grâce, mais non en poussant à la méchanceté. Entendez ici par « grâce » non pas toute grâce, mais une grâce abondante, puissante et efficace ; car Dieu laisse aux endurcis quelque grâce, par laquelle il les meut et frappe occasionnellement à leur porte. Autrement ils seraient entièrement sans espérance de salut et virtuellement damnés. Mais cette grâce est rare, ténue et modique.

Quatrièmement, en lui donnant richesses, courage, pouvoir, gloire et ressources, par lesquels il se retrancha dans sa tyrannie.

Cinquièmement, et de la manière la plus appropriée, on dit que Dieu a endurci Pharaon parce que, le voyant dur et obstiné, il fit certaines choses autour de lui dont Pharaon prit occasion de s'endurcir davantage. Notez bien ceci : Pharaon, avide de domination, avait fermement résolu de retenir les Hébreux afin de pouvoir les dominer et d'employer une nation si distinguée et si industrieuse aux travaux publics de son royaume ; car il en tirait un profit énorme. De là il advint que, lorsque Dieu voulut les lui soustraire et les faire sortir, Pharaon désirait d'autant plus les retenir, et affermissait d'autant plus sa volonté dans cette ambition et cette tyrannie.

Dieu endurcit donc Pharaon, premièrement, par ses plaies et ses châtiments, et ce en les envoyant non pas tous à la fois et de manière excessive, mais graduellement, modérément et par intervalles — de sorte qu'il lui donnait du répit en retirant le fléau pour un temps, avec le résultat que ces châtiments étaient moindres que sa tyrannie et sa dureté, et ne pouvaient amollir ni briser son esprit, si enflammé et retranché dans la passion de dominer les Hébreux ; bien plutôt, ils l'y enflammaient et l'y retranchaient davantage. Car son cœur était dur comme le diamant, qui plus on le frappe, plus il devient dur ; car une disposition dure et dépravée convertit toute chose en sa propre dureté et dépravation. Et bien que durant le châtiment il semblât parfois s'amollir (comme les hommes durs sont temporairement amollis par l'alternance des passions), cependant, dès que le fléau cessait, il revenait immédiatement à sa nature et à sa dureté. D'où il est dit en Exode 8, 15 : « Pharaon, voyant qu'on lui avait donné du répit, appesantit son cœur. » Ainsi saint Augustin ici, Question XXXVI, et Anastase de Nicée, Question XXIX. Et de même que des enfants méchants et entêtés sont rendus plus durs par les coups, ainsi Pharaon le fut par les coups de Dieu. D'où, de même qu'un maître, en fouettant un enfant opiniâtre, est dit l'endurcir par ses coups et le rendre plus obstiné, ainsi Dieu par ses plaies est dit avoir endurci et rendu plus dur le cœur de Pharaon — non en lui envoyant la dureté, mais en lui présentant des châtiments par lesquels il s'endurcissait d'autant plus et résistait à Dieu avec d'autant plus de force.


Question 3 : Qu'est-ce que la dureté de cœur ?

On demandera troisièmement : Qu'est-ce que la dureté de cœur, et quelles sont ses propriétés et ses effets ?

Saint Bernard répond, livre I De la Considération, à Eugène : « Un cœur dur, dit-il, est celui qui n'est pas percé par la componction, qui n'est pas amolli par la piété, qui n'est pas ému par les prières, qui ne cède pas aux menaces, et qui en vérité est endurci davantage par les châtiments. Un cœur dur est ingrat envers les bienfaits, infidèle aux conseils, cruel dans les jugements, éhonté devant les choses honteuses, intrépide devant les dangers, inhumain envers les choses humaines, téméraire envers les choses divines : oublieux du passé, négligent du présent, imprévoyant de l'avenir. Car c'est ce cœur pour lequel rien du passé, excepté les seules injures, ne passe pas entièrement ; rien du présent ne périt ; de l'avenir il n'a aucune prévoyance, si ce n'est peut-être pour la vengeance. Et, pour embrasser brièvement tous les maux de cet horrible mal : un cœur dur est celui qui ne craint pas Dieu et ne respecte pas les hommes. »

Or les propriétés d'un cœur dur sont les suivantes. Premièrement, les endurcis de cœur refusent de comprendre afin de bien agir ; ils ferment leurs yeux et leurs oreilles aux avertissements salutaires ; ils refusent d'entendre ce qui concerne la vertu et le salut. « Ceux qui, comme dit Job, chapitre 21, verset 14, dirent à Dieu : Retire-toi de nous, nous ne voulons pas la connaissance de tes voies. » Ainsi Pharaon, Exode 5, 2 : « Qui est le Seigneur, dit-il, pour que j'écoute sa voix ? Je ne connais pas le Seigneur. » C'est pourquoi Job, au chapitre 24, dit que de telles personnes sont des rebelles à la lumière.

De là, deuxièmement, Dieu à son tour abandonne, rejette et méprise de telles personnes, Proverbes 1 : « Vous avez méprisé tous mes conseils et négligé mes reproches : moi aussi je rirai de votre ruine et je me moquerai de vous. »

Troisièmement, de telles personnes, comme le dit le Sage, Proverbes 2, se réjouissent quand elles ont fait le mal et exultent dans les pires choses ; dont les voies sont perverses et dont les pas sont infâmes ; et au chapitre 12 : « L'insensé commet le crime comme par jeu. »

Quatrièmement, les endurcis sont tombés dans l'abîme des maux et méprisent Dieu et les hommes. Proverbes 18 : « L'impie, est-il dit, lorsqu'il est venu dans la profondeur des péchés, méprise, mais l'ignominie et l'opprobre le suivent. »

Cinquièmement, leur péché est appelé indélébile, et leur blessure incurable, parce qu'il est à peine et difficilement pardonné. D'où Jérémie 17 : « Le péché de Juda, dit-il, est écrit avec un stylet de fer, avec une pointe de diamant. » Et au chapitre 30 : « Ta blessure est incurable. »

Sixièmement, ils n'ont pas honte même des crimes les plus honteux, mais, comme dit Jérémie, chapitre 3 : « Tu as le front d'une courtisane, tu refuses de rougir. »

Septièmement, de telles personnes sont presque incorrigibles : c'est pourquoi le Sage dit d'elles, Ecclésiaste 7 : « Considère les œuvres de Dieu, que nul ne peut corriger celui qu'il a méprisé. » Et Sagesse 12 : « Leur nation est méchante, et leur malice naturelle, et leur pensée ne pouvait être changée à jamais. »

Huitièmement, de telles personnes, frappées par Dieu, ne le sentent pas. Jérémie 5 : « Seigneur, tu les as frappés, et ils n'ont pas eu de douleur. » De telles personnes ne sentent pas non plus les aiguillons et les remords de la conscience, parce qu'ils l'ont virtuellement éteinte.

Neuvièmement, en raison de l'habitude invétérée et fortifiée de pécher, il leur devient virtuellement impossible de faire le bien et de ne pas pécher. Jérémie 13 : « Si l'Éthiopien peut changer sa peau, ou le léopard ses taches, alors vous aussi pourrez faire le bien, vous qui avez appris le mal. » Et saint Augustin, livre VI des Confessions : « Je soupirais, dit-il, lié non par le fer d'autrui, mais par ma propre volonté de fer. L'ennemi tenait ma volonté, et d'elle il m'avait fait des chaînes. Car d'une volonté perverse naquit l'habitude, et quand on ne résista pas à l'habitude, elle devint nécessité ; par certains anneaux pour ainsi dire enchaînés les uns aux autres, une dure servitude me tenait captif. »

Dixièmement, saint Paul, dans l'Épître aux Romains, chapitres 1 et 2, dit que de telles personnes amassent pour elles-mêmes la colère et ont été livrées à un sens réprouvé, et ailleurs il les appelle enfants de perdition et de défiance, et vases préparés pour la destruction, qui, désespérant, se sont livrés à toute espèce d'impureté.

Onzièmement, ils accumulent péchés sur péchés et deviennent pires de jour en jour, et, comme il est dit dans l'Apocalypse 22, ceux qui sont dans la souillure se souillent encore davantage. « Alors le malheur est complet, » dit Sénèque dans les Proverbes, « quand les choses honteuses non seulement plaisent mais encore satisfont ; et il n'y a plus de place pour le remède quand ce qui était vice est devenu coutume. » Tel fut Caïn, Genèse 4, 18 ; les fils d'Héli, 1 Rois 2, 22 ; Saül, 1 Rois 17, 18 ; Sédécias, 2 Paralipomènes 36, 13 ; les Juifs, Jérémie 2, 20 ; les princes des prêtres, Matthieu 27, 4.


