Cornelius a Lapide

Exode XII


Table des matières


Synopsis du chapitre

Ici est prescrit le rite de l'immolation et de la manducation de l'agneau pascal. Deuxièmement, au verset 29, l'ange exterminateur frappe les premiers-nés des Égyptiens, laissant les Hébreux intacts. Troisièmement, au verset 33, les Hébreux sortent d'Égypte avec les dépouilles et les richesses des Égyptiens.

Note : Concernant l'agneau pascal, Moïse traite ici six sujets. Premièrement, la qualité de l'agneau, verset 5. Deuxièmement, le temps pour l'immoler, verset 6. Troisièmement, l'onction de son sang sur les montants des portes pour échapper à l'ange exterminateur, versets 7 et 13. Quatrièmement, verset 8, le rite et la manière de le manger. Cinquièmement, le nom tant de l'agneau que de la fête, qui est Phase ou Pâque, verset 11. Sixièmement, les personnes aptes à manger l'agneau, verset 43.


Texte de la Vulgate : Exode 12, 1-51

1. Le Seigneur dit aussi à Moïse et à Aaron dans le pays d'Égypte : 2. Ce mois sera pour vous le commencement des mois ; il sera le premier des mois de l'année. 3. Parlez à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et dites-leur : Le dixième jour de ce mois, que chacun prenne un agneau par familles et par maisons. 4. Mais si le nombre est trop petit pour pouvoir suffire à manger l'agneau, il prendra son voisin qui est joint à sa maison, selon le nombre des personnes qui peuvent suffire à manger l'agneau. 5. Et l'agneau sera sans tache, mâle, âgé d'un an : selon le même rite vous prendrez aussi un chevreau. 6. Et vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois ; et toute la multitude des enfants d'Israël l'immolera le soir. 7. Et ils prendront de son sang, et ils en mettront sur les deux montants et sur le linteau des maisons dans lesquelles ils le mangeront. 8. Et ils mangeront la chair cette nuit-là, rôtie au feu, et des pains azymes avec des laitues sauvages. 9. Vous n'en mangerez rien de cru ni de cuit dans l'eau, mais seulement rôti au feu : vous dévorerez la tête avec les pieds et les entrailles. 10. Il n'en restera rien jusqu'au matin. S'il reste quelque chose, vous le brûlerez au feu. 11. Et voici comment vous le mangerez : Vous ceindrez vos reins, vous aurez des chaussures aux pieds, tenant des bâtons dans vos mains, et vous mangerez à la hâte ; car c'est la Phase (c'est-à-dire le Passage) du Seigneur. 12. Et je passerai par le pays d'Égypte cette nuit-là, et je frapperai tout premier-né dans le pays d'Égypte, depuis l'homme jusqu'au bétail ; et contre tous les dieux de l'Égypte j'exécuterai mes jugements : Je suis le Seigneur. 13. Et le sang sera pour vous un signe sur les maisons dans lesquelles vous serez ; et je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous : et la plaie ne sera pas sur vous pour vous détruire, quand je frapperai le pays d'Égypte. 14. Et ce jour sera pour vous un mémorial, et vous le célébrerez comme une fête pour le Seigneur de génération en génération par un culte éternel. 15. Pendant sept jours vous mangerez des azymes : dès le premier jour il n'y aura point de levain dans vos maisons ; quiconque mangera du levain, cette âme périra d'Israël, depuis le premier jour jusqu'au septième. 16. Le premier jour sera saint et solennel, et le septième jour sera vénérable avec la même solennité : vous ne ferez aucun travail en ces jours, excepté ce qui concerne la nourriture. 17. Et vous observerez la fête des azymes : car en ce même jour je ferai sortir votre armée du pays d'Égypte, et vous garderez ce jour de génération en génération par un rite perpétuel. 18. Le premier mois, le quatorzième jour du mois au soir, vous mangerez des azymes, jusqu'au vingt et unième jour du même mois au soir. 19. Pendant sept jours il ne se trouvera pas de levain dans vos maisons : quiconque mangera du levain, son âme périra de l'assemblée d'Israël, qu'il soit étranger ou natif du pays. 20. Vous ne mangerez rien de levé : dans toutes vos demeures vous mangerez des azymes. 21. Et Moïse appela tous les anciens des enfants d'Israël, et leur dit : Allez, prenez un animal par familles, et immolez la Phase. 22. Et trempez un bouquet d'hysope dans le sang qui est au seuil, et aspergez-en le linteau et les deux montants : que nul d'entre vous ne sorte de la porte de sa maison jusqu'au matin. 23. Car le Seigneur passera en frappant les Égyptiens : et quand il verra le sang sur le linteau et sur les deux montants, il passera par-dessus la porte de la maison, et il ne permettra pas au destructeur d'entrer dans vos maisons et de vous nuire. 24. Gardez cette parole comme une loi pour vous et pour vos enfants à jamais. 25. Et quand vous serez entrés dans le pays que le Seigneur vous donnera comme il l'a promis, vous observerez ces cérémonies. 26. Et quand vos enfants vous diront : Quel est ce rite ? 27. Vous leur direz : C'est la victime du Passage du Seigneur, quand il passa par-dessus les maisons des enfants d'Israël en Égypte, frappant les Égyptiens et délivrant nos maisons. Et le peuple s'inclina et adora. 28. Et les enfants d'Israël allèrent et firent comme le Seigneur l'avait commandé à Moïse et à Aaron. 29. Et il arriva qu'au milieu de la nuit, le Seigneur frappa tout premier-né dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né de Pharaon qui siégeait sur son trône, jusqu'au premier-né de la captive qui était en prison, et tout premier-né du bétail. 30. Et Pharaon se leva pendant la nuit, ainsi que tous ses serviteurs et toute l'Égypte, et il s'éleva un grand cri en Égypte : car il n'y avait pas de maison où il n'y eût un mort. 31. Et Pharaon appela Moïse et Aaron pendant la nuit, et dit : Levez-vous, et sortez du milieu de mon peuple, vous et les enfants d'Israël : allez, sacrifiez au Seigneur comme vous dites. 32. Prenez vos brebis et vos troupeaux comme vous l'avez demandé, et en partant, bénissez-moi. 33. Et les Égyptiens pressèrent le peuple de sortir du pays au plus vite, disant : Nous allons tous mourir. 34. Le peuple prit donc la pâte avant qu'elle fût levée : et la liant dans leurs manteaux, il la mit sur ses épaules. 35. Et les enfants d'Israël firent comme Moïse l'avait commandé ; et ils demandèrent aux Égyptiens des vases d'argent et d'or, et beaucoup de vêtements. 36. Et le Seigneur donna grâce au peuple devant les Égyptiens, de sorte qu'ils leur prêtèrent : et ils dépouillèrent les Égyptiens. 37. Et les enfants d'Israël partirent de Ramsès pour Socoth, environ six cent mille hommes à pied, sans compter les enfants. 38. Et une foule mélangée, innombrable, monta aussi avec eux, des brebis et des troupeaux et du bétail de diverses espèces, en très grand nombre. 39. Et ils firent cuire la farine qu'ils avaient auparavant emportée d'Égypte en pâte : et ils en firent des pains azymes cuits sous la cendre ; car elle n'avait pu fermenter, les Égyptiens les pressant de partir et ne leur permettant aucun délai ; et ils n'avaient pas eu le temps de préparer quelque nourriture. 40. Et le séjour des enfants d'Israël qu'ils firent en Égypte fut de quatre cent trente ans. 41. Lesquels étant accomplis, ce même jour toute l'armée du Seigneur sortit du pays d'Égypte. 42. Cette nuit est la veille du Seigneur, quand il les fit sortir du pays d'Égypte : cette nuit, tous les enfants d'Israël doivent l'observer de génération en génération. 43. Et le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : Voici le rite de la Phase : aucun étranger n'en mangera. 44. Mais tout esclave acheté sera circoncis, et alors il en mangera. 45. L'étranger et le mercenaire n'en mangeront pas. 46. On le mangera dans une seule maison, et vous ne porterez pas de sa chair dehors, et vous n'en briserez aucun os. 47. Toute l'assemblée des enfants d'Israël le fera. 48. Et si quelque étranger veut habiter parmi vous et célébrer la Phase du Seigneur, tous ses mâles seront d'abord circoncis, et alors il la célébrera selon le rite : et il sera comme un natif du pays ; mais si un homme n'est pas circoncis, il n'en mangera pas. 49. La même loi sera pour le natif du pays et pour le prosélyte qui séjourne parmi vous. 50. Et tous les enfants d'Israël firent comme le Seigneur l'avait commandé à Moïse et à Aaron. 51. Et ce même jour le Seigneur fit sortir les enfants d'Israël du pays d'Égypte par leurs compagnies.


Verset 1 : Et le Seigneur dit à Moïse et à Aaron

Verset 1. 1. Et le Seigneur dit — dans le même premier mois, à savoir Nisan, c'est-à-dire mars, quelques jours avant le départ d'Égypte et avant le massacre des premiers-nés ; car celui-ci eut lieu le 15e jour du mois, mais ici il est commandé le dixième jour du même mois de prendre l'agneau, qui devait être immolé le 14e jour. Donc avant le massacre, et par conséquent avant le dixième jour, ces choses furent dites par Dieu et promulguées par Moïse. De là aussi avant le dernier entretien de Moïse avec Pharaon, dont il est question à la fin du chapitre 10. Il y a donc ici un hysteron proteron [inversion de l'ordre] ; car Moïse voulut d'abord tisser ensemble toute l'histoire des signes et des plaies d'Égypte, puis raconter le départ des Hébreux d'Égypte, auquel il prépose le rite de la Phase, ou agneau pascal, qui était le symbole et le signe du départ et de la libération.


Verset 2 : Ce mois sera pour vous le commencement des mois

Verset 2. 2. Ce mois sera pour vous le commencement des mois : il sera le premier des mois de l'année. — Ce mois est Nisan, qui correspond à notre mois de mars, ou en partie à mars, en partie à avril. Josèphe affirme que les Grecs l'appelaient Xanthicus et les Égyptiens Pharmuthi.

Car les Hébreux utilisaient des mois lunaires, à savoir ceux que la lune décrit par son cours ; mais ce cours de la lune n'est pas la traversée du Zodiaque — car la lune le parcourt en 27 jours — ni celui de l'illumination, car celui-ci s'accomplit en 28 jours ; mais celui de la conjonction de la lune avec le soleil. Car en comptant les jours qui s'écoulent entre une conjonction de la lune avec le soleil et la conjonction suivante, quand la lune, s'étant de nouveau éloignée du soleil, commence à apparaître et fait la néoménie ou nouvelle lune, qui est le premier jour du mois, on obtient un mois lunaire de 29 jours et 12 heures supplémentaires. Ces 12 heures sont jointes aux mois alternés pour former un jour entier — par exemple, si 29 jours sont donnés à ce mois, 30 seront donnés au suivant, puis de nouveau 29 au troisième, 30 au quatrième, et ainsi de suite. D'où il arrive que l'année lunaire, composée de douze lunaisons ou mois, a 354 jours, et est inférieure à l'année solaire de onze jours. C'est pourquoi, pour égaliser l'année lunaire avec la solaire, ils ajoutaient un treizième mois tantôt chaque troisième, tantôt chaque deuxième année, en doublant le dernier mois Adar, c'est-à-dire février, qu'ils appelaient en conséquence Veadar, comme un second Adar, et cette année était appelée embolismale ou intercalaire. Ainsi il arrivait que tous les 19 ans, le début de l'année solaire et de l'année lunaire coïncidait exactement ; car en doublant Adar sept fois, à savoir la troisième, la sixième, la huitième, la onzième, la quatorzième, la dix-septième et la dix-neuvième année, les 209 jours par lesquels l'année solaire avait dépassé la lunaire en 19 ans étaient tous restitués par ces sept mois intercalés, comme on le verra facilement en faisant le calcul, en assignant 30 jours aux six mois intercalés, mais 29 jours au septième mois, le dernier de la dix-neuvième année. Ainsi dit Bède, livre Du Comput des temps, chapitre 43, et Abulensis, sur Lévitique 23, Question 19. Voir Ribera, livre V Du Temple, chapitre 2.

D'où voici le canon de l'embolisme ou intercalation chez les Hébreux : trois, trois, deux, trois, trois, trois, deux — c'est-à-dire : un mois doit être intercalé la troisième année, puis la sixième, puis la huitième, puis la 11e, puis la 14e, puis la 17e, puis la 19e. Donc en 19 ans ils inséraient sept mois intercalaires ; ainsi l'embolisme tombait tous les trois ou deux ans. De cette manière ils égalisaient leurs années lunaires avec les années solaires que les autres nations utilisaient communément, afin de s'accommoder avec elles et avec les saisons.

Il sera le premier. — Donc auparavant il n'avait pas été le premier ; et ainsi avant la Pâque, et avant cette libération des Hébreux d'Égypte, le premier mois était Tishri (mot qui en chaldéen signifie « commencement », dit Josèphe), lequel correspond en partie à notre septembre, en partie à octobre. Cela se déduit clairement du chapitre 23, verset 16, où le Seigneur, parlant de la Fête des Tabernacles, qui est célébrée le septième mois, à savoir Tishri, dit : « Tu célébreras la solennité à la fin de l'année. » Or, là où l'année précédente finit et cesse, là commence la suivante : donc en Tishri, c'est-à-dire en septembre, l'année avait coutume de finir et de commencer. De là aussi au chapitre 24, verset 22, il appelle la même solennité celle qui a lieu « quand au retour de l'année toutes choses sont récoltées ». D'où aussi saint Jérôme, sur Ézéchiel chapitre 1, écrit que le mois d'octobre était le premier chez tous les Orientaux.

Notons en passant : les Athéniens commençaient l'année au solstice d'été, les Asiatiques à l'équinoxe d'automne, les Arabes et les Damascéniens à l'équinoxe de printemps, d'où aussi les Romains avant Numa Pompilius comptaient le début de l'année, définissant l'année avec seulement dix mois. Mais Numa ajouta janvier et février : d'où Ovide, Fastes 1 : « Le mois qui suit Janus était le dernier de l'ancienne année. » Après Numa, Jules César réduisit l'année au calcul que nous utilisons maintenant, à savoir que l'année commence peu après le solstice d'hiver, c'est-à-dire à partir de janvier. Voir Solin, Polyhistor, livre Des Jours intercalaires, chapitre 1.

Donc ici, au départ des Hébreux, l'année commune ou civile commença à être distinguée de l'année sacrée. L'année civile commençait à Tishri, soit en septembre, et servait pour le jubilé, comme il est clair d'après Lévitique 25, 9-10, et aussi pour les contrats et les affaires séculières, comme l'enseigne Josèphe, Antiquités 1, 4. Mais l'année sacrée est ici instituée et ordonnée de commencer à partir de Nisan, c'est-à-dire mars (car en ce mois, Juifs et chrétiens célèbrent la Pâque), afin qu'elle servît pour les fêtes, et cela en mémoire du salut reçu et de la libération d'Égypte. Car Dieu voulut que le commencement de l'année fût le commencement de Son salut et de Ses bienfaits : de même qu'après Noé et le déluge il voulut que l'arc-en-ciel fût le commencement de l'ère nouvelle, monument perpétuel de l'alliance, de la miséricorde et de la grâce divine, qu'il ne submergerait plus jamais le monde par un déluge, de même aussi maintenant nous commençons l'année par la Circoncision du Christ, c'est-à-dire par le commencement de Sa rédemption.

L'Écriture, cependant, utilise toujours l'année sacrée, comme il est clair d'après Zacharie 7, 1 ; 1 Maccabées 4, 52 ; Esther 3, 7. Voir Ribera, sur Aggée 2, au début.

Notons les éloges du mois de Nisan. Le premier est qu'en Nisan on célèbre la Pâque, la fête la plus solennelle. Deuxièmement, c'est en Nisan que les Hébreux entrèrent dans la Terre promise, comme il est clair d'après Josué 4. Troisièmement, c'est en Nisan que le monde fut créé. Quatrièmement, c'est en Nisan que le Christ fut conçu, souffrit et ressuscita. Cinquièmement, Nisan est appelé le mois des fruits nouveaux, parce qu'aux alentours de mars en Palestine les récoltes, surtout l'orge, commencent à mûrir. Et voilà les raisons pour lesquelles Dieu voulut que la Pâque fût célébrée au printemps, à savoir en Nisan. Écoutons saint Ambroise, Du Mystère pascal 2 : « La Pâque, dit-il, est au printemps, au début de l'année, à l'ouverture du premier mois, au renouveau des jeunes pousses, et lorsque la nuit du sombre hiver a été dissipée, la joie retrouvée du premier printemps. En cette saison Dieu, le Créateur des choses visibles et invisibles, suspendant de la terre fixe le mécanisme des cieux, illumina le jour par la chaleur du soleil, » etc.

On peut demander comment le premier mois, ou Nisan, en lequel la Pâque doit être célébrée, peut être connu et identifié. Je réponds : le premier mois, le mois pascal, est celui dont le 14e jour, ou pleine lune, tombe soit sur l'équinoxe de printemps lui-même, soit le premier jour après celui-ci. Cela signifie que la nouvelle lune du premier mois ne peut être ni avant le 8 mars ni après le 5 avril. L'équinoxe de printemps au temps du concile de Nicée tombait le 21 mars, où il tombe aussi maintenant après la correction grégorienne du calendrier. D'où il arrive que Nisan ne peut jamais être entièrement compris dans mars, mais s'étend toujours en avril ; bien qu'il puisse arriver qu'il soit parfois entièrement hors de mars, il ne peut jamais être entièrement hors d'avril ; il peut cependant parfois être entièrement dans avril. Le plus souvent, il coïncide en partie avec mars et en partie avec avril, et s'étend parfois jusqu'en mai, à savoir si c'est une année embolismale, augmentée d'un mois de Veadar qui précède Nisan. Ainsi dit Pererius d'après Clavius. Enfin, écoutons saint Ambroise, épître 83, aux Évêques d'Émilie : « Si, dit-il, le quatorzième jour tombe un dimanche — parce que nous ne devons ni jeûner le dimanche, ni rompre le jeûne quand la treizième lune tombe un samedi, jeûne qui doit être spécialement observé le jour de la Passion du Christ — alors la célébration de Pâques doit être reportée à la semaine suivante. Puisque la quinzième lune suit, en laquelle le Christ a souffert, et ce sera un lundi : et le mardi sera aussi la seizième lune, quand le corps du Seigneur reposa dans le tombeau ; tandis que le mercredi de cette semaine sera la dix-septième lune, en laquelle le Seigneur ressuscita. »

Des mois de l'année. — Note : Le premier mois des Hébreux est Nisan, qui correspond à mars ; le deuxième est Iyyar, qui correspond à avril ; le troisième Sivan, qui correspond à mai ; le quatrième Tammouz, qui correspond à juin ; le cinquième Ab, qui correspond à juillet ; le sixième Éloul, qui correspond à août ; le septième Tishri, qui correspond à septembre ; le huitième Marcheshvan, qui correspond à octobre ; le neuvième Kislev ou Kaslev, qui correspond à novembre ; le dixième Tevet, qui correspond à décembre ; le onzième Shebat, qui correspond à janvier ; le douzième Adar, qui correspond à février.

Notons que ces noms — Nisan, Iyyar, Sivan, et les autres — ne sont pas hébreux mais chaldéens, et que les Hébreux les reçurent des Chaldéens durant la captivité de Babylone. D'où ils ne se trouvent que dans les livres écrits après la captivité, à savoir Zacharie, Esdras, Esther et les Maccabées. Car auparavant ils étaient désignés par un nombre ordinal : le premier mois, le deuxième, le troisième, et ainsi de suite, en commençant par mars ; tout comme les Romains aussi appellent Quintilis, Sextilis, Septembre, Octobre, Novembre les cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième mois à compter de mars, qui était autrefois aussi le premier mois de l'année chez les Romains.


Verset 3 : Le dixième jour, que chacun prenne un agneau

3. Parlez à toute l'assemblée des enfants d'Israël. — Parlez aux anciens, afin que ceux-ci proclament individuellement la même chose à chaque personne du peuple. Car jamais Pharaon n'aurait permis que toute l'assemblée des Hébreux fût rassemblée ; et rassembler cette assemblée secrètement à son insu était impossible. C'est ainsi qu'au chapitre 4, verset 29, Moïse est dit avoir assemblé les anciens d'Israël, et pourtant aussitôt au verset 30, il est dit avoir parlé au peuple — à savoir le peuple que les anciens représentaient. Car ce qu'il dit aux anciens était considéré comme dit à tout le peuple.

Le dixième jour de ce mois, que chacun prenne un agneau — c'est-à-dire quatre jours avant le sacrifice de l'agneau, qui devait avoir lieu le 14e jour. Dieu le commanda, premièrement, pour que pendant ces quatre jours tout défaut, s'il y en avait un dans l'agneau, pût se manifester — car il devait être âgé d'un an, entier, exempt de toute tache. Deuxièmement, parce que le quatorzième jour même, les Hébreux, se préparant tous au départ, n'auraient pas eu le loisir de chercher un agneau. Troisièmement, afin que par la vue et la voix de l'agneau ils fussent rappelés à se préparer pour son sacrifice et son repas, et en même temps pour le départ d'Égypte. « Car chaque fois que l'agneau poussait un bêlement, autant de fois, comme le son d'une trompette, il éveillait les rangs du camp prêt à se mettre en marche, » dit Rupert. Quatrièmement, afin que par la vue fréquente de l'agneau ils eussent l'occasion de converser entre eux de leur rédemption d'Égypte, et d'en rendre grâces à Dieu, et, toute leur espérance fixée en Lui, de ne pas craindre les Égyptiens. Saint Épiphane ajoute, dans l'Hérésie 50, que les Juifs avaient coutume de jeûner cinq jours, de ce dixième jour jusqu'au quatorzième.

De plus, non seulement en cette première année du départ, comme le pense Pererius, mais ensuite chaque année en ce dixième jour l'agneau était habituellement procuré par les Juifs, comme l'indique Épiphane déjà cité, avec saint Jean Chrysostome dans la Catena, saint Thomas et Lyra sur Jean 12, Rupert sur Jean chapitres 10 et 11, Anselme sur Matthieu chapitre 21, et Bède dans son homélie du dimanche des Rameaux. D'où aussi en ce dixième jour, c'est-à-dire le dimanche des Rameaux, le Christ, préfiguré par cet agneau, entra à Jérusalem avec des palmes, pour être immolé quatre jours après, c'est-à-dire le vendredi, comme l'ont observé Tolet sur Jean chapitre 12 et d'autres.

Que chacun prenne — c'est-à-dire le père de famille, à moins que sa famille ne soit si petite qu'elle doive se joindre à une autre, parce qu'elle ne suffirait pas à manger un agneau entier : car il n'était permis de rien laisser de l'agneau. Les rabbins et Josèphe (Guerre des Juifs 7, 17) rapportent que l'on n'admettait habituellement pas moins de dix personnes pour manger un seul agneau. D'où, des 256 500 agneaux immolés à la Pâque au temps du gouverneur Cestius, sous lequel les Juifs commencèrent à se révolter contre les Romains, Josèphe calcule qu'il y avait alors trois millions sept cent mille Juifs à Jérusalem, sans compter les impurs ; car ceux-ci étaient exclus de la manducation de l'agneau.

Un agneau. — Le mot hébreu seh signifie une bête du troupeau, tant ovine que caprine, c'est-à-dire tant un chevreau qu'un agneau. Donc tant un chevreau qu'un agneau pouvait être immolé et servir de Phase, comme je le dirai aux versets 5 et 21, et cela afin de signifier le Christ, qui en Lui-même est un agneau, mais pour nous est un bouc, parce qu'il prit sur Lui nos péchés pour les expier. Ainsi dit Rupert.

On peut demander pourquoi Dieu choisit un agneau ou un chevreau plutôt qu'un veau ou un porc pour la Pâque. Lyra répond : pour détruire l'idolâtrie des Égyptiens et en détourner les Hébreux. Car les Égyptiens adoraient Jupiter sous la forme d'un bélier ; c'est pourquoi Dieu commanda de tuer et d'immoler un agneau, ou petit bélier. Mais dans ce cas il aurait plutôt choisi un veau : car les Égyptiens adoraient par-dessus tout Apis sous la forme d'un taureau ou d'un veau.

Je dis donc que Dieu choisit l'agneau parce qu'il était de petit prix et pouvait être acheté même par n'importe quelle famille pauvre. Deuxièmement, parce que l'agneau est un animal pur et simple ; d'où Festus Pompeius dit : « L'agneau (agnus) tire son nom du grec hagnos, qui signifie chaste, parce que l'agneau est une victime pure et propre au sacrifice. » D'où aussi saint Cyprien, dans son traité De l'envie : « Le Christ, dit-il, appelle son peuple des agneaux, afin que la simplicité de l'esprit imite la nature simple des agneaux. » Troisièmement, parce que l'agneau était une figure expresse du Christ, qui à la Pâque fut immolé pour nous comme un agneau doux, innocent et très pur, Isaïe 53, 7 et Jérémie 11, 19 ; d'où aussi Jean-Baptiste, Jean chapitre 1 : « Voici, dit-il, l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde. » Enfin, ils immolèrent à propos l'agneau en Nisan, quand le soleil est dans le Bélier : car le bélier animal correspond à la constellation du Bélier dans les cieux, et le bélier est le père de l'agneau. Ainsi dit Burgensis.

Par familles et par maisons. — Car dans la même maison il pouvait y avoir plusieurs familles, dont chacune, si elle était grande, avait et mangeait son propre agneau.


Verset 5 : L'agneau sera sans tache, mâle, âgé d'un an

Verset 5. 5. Et l'agneau sera sans tache, mâle, âgé d'un an. — « Sans tache », non de couleur, mais de difformité, de boiterie, de gale ou de tout autre défaut ou maladie ; car il devait être tamim, c'est-à-dire entier ou parfait, comme l'a l'hébreu. Car voici ce qui est dit de toute victime dans Lévitique 22 : « Il n'y aura en lui aucune tache : s'il est aveugle, ou estropié, ou s'il a une cicatrice, ou des pustules, ou la gale, ou la teigne, vous ne les offrirez pas au Seigneur. »

Tropologiquement, la victime de Dieu doit être pure et innocente. « Rien, » dit Lactance, Institutions divines 6, « cette Majesté sainte et singulière ne désire de l'homme d'autre que la seule innocence ; et si quelqu'un l'offre, il a fait à Dieu un sacrifice avec assez de piété et de dévotion. » Saint Grégoire dit pieusement, Morales 2 : « J'ai vécu, dit-il, de telle sorte que je ne crains pas d'accusateur du dehors : puissé-je avoir vécu de telle sorte que je n'aie pas en moi-même la conscience accusatrice ! » Socrate, condamné à mort, lorsque Apollodore pleurait et disait : « Tu mourras innocent ? » répondit : « Quoi, préférerais-tu que je meure coupable ? » Cette mort est donc à supporter volontiers, dans laquelle un homme est acquitté de l'accusation de crime, comme en témoigne Xénophon dans son Apologie de Socrate. Car c'est ainsi que les agneaux meurent innocents.