Question 4 : Comment Dieu traite-t-il les endurcis ?

On demandera quatrièmement : Comment Dieu traite-t-il les endurcis, et comment se comporte-t-il envers eux ?

Je réponds : En punition des péchés qu'ils ont commis, premièrement, il leur permet de suivre leurs désirs et leurs passions, et ne retire pas d'eux les attraits, les occasions et les tentations de pécher. Psaume 80 : « Je les ai abandonnés aux désirs de leurs cœurs ; ils marcheront dans leurs propres inventions. » Et Paul, dans l'Épître aux Romains, chapitre 1, dit que Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs. D'où aussi le Psaume 72 dit : « Ils passèrent dans l'affection de leur cœur, » c'est-à-dire que tout ce qu'ils désiraient et convoitaient dans leur cœur, ils l'obtinrent, et tout leur réussissait selon leurs vœux.

Deuxièmement, Dieu leur donne une abondance de biens temporels et des succès prospères, par lesquels, aveuglés, ils se précipitent dans tous les crimes et dans leur propre destruction. Psaume 72 : « Leur iniquité est sortie comme de la graisse, » c'est-à-dire que d'un cœur engraissé et riche, en raison de l'abondance des biens temporels, leur iniquité a procédé.

Troisièmement, Dieu retire d'eux les tribulations par lesquelles les pécheurs châtiés reviennent à la raison. Psaume 72 : « Ils ne sont pas dans la peine des hommes, et ils ne seront pas frappés avec les hommes. » Ou s'il les châtie, il leur envoie des afflictions moindres que ce qui serait nécessaire pour fléchir ou briser leur dureté, avec le résultat qu'ils s'endurcissent d'autant plus sous les coups de Dieu.

Quatrièmement, Dieu interdit aux saints de prier pour de telles personnes. Jérémie 7 : « Ne prie pas pour ce peuple, et ne t'oppose pas à moi, car je ne t'exaucerai pas. » Et au chapitre 15 : « Quand bien même Moïse et Samuel se tiendraient devant moi, mon âme ne serait pas inclinée vers ce peuple. »

Cinquièmement, Dieu éloigne d'eux les bons conseillers, les confesseurs, les docteurs et les saints anges. Jérémie 51 : « Nous avons essayé de guérir Babylone, et elle n'a pas été guérie : abandonnons-la donc, car son jugement est parvenu jusqu'au ciel. » Et Paul, dans les Actes 13, aux Juifs : « Puisque vous rejetez la parole et le royaume de Dieu, voici, nous nous tournons vers les nations ; car ainsi le Seigneur nous l'a commandé. »

Sixièmement, il leur retire la prédication de sa parole, par laquelle l'esprit est éclairé, nourri, touché et excité à la pénitence. Amos 8 : « J'enverrai la famine sur la terre : non pas une famine de pain, ni une soif d'eau, mais d'entendre la parole du Seigneur. »

Septièmement, par la permission de Dieu, de telles personnes tombent parmi des flatteurs et de mauvais conseillers qui les poussent dans les maux et dans leur propre ruine. Ainsi Roboam, suivant le conseil de jeunes insensés, perdit une grande partie de son royaume. Ainsi Absalom négligea le conseil utile d'Achitophel et préféra le conseil de Chusaï, ce qui causa sa perte.

Huitièmement, Dieu permet que surgissent de faux docteurs et de faux prophètes qui, par leurs signes, leur hypocrisie et leurs discours flatteurs, séduisent les endurcis, comme le firent les magiciens devant Pharaon, et comme le fera l'Antéchrist, 2 Thessaloniciens 2, 12.

Neuvièmement, Dieu lâche les rênes du diable, lui donnant une plus grande latitude pour dresser des embûches et nuire à de telles personnes. Et ayant reçu cette latitude, le diable les harcèle et les tente merveilleusement — tant en séduisant leurs esprits par de vaines et fausses opinions, qu'en présentant devant eux divers objets de plaisir et divers attraits du vice, en troublant leurs fantasmes et en enflammant leurs passions, et en envoyant de faux prophètes pour les séduire, sujet sur lequel il y a une vision remarquable du prophète Michée, 3 Rois 22, 19.

Dixièmement, il retire d'eux les bons exemples, les bons dirigeants et princes, les bons compagnons, et virtuellement toutes les aides au salut, et permet que soient présentées devant eux des choses contraires qui les incitent à tout mal, de sorte qu'ils trébuchent et tombent à chaque pas — ce qu'Isaïe illustre par la belle image de la vigne au chapitre 5. Ainsi Pererius.

Enfin, la récompense d'une volonté obstinée est le feu obstiné et perpétuel de l'enfer. Écoutez saint Bernard, Lettre 253 : « C'est pourquoi le mal d'un esprit inflexible et obstiné est puni éternellement, bien que commis temporellement ; parce que ce qui fut bref dans le temps, ou dans l'acte, se révèle long dans une volonté opiniâtre : de sorte que si une telle personne ne mourait jamais, elle ne cesserait jamais de vouloir pécher ; bien plus, elle voudrait toujours vivre afin de pouvoir toujours pécher. »


Verset 4 : Et j'étendrai ma main

4. « Et j'étendrai ma main » — Je frapperai, j'affligerai, je punirai. « Par de grands jugements » — par les plus grandes plaies. C'est pourquoi les Septante traduisent « avec une grande vengeance », qui manifeste à tous le très juste jugement de Dieu sur les Égyptiens.


Verset 6 : Ils firent ainsi

6. « Ils firent ainsi. » — C'est un pléonasme hébraïque : car il a déjà dit qu'ils firent ainsi.


Verset 7 : Moïse avait quatre-vingts ans

7. « Or Moïse avait quatre-vingts ans. » — Donc, puisque Moïse conduisit le peuple dans le désert pendant 40 ans (Deutéronome 8, 2), et mourut à l'âge de 120 ans (Deutéronome 34, 7), il s'ensuit qu'il commença ces signes et ces plaies devant Pharaon immédiatement, et les accomplit tous en peu de temps, quand il entrait dans sa quatre-vingt-unième année, et que dans cette même année, au début du printemps, il fit sortir le peuple d'Égypte. Ainsi Rupert et Abulensis.


Verset 8 : Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron

8. « Et le Seigneur dit à Moïse et à Aaron » — à Aaron indirectement ; car Dieu parlait directement à Moïse seul. C'est pourquoi il ajoute : « Tu diras à Aaron. »


Verset 9 : Montrez des signes

9. « Montrez des signes. » — En hébreu, c'est « donnez un signe pour vous-mêmes », c'est-à-dire : prouvez par un signe ce que vous dites, à savoir que Dieu veut que je laisse partir les Hébreux d'Égypte.

« Prends ta verge. » — La même verge est appelée tantôt celle de Moïse, tantôt celle d'Aaron, tantôt celle de Dieu, parce qu'elle était l'instrument de tous pour opérer les miracles et les plaies d'Égypte.


Verset 10 : Ils firent comme le Seigneur avait ordonné

10. « Ils firent comme le Seigneur avait ordonné. » — Donc Moïse et Aaron demandèrent d'abord à Pharaon, de la part de Dieu, de laisser les Hébreux aller à trois journées de marche pour sacrifier ; mais lorsque Pharaon refusa et demanda un signe, Aaron produisit aussitôt la verge, qui fut changée en serpent. Car Dieu ne voulait pas que ces signes fussent imposés à Pharaon sans qu'il les demandât, mais seulement accomplis à sa requête, comme il ressort du verset 9.

« Il prit. » — En hébreu, en chaldéen et en grec, c'est « il jeta ».


Verset 11 : Pharaon appela les sages et les magiciens

11. « Alors Pharaon appela les sages et les magiciens. » — « Sages » désigne ici ceux qui sont versés dans les choses secrètes ou dans l'art merveilleux, qui étaient aussi sorciers et enchanteurs. Pour « magiciens », l'hébreu dit meccassephim, qui signifie proprement prestidigitateurs, mais s'étend à toutes sortes de mages. Les Septante traduisent « sophistes et sorciers », c'est-à-dire empoisonneurs ; Onkelos traduit « mages » ; Aquila, « ceux qui connaissent et accomplissent les choses cachées ».