« Le Christ, » dit saint Cyprien plus haut, « appelle son peuple des brebis, afin que l'innocence chrétienne égale celle des brebis. » Et saint Laurent Justinien, De la discipline monastique, chapitre 7 : « Le Seigneur Jésus, dit-il, se plaît dans la gravité de vie, dans la pureté des cœurs et dans la perfection de ses serviteurs. » Et saint Jean Chrysostome, Homélie 6 sur Matthieu : « De même que, dit-il, aux yeux des hommes un beau visage est agréable, de même aux yeux de Dieu une conscience pure est belle. » De plus, Sextus le Pythagoricien dit : « Un temple saint pour Dieu est l'esprit du pieux, et le meilleur autel pour Lui est un cœur pur et sans péché. » Et l'empereur Titus : « Personne, dit-il, ne peut me blesser ou m'outrager, parce que je ne fais rien qui puisse nuire aux autres. » Le roi Agis, condamné à mort, dit au licteur qui pleurait pour lui : « Épargne-moi ces larmes ; car mourant injustement je suis meilleur que ceux qui m'ont condamné à mort. » Et Phocion à un compagnon qui pleurait : « Ne te suffit-il pas, Évippus, dit-il, de mourir avec Phocion ? » — à savoir, avec un innocent.

Deuxièmement, il devait être mâle, parce que le mâle est supérieur à la femelle, et ce qui est plus excellent doit être offert à Dieu. De plus, parce qu'il est une figure du Christ Seigneur, qui est ce mâle haï par le dragon, Apocalypse 12 ; car il n'a rien de féminin, c'est-à-dire de mou, de changeant ou d'instable. D'où il est dit qu'il gouverne les nations avec une verge de fer, dit Rupert.

Tropologiquement, Dieu veut que des esprits virils et des œuvres viriles lui soient offerts ; telles sont les victimes qu'il réclame pour Lui ; il désire des hommes, non des femmes. « L'homme, » dit Cassiodore sur le Psaume 1, « est ainsi appelé de sa force (vires), lui qui ne sait ni faillir dans l'endurance de l'adversité, ni se vanter d'aucune élation dans la prospérité, mais, fixé d'un esprit ferme et fortifié par la contemplation des choses célestes, demeure toujours intrépide. » Et saint Grégoire, Morales 5 : « La force, dit-il, ne se montre que dans l'adversité ; car chacun démontre qu'il a progressé en force dans la mesure où il supporte plus courageusement les maux des autres. Car il a moins de force en lui-même, celui que l'iniquité d'autrui abat, qui en ce qu'il ne peut supporter est transpercé par le glaive de sa propre pusillanimité. » Le même encore : « Les Saints, dit-il, ont été rendus forts ; ils soumettent la chair, ils resplendissent de vertus, ils fortifient l'esprit, ils méprisent les choses terrestres, ils désirent les choses célestes ; on peut les tuer, mais on ne peut les fléchir. Ils ne craignent pas, par faiblesse, d'endurer le mensonge, et jamais, blessés, ils ne se taisent devant la vérité. »

Moïse ajoute « mâle » à l'agneau ; car bien que chez les grammairiens agnus (agneau) se distingue par le genre de agna (agnelle), cependant chez les rhéteurs agnus ne distingue souvent pas le sexe mais l'espèce de l'animal, comme quand nous disons : « C'est un agneau, non un veau » — c'est-à-dire de l'espèce agneau, qu'il s'agisse d'un agneau mâle ou d'une agnelle. Surtout parce que l'hébreu seh signifie les deux sexes, tant l'agnelle que l'agneau mâle.

Troisièmement, cet agneau devait être âgé d'un an — en hébreu, « fils d'une année », c'est-à-dire ayant ou étant dans une année, de sorte qu'il ne dépasse pas un an d'âge, même s'il n'a pas accompli une année complète ; car il pouvait être immolé après le huitième jour depuis la naissance, comme il est clair d'après Lévitique 22, 27. Dieu exigeait un agneau d'un an parce que, comme le dit Nicétas sur la deuxième oraison de Grégoire de Nazianze Sur la Pâque, les agneaux parviennent à leur pleine maturité dans l'espace d'un an, de sorte qu'ils peuvent se reproduire, comme le dit Hésychius sur Lévitique chapitre 14.

Symboliquement, de même que le soleil accomplit sa course au long de l'année, engendre toutes choses et revient à son point de départ, de même le Christ, qui est le Soleil de justice, toujours semblable à Lui-même, revenant en Lui-même, engendre le cercle des vertus. Ainsi dit Grégoire de Nazianze au même endroit.

Tropologiquement, Dieu veut que nous le servions dès nos tendres années et que nous lui consacrions notre premier âge, comme le firent le Christ, la Bienheureuse Vierge, saint Jean-Baptiste, saint Nicolas, sainte Agnès et d'autres Saints illustres. Écoutons Hugues de Saint-Victor, Du Cloître de l'âme 3, 10 : « À cet âge où les cheveux deviennent dorés, où la chair brille comme l'ivoire, où le visage rosé est orné des gemmes des yeux, où la santé corporelle fournit la force et l'âge juvénile promet une plus longue durée de vie ; quand la raison est florissante, les sens corporels aussi florissent — la vue est plus perçante, l'ouïe plus prompte, la démarche plus droite, le visage plus joyeux : ceux qui à cet âge se domptent eux-mêmes et s'unissent à Dieu peuvent attendre la récompense de Jean. » Et encore : « De telles personnes, dit-il, offrent un sacrifice vivant, agréable à Dieu, sans tache, auquel il ne manque ni oreille, ni œil, ni pied, ni queue. Que la conversion tardive des vieillards entende ceci — ceux dont les oreilles sont bouchées par la défaillance de la vieillesse, dont les yeux s'obscurcissent, et, pour tout dire brièvement, qui défaillent en eux-mêmes par eux-mêmes. Ils n'offrent pas un agneau sans tache mais, pour ainsi dire, un porc engraissé. Car de même qu'un porc se vautre dans la fange, de même le vieillard gisant dans les vices ; et de même qu'un porc se nourrit de cosses, de même le vieillard se complaît dans les fables et les rumeurs. »

Note : Les Juifs à la Pâque mangent encore de nos jours des pains azymes, mais ils n'immolent pas d'agneau, parce que selon la loi du Deutéronome 16, 2, l'agneau doit être immolé à Jérusalem, où se trouvait le temple. Or maintenant les Juifs n'ont plus ni temple ni Jérusalem.

Observons ici que les Juifs n'observent pas les prescriptions cérémonielles que Dieu commanda d'accomplir dans le temple, ou qui se rapportent au temple : telles sont les offrandes, les sacrifices, les dîmes, l'année jubilaire, les purifications et les lustrations, le sacrifice des premiers-nés et leur rachat. Car toutes ces choses devaient se faire dans le temple ; puisque donc les Juifs n'ont plus le temple, ils ne peuvent maintenant les accomplir. Mais les autres choses qui ne furent pas commandées d'être faites dans le temple, les Juifs les observent encore aujourd'hui : telles sont la circoncision, la manducation des azymes, les jeûnes, le repos du sabbat et des autres fêtes. Car les Juifs observent les fêtes en ce qui concerne le repos, mais non en ce qui concerne les sacrifices qui, selon la loi, devraient être offerts en ces fêtes ; car ceux-ci ne peuvent être accomplis que dans le temple. Les Juifs observeraient aussi les préceptes judiciaires partout où, parmi les leurs, ils auraient un tribunal et des juges qui jugeraient et puniraient selon la loi de Moïse.

Selon le même rite vous prendrez aussi un chevreau. — À savoir, si un agneau n'est pas disponible, alors à la place d'un agneau vous prendrez un chevreau qui, comme l'agneau, sera sans tache, mâle et âgé d'un an. Car Dieu ne commande pas de prendre un agneau et un chevreau ensemble (et les Hébreux ne le firent jamais), mais soit un agneau, soit un chevreau. Cela est clair d'après l'hébreu, qui dit : « L'animal sera un mâle ; des agneaux et (c'est-à-dire ou) des chevreaux vous le prendrez. » Et d'après les Septante, qui disent : « L'agneau sera parfait, mâle, sans tache ; des agneaux et (c'est-à-dire ou) des chevreaux vous le prendrez. » Car ils ne pouvaient prendre un seul et même animal à la fois des chevreaux et des brebis. Ainsi disent Théodoret, Rupert, Hugues, Abulensis, Cajetan et Lipoman.

Premièrement donc, certains Juifs se trompent en pensant que dans les grandes familles un veau pouvait être immolé à la place d'un agneau, et ils le prouvent par Deutéronome 16 : « Tu immoleras la Pâque au Seigneur avec des brebis et du gros bétail. » Mais le sens de ce passage est différent, comme je l'expliquerai à cet endroit.

Deuxièmement, Burgensis se trompe en niant qu'un chevreau pût être immolé à la place d'un agneau. L'hébreu, dit-il, porte : « des béliers et des boucs vous le prendrez », c'est-à-dire : vous prendrez un agneau du troupeau dans lequel béliers et boucs sont habituellement associés. Mais notre traducteur [le traducteur de la Vulgate] réfute expressément cela ici en rendant : « selon le même rite vous prendrez aussi un chevreau ». Et tous les interprètes, tant latins qu'hébreux, réfutent cette même opinion.

Troisièmement, d'autres se trompent qui pensaient qu'un agneau devait être immolé par chaque famille le quatorzième jour, mais un chevreau par tout le peuple le quinzième jour : ceux-ci sont réfutés longuement par Abulensis et Lyra.


Verset 6 : Toute la multitude l'immolera le soir

Verset 6. 6. Et toute la multitude des enfants d'Israël l'immolera le soir. — Donc l'agneau était une victime, et son immolation était un vrai sacrifice, comme il est clair d'après le chapitre 13, verset 5, et Nombres chapitre 9, verset 7.

Notons premièrement : « Il immolera », à savoir le quatorzième jour, comme il a été dit précédemment. Les Juifs immolaient donc leur Pâque le quatorzième jour même de la lune, quel que fût le jour de la semaine où il tombait. Mais les chrétiens, après le concile de Nicée, célèbrent leur Pâques non le quatorzième jour de la lune, mais le dimanche qui le suit immédiatement, en l'honneur de la Résurrection du Christ. Car notre Pâque n'est pas un passage de la vie à la mort, comme l'était celle de l'ancien agneau, mais de la mort à la vie, qui fut le couronnement du sacrifice du Christ sur la Croix. « Car notre Pâque n'est pas de passion mais de joie et de résurrection, » dit saint Ambroise, épître 83.

Notons deuxièmement : Il existait une tradition chez les anciens Hébreux selon laquelle le Messie apporterait la pleine liberté aux Hébreux le même jour où ils avaient été libérés d'Égypte par la Pâque, comme le rapporte André Masius sur Josué 5, 10. De même qu'en ce jour il y avait pleine lune, quand la lune opposée au soleil brillait dans sa totalité pour le monde : de même le Christ, mourant en ce temps, illumina le monde entier ; d'où même aujourd'hui les Juifs, comme en témoigne Eugubinus, croient que leur Messie viendra en ce même jour et rachètera Israël.

Allégoriquement, au sujet du Christ. Allégoriquement, Rupert dit : L'agneau est immolé à la pleine lune, c'est-à-dire le Christ vint et fut immolé dans la plénitude des temps, Galates 4, 4. Deuxièmement, l'agneau fut immolé après l'équinoxe de printemps, quand la lumière et le jour croissent et triomphent de la nuit et des ténèbres ; c'est-à-dire que depuis le sacrifice du Christ la lumière de la justice commença à vaincre les ténèbres des péchés. Troisièmement, « le mois même de Nisan, c'est-à-dire la douce température printanière d'avril, quand la terre refleurit et que le monde entier rajeunit après l'hiver comme après la vieillesse — n'enseigne-t-il pas à tout esprit sensé combien, son esprit renouvelé, verdoyant de foi, joyeux d'espérance et florissant de charité, il doit participer au banquet spirituel de l'agneau pascal ? » dit Rupert.

TOUTE L'ASSEMBLÉE. — D'où il est clair que les prêtres n'immolaient pas ces agneaux pascaux dans le temple, comme le pensait Claude de Sainctes (I Repetit. Eucharist. ch. 7), Abulensis sur Exode 16, et d'après lui Serarius sur Josué 5, Question 22 ; mais plutôt chaque père de famille immolait l'agneau chez lui au nom de toute la famille : car à cette époque les prêtres légaux aaroniques et leurs sacrifices n'avaient pas encore été institués. Philon l'enseigne expressément au livre III de La Vie de Moïse, ainsi que Josèphe, que suit Francisco Suarez (IIIe Partie, vol. II, disp. 40, sect. 2) ; et bien que les prêtres aaroniques aient été par la suite institués, néanmoins les pères de famille demeurèrent dans leur ancien droit et rite d'immoler la Pâque, et à cet égard ils conservèrent l'ancien droit du sacerdoce qui appartenait aux premiers-nés ou aux pères de famille. Cela est confirmé par le fait que les familles étaient plus nombreuses, et par conséquent les agneaux pascaux étaient plus nombreux que les Lévites ; car sous Cestius, comme je l'ai déjà dit, les agneaux pascaux furent comptés au nombre de 256 500 ; et il est clair que les Lévites étaient beaucoup moins nombreux.

On objectera : En 1 Esdras 6, 20, il est dit que les prêtres et les Lévites furent purifiés pour immoler la Pâque pour tous les enfants de l'exil. Je réponds : « Pâque » y est pris pour tout sacrifice pascal, tant de l'agneau que des autres victimes ; car les autres victimes, seuls les prêtres les immolaient, même à la Pâque ; mais l'agneau, c'était le père de famille qui l'immolait, à moins qu'il ne fût souillé d'impureté légale : car alors il semble qu'Esdras confia cette tâche aux Lévites, de même que la même tâche leur fut confiée en 2 Chroniques 30, 17-18.