Les chefs de ceux-ci étaient Jannès et Mambrès, comme il ressort de 2 Timothée 3, 8, au sujet du tombeau desquels Pallade raconte des choses remarquables dans la Vie du bienheureux Macaire, qu'il vit et confirma lui-même : à savoir qu'ils furent ensevelis dans des jardins dans lesquels, de leur vivant, ils avaient planté des arbres de toute espèce, espérant qu'après leur mort ils jouiraient de délices dans ce quasi-paradis. Mais ce lieu était occupé par des démons, qui en conséquence attaquèrent le bienheureux Macaire lorsqu'il y entra, mais furent mis en fuite par son signe de croix. Macaire, examinant chaque chose, trouva des fruits de grenadiers qui n'avaient rien à l'intérieur — car ils avaient été desséchés par le soleil — et aussi de très nombreuses offrandes votives en or.

Remarque : Pline, Justin, saint Augustin et d'autres rapportent communément que l'inventeur de la magie fut Zoroastre, qui rit le jour même de sa naissance et vécut vers l'époque de Ninus et d'Abraham, environ 600 ans avant Moïse. Certains identifient ce Zoroastre à Cham, fils de Noé.

Selon Cassien cependant, l'abbé Sérène, Conférence 7, chapitre 21, place l'origine de la magie avant le Déluge ; car il dit qu'elle commença à l'époque où les fils de Dieu se mêlèrent aux filles des hommes, Genèse 6 ; et que la magie ne périt pas dans le Déluge, parce que Cham l'avait apprise avant le Déluge et la propagea après le Déluge.

« Ils firent de même. » — On peut demander : De combien de manières les magiciens et les démons peuvent-ils accomplir leurs prodiges ?

Je présuppose que ni les démons ni les magiciens ne peuvent accomplir de vrais miracles. Car un miracle est ce qui dépasse toute puissance de la nature, et toute capacité des causes naturelles, des hommes et des anges. Cependant ils peuvent faire certaines choses qui dépassent la puissance des hommes et des autres choses naturelles, lesquelles sont donc merveilleuses pour les hommes, mais ne sont pas des miracles.

Je dis premièrement : la plupart des prodiges que le démon accomplit ne sont pas des choses vraies et réelles, mais seulement des illusions. Car le démon peut tromper et leurrer l'imagination ou les yeux de telle sorte que les gens croient voir ce qui en réalité n'existe pas. Il le fait, premièrement, en remuant l'imagination des hommes si puissamment qu'ils croient voir ce qui n'existe pas — de même que dans les rêves nous croyons voir des choses merveilleuses qui ne sont pas réelles. Galien et d'autres rapportent des exemples remarquables de cela, comme celui de l'homme qui, par une imagination déréglée, croyait avoir un nez aussi grand qu'une coudée ; et d'un autre qui refusait d'être touché parce qu'il disait avoir un corps de verre ; et d'un troisième qui refusait de manger parce qu'il disait être mort. Deuxièmement, en troublant l'organe de la vue, de la manière dont ceux qui souffrent de maladies des yeux croient voir des merveilles qui ne sont pas réellement là et ne sont pas vues. Troisièmement, en altérant le milieu extérieur, comme un bâton droit dans l'eau paraît brisé ou courbé. De cette manière — à savoir par des illusions — Apollonius de Tyane ressuscita un mort ; car avec l'aide du démon il trompa les yeux des hommes de sorte qu'ils crurent vivant celui qui était mort. De cette manière aussi la magicienne Circé transforma les compagnons d'Ulysse en diverses bêtes. De même ces sorcières italiennes que mentionne saint Augustin, livre XVIII de la Cité de Dieu, chapitre 18, transformaient les voyageurs en bêtes de somme pour porter leurs charges. Ainsi aussi aujourd'hui les lycanthropes se transforment par des illusions en loups, et attaquent et déchirent des brebis et même des hommes. Ainsi aussi le démon donne parfois aux sorcières de l'or, de l'argent et de la nourriture — non pas réels, mais fantasmatiques ; d'où, quand elles reviennent à elles, elles ont faim comme si elles n'avaient rien mangé.

Je dis deuxièmement : les démons peuvent accomplir des prodiges par le mouvement local, car ils sont extrêmement rapides et puissants. Ainsi, premièrement, Satan consuma les brebis et les serviteurs de Job par le feu envoyé du ciel, Job 1. Ainsi ces dernières années il a renversé des maisons et des tours par des vents violents. Deuxièmement, il éleva Simon le Mage dans les airs pour voler ; et ainsi aussi nos sorcières volent aujourd'hui. Albert le Grand dit que des bœufs plurent un jour, que des démons ou des anges avaient préalablement soulevés dans les airs depuis un autre endroit. Troisièmement, le démon peut soudainement soustraire une personne ou une autre chose à la vue des hommes, et ainsi la rendre invisible. Ainsi Apollonius disparut des yeux de Domitien. Ainsi Gygès, au moyen d'un anneau, se rendait invisible aux personnes présentes. Cependant le démon ne peut faire qu'un corps soit en deux lieux, ou deux corps en un seul lieu, ou qu'un corps passe d'un extrême à l'autre sans traverser l'espace intermédiaire. En outre : « Puisque le démon, » dit saint Thomas, I p., Question 114, article 4, réponse 2, « peut former un corps d'air, de quelque forme et figure que ce soit, pour le revêtir et y apparaître visiblement, par la même raison il peut revêtir toute chose corporelle de n'importe quelle forme corporelle, de sorte qu'elle apparaisse sous cette apparence. » Quatrièmement, le démon peut faire en sorte que des statues bougent, marchent et parlent, parce qu'il les meut lui-même et forme dans l'air auprès d'elles un discours semblable à la parole humaine. De manière semblable il fit en sorte que Claudia, vestale romaine, traîne avec sa ceinture un navire bloqué dans le Tibre en témoignage de sa chasteté, et le conduise où elle voulait ; et que Tuccia, pour la même raison, porte au Capitole de l'eau puisée dans le Tibre dans un tamis. Cinquièmement, le démon peut revêtir les cadavres ou les masques d'hommes, de lions et d'animaux, et par eux — comme s'ils étaient vivants — se jouer des hommes et les terrifier, comme il tenta de le faire à saint Antoine. Sixièmement, il suscite de remarquables mouvements d'amour, de haine, de colère et de tristesse, ainsi que de remarquables fantasmes chez une personne, en agitant les humeurs du corps, surtout la bile noire et la bile jaune.

Je dis troisièmement : le démon peut opérer des prodiges en appliquant les agents actifs aux sujets passifs et en les combinant par des causes naturelles ; car il connaît très intimement les vertus merveilleuses des choses naturelles. Si en effet les médecins font la thériaque et des remèdes dont nous éprouvons les vertus remarquables, le démon peut faire bien davantage, puisqu'il connaît bien mieux les propriétés des herbes, des pierres précieuses, des animaux et des autres choses, et peut les apporter avec une extrême rapidité de l'Inde ou de toute autre partie du monde et les mélanger avec d'autres choses. Cependant le démon ne peut produire immédiatement aucune forme substantielle ou accidentelle ; bien plus, il ne peut produire un animal parfait sans semence, ni en former instantanément un de taille parfaite et convenable à partir d'une semence. En somme, il ne peut transformer une chose en une autre quelconque, ni suspendre l'action des causes naturelles.

Que les démons puissent opérer des prodiges par ce troisième moyen est évident, tant du fait que nous voyons certaines choses produire des merveilles de cette façon — comme Pline, livre 31, chapitre 1, raconte au sujet du rémora, que s'il s'attache aux grands navires, même poussés par les vents les plus forts, il les retient et les arrête — que du fait que des hommes opèrent des merveilles de cette façon — comme Plutarque raconte d'Archimède dans sa Vie de Marcellus, qu'il tira seul, au moyen de machines mathématiques, un énorme vaisseau de charge vers lui et produisit un grand carnage dans la flotte romaine. De cette manière aussi Séverin Boèce, dans une certaine lettre qui lui fut écrite soit par Cassiodore soit par Théodoric, est dit avoir accompli certains quasi-miracles, à savoir que des métaux mugissaient, qu'un serpent d'airain sifflait, que des oiseaux artificiels chantaient très mélodieusement, et que des figures aériennes sonnaient de la trompette dans les airs. Voir davantage dans Delrio, De la Magie.


Verset 12 : Ils jetèrent chacun leurs verges

12. « Et ils jetèrent chacun leurs verges, qui furent changées en serpents. » — Certains pensent que ces magiciens ne produisirent pas de vrais serpents, mais que par leurs sortilèges ils trompèrent les yeux des spectateurs, ou simplement leur présentèrent des fantômes et certaines apparences de serpents — de même que nos bateleurs et charlatans illusionnistes montrent au peuple, derrière un rideau, des apparences merveilleuses de choses qui n'existent pas. Ainsi Grégoire de Nysse ; Prosper, partie 1, Des Promesses, chapitre 15 ; Justin, dans les Questions orthodoxes, Question 26 ; Rupert ; et Tertullien, dans le livre De l'Âme, où il dit : « Les démons ont coutume de produire des fantômes et de façonner des corps par lesquels ils trompent les yeux extérieurs ; mais la vérité de Moïse dévora leur mensonge. »

Mais l'opinion la plus vraie est celle que soutiennent saint Augustin, Théodoret, Lyranus, Abulensis, Burgensis, Cajétan et d'autres, à savoir que ces serpents des magiciens étaient de vrais serpents.

Cela est prouvé, premièrement, parce que la Sainte Écriture appelle ces serpents des magiciens du même nom que ceux d'Aaron et de Moïse. Deuxièmement, parce que le serpent d'Aaron dévora les serpents des magiciens — et cette dévoration fut certainement réelle. Car dans ces prodiges divins de Moïse il n'y avait aucune illusion ; autrement Moïse aurait joué avec les Égyptiens par de vains fantômes. C'étaient donc de vrais serpents, qui, produits par les magiciens, furent dévorés par le serpent d'Aaron. Troisièmement, parce qu'au troisième signe, celui des moustiques, les magiciens échouèrent, parce qu'ils ne purent les produire ; donc ils accomplirent véritablement les deux premiers signes — autrement ils auraient échoué en ceux-ci également. Quatrièmement, s'ils n'avaient pas été de vrais serpents, Moïse aurait démasqué cette supercherie et ainsi les aurait confondus. Enfin, le démon déploya ici toute sa puissance et son habileté ; il produisit donc ici de vrais serpents, car il craignait que, s'il en produisait de faux, Moïse ne découvrît la fraude, à sa propre grande honte et à celle des magiciens.

On demande : Comment les magiciens produisirent-ils ces serpents ? Cajétan pense que les démons avaient déjà préparé graduellement les verges des magiciens par certains agents naturels inconnus de nous mais extrêmement efficaces, les disposant à la forme de serpents ; de sorte que, lorsque les magiciens jetèrent leurs verges à terre, ces verges avaient déjà la disposition ultime à la forme de serpents, laquelle fut donc immédiatement induite et de vrais serpents furent produits.

Mais cela est peu probable, tant parce que les serpents, étant des animaux parfaits, ne peuvent être engendrés que de la semence d'un parent (ce qui n'était pas le cas ici), que parce qu'aucune cause naturelle ne peut immédiatement convertir une verge en serpent — car une verge et un serpent sont énormément distants l'un de l'autre ; bien plutôt, les verges doivent d'abord être corrompues et passer par diverses autres formes avant d'être finalement converties en serpents. Or ici, quand les magiciens jetèrent les verges, c'étaient de vraies verges, et immédiatement des serpents apparurent à la place des verges. Elles ne pouvaient donc pas avoir été produites si rapidement et immédiatement par la conversion des verges ; car il y a un certain ordre naturel entre les formes que ni un démon ni un ange, mais Dieu seul, peut altérer. Troisièmement, parce que ces serpents n'étaient pas tendres et petits, mais grands, parfaitement formés et longs comme les verges — car ils étaient de taille égale aux verges ; autrement les verges n'auraient pas paru se changer en serpents.

Deuxièmement, Calvin pense que Dieu changea les verges des magiciens en serpents, c'est-à-dire en les créant, lesquels les magiciens substituèrent ensuite à leurs verges ; et que Dieu fit cela en juste punition, à savoir pour prendre au piège et endurcir Pharaon et les Égyptiens, impies et incrédules, par le mensonge. Mais loin de nous ce blasphème monstrueux ! Car l'Écriture, au verset 11, dit expressément que ces choses furent accomplies non par Dieu, mais par les enchantements des magiciens, aux invocations desquels le démon était certainement présent. Et si Dieu était l'auteur des serpents dans les deux cas — tant avec Moïse qu'avec les magiciens — alors il combattait contre lui-même, et était témoin tant du mensonge des magiciens que de la vérité avec Moïse ; et il aurait scellé et confirmé l'un et l'autre par une œuvre surnaturelle et par son propre sceau, à savoir un miracle.

Je dis donc que les démons apportèrent ces serpents d'ailleurs, et qu'ayant soudainement et imperceptiblement retiré les verges, ils substituèrent les serpents à leur place — de sorte que quiconque regardait cela, ignorant la magie et la fraude, aurait pensé que les magiciens avaient converti leurs verges en serpents tout comme Aaron l'avait fait. Et c'est pour cette raison que l'Écriture, qui parle à la manière du peuple, dit que les magiciens firent de même qu'Aaron avait fait. Car de semblable manière elle dit au chapitre 3, verset 2, que le buisson brûlait, parce que pour ceux qui le regardaient, il semblait brûler, bien qu'en réalité il ne brûlât pas. De même elle dit que les anges mangèrent, parce qu'ils semblaient manger, bien qu'en réalité ils ne mangeassent pas.

Je dis la même chose du deuxième et du troisième signe, à savoir l'eau changée en sang et les grenouilles produites par les magiciens : c'est-à-dire que tant le sang que les grenouilles ne furent pas produits par le démon, mais apportés d'ailleurs. Car naturellement, le vrai sang ne peut être engendré nulle part ailleurs que dans un animal, et d'aucune autre manière que par la puissance de l'âme et par la chaleur naturelle qui est dans l'animal. Moïse, quant à lui, changea surnaturellement l'eau en sang par la puissance de Dieu, et produisit soudainement des grenouilles des eaux. C'est pourquoi ces magiciens hébreux sont appelés mecassephim, c'est-à-dire illusionnistes — non quant à la chose produite, ou plutôt apportée, mais quant au mode d'opération. Car ils semblaient convertir une verge en serpent, alors qu'en réalité ils ne la convertissaient pas, mais apportaient un serpent d'ailleurs et le substituaient secrètement à la verge.

On demande : Pourquoi Dieu permit-il aux magiciens d'accomplir ces prodiges ? Je réponds, premièrement, pour montrer combien l'art magique est puissant et comment il en impose aux sens des hommes. Deuxièmement, afin que dans ces mêmes prodiges les magiciens fussent surpassés par Moïse, et que Moïse ne fût pas pris pour un magicien, mais apparût plutôt comme l'antagoniste, le vainqueur et le maître des magiciens, et par conséquent le vrai et grand serviteur et Prophète du grand Dieu. Ainsi saint Jean Chrysostome, Homélie 46 sur les Actes des Apôtres. Troisièmement, pour montrer que les méchants s'opposent et luttent toujours contre les pieux, et les faux prophètes contre les prophètes : ainsi Lucifer résista à Michel, Caïn s'opposa à Abel, Ismaël à Isaac, Ésaü à Jacob, les frères à Joseph, Dathan et Abiram à Moïse, Simon le Mage à saint Pierre, les Juifs à Paul, les philosophes, les mages et les hérétiques aux Apôtres. Quatrièmement, pour montrer que le démon est pour ainsi dire le singe de Dieu ; car de même que Dieu, ainsi aussi le démon, rival de Dieu, veut avoir ses propres prophètes, ses propres temples, ses propres sacrifices, ses propres miracles, ses propres Religieux. Cinquièmement, pour éprouver la foi et la constance de Moïse et des Hébreux, afin de voir si par ces signes des magiciens ils vacilleraient et douteraient dans le culte du vrai Dieu et dans les promesses qu'il leur avait faites.

Sixièmement, pour le plus grand aveuglement et le châtiment de Pharaon.

Enfin, il fut permis au démon de produire un serpent parce que lui-même est l'antique serpent qui trompa Ève et trompe encore beaucoup. Écoutez saint Cyprien dans son traité De la Simplicité du clergé : « Le diable est un serpent, parce qu'il s'insinue secrètement, parce que, trompant sous l'image de la paix, il rampe par des approches cachées (d'où il a reçu le nom de serpent) — telle est sa ruse, telle est sa tromperie aveugle et dissimulée pour piéger l'homme, qu'il semble affirmer la nuit pour le jour, le poison pour le salut, le désespoir sous l'apparence de l'espérance, la perfidie sous le prétexte de la foi, l'Antéchrist sous le nom du Christ — de sorte que, tandis qu'il contrefait des choses semblables à la vérité, il puisse par subtilité anéantir la vérité. Car il se transforme en ange de lumière. » Voilà pour Cyprien, ou plutôt pour Origène. Car Pamélius montre dans la préface de ce livre, tant par le style et les grécismes que par l'autorité de plusieurs Docteurs, que ce traité appartient à Origène et fut traduit du grec en latin par Cyprien ou par un autre de cette époque.