On demandera, deuxièmement, si l'agneau devait être immolé au premier soir du quatorzième jour, ou au second. Certains auteurs modernes en Espagne, que Ribera réfute à fond (livre V, Du Temple, ch. 3), et Suarez dans son traité De l'Eucharistie à confectionner avec des azymes, soutinrent que l'agneau devait être immolé au premier soir du quatorzième jour. Mais cette opinion est manifestement fausse, comme le prouvent de multiples arguments tirés de l'Écriture, du contexte de l'histoire dans ce chapitre, du décompte des sept jours des azymes et de la Passion du Christ.

LE SOIR — c'est-à-dire au coucher du soleil, comme il est dit en Deutéronome 16, 6. En hébreu il est dit « entre deux soirs » ; en chaldéen, « entre deux soleils ». Je dis donc que le premier soir est quand le soleil décline déjà vers son coucher, et le second est le coucher du soleil lui-même. Josèphe enseigne explicitement que les Hébreux avaient coutume d'immoler les victimes pascales de la neuvième heure à la onzième heure ; or la neuvième heure correspond à notre troisième heure de l'après-midi. Donc environ deux heures avant le coucher du soleil, l'agneau était immolé et rôti ; mais après le coucher, la nuit, quand le quinzième jour avait déjà commencé, on le mangeait, de sorte qu'avant minuit la manducation de l'agneau et tout le repas étaient achevés.

Allégoriquement, comme le soir du monde approchait, à la consommation des siècles, le Christ fut offert, dit Hésychius sur Lévitique 23, et cela à la pleine lune, quand la lune, ayant reçu la plénitude de sa lumière, se lève à l'Orient tandis que le soleil se couche déjà ; parce que tandis que le Soleil de justice mourait, l'Église, qui est entendue par la lune, dissipant les ténèbres du péché, se lève d'une lumière nouvelle et ressuscite à la vie. Ainsi Rupert et Radulphus sur Lévitique 10. Troisièmement, de même que les Hébreux mangeaient l'agneau la nuit, de même aussi le Christ nous donna le Sacrement de son corps à manger en cette même nuit. Quatrièmement, de même que le jour suivant, c'est-à-dire le premier jour solennel des azymes, on immolait des holocaustes, de même aussi le Christ sur la croix s'offrit Lui-même comme victime vivante à Dieu le Père : donc en un seul jour, à savoir le premier jour pascal, il offrit les deux sacrifices, le sanglant et le non-sanglant. D'où les Pères enseignent que l'immolation de l'agneau présentait une figure non moins du sacrifice eucharistique, qui est accompli dans la Messe, que du sacrifice de la croix. Ainsi saint Léon, Sermon 7 Sur la Passion ; saint Cyprien, Sermon Sur la Cène ; saint Grégoire, Homélie 22 sur les Évangiles ; Grégoire de Nazianze, Oraison 2 Sur Pâques ; saint Jean Chrysostome, Homélie Sur la trahison de Judas ; Rupert et d'autres.

Anagogiquement, saint Jérôme sur Marc 14 dit : « Le soir du jour désigne la fin du monde : car vers la onzième heure viendront les derniers, qui seront les premiers à recevoir le denier de la vie éternelle. »


Verset 7 : Ils prendront de son sang et le mettront sur les montants des portes

7. Et ils prendront de son sang et le mettront sur les deux montants et sur les linteaux des maisons dans lesquelles ils le mangeront — afin que, voyant ce sang de l'agneau, l'ange passât devant ces maisons des Hébreux sans frapper leurs premiers-nés, comme il ressort du verset 23. Saint Jérôme, commentant Isaïe 66, à propos du signe de la croix : « C'est par ce signe aussi que les montants des maisons en Égypte furent marqués, lorsque l'Égypte était frappée et qu'Israël seul demeurait indemne » — comme si le sang de l'agneau avait été appliqué sur les montants en forme de croix.

Remarque : « des maisons dans lesquelles ils le mangeront. » Car il semble par là que ceux qui s'étaient joints à une autre maisonnée, parce qu'ils étaient trop peu nombreux, et avaient mangé l'agneau dans cette maison, passèrent aussi la nuit dans la même maison : car s'ils étaient retournés dans leur propre maison, qui n'était pas marquée du sang de l'agneau, ils auraient été frappés par l'ange. Tels étaient en effet presque tous les Hébreux qui habitaient dans les maisons des Égyptiens : car tous ceux-ci se rendirent dans les maisons des Hébreux. Mais si quelque premier-né égyptien se trouvait alors dans les maisons des Hébreux, il en était renvoyé avant la tombée de la nuit ; autrement, ou bien tous les premiers-nés égyptiens n'auraient pas été frappés, ou bien certains auraient été frappés dans les maisons des Hébreux marquées du sang de l'agneau — l'un et l'autre étant contraires au décret et au commandement de Dieu.

Épiphane rapporte (Hérésie 18) que les Égyptiens, se souvenant de ce jour où les Israélites furent préservés de la frappe de l'ange — les Israélites qui avaient enduit les montants de leurs maisons du sang de l'agneau — avaient coutume, à l'approche de l'équinoxe de printemps, de prendre de l'ocre rouge et d'en enduire tous les arbres et les maisons, s'écriant : « Parce qu'en ce temps le feu dévasta toutes choses », considérant cette ocre rouge couleur de sang comme un remède contre ce fléau.


Verset 8 : Ils mangeront la chair rôtie au feu et des pains sans levain

8. Et ils mangeront la chair cette nuit-là, rôtie au feu, et des pains sans levain avec des herbes amères. — Remarque : Cet agneau représentait un double bienfait de libération : premièrement, de l'ange exterminateur ; deuxièmement, de l'Égypte, d'où les Égyptiens, craignant de plus grands fléaux, contraignirent les Hébreux à partir en hâte. De plus, dans la manducation de l'agneau, deux choses étaient représentées aux Juifs. Premièrement, la dure servitude qu'ils avaient endurée en Égypte ; les symboles en étaient le pain sans levain, et donc insipide, la cuisson rôtie de l'agneau, et les herbes amères. Deuxièmement, la hâte avec laquelle ils partirent : les symboles en étaient, d'abord, le pain sans levain, parce qu'ils n'avaient pas eu le temps de le faire lever ; ensuite, la cuisson rôtie de l'agneau ; troisièmement, qu'ils ne pouvaient briser ses os (car ceux qui sont pressés n'ont pas le loisir de le faire) pour en sucer la moelle ; quatrièmement, qu'ils mangeaient l'agneau les reins ceints, tenant des bâtons à la main ; cinquièmement, qu'ils ne pouvaient conserver les restes, mais les brûlaient au feu.

Notons ici premièrement que l'agneau devait être mangé la nuit : et cette nuit était celle du quinzième jour. Deuxièmement, par « chair » il faut entendre aussi les nerfs, les entrailles et tout ce qui était comestible dans l'agneau.

RÔTIE AU FEU. — Remarque : Voici le rite de l'immolation de l'agneau : premièrement, l'agneau était égorgé ; deuxièmement, les montants et le linteau étaient aspergés de son sang ; troisièmement, la peau ayant été retirée, les entrailles étaient soit retirées de l'agneau puis remises, comme le soutient Abulensis, soit laissées dans l'agneau même, comme le soutient Cajétan, et elles étaient lavées pour pouvoir être rôties avec l'agneau et dans l'agneau. Car tout ce qui était rôti devait être mangé, à l'exception du fiel et des intestins contenant des matières fécales, que l'on jetait. Quatrièmement, l'agneau entier, sans être découpé (de peur de blesser quelque os), était rôti avec sa tête et ses pieds. Ajoutons que l'agneau ne pouvait être mangé que par les circoncis, comme il ressort du verset 48, et seulement au lieu déterminé où se trouvait le tabernacle, et plus tard le temple, c'est-à-dire Jérusalem, Deutéronome 16, 6. Enfin, avec le rite qui suit.

AVEC DES HERBES AMÈRES — en hébreu al merorim, c'est-à-dire « avec des choses amères », à savoir toutes sortes d'herbes amères. Mais les Septante traduisent par une espèce particulière, à savoir pikrides, que Théodore Gaza rend tantôt par « amaragine » et tantôt par « laitue sauvage », laquelle, selon Dioscoride, est amère au goût. Aussi, bien que Ruellius pense que cette laitue est de la chicorée, il semble néanmoins plus vrai qu'il s'agissait proprement de cette laitue sauvage qui, dit Abulensis, ressemble à la laitue cultivée, mais est plus petite et d'une saveur âpre et amère. Dieu prescrivit ces herbes amères pour accompagner l'agneau afin que par elles les Hébreux se souviennent, dit Théodoret, de la très amère servitude en Égypte dont Il les faisait sortir, et qu'ils fussent ainsi portés à la louange et à l'action de grâces envers Dieu. C'est pourquoi saint Ambroise lit « avec amertume », comme si les Hébreux avaient reçu l'ordre de manger l'agneau avec une certaine amertume de l'âme.

Tropologiquement, le Seigneur ordonna que les paroles amères des commandements du Christ fussent dévorées avec le Sacrement de la passion du Seigneur (dit saint Ambroise, Sermon Sur le grain de moutarde), et en particulier que la contrition et la pénitence doivent précéder l'Eucharistie, surtout dans la sainte semaine de Pâques elle-même. À ce sujet, saint Épiphane (Hérésie 70) dit : « Dans les jours de Pâques, quand parmi nous, durant la Pâque, il y a des couchers à même le sol, des actes de chasteté, des afflictions, la consommation d'aliments secs, des prières, des veilles, des jeûnes, et tous les saluts des âmes par de saintes afflictions. » Et saint Jean Chrysostome (Homélie 30 sur la Genèse) : « Maintenant les fidèles à la fois intensifient leur jeûne et observent des veilles et de saintes nuits entières de prière, et font l'aumône, afin d'honorer cette semaine. » Et saint Bernard (Sermon pour le mercredi de la semaine douloureuse) : « Tous les chrétiens en cette semaine, ou plus qu'à l'ordinaire ou au-delà de leur coutume, pratiquent la piété ; ils font preuve de modestie, recherchent l'humilité, revêtent la gravité, de sorte qu'ils semblent en quelque manière souffrir avec le Christ souffrant. Car qui est si irréligieux qu'il ne ressente la componction ? Qui si insolent qu'il ne s'humilie ? Qui si coléreux qu'il ne pardonne ? Qui si adonné aux plaisirs qu'il ne s'abstienne ? Qui si malveillant qu'il ne se repente en ces jours ? »


Verset 9 : Vous n'en mangerez rien de cru, ni bouilli dans l'eau

9. Vous n'en mangerez rien de cru, ni bouilli dans l'eau, mais seulement rôti au feu. — « Cru » : ainsi traduisent les Septante, et les Hébreux et les Latins en général ; c'est pourquoi Oleaster traduit témérairement l'hébreu na par « brisé » ou « découpé ». Dieu interdit de manger l'agneau cru : à la fois parce que cela est inhumain, car l'homme répugne à manger de la chair crue ; et parce que la chair crue est malsaine et peut à peine être digérée par l'homme ; et de peur qu'ensuite, en mangeant, ils ne rejettent la chair crue par dégoût. Car chez certains, bien que peu nombreux, peuples et nations, il existe cet appétit sauvage et barbare pour la chair crue, que Dieu veut ici réfréner et abolir : car aux Hébreux sans instruction, comme à des enfants, Il prescrit chaque chose, même ordinaire, coutumière et évidente, minutieusement et exactement.

Tropologiquement, la chair crue, dit saint Grégoire (Homélie 22 sur les Évangiles), est une considération inconsidérée et irrévérencieuse de la bonté et de l'excellence divine, ou plutôt un oubli de celle-ci : ainsi mangent l'agneau cru dans l'Eucharistie ceux qui ne considèrent pas l'excellence d'un si grand Sacrement, et la condescendance et la présence de Dieu notre Seigneur, qui nous nourrit de Son corps et de Sa divinité.

NI BOUILLI DANS L'EAU, MAIS SEULEMENT RÔTI AU FEU. — D'abord parce que la viande est rôtie plus rapidement qu'elle n'est bouillie : c'est pourquoi la cuisson rôtie était un symbole de la hâte des Hébreux se préparant au départ ; et parce que la cuisson rôtie signifiait que les Hébreux en Égypte avaient été, pour ainsi dire, rôtis et grillés dans l'ardeur de la brique et du mortier, et qu'ils en étaient maintenant libérés par la manducation de cet agneau rôti ; et parce que la viande rôtie est d'un aliment plus solide, et fortifie donc mieux ceux qui peinent, comme les Hébreux étaient sur le point d'entreprendre un long voyage : car la viande bouillie se dissout en un bouillon aqueux, et perd ainsi beaucoup de sa substance.

La raison allégorique et principale était que l'agneau rôti pût signifier le Christ brûlé sur la croix par amour pour nous ; car l'agneau était rôti étendu en forme de croix : un pieu droit était enfoncé par-dessous jusqu'à la tête ; tandis qu'un autre, transversal, étendait les épaules de l'agneau que l'on rôtissait, dit saint Justin dans Contre Tryphon. Car le Christ sur la croix n'avait rien d'eau, c'est-à-dire rien d'adoucissement, rien de consolation dans Ses souffrances, mais fut rôti et brûlé à la fois par la douleur et par l'amour pour nous. De plus, les Juifs, niant la divinité du Christ et prenant grossièrement ce que l'Écriture dit du royaume et de la gloire du Messie, mangent le Christ cru. Les hérétiques mangent le Christ bouilli dans l'eau, parce qu'ils veulent scruter et comprendre tous Ses mystères par leur propre intellect et leur raison humaine (car telle est l'eau) : et ainsi, par la sagesse humaine, ils évacuent les sacrements de Son humanité et de Sa divinité. Mais les catholiques, méditant sobrement et pieusement les mystères du Christ, et par eux allumant la foi et la charité, et servant le Christ avec ferveur, mangent le Christ rôti. Ainsi dit Pererius d'après saint Grégoire.