Et saint Grégoire, livre 32 des Morales, chapitre 20 : « Le diable, dit-il, est appelé bête de somme, dragon et oiseau ; car il tente les hommes par trois vices : la luxure, la malice et l'orgueil. En ceux donc qu'il incite à la luxure, il est une bête de somme ; à la malice de nuire, il est un dragon ; à l'orgueil, il est un oiseau. » Et saint Léon, Sermon 8 sur la Nativité : Le diable est un serpent rusé, parce qu' « il sait à qui appliquer la chaleur de la cupidité, à qui présenter les attraits de la gourmandise, à qui appliquer les incitations à la luxure, en qui verser le poison de l'envie. Il sait qui troubler par la tristesse, qui tromper par la joie, qui accabler par la crainte, qui séduire par l'admiration ; il scrute les habitudes de tous, passe au crible leurs soucis, sonde leurs affections : et il cherche des causes de nuire là où il voit chacun le plus ardemment occupé. »

« Mais la verge d'Aaron dévora leurs verges. » — « Verge », c'est-à-dire le serpent en lequel la verge avait été changée, « dévora les verges », c'est-à-dire les serpents ou dragons en lesquels leurs verges avaient été changées. Car ce n'était plus une verge mais un serpent ; et ce ne sont pas les verges mais les serpents qui ont une gueule pour dévorer d'autres choses. C'est une métonymie : car les choses sont souvent appelées par ce qu'elles étaient auparavant, ou par le nom de la chose dont elles ont été transformées. Ainsi Philon, saint Augustin, Prosper cité ci-dessus, saint Ambroise, livre III des Offices, chapitre 14, Cajétan et d'autres. Par un raisonnement semblable mais plus fort (quoi que Calvin puisse objecter ici), la chair du Christ dans le Vénérable Sacrement est appelée pain en 1 Corinthiens 11, 26 et Jean 6, 31. Car les Hébreux appellent pain toute nourriture, même la viande ; surtout puisque dans l'Eucharistie les accidents du pain demeurent et sont vus, de sorte que les hommes jugeant par leurs yeux et leurs sens l'appellent à juste titre pain, parce qu'ils voient et touchent l'apparence du pain. D'où il est clair que Dieu permit aux magiciens d'opérer de tels prodiges à cette fin : que sa victoire — c'est-à-dire la victoire du vrai Dieu contre les dieux, ou plutôt les démons, des Égyptiens — fût d'autant plus éclatante ; car il écrasa leur mensonge par un vrai miracle.

Notez ici : Dieu a coutume de découvrir, ou de donner des indices suffisants de, la fraude et l'imposture lorsque des magiciens, des hérétiques ou des infidèles accomplissent des prodiges qu'ils vendent comme des miracles. Car cela ressortit à la providence et au soin que Dieu exerce sur les hommes, surtout les fidèles et les bons, afin qu'ils ne soient pas involontairement et à leur insu conduits dans l'erreur. Pharaon était donc ici sans excuse.

On demande : Par quels moyens Dieu a-t-il coutume de distinguer les vrais miracles des faux ? Théodoret assigne trois signes et distinctions chez ces magiciens. Premièrement : « Ils changèrent en effet des verges en serpents, dit-il, mais la verge de Moïse dévora leurs verges. Ils changèrent l'eau en sang, mais ils ne purent rendre au sang sa nature première. Ils produisirent des grenouilles, mais ils ne purent enlever aux Égyptiens le trouble et l'inconvénient des grenouilles, comme le fit Moïse. Et ainsi Dieu accorda aux magiciens de faire de telles choses, afin que même par eux il châtiât les Égyptiens ; cependant il ne leur accorda pas le pouvoir de retirer la plaie qui avait été infligée. Dieu ne se contenta donc pas des plaies infligées par Moïse, mais les augmenta par les magiciens, comme s'il disait au roi : Puisque être puni te plaît, je te châtierai aussi par l'œuvre de tes propres serviteurs, et te punirai plus sévèrement. »

Deuxièmement : « Quand il vit que le roi s'endurcissait d'autant plus par cela, il restreignit le pouvoir des magiciens, de sorte que ceux qui avaient produit des animaux plus grands, à savoir des grenouilles, ne purent produire les minuscules moustiques, et il les contraignit à confesser leur faiblesse et à dire : "C'est le doigt de Dieu", » chapitre 8, verset 19.

Troisièmement : « Il affligea les corps des magiciens de pustules, chapitre 9, verset 11, afin que tant eux que leur roi insensé reconnussent clairement que non seulement ils ne pouvaient pas retirer les plaies envoyées par Dieu, mais qu'eux-mêmes étaient punis avec les autres. » Voilà pour Théodoret.

Quatrièmement, à ceux-ci saint Augustin ajoute, Question 79 parmi les 83, que les vrais miracles se distinguent des faux par le droit, c'est-à-dire par l'autorité et la puissance par lesquelles ils sont accomplis : « Les magiciens, dit-il, accomplissent des prodiges par des transactions privées avec le démon, mais les saints les accomplissent par l'administration publique et sur l'ordre de Celui à qui toute créature est soumise. Les magiciens opèrent donc par des contrats privés, mais les saints par la justice publique. »

Ajoutez, cinquièmement, que ceux qui accomplissent de vrais miracles sont pour la plupart fidèles, intègres et saints ; mais ceux qui en accomplissent de faux sont méchants, infâmes et souvent sorciers.

Sixièmement, ce que font les magiciens n'est souvent que fantasmatique et feint, et donc n'est pas durable, mais leur fausseté et leur vanité sont bientôt exposées ; ou bien c'est tout à fait inutile et même nuisible. Mais les vrais miracles sont des œuvres vraies et solides, utiles aux hommes, et accomplis seulement en raison de quelque grande utilité ou nécessité.

Septièmement, les magiciens emploient dans leurs œuvres beaucoup d'illusions, de mensonges, de tromperies des hommes, et divers signes et figures — par exemple des lettres et des mots ne signifiant rien ou des absurdités — et d'autres superstitions. Mais un tel caractère induit les gens en erreur, faisant passer ces choses pour des miracles.

Huitièmement, les magiciens et les démons opèrent des prodiges à mauvaise fin, à savoir par lucre, vaine ostentation, gloire ou honneur, afin de s'arroger le nom et le culte divins ; ou afin de pervertir la vraie foi et d'en persuader une fausse aux hommes ; ou pour commettre des maléfices et des crimes, tels que vols, adultères, meurtres d'hommes et d'animaux. Mais les Saints font ces choses pour honorer et glorifier Dieu, et pour édifier et illustrer la sainte Église, et pour aider les hommes tant dans leur corps que davantage dans leur âme et leur esprit. « Les magiciens, » dit saint Augustin ci-dessus, « font ce qui semble être des miracles, cherchant leur propre gloire ; mais les Saints accomplissent des miracles, cherchant la gloire de Dieu. » Ces magiciens déployèrent donc leurs signes par vaine ostentation ; mais Aaron le fit en vue d'une juste vengeance et réprimande. Car Pharaon savait qu'il opprimait injustement les Hébreux, et qu'il sentait donc justement la main vengeresse de Dieu. C'est pourquoi les magiciens, par une incantation et un rite secrets — ce qui montrait suffisamment que le prince des ténèbres était invoqué — produisaient leurs signes ; mais Aaron, sur l'ordre de Dieu et en élevant publiquement les mains, comme commandant aux eaux et aux autres choses au nom de Dieu ; et l'on pouvait facilement reconnaître que c'était le vrai Dieu, tant parce que la nature enseigne que l'être premier, ou l'être des êtres, duquel découle tout être — ce que signifie le nom de Jéhovah, toujours mis en avant par Moïse avant ses signes — est Dieu lui-même ; que parce que, par l'histoire des siècles précédents, ils pouvaient facilement savoir qu'Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, etc., avaient adoré le vrai Dieu et avaient toujours été merveilleusement aidés par lui ; et c'était ce même Dieu que Moïse invoquait ici comme le Dieu de leurs pères.

Allégoriquement, Origène dit : « Le bâton de Moïse est la croix du Christ ; après qu'il eut été jeté à terre, c'est-à-dire après qu'il fut parvenu à la croyance et à la foi des hommes, il fut converti en sagesse, et une sagesse si grande qu'elle dévora toute la sagesse des Égyptiens, c'est-à-dire de ce monde. » Et saint Ambroise, livre III des Offices, chapitre 14 : « Moïse jeta le bâton, et lorsqu'il devint un serpent, il dévora les serpents des Égyptiens, signifiant que le Verbe deviendrait chair, laquelle viderait les venins redoutables du serpent par la rémission et le pardon des péchés. Car le bâton est la parole — droite, royale, pleine de puissance, insigne de l'autorité. Le bâton devint serpent, parce que Celui qui était le Fils de Dieu, né de Dieu le Père, devint le Fils de l'homme, né de la Vierge, qui comme un serpent fut élevé sur la croix et versa la médecine dans les blessures humaines. D'où le Seigneur lui-même dit aussi : Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé. » Rupert et Prosper dans la Chaîne de Lipomanus disent des choses semblables. Au même endroit saint Jérôme dit : « Comme le bâton de Moïse dévora les bâtons des magiciens, ainsi la vérité du Christ dévorera le mensonge de l'Antéchrist. » Et Isidore dit : « Le bâton de Moïse, converti en dragon, engloutit les bâtons des magiciens : et le Christ, mettant de côté la dignité de sa gloire, se rendit obéissant jusqu'à la mort, et par la mort même de sa chair consuma l'aiguillon de la mort, comme l'atteste le Prophète : "Je serai ta mort, ô mort ; je serai ta morsure, ô enfer." »


Verset 13 : Le cœur de Pharaon s'endurcit

13. ET LE CŒUR DE PHARAON S'ENDURCIT. — Parce qu'il vit que ses magiciens avaient accompli des prodiges semblables à ceux qu'avait accomplis Moïse, accordant peu d'attention à l'engloutissement, à savoir que le serpent de Moïse avait dévoré les dragons des magiciens.


Verset 15 : Tu te tiendras au-devant de lui

15. TU TE TIENDRAS AU-DEVANT DE LUI. — Tu devanceras sa venue sur la rive du fleuve du Nil, afin qu'en arrivant il te rencontre.


Verset 17 : Je frapperai avec le bâton

17. JE FRAPPERAI AVEC LE BÂTON. — Dieu avait donc déjà reconverti en bâton le serpent formé à partir du bâton, afin d'accomplir par lui d'autres miracles par la suite. QUI EST DANS MA MAIN. — Ce sont les paroles de Dieu, et pourtant c'est Moïse qui tenait le bâton dans sa main, non Dieu ; à savoir parce que Dieu avait fait de Moïse le Dieu de Pharaon et lui avait donné sa propre puissance, afin qu'il ordonnât à Aaron de frapper le Nil et de le convertir ainsi en sang. Ces trois donc — à savoir Dieu, Moïse et Aaron — sont comptés comme un seul, de même qu'une cause principale et une cause instrumentale sont appelées une seule cause efficiente. Car Dieu était ici la cause première, Moïse celui qui commandait, et Aaron celui qui exécutait.


Verset 18 : Les poissons mourront

18. LES POISSONS MOURRONT. — Car les poissons ne peuvent vivre hors de l'eau, surtout dans du sang, qui étant épais et chaud est contraire à la constitution des poissons. LES EAUX SERONT CORROMPUES — elles seront infectées et corrompues par les cadavres des poissons. Il les appelle « eaux » parce qu'elles avaient été de l'eau ; mais maintenant elles étaient du sang. Les Septante traduisent : « le fleuve bouillonnera » ou « sera en effervescence » : car au lieu de baas, c'est-à-dire « il se putréfiera », ils ont lu avec des points-voyelles différents bees, c'est-à-dire « dans le feu » — à savoir, il sera, c'est-à-dire le fleuve bouillonnera, de sorte qu'il semblerait être placé dans ou sur le feu.


Verset 19 : Les Égyptiens seront affligés

19. LES ÉGYPTIENS SERONT AFFLIGÉS. — En hébreu nilu, c'est-à-dire ils peineront pour boire, ce qui signifie : Ils auront horreur de boire du sang et seront tourmentés par la soif. ET TOUS LES RÉSERVOIRS D'EAU. — En hébreu, tout rassemblement d'eaux ; de même les Septante. D'où il est clair que toute l'eau absolument — même celle des puits, des sources et des citernes — fut changée en sang, et les versets suivants l'indiquent : car autrement ils n'auraient pas creusé la terre pour en tirer de l'eau, ce qu'ils firent pourtant au verset 24. ET QU'IL Y AIT DU SANG DANS TOUTE LA TERRE D'ÉGYPTE. — Donc même dans la terre de Goshen les eaux furent changées en sang, dit Abulensis, mais seulement pour les Égyptiens. Car les eaux étaient douces et potables pour les Hébreux, dit Josèphe. Car les Égyptiens dans la terre de Goshen étaient les plus dignes de cette plaie, en tant qu'ils avaient le plus cruellement opprimé les Hébreux.


Pourquoi toutes les eaux furent-elles changées en sang ?

On peut demander pourquoi, dans cette première plaie d'Égypte, toutes ses eaux furent changées en sang. Je réponds : parce que les Égyptiens eux-mêmes avaient souillé leurs eaux du sang des enfants hébreux en les noyant (chapitre 1, verset 22) ; ils sont donc justement punis dans les eaux mêmes où ils avaient péché. Deuxièmement, parce qu'il ne pleut presque jamais en Égypte ; c'est pourquoi ils n'ont guère d'autre eau que celle du Nil, qui par ses débordements fertilise toute l'Égypte. Les Égyptiens se glorifiaient donc grandement du Nil et se vantaient de leur bonne fortune. C'est pourquoi ils rendaient aussi au Nil de nombreuses superstitions et des honneurs presque divins, comme l'attestent Solin au chapitre 35 et Pline au livre VIII, chapitre 46. Théodoret donne ces deux raisons : « Ce fleuve, dit-il, changé en sang, protestait pour ainsi dire contre le massacre des enfants commis par les Égyptiens » ; et comme il est dit dans l'Apocalypse 16, 6 : « Tu es juste, Seigneur, parce qu'ils ont répandu le sang des Saints et des Prophètes, et tu leur as donné du sang à boire : car ils en sont dignes. »


Combien grande et combien amère fut cette plaie ?

On peut demander deuxièmement combien grande et combien amère fut cette plaie. Je réponds premièrement que toute l'eau des Égyptiens fut absolument changée en sang, et le Nil entier, aussi long qu'il est depuis l'Éthiopie jusqu'à la mer. Notons ici qu'il n'y eut pas un seul miracle, mais plusieurs — ou plutôt un miracle continu, par la conversion continuelle des eaux du Nil affluant en sang, et ce pendant sept jours. Car le Nil en Éthiopie portait des eaux pures ; mais dès qu'il touchait les frontières de l'Égypte, il était immédiatement changé en sang, et cela continuellement et sans cesse pendant sept jours. Deuxièmement, les eaux leur étant retirées, les hommes et les bêtes étaient tourmentés par la soif. Troisièmement, les poissons moururent. D'où, quatrièmement, comme le fleuve et les poissons se putréfiaient, une pestilence survint, à cause de laquelle — et de la soif — tant de gens gisaient morts dans les rues que les gens de leur maison ne suffisaient pas à les ensevelir, dit Philon. Cinquièmement, les eaux n'avaient pas seulement la couleur mais aussi la nature du sang, et étaient du vrai sang. De sorte que si quelqu'un, contraint par la soif, y goûtait, il était aussitôt saisi d'une douleur aiguë, dit Josèphe.