VOUS DÉVOREREZ LA TÊTE AVEC LES PIEDS ET LES ENTRAILLES. — Dieu précise cela parce que d'ordinaire nous ne rôtissons pas la tête, les entrailles et les pieds, car ils sont osseux et cartilagineux ; mais dans l'agneau, Dieu voulut que ces parties fussent rôties, à la fois parce que les Hébreux, dans leur hâte, n'avaient pas le temps de les bouillir ; et parce que Dieu voulait que l'agneau restât entier ; et parce qu'il signifiait le Christ, en qui ces parties furent spécialement rôties — à savoir les entrailles par la compassion et l'amour pour nous, les pieds par les clous, et la tête par la couronne d'épines.


Verset 10 : Il n'en restera rien jusqu'au matin

10. Il n'en restera rien jusqu'au matin : s'il en reste quelque chose, vous le brûlerez au feu — parce que vous partirez en hâte à l'aube. C'est pourquoi, de peur que vous ne soyez occupés à manger ou à empaqueter les restes de l'agneau, ou de peur que ces restes ne viennent à être mangés de façon profane par des profanes hors du temps du sacrifice, ou dévorés par les chiens, ou même ne pourrissent, Je veux qu'ils soient consumés par le feu en l'honneur de Dieu, de même qu'ils ont été rôtis au feu pour Dieu ; et Je veux que cela soit observé de la même manière dans les années suivantes à l'avenir, afin que vous gardiez continuellement le souvenir de ce premier départ et de cette hâte.


Verset 11 : Vous vous ceindrez les reins et mangerez en hâte

11. Et voici comment vous le mangerez : Vous vous ceindrez les reins, vous aurez des chaussures aux pieds, tenant des bâtons à la main, et vous le mangerez en hâte. — Tout cela indique la hâte, et ce sont les dispositions de voyageurs ceints pour un long et laborieux voyage ; c'est pourquoi on leur commande de mettre des chaussures.

Ajoutons : la chaussure était un signe de liberté, comme je l'ai dit à propos d'Éphésiens 6, 13. Car jusqu'alors les Hébreux allaient pieds nus comme des esclaves en Égypte vers les champs et leurs travaux très durs ; maintenant il leur est commandé de marcher chaussés, comme des hommes de naissance libre et des hommes libres. Notons l'hypallage hébraïque : « vous aurez des chaussures aux pieds », c'est-à-dire « vous aurez vos pieds dans des chaussures », autrement dit chaussés.

Certains ajoutent que les anciens d'autrefois ne s'asseyaient pas à table mais s'y accoudaient, comme il ressort d'Esther 1, 6 ; Tobie 2, 3 ; 1 Samuel 19, 22 ; et afin de ne pas souiller les coussins, et de dîner plus commodément, et de pouvoir se reposer après le repas sur leurs lits de table ou leurs divans, ils ôtaient leurs chaussures et même se lavaient les pieds, comme il ressort de Juges 19, 21. C'est pourquoi aussi Madeleine lava les pieds du Christ alors qu'Il était à table. Mais les Hébreux ici, parce qu'ils se préparent non au repos mais au départ, reçoivent donc l'ordre de mettre leurs chaussures.

Remarque : Du fait qu'il est dit « tenant des bâtons à la main », il semble que les Hébreux mangeaient l'agneau debout, comme s'ils étaient pressés, et Philon l'enseigne expressément dans son livre Des sacrifices de Caïn et Abel, et Nysse le laisse entendre. Car pourquoi tiendraient-ils des bâtons à la main, ceints aux reins et chaussés, s'ils n'étaient pas debout, prêts pour le voyage ? L'Apôtre semble certainement avoir fait allusion à cela, ou plutôt avoir donné le sens allégorique de ce passage, dans Éphésiens 6, 14, quand il dit : « Tenez-vous debout, ayant les reins ceints de la vérité, et les pieds chaussés du zèle de l'Évangile de paix. »

On objectera : en Matthieu 26, 20, le Christ célébrant la Pâque est dit s'être mis à table ; donc Il n'était pas debout. Maldonat répond en ce passage que « se mettre à table » signifie être présent au repas, dans quelque posture que ce soit. Mais puisqu'il est expressément dit du Christ en Jean 13 : « Il se lève de table et dépose Ses vêtements », et peu après : « Quand Il Se fut de nouveau mis à table, Il leur dit », on peut plus justement dire que le Christ se tint debout, selon la coutume, au repas de l'agneau, mais qu'Il s'accorda au repas commun qui suivit le repas de l'agneau, et qu'Il Se leva de là pour le lavement des pieds, et que, celui-ci achevé, Il se remit immédiatement à table.

Symboliquement, Philon dit : Ceux qui aspirent au sommet des vertus doivent se ceindre les reins, c'est-à-dire être prêts à servir Dieu et à travailler à l'exercice des vertus ; et ils doivent être chaussés de sandales par lesquelles ils réfrènent la masse de la chair par la raison ; et ils doivent se tenir droits sur des pieds fermes ; et ils doivent avoir la discipline comme un bâton à la main, pour diriger toutes les affaires de la vie sans erreur, et ils doivent se hâter dans cette poursuite de la vertu.

Tropologiquement, saint Grégoire (Homélie 22 sur les Évangiles) : Quiconque veut manger la Pâque chrétienne doit se ceindre les reins, c'est-à-dire dompter ses plaisirs et réfréner la chair du luxe ; il doit avoir des chaussures aux pieds, c'est-à-dire contempler la vie et les exemples des saints défunts, afin de garder ses pas de la blessure du péché ; troisièmement, il doit tenir un bâton à la main, c'est-à-dire exercer le soin pastoral sur ceux qui lui sont confiés ; quatrièmement, il doit manger en hâte, c'est-à-dire soupirer après la solennité de la patrie céleste. Écoute aussi le bienheureux Alger (Livre I, Du Sacrement de l'autel, ch. 22) : « La Loi a donné dans les chaussures une précaution, pour que nous ne soyons pas trompés par les vices ; dans le bâton, la discipline, par laquelle nous pouvons corriger ce que nous avons mal fait ; dans la laitue, la componction ; dans la hâte, l'ardeur du désir, par laquelle nous soupirons après les choses célestes ; dans les reins ceints, la continence et la chasteté, parce que rien ne s'oppose autant au Christ, l'Agneau immaculé, Fils de la Vierge crucifié, et à l'union avec Lui, que le plaisir et l'union d'une alliance de fornication. »

Enfin, la chaussure signifie la continence, la ceinture la modestie, et le bâton l'espérance, dit Nysse dans La Vie de Moïse : « Que la chaussure défende des épines des péchés par une vie très continente, austère et dure. Le vêtement traînant et flottant, c'est-à-dire la manière de vivre luxueuse, doit être resserré par une certaine ceinture, c'est-à-dire par la modestie, qui nous rappelle d'user des choses par nécessité, non par plaisir. Et le bâton, par lequel nous repoussons les bêtes sauvages des hérétiques et nous nous soutenons, c'est l'espérance. »


Verset 12 : Car c'est la Phase, le Passage du Seigneur

CAR C'EST LA PHASE, C'EST-À-DIRE LE PASSAGE DU SEIGNEUR, ET (c'est-à-dire parce que) JE PASSERAI À TRAVERS LA TERRE D'ÉGYPTE CETTE NUIT-LÀ, ET JE FRAPPERAI TOUT PREMIER-NÉ — comme s'Il disait : Vous mangerez l'agneau en hâte, parce que cette manducation de l'agneau signifie le passage rapide et précipité de l'Ange, pour frapper les premiers-nés d'Égypte.

Notons premièrement : Pour « phase », l'hébreu dit pesach ; Théodotion le traduit phoix ; les Syriens et les Chaldéens, ajoutant un aleph selon leur coutume, rendent pischa ou pascha. Les Septante ont suivi cela, rendant pascha. Notre traducteur rend « phase », parce que la gutturale finale chet dans l'hébreu pesach, étant de prononciation difficile, est habituellement supprimée par les Grecs et les Latins.

Notons deuxièmement : Pesach, pascha et phase signifient un passage, ou plus proprement un saut ; car la racine pasach signifie « sauter par-dessus », comme notre traducteur le rend au verset 23 et en 3 Rois 18, 26. De là aussi pisseach signifie « boiteux », parce qu'il marche comme en sautillant. On l'appelle donc pascha, c'est-à-dire un saut, parce que la Pâque signifiait que l'Ange sauterait par-dessus les maisons des Hébreux, les laissant intactes, et bondirait dans les maisons des Égyptiens, tuant leurs premiers-nés.

On objectera : Tertullien, dans son livre Contre les Juifs, semble dire que pascha n'est pas un mot hébreu mais grec ; car il le dérive de tou paschein, c'est-à-dire de « souffrir ». Je réponds : Ces Pères parlent non à la lettre mais mystiquement, et expliquent ce passage symboliquement ; car ils soutiennent que ce n'est pas sans un dessein de Dieu que ce mot pascha a été forgé, qui possède une étymologie très convenant à la chose, tant en grec qu'en hébreu.

Notons troisièmement : il y eut ici un triple passage : premièrement, de l'ange exterminateur ; deuxièmement, des Hébreux d'Égypte en Canaan ; troisièmement, des mêmes à travers la mer Rouge. Je dis que pascha signifie en premier lieu et immédiatement le passage de l'ange exterminateur — car c'est ce qui est dit ici ; mais médiatement et finalement il signifie le passage des Hébreux hors d'Égypte, car ce passage de l'Ange était ordonné à cela comme à sa fin. Ainsi saint Jérôme et Josèphe ici, livre II.

Notons quatrièmement : Phase ou pascha signifie proprement un passage ou plutôt un saut ; de là, en second lieu, il signifie par métonymie l'agneau sacrifié pour ce passage. Troisièmement, de là il fut étendu à la fête pascale. Quatrièmement, pascha signifie toutes les victimes de brebis et de bœufs qui étaient sacrifiées pendant ces sept jours, dont il est question en Nombres 28.

Allégoriquement, l'agneau est le Christ, qui passa de la mort à la vie, de la terre au ciel, afin que nous passions du péché à la grâce, de l'enfer au ciel. C'est pourquoi, tropologiquement, l'âme célèbre la phase, c'est-à-dire un passage, lorsqu'elle sort des pensées d'Égypte, c'est-à-dire de l'entreprise du péché, dit saint Augustin (Traité 55 sur Jean). « La Pâque », dit saint Ambroise (Livre I, De Caïn, ch. 8), « est un passage des passions aux exercices de la vertu. » Et plus clairement au Livre I de l'Hexaméron, ch. 8 : « La Pâque du Seigneur est célébrée chaque année, c'est-à-dire le passage des âmes des vices à la vertu, des passions de la chair à la grâce et à la sobriété de l'esprit, du levain de la malice et de l'iniquité à la vérité et à la sincérité de la régénération. » Et saint Grégoire (Homélie 10 sur les Évangiles) : « De notre patrie, dit-il, nous nous sommes éloignés par l'orgueil, par la désobéissance, en suivant les choses visibles, en goûtant la nourriture défendue ; mais il nous faut y retourner par les pleurs, par l'obéissance, en méprisant les choses visibles, et en refrénant l'appétit de la chair. C'est donc par un autre chemin que nous retournons à notre patrie : car nous qui nous sommes éloignés des joies du paradis par le plaisir, nous y sommes rappelés par les lamentations. »

De là, cinquièmement, Zwingli argumente avec finesse : Si cette proposition est vraie : « L'agneau est la Pâque », et s'il faut y admettre la métonymie déjà mentionnée ; alors la même doit être admise dans ces paroles du Christ : « Ceci est Mon corps », de sorte que le sens serait : Ceci est la figure de Mon corps. Mais je réponds premièrement : l'antécédent est faux ; car l'agneau est appelé la Pâque, c'est-à-dire la victime pascale, proprement, non par métonymie. Je réponds deuxièmement en niant la conséquence : car l'agneau ne peut être proprement la Pâque, c'est-à-dire le passage, parce que le passage et l'agneau sont deux choses entièrement disparates ; mais quand je dis : « Ceci est Mon corps », « ceci » et « corps » ne sont pas disparates.


Verset 13 : Le sang vous servira de signe

13. Et le sang vous servira de signe — Ce sang sera pour vous un signe et un gage de votre salut, que l'ange exterminateur ne vous frappera pas ; non que l'ange ait besoin de ce signe corporel : car il voit bien lui-même quelles sont les maisons des Hébreux dans lesquelles la Pâque est mangée, et quelles sont celles des Égyptiens ; mais Il veut que par ce signe vous attendiez protection, sauvegarde et salut, et cela en raison du type de cet Agneau qui par Son sang vous libérera de la colère à venir et de la mort éternelle. C'est pourquoi, par ce rite, les Hébreux professaient implicitement qu'ils seraient libérés de la mort éternelle par le sang du Messie ; de là aussi les montants avec le linteau, qui repose sur les deux montants (et qui tous devaient être aspergés du sang de l'agneau), présentaient le type et la figure de la croix, comme l'enseigne saint Cyprien, Livre II des Témoignages contre les Juifs, chapitre XXII. Ainsi en Ézéchiel IX, l'ange reçoit l'ordre de tuer tous sauf ceux qui étaient marqués du signe du Tau, qui portait la figure de la croix.

Les Hébreux reçoivent donc ici le commandement, non seulement pour cette première Pâque de leur libération et de leur départ, mais aussi pour toutes celles qui devaient être célébrées chaque année par la suite, d'asperger les montants et le linteau de leur porte du sang de l'agneau, afin qu'ils se souviennent qu'autrefois ils furent libérés par une aspersion semblable de l'ange exterminateur.

ET CONTRE TOUS LES DIEUX DE L'ÉGYPTE J'EXÉCUTERAI DES JUGEMENTS. — Les Septante ont : J'exécuterai la vengeance. D'où il semble, dit Cajétan, qu'Apis ou Sérapis, et toutes les autres images des dieux en Égypte, furent renversées et brisées la nuit pascale, soit par un tremblement de terre, soit par la foudre, comme saint Jérôme l'affirme d'après la tradition hébraïque dans sa lettre à Fabiola, Sur les 42 stations, à la première station. Les Hébreux rapportent en outre que les idoles de pierre de l'Égypte furent alors réduites en poudre ; que celles de bois pourrirent ou furent réduites en cendres ; et que celles de métal furent dissoutes et fondues.


Verset 15 : Pendant sept jours vous mangerez des pains sans levain

Pendant sept jours vous mangerez des pains sans levain. — « Azymes » est le nom des pains sans levain : car zymè est le levain. Le levain est ainsi appelé parce qu'il croît comme en fermentant : d'où le pain sans levain est cuit immédiatement. « Vous mangerez des pains sans levain », c'est-à-dire afin que chaque année vous vous rappeliez les premiers azymes de la Pâque, que vous avez mangés lorsque vous étiez sur le point de quitter l'Égypte : car lorsque cette nuit-là vous eûtes fait de la pâte pour cuire du pain, dans votre hâte vous n'eûtes pas le temps de la faire lever, puisque les Égyptiens vous pressaient de partir immédiatement : d'où Deutéronome 16, 3 dit : « Pendant sept jours vous mangerez des pains sans levain, pain d'affliction (parce que le pain sans levain est insipide, lourd, malsain et difficile à digérer), car dans la crainte vous êtes sortis d'Égypte, afin que vous vous souveniez du jour de votre sortie d'Égypte, tous les jours de votre vie. »

QUICONQUE MANGERA DU LEVAIN, CETTE ÂME PÉRIRA D'ISRAËL. — « Périra », c'est-à-dire par la sentence des juges, si le fait est établi, comme s'il disait : Qu'il soit condamné à mort par les juges ; s'ils négligent cela, ou l'ignorent, Moi, Dieu vengeur, Je le punirai de mort, soit de mort présente, soit de mort éternelle, soit des deux. D'où il est clair que c'était un crime capital pour les Hébreux de manger du levain pendant les jours des azymes.

Notons ici que les jours des azymes commençaient avec la Pâque, et le soir, à savoir au commencement du quinzième jour, qui est pour cette raison appelé le premier jour des azymes. D'où il est clair que le Christ, très observateur de la loi, institua l'Eucharistie avec du pain sans levain ; car Il l'institua après le repas de l'agneau, au cours duquel commençait la manducation des azymes, qui durait sept jours. C'est donc à bon droit, et suivant l'exemple du Christ, que l'Église latine prescrit à ses membres de célébrer l'Eucharistie avec du pain sans levain.

Tropologiquement, par les azymes, dit Théodoret, est signifiée non seulement la diligence et l'urgence du départ, et la facilité et la promptitude de la préparation de la nourriture ; mais aussi qu'il convenait qu'ils ne gardassent aucune trace de la vie égyptienne : d'où le Christ dit, Matthieu 16 : « Gardez-vous du levain des Pharisiens. »


Verset 16 : Le premier jour sera saint et solennel

16. Le premier jour sera saint et solennel, et le septième jour sera vénérable avec la même solennité : vous ne ferez aucune œuvre en ces jours. — D'où il est clair que des 7 jours des azymes, le premier et le dernier étaient les plus célébrés, et qu'eux seuls étaient proprement des jours de fête, et également ; car en ces jours il n'était pas permis de travailler, ce qui était permis les cinq autres jours intermédiaires ; c'est pourquoi le premier jour est appelé saint, c'est-à-dire consacré au culte de Dieu. Ce premier jour est aussi appelé solennel, parce qu'il était un jour de fête en raison des sacrifices publics et solennels qui y étaient accomplis, comme il ressort de Nombres chapitre XXVIII, verset 16 et suivants ; c'est pourquoi les Juifs portaient alors des vêtements plus élégants et prenaient une nourriture plus riche.


Verset 17 : Vous garderez ce jour comme un rite perpétuel

17. Vous garderez ce jour à travers vos générations comme un rite perpétuel — c'est-à-dire aussi longtemps que le rite, le culte et la religion de votre race et de la nation juive, à savoir le judaïsme, dureront : car lorsqu'il sera aboli par la religion du Christ qui lui succédera, alors le rite de la Pâque sera aussi aboli. Ce rite dura donc 1 530 ans ; car tel est le nombre d'années depuis la sortie d'Égypte jusqu'à la passion du Christ, qui accomplit et abolit ce rite et tous les autres anciens. C'est pourquoi saint Justin, Contre Tryphon : « Que le commandement de l'agneau pascal était temporaire, dit-il, ressort du fait que Dieu ne permit pas qu'il fût sacrifié sinon au lieu où Son nom est invoqué », à savoir Jérusalem, où se trouvait le temple ; « évidemment parce qu'Il savait que des jours viendraient après la passion du Christ, où Jérusalem serait livrée aux ennemis, et que tous les sacrifices cesseraient en même temps. »

Se trompent donc les chrétiens arméniens, qui sacrifient un agneau, oignent leurs montants de porte avec son sang, brûlent les os et conservent les cendres mêlées de sang pour l'expiation, comme le rapporte saint Nicon dans son livre Des erreurs des Arméniens.

Superstitieux aussi étaient ces chrétiens qui, plaçant la chair d'un agneau près de l'autel à Pâques, la consacraient par leur propre bénédiction, et le jour de Pâques mangeaient de la chair de l'agneau avant les autres aliments, comme le rapporte Walafrid Strabon, Des choses ecclésiastiques, chapitre XVIII ; car, comme il le dit lui-même, le Christ notre Pâque a été immolé : c'est pourquoi Paul veut que nous festoyions, non avec le vieux levain, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité.

Remarque : Josèphe rapporte que les Hébreux sortant d'Égypte mangèrent des azymes pendant 30 jours ; car la pâte qu'ils emportaient avec eux dura aussi longtemps, à partir de laquelle à Socoth et par la suite ils cuisaient du pain sous la cendre, et quand elle fut épuisée, Dieu leur donna la manne du ciel ; de même qu'inversement la manne cessa lorsque les enfants d'Israël entrèrent en Canaan et mangèrent les fruits de la terre, comme il est dit en Josué V. Car Dieu ne fait pas défaut à l'homme dans la nécessité, et inversement Il ne pourvoit pas de façon superflue là où il n'y a pas besoin.


Verset 20 : Dans toutes vos demeures vous mangerez des azymes

20. Dans toutes vos demeures vous mangerez des azymes. — Notons le mot « demeures », que ceux qui étaient en voyage ne pouvaient pas toujours avoir, et par conséquent ne pouvaient pas toujours manger des azymes. Ainsi dit Cajétan.


Verset 21 : Prenez un animal et immolez la Phase

21. PRENEZ UN ANIMAL. — En hébreu, tirez une bête, à savoir de la bergerie ; voici, non seulement un agneau, mais aussi un chevreau (car ici en hébreu il est appelé seh, tout comme l'agneau) pouvait être sacrifié à la place de l'agneau.


Verset 22 : Trempez un bouquet d'hysope dans le sang

22. Et trempez un bouquet d'hysope dans le sang qui est sur le seuil. — Les Septante ont : qui est à la porte. L'agneau, dit saint Augustin, devait donc être soit tué près de la porte de la maison, soit plutôt son sang devait être porté jusqu'à la porte, afin qu'ils pussent tremper l'hysope dans le sang frais et liquide, avec lequel ils aspergeraient les montants et le linteau. Car l'hysope servait ici de goupillon, comme j'en traiterai à Lévitique XIV, 4. Le mot hébreu saph signifie non seulement un seuil, mais aussi un bassin : c'est pourquoi certains, suivant le Chaldéen, traduisent : avec le sang qui est dans le vase, ou bassin, dans lequel il fut recueilli lorsque l'agneau fut égorgé. Cependant notre traducteur rend mieux saph par « seuil » ; car c'est sa signification commune, de la racine soph, c'est-à-dire finir.

QUE PERSONNE NE SORTE JUSQU'AU MATIN — ou du moins jusqu'à ce qu'il fût certain que l'ange exterminateur était passé : car Moïse les en avait avertis afin qu'ils prissent garde de ne pas sortir, de peur de rencontrer cet exterminateur ; et ainsi, après que les Égyptiens eurent attesté la frappe et le carnage accomplis par celui-ci par leurs lamentations, et eurent pressé les Hébreux de partir, ceux-ci sortirent immédiatement cette même nuit, comme il ressort du verset 31, à savoir après minuit, avant le matin.


Verset 23 : Il ne laissera pas l'exterminateur entrer

23. Et Il ne laissera pas l'exterminateur. — D'où certains pensent que cet ange exterminateur était un mauvais ange : car il est dit que Dieu « ne laissera pas », comme si cet ange avait voulu tuer aussi les Hébreux, si Dieu l'avait permis ; mais cela serait étranger à un bon ange. C'est pourquoi Rupert dit : « C'est à bon droit qu'ils sont livrés au mauvais ange exterminateur, après qu'ils ont refusé de se soumettre à Dieu Lui-même qui les corrigeait, et qui par dix plaies les invitait à la pénitence. » Cependant il est également probable, ou plus probable, que ce fléau, comme les précédents, fut infligé par de bons anges. C'est pourquoi pour « ne laissera pas », l'hébreu dit « ne donnera pas », à savoir un ordre ou une ordonnance ; Il n'ordonnera pas qu'il frappe les Hébreux, mais seulement les Égyptiens.


Verset 26 : Quel est ce rite ?

26. QUEL EST CE RITE ? — En hébreu, quel est ce culte ? À quelle fin, pourquoi célébrez-vous cette Pâque ?


Verset 29 : Au milieu de la nuit, le Seigneur frappa tout premier-né

Verset 29. Et il arriva qu'au milieu de la nuit, le Seigneur frappa tout premier-né. — Car au milieu de la nuit, le silence même, aveugle, terrifie ; ce châtiment en fut donc d'autant plus terrible ; tel sera aussi l'avènement du Christ pour le jugement, comme je l'ai dit au chapitre XI, verset 5.

Tout premier-né — celui qui était né le premier, même s'il était fils unique, même s'il était âgé ; c'est pourquoi dans une seule maison plusieurs étaient parfois frappés, à savoir le grand-père, le père, le fils, l'épouse, si tous étaient premiers-nés : j'en dis autant des serviteurs et des animaux.

DEPUIS LE PREMIER-NÉ DE PHARAON. — Ici Pharaon est puni en son fils, mais lui-même était réservé pour une plus grande souffrance et une plus grande vengeance, devant être noyé avec tout son peuple dans la mer Rouge.

JUSQU'AU PREMIER-NÉ DE LA CAPTIVE — la femme esclave captive condamnée au moulin, comme il ressort du chapitre XI, verset 5.


Verset 30 : Pharaon se leva pendant la nuit

30. Et Pharaon se leva, etc., et ayant fait appeler Moïse et Aaron pendant la nuit, il dit : Levez-vous et sortez. — Il est vraisemblable que Pharaon lui-même, frappé par un si grand carnage et craignant pire, se leva pour aller vers Moïse, qu'il trouva dormant paisiblement dans sa maison, et l'éveilla en l'appelant, et dit : Levez-vous, sortez ; le texte hébreu l'exprime plus clairement.

32. Bénissez-moi aussi — priez pour moi, comme le traduit le Chaldéen.

Moralement, apprenons ici que les cœurs durs et obstinés ne sont brisés et amollis ni par les caresses, ni par les menaces, ni par les fouets, mais par la mort et les terribles désastres : de même qu'un diamant n'est amolli que par le sang d'un bouc, de même par le massacre de tous les premiers-nés Pharaon fut brisé et fléchi, et tous les Égyptiens. Ainsi l'orgueilleux Nabuchodonosor plia la nuque quand il fut changé en bête. Ainsi Saul, renversé à terre, devint Paul et dit : « Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? » Ainsi Marie-Madeleine, possédée de sept démons, rechercha le Christ médecin.

Plutarque rapporte un exemple remarquable chez les païens, dans son livre De la vengeance tardive de la Divinité, vers la fin : Thespesius, dit-il, était un homme de vie scélérate et désespérée ; l'oracle consulté à son sujet, s'il y avait quelque espoir de son amendement, répondit : « Il sera meilleur après être mort. » Peu après, Thespesius, terrassé par une chute grave, gisait sans vie : le troisième jour, revenant à lui, il dit que dans cette chute son âme avait été tirée de son corps, et avait vu et perçu toutes les autres choses, et que pour cette raison elle était immédiatement devenue entièrement autre. Et il en fut ainsi : car celui qui auparavant était impie, luxurieux, ivrogne, etc., par cette chute et ce ravissement devint pieux, chaste, sobre, juste, et un miroir de vertus. Ainsi pour un nœud dur il faut chercher un coin dur, et par un châtiment âpre il faut briser l'habitude enracinée d'un esprit mauvais.


Verset 33 : Les Égyptiens pressaient le peuple de sortir en hâte

33. Et les Égyptiens pressaient le peuple de quitter le pays en hâte — frappés de crainte par le grand massacre des leurs. D'où l'on peut voir les fables et les calomnies des païens, tels Cornelius Tacite, Livre V, et Trogue Pompée, ou plutôt Justin, Livre XXXVI, qui affirment que les Hébreux furent expulsés d'Égypte par les Égyptiens à cause de la gale et des démangeaisons, sur l'ordre d'un oracle. Semblable est ce que rapportent Manéthon, Chérémon et Lysimaque, historiens égyptiens, dans Josèphe, Livre I Contre Apion, à savoir que Moïse avait emporté les idoles des Égyptiens — alors qu'au contraire la Sainte Écriture nous enseigne qu'ils furent tous sans exception engloutis par la mer Rouge.