Verset 22 : Les magiciens firent de même

Verset 22. ET LES MAGICIENS FIRENT DE MÊME. — On peut demander d'où les magiciens obtinrent l'eau qu'ils changèrent en sang. Car toute l'eau avait déjà été changée en sang par Moïse. Saint Justin répond (Question 26, Aux Orthodoxes) que les Égyptiens avaient creusé des puits autour du fleuve et en avaient tiré de l'eau. Deuxièmement, Théodoret répond que cette eau avait été apportée de la mer voisine : car ce ne furent pas les eaux de la mer, comme le supposait Génébrard (sur le Psaume 114), mais seulement les eaux douces et potables qui, selon l'Écriture, furent converties en sang, afin que les Égyptiens fussent tourmentés par la soif. Troisièmement, d'autres répondent que par la providence de Dieu un peu d'eau avait été préservée pour les magiciens, de sorte que « toutes les eaux », c'est-à-dire presque toutes, avaient été converties en sang — car une petite quantité ne semble rien retrancher d'une si grande masse. Quatrièmement, les Hébreux pensent que seules les eaux du Nil furent changées en sang, et que par conséquent les magiciens obtinrent de l'eau des sources ; mais ils se trompent, comme je l'ai dit. Cinquièmement, Cajétan pense qu'ils avaient les eaux qui avaient été conservées dans des vases de terre et de métal. Car l'Écriture dit seulement que les eaux qui se trouvaient dans des vases de bois et de pierre furent changées en sang. Sixièmement, Tostatus et Lyranus pensent que cette eau fut très rapidement transportée par le démon d'ailleurs en Égypte. Septièmement, saint Augustin pense que cette eau fut apportée de la terre de Goshen. Huitièmement, on peut dire très facilement que l'eau fut offerte aux magiciens par Moïse ; car Moïse et les Hébreux n'avaient pas du sang mais leur eau habituelle, douce et potable, comme je l'ai dit.

Notons que ce sang des magiciens n'était pas illusoire, comme le voudrait Justin ; ni non plus véritablement converti à partir de l'eau, comme le voudrait saint Augustin ; mais apporté d'ailleurs par le démon et secrètement substitué à l'eau, comme je l'ai dit au verset 12.

Moralement, voyons ici comment le diable lutte contre Dieu, les magiciens contre les prophètes, les hérétiques contre les orthodoxes, en imitant leurs paroles et leurs actes. Mais en vain : car ces choses se retournent contre eux-mêmes. À notre époque, comme l'atteste le Martyrologe anglais, Richard Vitus disputait avec un impie calviniste anglais, plus habile à boire qu'à discourir sur les clefs de l'Église. Et comme l'hérétique affirmait obstinément que ces clefs lui avaient été données, Vitus répondit avec esprit et finesse : « Je te crois, que les clefs t'ont été données tout comme à Pierre ; mais avec cette différence, qu'à lui furent données les clefs du royaume céleste, mais à toi celles de la cave à bière — car ce promontoire rubicond de ton nez en dit long. » C'est ainsi que les hérétiques changent l'eau en sang. Voilà leur miracle.


Verset 23 : Il n'appliqua pas son cœur même cette fois

23. IL N'APPLIQUA PAS SON CŒUR MÊME CETTE FOIS — il n'appliqua pas son esprit à croire et à obéir à Moïse et à Dieu, qui lui commandait de laisser partir le peuple. Admirable fut cette dureté de Pharaon, dont l'esprit et les mains étaient néanmoins si liés par Dieu qu'il ne machina rien de plus grave contre Moïse et Aaron.


Verset 24 : Tous les Égyptiens creusèrent autour du fleuve

24. ET TOUS LES ÉGYPTIENS CREUSÈRENT AUTOUR DU FLEUVE POUR TROUVER DE L'EAU À BOIRE — c'est-à-dire afin que le sang du fleuve, filtré à travers la terre et s'écoulant dans ces fossés, devînt plus liquide et potable, de même que les marins filtrent et adoucissent l'eau de mer à travers un vase de cire pour pouvoir la boire. Ils creusèrent donc pour trouver de l'eau à boire ; mais ils trouvèrent non pas de l'eau, mais du sang — filtré cependant, et presque aqueux — dont un très grand nombre soulagèrent leur soif et échappèrent à la mort ; car autrement ils auraient été tués par sept jours de soif. Peu en effet avaient en abondance du vin ou du lait pour étancher leur soif. Philon ajoute que des veines nouvelles ouvertes par le creusement, du sang jaillit comme d'une blessure, et que par conséquent un très grand nombre périrent en partie de soif et en partie de ce breuvage. Notons ici un autre miracle, et opposé : car lorsque les Hébreux puisaient du même fleuve ou du même puits, ils puisaient de l'eau pure, tandis que les Égyptiens du même puisaient du sang, comme je l'ai dit plus haut d'après Josèphe.


Verset 25 : Sept jours s'accomplirent

25. ET SEPT JOURS S'ACCOMPLIRENT. — Non pas que cette plaie de sang dura sept jours, mais qu'après cette première plaie, qui dura un jour, jusqu'à la deuxième plaie des grenouilles s'écoulèrent sept jours, dit Eusèbe dans la Catena. Mais Philon et d'autres communément soutiennent que cette plaie dura sept jours ; car en un seul jour les Égyptiens n'auraient pas creusé de nouveaux fossés et puits. C'est donc un hébraïsme : « Sept jours s'accomplirent », c'est-à-dire que le sang dura sept jours dans le fleuve ; mais après le septième jour le sang retourna à la nature de l'eau, et cela non à la demande de Pharaon et par l'intercession de Moïse, comme le voudrait Philon — car l'Écriture ne contient rien de tel — mais par la volonté de Dieu, qui voulait punir les Égyptiens par de nouvelles et différentes plaies. L'infliction de la deuxième plaie des grenouilles fut donc la fin de la première plaie du sang.

Tropologiquement, saint Augustin a composé un traité Sur la correspondance des dix plaies d'Égypte avec les dix préceptes du Décalogue, qui se trouve dans son volume IX. Dans cette première plaie, dit-il, l'eau est changée en sang, c'est-à-dire que Dieu est changé en idole : car les hommes charnels et insensés, pensant indignement de la majesté de Dieu, attribuèrent sa gloire aux animaux et aux pierres, comme firent les Égyptiens. Les Philosophes creusent des puits — ceux qui par leur propre talent et étude obtinrent un peu d'eau, c'est-à-dire un peu de doctrine sur Dieu ; mais elle était sanglante, c'est-à-dire souillée par un mélange d'erreurs. De là Orose, au livre VII des Histoires, chapitre 27, enseigne que ces dix plaies préfigurèrent allégoriquement les dix persécutions de l'Église naissante, c'est-à-dire les dix plaies envoyées aux dix Empereurs qui persécutèrent l'Église.


Les dix plaies d'Égypte

On peut demander combien et quelles furent les plaies infligées à l'Égypte par Moïse et Dieu. Je réponds qu'il y en eut dix. La première fut celle-ci, du sang. La deuxième fut celle des grenouilles, chapitre 8, verset 3. La troisième, des moustiques, chapitre 8, verset 17. La quatrième, des mouches, chapitre 8, verset 24. La cinquième, la peste et la mort des animaux, chapitre 9, verset 3. La sixième, des tumeurs enflées et des ulcères, tant sur les hommes que sur les animaux, chapitre 9, verset 10. La septième, le tonnerre, la grêle et la foudre, chapitre 9, verset 23. La huitième, les sauterelles dévorant tout, chapitre 10, verset 13. La neuvième, trois jours de ténèbres, chapitre 10, verset 22. La dixième, la mise à mort des premiers-nés, chapitre 11, verset 5, après laquelle Pharaon permit aux Hébreux de partir ; mais se repentant de sa décision et les poursuivant, il fut noyé avec tous ses hommes dans la mer Rouge — ce qui fut moins une plaie que la destruction de Pharaon et de l'Égypte.

Mais pourquoi y en eut-il dix ? Philon répond : parce que le nombre dix est un symbole de perfection ; de même donc que la mesure des péchés était pleine et parfaite, de même celle des châtiments de l'Égypte. Car il y a dix péchés principaux, qui s'opposent au même nombre, à savoir aux dix préceptes du Décalogue. C'est pourquoi Dieu punit les impies Égyptiens d'autant de plaies qu'il allait donner de commandements à son peuple, dont il voulait établir l'autorité par ce châtiment préliminaire.

Notons ici premièrement : les Égyptiens furent punis par presque toutes les créatures, à savoir par la terre, l'eau, l'air et le feu ; par les mixtes, la grêle et le sang ; par les animaux — grenouilles, mouches, moustiques, sauterelles ; par le soleil et les astres, lorsqu'en se retirant ils amenèrent les ténèbres ; par les hommes — Moïse et Aaron ; par les anges et par Dieu.

Deuxièmement, ils furent punis dans presque tous leurs biens, à savoir dans les fruits des champs, dans leurs animaux, dans leurs fils premiers-nés, dans leur or et leur argent, et dans leurs corps par les ulcères.