Tel est aussi le propos de Tacite selon lequel les Juifs seraient appelés pour ainsi dire « Idéens », parce qu'ils descendraient du mont Ida en Crète ; deuxièmement, que les Juifs ne mangent pas de porc, parce que les porcs comme les Juifs sont sujets à la gale ; troisièmement, que les ânes montrèrent le chemin aux Juifs sortant d'Égypte, et que pour cette raison ils adorent les ânes. Tel est aussi le propos de Justin selon lequel Joseph aurait été un magicien, et Moïse son fils. D'où l'on peut voir combien les païens étaient hostiles et injustes envers les Juifs, ou combien ignorants et incompétents en matière juive.


Verset 34 : Le peuple prit la pâte avant qu'elle ne fût levée

34. Le peuple prit donc la farine pétrie avant qu'elle ne fût levée. — « Pétrie », et travaillée avec grand labeur à la main ou au pied, à savoir la masse ou la pâte, comme dit le texte hébreu, parce qu'ils n'avaient pas le temps de la faire lever et de la cuire, comptant la cuire à la première occasion.

Et la liant dans des manteaux. — Le mot hébreu simlah signifie proprement une enveloppe ou un manteau, avec lequel on couvre ou enveloppe quelque chose. Et ainsi ces manteaux des Hébreux semblent avoir été des toiles de lin ; car c'est dans celles-ci que la pâte est habituellement enveloppée.


Verset 36 : Le Seigneur donna grâce au peuple

Verset 36. 36. Et le Seigneur donna grâce au peuple aux yeux des Égyptiens. — C'est pourquoi les Égyptiens prêtèrent leurs biens aux Hébreux, non pas tant par crainte, dont ils étaient frappés à cause du massacre des premiers-nés, que parce que Dieu leur donna grâce aux yeux des Égyptiens. Cette grâce, dit Tostatus, était ou bien une certaine qualité produite par Dieu dans les Hébreux, resplendissant merveilleusement sur leurs visages et dans tout leur corps, et dans leurs paroles et leur comportement, qui rendait les Hébreux aimables, agréables et gracieux aux Égyptiens. C'est pour cette raison que Platon recommandait à son disciple Xénocrate, qui portait un visage triste et sévère, « de sacrifier aux Grâces », voulant dire qu'il devait ajouter l'élégance plaisante de la courtoisie pour gagner les gens.

Ou plutôt, « Dieu donna grâce », c'est-à-dire Dieu inclina les cœurs des Égyptiens à un certain tendre amour pour les Hébreux, et à vouloir leur bien et à leur faire du bien, de sorte que les Hébreux paraissaient aux Égyptiens dignes non seulement de compassion, mais d'amour, d'honneur, et même de toutes sortes de dons et de bienfaits ; ce qui fit qu'ils leur prêtèrent volontiers leurs biens, bien plus les leur offrirent, dit Cajétan, les encourageant à demander avec confiance tout ce qu'ils voulaient.

AFIN QU'ILS LEUR PRÊTASSENT. — C'est pourquoi Josèphe se trompe, qui dit que ces choses furent données en cadeau par les Égyptiens aux Hébreux ; car l'Écriture dit que ces choses ne furent pas données en cadeau, mais prêtées, et que les Hébreux, en se les appropriant, dépouillèrent l'Égypte.

Voyez ici la mutabilité des richesses, qui passent comme en prêt de l'un à l'autre. Saladin avait acquis l'empire d'Égypte et de Syrie à grand labeur : mourant, il ordonna que sa chemise fût fixée à une lance et portée à travers le camp, et qu'un héraut proclamât : « Cette seule tunique est tout ce qui reste au prince Saladin de tant de richesses et d'empire. »

ET ILS DÉPOUILLÈRENT LES ÉGYPTIENS. — On dira : les Hébreux commirent donc une spoliation, c'est-à-dire un vol et un pillage. Je réponds : La spoliation, commandée par Dieu, est juste et sainte. Car Dieu, en vous commandant de dépouiller quelqu'un, par cela même vous accorde le droit et la propriété sur ses biens. Ainsi saint Augustin, Rupert, saint Thomas, Abulensis et d'autres.

Deuxièmement, même indépendamment du commandement de Dieu, les Hébreux pouvaient prendre les biens des Égyptiens par spoliation, tant au titre de salaire : car ils les avaient servis avec le travail le plus pénible ; qu'au titre d'une guerre juste : car les Égyptiens étaient les ennemis publics des Hébreux. C'est pourquoi Sagesse X dit : « Dieu rendit aux justes la récompense de leurs labeurs. »

Tropologiquement, les Pères et les Docteurs catholiques dépouillèrent l'Égypte lorsqu'ils transférèrent la sagesse et l'éloquence puisées chez les païens pour illuminer la foi et l'Église du Christ. Et en effet nous voyons que maintenant toute éloquence, science et sagesse ont disparu des païens, des Turcs et des Sarrasins, et sont passées aux chrétiens, qui seuls désormais fleurissent dans le monde entier en tout art, science, éloquence et discipline.


Verset 37 : Ils partirent de Ramsès pour Socoth

Verset 37. 37. Et les enfants d'Israël partirent de Ramsès pour Socoth, environ six cent mille hommes de pied. — « Ils partirent » sous la conduite de Dieu, qui leur montrait le chemin par la colonne de nuée le jour et la colonne de feu la nuit, comme il ressort du chapitre suivant, verset 21.

Remarque : Les Hébreux, se dirigeant d'Égypte vers Canaan, firent 42 stations ou campements dans le désert, au sujet desquels saint Jérôme écrivit un traité à Fabiola. La première station ou campement fut à Ramsès : car les Hébreux qui allaient partir s'y rassemblèrent de toute l'Égypte ; c'est pourquoi Ramsès signifie à propos en hébreu « tonnerre de joie », dit saint Jérôme. Car les Hébreux furent remplis là d'une joie merveilleuse, nouvelle et extraordinaire, parce qu'ils voyaient qu'ils avaient désormais échappé à la dure servitude de l'Égypte pour accéder à la liberté. « La valeur de la liberté, dit Justinien, est incomparable. »

À SOCOTH. — Le second campement fut donc à Socoth, qui était situé entre la mer Rouge et la partie cultivée de l'Égypte. Ce lieu fut appelé Socoth, c'est-à-dire « tabernacles » (tentes), parce que les Hébreux sortant d'Égypte y dressèrent pour la première fois leurs tentes, dit saint Jérôme à Fabiola.

ENVIRON SIX CENT MILLE HOMMES DE PIED. — « Environ », c'est-à-dire plus ou moins. Remarque : Ces six cent mille étaient des fantassins armés, ou des hommes en âge de porter les armes, à savoir ceux qui avaient atteint ou dépassé l'âge de 20 ans. Ne sont donc comptés ici ni les enfants ni les adolescents qui n'avaient pas encore atteint l'âge de vingt ans, ni les femmes, ni les très vieux, lesquels tous ensemble constituent d'ordinaire une autre moitié et plus de la population ; de sorte que, par ce calcul, le peuple hébreu tout entier aurait compté ici un million cinq cent mille personnes. Bien plus, les Hébreux rapportent qu'ils étaient un million huit cent mille, auxquels s'ajouta une multitude innombrable d'Égyptiens qui, attachés aux Juifs, voulurent accompagner les partants ; de sorte que beaucoup estiment que le nombre total de ceux qui sortirent était de trois millions d'hommes, que Dieu nourrit tous de la manne céleste dans le désert pendant 40 ans. Tous ceux-ci, en un seul jour, non pas dans la confusion, mais rangés en ordre selon leurs divisions, comme en formation de bataille, s'en allèrent — ce que Moïse note et célèbre au verset 41 comme un prodige.

SANS COMPTER LES PETITS ENFANTS. — Les Septante traduisent : outre le bagage — non seulement les choses que l'on transporte, mais aussi celles qui se déplacent d'elles-mêmes, à savoir les petits enfants et les femmes, dit saint Augustin, Question 47.

Verset 39. CE QU'ILS AVAIENT EMPORTÉ D'ÉGYPTE DÉJÀ PÉTRI. — « Déjà », car la pâte avait été pétrie depuis plus d'un jour entier, et n'avait pas été levée.

NI RIEN DE CUIT. — Un pulmentum est un mets d'accompagnement, tel que viande, poisson, légumes, et tout ce qui se mange avec le pain ; car les anciens utilisaient la bouillie en guise de pain.


Verset 40 : Le séjour en Égypte fut de quatre cent trente ans

40. Or le séjour des enfants d'Israël pendant lequel ils demeurèrent en Égypte fut de quatre cent trente ans. — Il est certain, et tous les Docteurs hébreux et latins s'accordent à le dire, à l'exception d'Eugubinus et de Genebrardus, que les Hébreux ne demeurèrent pas en Égypte pendant les 430 années complètes. Cela ressort même de ce fait : car lorsque Jacob, père des Hébreux, descendit pour la première fois en Égypte avec sa famille, Caath, fils de Lévi, descendit pareillement avec lui. Or Caath ne vécut que 133 ans, et son fils Amram ne vécut que 137 ans. Amram engendra Moïse, et Moïse, dans la 81e année de son âge, sortit d'Égypte avec les Hébreux. Additionnez maintenant les années de chacun, même en les prenant comme complètes — à savoir 133, 137, 81 — et vous n'atteindrez pas 430, mais seulement 351.

Vous demanderez donc à partir de quel point ces 430 ans doivent commencer, et comment ils doivent être calculés ? Je réponds brièvement, avec saint Augustin, Eusèbe, Rupert, Abulensis et Cajétan, que ces 430 ans ne doivent pas commencer à partir de la descente de Jacob en Égypte, mais à partir de la 75e année d'Abraham, année où Abraham, appelé par Dieu, commença depuis sa maison et sa patrie — à savoir Harân — à voyager vers la terre de Canaan : car en cette année il reçut ces bénédictions et ces promesses dont traite l'Apôtre dans l'Épître aux Galates, chapitre 3.

Cela ressort premièrement de ce fait : il est évident que les Hébreux, depuis la descente de Jacob, ne demeurèrent pas 430 ans en Égypte. D'où il s'ensuit que ces 430 ans doivent être comptés et commencés non pas à partir de la descente de Jacob, mais de bien plus tôt — à savoir du voyage d'Abraham de Harân vers Canaan, et les Septante l'affirment expressément en cet endroit, lorsqu'ils traduisent : « Or le séjour des enfants d'Israël pendant lequel eux et leurs pères demeurèrent dans la terre d'Égypte et de Canaan fut de 430 ans. »

Deuxièmement, parce que l'Apôtre dans l'Épître aux Galates 3 dit que la loi fut donnée après 430 ans à compter non pas de la vocation de Jacob, mais de celle d'Abraham, de son voyage et de sa promesse.

Troisièmement, parce que de cette manière nous calculerons ce nombre très commodément. Car Abraham avait 75 ans lorsqu'il quitta Harân. De là à la naissance d'Isaac, 25 années s'écoulèrent. D'Isaac à la naissance de Jacob, il y a 60 ans. Et Jacob descendit en Égypte dans sa 130e année. Additionnez maintenant 25, 60, 130, et vous obtiendrez 215 ans — de sorte qu'il reste le même nombre, c'est-à-dire 215, depuis l'entrée de Jacob jusqu'au départ des Hébreux d'Égypte. Joignez-les aux 215 premiers, et vous arriverez à 430 — autant qu'en comptent Moïse et l'Apôtre.

Remarque : Le départ des Hébreux d'Égypte eut lieu en l'an du monde 2454, en l'an 797 après le déluge, en l'an 505 après la naissance d'Abraham, 215 après la descente de Jacob en Égypte, 144 après la mort de Joseph, 480 avant la construction du temple de Salomon, 1496 avant le Christ, et 356 avant la guerre de Troie.


Verset 41 : Ce même jour toute l'armée du Seigneur sortit

41. CE MÊME JOUR — où, 430 ans auparavant, Abraham commença son pèlerinage vers l'Égypte. Ainsi disent certains. Deuxièmement, et plus exactement, « ce même jour » — à savoir celui de la Pâque ; à moins que l'on ne préfère rapporter cela à toute l'armée des Hébreux, comme pour dire : Tous ensemble, bien qu'ils fussent en si grand nombre, sortirent d'Égypte le même jour en formation ordonnée. Ainsi dit Abulensis. Car cela tenait du miracle.

Remarque : Ce jour de la Pâque, ou le premier jour des azymes, où les Hébreux sortirent d'Égypte, était un vendredi, Dieu l'ayant ainsi disposé pour signifier de manière appropriée le vendredi où le Christ, notre Pâque, fut immolé, et nous fit sortir du péché et de l'enfer et nous libéra. Qu'il en soit ainsi ressort de ce fait : le trente et unième jour après le départ des Hébreux d'Égypte, la manne commença à pleuvoir sur eux ; or ce jour-là était un dimanche, comme il sera évident d'après le chapitre 16, versets 1 et 5. Or si le trente et unième jour était un dimanche, alors le premier jour (à savoir celui de la Pâque, où ils partirent) était un vendredi. D'où il s'ensuit que les Hébreux immolèrent cette première Pâque typique la veille, à savoir un jeudi, de même que le Christ célébra sa propre Pâque et l'Eucharistie un jeudi peu avant sa mort.