Troisièmement, ils furent punis dans tous leurs sens : dans la vue, par les ténèbres et les spectres ; dans l'ouïe, par le tonnerre ; dans le goût, par la soif et le breuvage de sang ; dans l'odorat, par la puanteur des grenouilles ; dans le toucher, par la douleur des ulcères et la piqûre des moustiques ; et enfin dans l'imagination et l'esprit, par une tristesse continuelle et des terreurs multiples. Ces plaies d'Égypte furent un prélude et une figure des peines de l'enfer. Car toutes ces dix plaies, soit en elles-mêmes, soit en leurs semblables, tourmenteront Pharaon et les autres damnés en enfer, auxquels il est facile d'appliquer chacune d'elles. Et si Dieu punit ainsi les Égyptiens en cette vie, comment punira-t-il les damnés en enfer ? De là encore, « les mêmes plaies, » dit saint Irénée au livre IV, chapitre 50, « à la fin du monde, les nations les recevront universellement, que l'Égypte reçut alors partiellement, » et saint Jean les prévit et les prédit dans l'Apocalypse, chapitres 8 et 9.


Les plaies comme figures et symboles

Symboliquement, Dieu punit les pécheurs par dix plaies. Premièrement, par le sang, c'est-à-dire par la discorde : car les eaux potables changées en sang pour les Égyptiens signifient la discorde qui s'insinue dans les entrailles et les veines les plus intimes de la chose publique. Deuxièmement, par les grenouilles, c'est-à-dire par les querelles et les tumultes qui découlent de la discorde. Troisièmement, par les moustiques, c'est-à-dire par les soucis et les inquiétudes qui piquent et tourmentent les pécheurs voués au monde et à la chair. Quatrièmement, par les mouches canines, c'est-à-dire par la colère et les haines, par lesquelles ils brûlent et se mordent et se déchirent mutuellement. Cinquièmement, par la peste des animaux, afin que dans les choses terrestres ils ne trouvent pas les plaisirs qu'ils avaient recherchés, mais éprouvent plutôt en elles le dégoût, les pertes, les douleurs et les tourments. Sixièmement, par les ulcères des tumeurs, c'est-à-dire par les aiguillons de la conscience, qui comme des ulcères apportent à la fois la douleur, la honte et l'horreur. Septièmement, par la grêle, c'est-à-dire par l'obstination dans leurs crimes. Huitièmement, par les sauterelles, c'est-à-dire par la tyrannie et l'inquiétude de la concupiscence. Neuvièmement, par les ténèbres, c'est-à-dire par l'aveuglement de l'esprit. Dixièmement, par la mort des premiers-nés, c'est-à-dire par la damnation de l'âme. Car de même que le premier-né dans la maison de son père en est le chef, de même l'âme est le chef dans les deux aspects de l'homme. Ainsi Alcazar sur l'Apocalypse 11, note 8 ; mais je traiterai de chacune individuellement ci-dessous en son lieu propre.


Quand et où les plaies eurent-elles lieu ?

On peut demander où et quand ces plaies furent-elles accomplies. Je réponds premièrement qu'elles furent accomplies dans le champ de Tanis (Psaume 77, 12). Car Tanis était la ville royale et la capitale de l'Égypte, où Pharaon demeurait. Chaque plaie frappait donc d'abord Tanis, où il y avait un cloaque de crimes, puis se répandait dans toute l'Égypte, comme le rapportent les Hébreux. Deuxièmement, ces plaies eurent lieu en l'an 81 de Moïse, c'est-à-dire en l'an du monde 2454, 797 ans après le déluge, 350 ans avant la guerre de Troie (qui tomba aux temps de Samson et d'Éli), 745 ans avant la fondation de Rome. Paul Orose ajoute, au livre I des Histoires, chapitres 9 et 10, que ces plaies survinrent à peu près en même temps que le déluge — non celui d'Ogygès, comme le soutient Africanus, mais celui de Deucalion — et l'incendie qu'on appelle celui de Phaéton.

On peut demander combien de temps durèrent ces plaies. Torniellus et Pererius répondent qu'elles furent toutes accomplies en un mois, à savoir en 27 jours. Car après la première plaie jusqu'à la deuxième, sept jours s'écoulèrent ; le jour 9, la deuxième plaie des grenouilles fut retirée ; le jour 11, la troisième plaie des moustiques fut envoyée ; le jour 10, Moïse menaça des mouches, et le jour 12 il les envoya, et le jour 13 il les retira ; le jour 15, il menaça et infligea la cinquième plaie ; le jour 16, la sixième plaie fut infligée ; le jour 17, il menaça de la septième plaie, qui fut infligée le jour 18 et retirée le jour 19 ; le jour 20, il menaça de la huitième plaie, et le jour 21 il l'infligea, et le jour 22 il la retira ; pendant les trois jours suivants — à savoir les 23, 24, 25 — la plaie des ténèbres dura ; le jour 26, Pharaon chassa Moïse de sa présence, et dans la nuit suivante la dixième plaie de la mise à mort des premiers-nés fut infligée, au début du jour 27. Environ un mois lunaire s'écoula donc de la première à la dernière plaie. Or, puisque la dernière plaie survint le 15e jour du premier mois de Nisan, qui correspond à notre mois de mars, il s'ensuit que la première plaie fut accomplie vers le milieu du dernier mois, que les Hébreux appellent Adar et qui correspond à notre mois de février. Les Hébreux se trompent donc, suivis par Génébrard sur le Psaume 104, qui disent que ces plaies s'étendirent sur une période de 12 mois, par intervalles.

On peut demander qui fut l'auteur de ces plaies. Je réponds que ce fut Dieu, usant toutefois tour à tour du ministère des anges, dont il est dit au Psaume 77 : « Il envoya sur eux sa colère et son indignation, par l'envoi d'anges mauvais. » Où, bien que Génébrard pense que ces plaies furent infligées par des démons, il est pourtant plus vrai que ce fut fait par de bons anges, tant parce que Moïse et Dieu luttaient ici contre les magiciens et les démons — ils n'auraient donc pas utilisé leur assistance — que parce que Dieu punit de même les Sodomites par de bons anges. Ces anges sont cependant appelés « mauvais », c'est-à-dire nuisibles et infligeant des maux, ou des châtiments. D'où en hébreu on lit : par des anges — artisans de maux. Les anges rendirent donc ici leur ministère à Dieu et accomplirent la cinquième plaie de la peste, la sixième des ulcères, la septième du tonnerre, la neuvième des ténèbres et la dixième de la mise à mort des premiers-nés, et peut-être aussi la troisième des moustiques et la quatrième des mouches. Les autres plaies — étant des conversions et productions soudaines et miraculeuses de choses solides et complètes, telles que le sang et les grenouilles, et peut-être aussi les sauterelles — Dieu les accomplit par lui-même.

En outre, le but de ces plaies était que Dieu montrât par elles tant son soin et sa providence envers les Hébreux que sa terrible puissance et sa vengeance contre Pharaon et les Égyptiens, et qu'il les contraignît à libérer les Hébreux, et frappât toutes les nations de crainte et de révérence envers lui. Les Cananéens confessent que cela arriva effectivement, dans Josué 2, 9.

D'où il est clair que les Hébreux en Égypte étaient exempts de ces plaies, comme il ressort du chapitre 8, verset 22, du chapitre 9, versets 4 et 26, et du chapitre 10, verset 23. Il est aussi probable que les étrangers et les hôtes de passage en étaient exempts. Car ces plaies étaient infligées aux seuls Égyptiens. D'où Pererius juge vraisemblablement que les étrangers, voyant de si terribles châtiments infligés à l'Égypte, craignant la destruction de toute la région, quittèrent l'Égypte au plus vite. Pererius ajoute que les Égyptiens qui n'avaient rien fait de mal contre les Juifs étaient aussi exempts ; mais cela est très incertain, car Dieu a coutume de punir tous pour les péchés publics des rois et des royaumes, et d'envelopper même les innocents avec les coupables dans une calamité commune. Enfin, saint Augustin (Question 44) pense que de ces plaies, à l'exception de la dernière, étaient exempts les Égyptiens qui habitaient avec les Hébreux dans la terre de Goshen, car cette terre était libre de plaies à cause des Hébreux qui y demeuraient. Mais Tostatus et d'autres jugent plus probablement que les Égyptiens à Goshen furent frappés par ces plaies tout autant que ceux d'ailleurs, parce que tous les Égyptiens poursuivaient les Hébreux d'une haine pour ainsi dire innée, et surtout ceux qui les opprimaient à Goshen — tant parce qu'ils pensaient gagner ainsi une grande faveur auprès de Pharaon que parce qu'ils espéraient que la ruine des Hébreux leur apporterait un grand avantage.