Verset 42 : Cette nuit est l'observance du Seigneur

Cette nuit est l'observance du Seigneur, lorsqu'il les fit sortir de la terre d'Égypte. — En hébreu, lel schimmurim, c'est-à-dire la nuit des veilles — c'est-à-dire une nuit à garder, que tous doivent garder, c'est-à-dire observer et célébrer. « Lorsqu'il les fit sortir », c'est-à-dire lorsqu'il fit en sorte qu'ils fussent conduits dehors, lorsque, à savoir, il contraignit Pharaon par le massacre des premiers-nés à laisser partir les Hébreux. Car pendant la nuit des messagers furent envoyés à tous les Hébreux pour qu'ils partent ; et alors ceux-ci, rassemblant leurs bagages déjà préparés et réunis, se disposèrent au départ, de sorte qu'à l'aube tous se rassemblèrent à la ville de Ramsès, comme il avait été décrété. C'est pourquoi ils partirent pendant la nuit de manière inachevée — c'est-à-dire qu'ils commencèrent à partir, qu'ils se préparèrent au départ ; mais le matin ils partirent effectivement et complètement, comme il est clairement dit dans les Nombres, chapitre 33, verset 3.

Mystiquement, par cette nuit il était signifié que le Christ transférerait le peuple de Dieu du royaume de la nuit et des ténèbres, c'est-à-dire du péché et de la mort, dans le royaume de la lumière de la vie éternelle.


Verset 43 : Voici le rite de la Pâque

43. Et le Seigneur dit — quelque temps après le départ.

VOICI LE RITE — voici le rituel de la Pâque : ainsi la paraphrase chaldéenne ; ou, comme le portent les Septante, voici la loi de la Pâque.

TOUT ÉTRANGER — qui est d'une autre nation, qui n'est pas Hébreu. La paraphrase chaldéenne judaïse ici, car elle traduit : tout fils détruit, c'est-à-dire tout chrétien. Car les Juifs appellent « détruits » ceux qui se convertissent du judaïsme au Christ.

IL N'EN MANGERA PAS — à moins que par la circoncision il ne passe dans votre communauté et votre nation et ne devienne prosélyte ; car un tel homme pouvait manger la Pâque, comme il ressort du verset 48.

Remarque : De même que l'Eucharistie n'est donnée qu'aux baptisés, de même personne ne mangeait la Pâque s'il n'était circoncis ; car la Pâque était le sacrement principal des Juifs, comme l'Eucharistie est celui des chrétiens. Ceux qui célébrèrent la Pâque l'année suivant le départ, Nombres chapitre 9, avaient tous été circoncis auparavant en Égypte. Mais à partir de ce moment, pendant 39 ans de pérégrination dans le désert, ils ne célébrèrent pas la Pâque, parce que tous ceux qui naquirent ensuite demeurèrent incirconcis jusqu'à leur arrivée en Canaan, et là, à Guilgal, ils furent circoncis et mangèrent la Pâque, comme il ressort de Josué chapitre 5. Exception faite des femmes — car elles n'étaient pas circoncises, et pourtant elles mangeaient la Pâque avec les hommes.


Verset 44 : Tout esclave acheté sera circoncis

44. Tout esclave acheté sera circoncis — c'est-à-dire qu'il doit être circoncis ; j'ordonne qu'il soit circoncis, et qu'ainsi il mange de l'agneau. Car l'Écriture distingue ici l'esclave de l'étranger et du mercenaire, et décrète que l'esclave peut manger de l'agneau mais non le mercenaire. La circoncision, par conséquent, pour les serviteurs ou esclaves des Hébreux n'était pas facultative et laissée à leur discrétion, comme certains le soutiennent, mais était commandée et devait être nécessairement subie — et cela non seulement en tant qu'elle était l'ablation du prépuce et un signe distinctif du peuple de Dieu, mais aussi en tant qu'elle était un sacrement et une profession du judaïsme.


Verset 45 : L'étranger et le mercenaire n'en mangeront pas

45. L'ÉTRANGER (un gentil, un marchand, par exemple un Cananéen qui demeure parmi vous) ET LE MERCENAIRE (un serviteur ou un ouvrier qui loue son travail auprès de vous) N'EN MANGERONT PAS — à moins qu'ils ne veuillent être circoncis ; car pour ceux-ci la circoncision est libre et facultative.


Verset 46 : Il sera mangé dans une seule maison

46. Il sera mangé dans une seule maison, et vous ne porterez rien de sa chair au dehors. — D'où il ressort que l'agneau était sacrifié non dans le temple, mais dans une maison, tant cette première fois que par la suite. L'agneau tout entier devait donc être mangé dans la maison où il avait été sacrifié et rôti ; et aucune partie ne pouvait en être envoyée à ceux qui se trouvaient dans d'autres maisons — et cela en signe de ce que, cette nuit-là, tandis que l'ange exterminateur passait, personne ne sortit de sa maison, comme l'enseigne l'Écriture.

Allégoriquement, pour signifier que le véritable agneau — à savoir le Christ dans l'Eucharistie — doit être mangé dans une seule Église, et qu'il n'est pas permis à ceux qui sont en dehors de l'Église, ou qui en sont séparés par le schisme ou l'excommunication, de participer à cette sainte communion et d'en jouir. Ainsi saint Cyprien, dans son livre De l'unité de l'Église ; Procope, Raban et Rupert.

VOUS NE BRISEREZ AUCUN DE SES OS. — Entendez littéralement l'os ou les os de l'agneau, et non du Christ Seigneur, comme certains l'ont voulu ; car tout ce discours porte littéralement sur l'agneau. Vous objecterez : dans Jean chapitre 19, verset 36, il est dit du Christ crucifié : « Car ces choses sont arrivées afin que l'Écriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os. » Je réponds que cette Écriture de l'Exode est dite avoir été accomplie dans le Christ non au sens littéral, mais au sens typique et allégorique.

Remarquez ici : Dieu ordonna au sens littéral qu'aucun os de l'agneau ne fût brisé, afin que par là fussent signifiés la hâte et le passage pressé de l'ange. Mais la raison mystique était de signifier que le très saint corps du Christ Seigneur demeurerait intact et entier dans la Passion, et que les soldats ne lui briseraient pas les jambes comme c'était la coutume pour les autres crucifiés.

Pour le sens tropologique, voir saint Bernard, sermon De la peau, de la chair et des os de l'âme.


Verset 47 : Toute l'assemblée le fera

47. IL LE FERA — c'est-à-dire qu'il le sacrifiera par l'intermédiaire de son chef de famille, et selon le rite ici prescrit il le mangera et le célébrera.


Résumé allégorique : L'agneau comme figure du Christ

Allégoriquement, pour embrasser brièvement toutes choses à la fois : le sacrifice de l'agneau était une figure manifeste du Christ devant être sacrifié sur la croix, par qui nous avons été libérés de la captivité de Pharaon — c'est-à-dire du diable — et par son sang et sa croix (qui étaient signifiés par les montants et les linteaux teints du sang de l'agneau) nous échappons à la vengeance divine et nous sommes libérés de l'ange exterminateur. Car voici ce que dit l'Apôtre dans la Première Épître aux Corinthiens, chapitre 5 : « Le Christ, notre Pâque, a été immolé. » Car premièrement, l'agneau était sacrifié le soir : parce que, longtemps attendu, le Christ fut enfin sacrifié à la fin des siècles. Deuxièmement, toute la multitude des enfants d'Israël le sacrifie : parce que tous les Juifs demandèrent à Pilate que le Christ fût crucifié. Troisièmement, le quatorzième jour, quand c'est la pleine lune, l'agneau est sacrifié : parce que le Christ, mis à mort, illumina l'Église tout entière. Quatrièmement, le Christ était comme un agneau en raison de sa pureté, de sa douceur et de sa patience plus qu'agneline ; c'est pourquoi Isaïe dit, chapitre 53 : « Comme un agneau devant celui qui le tond, il se taira et n'ouvrira pas la bouche. » Cinquièmement, c'est un mâle en raison de la force ; d'un an, parce qu'il était dans la fleur de l'âge ; sans tache, en raison de son innocence. Sixièmement, le Christ était aussi comme un bouc, parce qu'il fut compté parmi les méchants, parce qu'il fut lui-même une victime pour le péché, et parce qu'il prit sur lui nos péchés. Septièmement, cet agneau, nous le sacrifions et le consommons dans l'Eucharistie. C'est pourquoi saint André, lorsque le proconsul d'Achaïe le menaçait du supplice de la croix s'il ne sacrifiait pas aux idoles, répondit : « Je sacrifie chaque jour au Dieu tout-puissant, qui est le seul et vrai Dieu, non pas la fumée de l'encens, ni la chair de taureaux mugissants, mais l'agneau sans tache, dont la chair, après que tout le peuple des croyants l'a mangée, l'agneau qui a été sacrifié persiste entier et vivant. »

Huitièmement, les deux montants sont teints du sang de l'agneau, quand la mémoire de la Passion du Christ est placée dans le cœur par la foi et sur les lèvres par la profession : « car c'est par le cœur que l'on croit pour la justice, et par la bouche que l'on confesse pour le salut. » Le linteau aussi est teint, quand notre cœur est élevé vers l'espérance des choses célestes par le mérite de la Passion du Christ. Neuvièmement, le sang appliqué sur les montants délivre de l'exterminateur : parce que tous ceux qui ne sont pas sauvés par les mérites du Christ sont condamnés à la mort éternelle. Dixièmement, sa chair est mangée de nuit : parce que nous ne voyons pas le Christ dans l'Eucharistie, mais, reposant dans l'obscurité de la foi, nous croyons. Onzièmement, la chair n'est mangée ni crue ni bouillie, mais rôtie : il mange de la chair crue, celui qui croit que le Christ n'est qu'un homme ; bouillie dans l'eau, celui qui examine les mystères de la Passion et de l'Eucharistie avec la raison et la sagesse humaines ; il mange de la chair rôtie, celui qui considère et embrasse la charité ardente avec laquelle le Christ fut rôti pour nous. Car le Christ, comme le chante saint Thomas :

En naissant, il se donna comme compagnon,
En mangeant ensemble, comme nourriture,
En mourant, comme rançon,
En régnant, il se donne comme récompense.

Douzièmement, si quelque chose en reste jusqu'au matin, on le brûle au feu : parce que ce que nous ne pouvons comprendre des mystères du Christ, nous le réservons humblement à la puissance du Saint-Esprit, dit saint Grégoire, Homélie 22 sur l'Évangile. Treizièmement, l'agneau tout entier doit être mangé : parce que le Christ tout entier, avec tout ce que l'Église enseigne à son sujet, doit être cru, et aucun article de foi ne peut être rejeté. Quatorzièmement, seuls les Hébreux et les circoncis — c'est-à-dire les chrétiens et les baptisés — en mangent, et quiconque a contracté le prépuce du péché doit le circoncire avant d'y participer. Quinzièmement, l'agneau doit être mangé avec des azymes et des laitues sauvages : ainsi l'Eucharistie doit être reçue avec pureté d'âme et douleur des péchés ; de même la Passion du Christ doit être méditée avec une grande pureté d'esprit et componction. Écoutez saint Ambroise dans la prière à dire avant la messe : « Avec quelle contrition du cœur, et quelle source de larmes, avec quelle révérence et quel tremblement, avec quelle chasteté du corps et quelle pureté de l'âme faut-il célébrer ce divin et céleste mystère, ô Seigneur Dieu, où votre chair est véritablement reçue, où votre sang est véritablement bu, où les choses les plus basses sont unies aux plus hautes, les choses humaines aux divines, où est présente la compagnie des saints anges, où vous êtes à la fois prêtre et sacrifice de manière admirable et ineffable ! Qui pourrait dignement célébrer ce mystère, si vous, Dieu tout-puissant, n'aviez rendu digne celui qui offre ? »

Seizièmement, la tête avec les pieds et les entrailles doit être consommée : la tête signifie la divinité du Christ ; les pieds, son humanité ; les parties intérieures, les mystères plus secrets — toutes choses que nous devons consommer, c'est-à-dire croire. « Le Sacrement du Dieu très-haut, dit saint Bernard dans sa Lettre, doit être reçu, non discuté ; vénéré, non jugé ; obtenu par la foi, non inné ; sanctionné par la tradition, non inventé. » Et dans le Sermon 20 sur le Cantique des cantiques : « Le Christ, dit-il, peut être touché ; mais par l'affection, non par la main ; par le désir, non par l'œil ; par la foi, non par les sens. Vous le touchez de la main de la foi, du doigt du désir, de l'étreinte de la dévotion ; vous le touchez de l'œil de l'esprit. »

Dix-septièmement, l'agneau est mangé dans de nombreuses maisons : parce que dans de nombreuses églises le Christ est sacrifié et reçu. Dix-huitièmement, il n'est pas permis de porter une portion de l'agneau hors de la maison : parce qu'il n'est pas permis de donner l'Eucharistie aux infidèles, aux schismatiques et aux autres qui sont en dehors de l'Église. Dix-neuvièmement, aucun os n'est brisé : parce que les jambes du Christ suspendu à la croix ne devaient pas être brisées, comme on le fit aux larrons, Jean 19, 36. De plus, l'os — c'est-à-dire la force de la vertu et de l'excellence du Christ — ne devait pas être brisé dans la Passion, mais seulement sa chair faible. Vingtièmement, celui qui mange l'agneau doit ceindre ses reins : celui qui mange le Christ dans l'Eucharistie doit réprimer la luxure et les plaisirs de la chair, dit saint Grégoire. Vingt et unièmement, le même doit tenir un bâton, comme un voyageur se dirigeant vers le ciel : car l'Eucharistie est le viatique des pèlerins et des mourants. Ainsi Paulin raconte au sujet de saint Ambroise dans sa Vie que, sur le point de mourir, il reçut l'Eucharistie comme viatique de la main d'Honorat, évêque de Verceil, qui en avait été divinement averti. Écoutez aussi saint Jean Chrysostome, dans son livre Du sacerdoce : « Quelqu'un, dit-il, m'a raconté, l'ayant vu et entendu, que ceux qui sont sur le point de quitter cette vie, s'ils ont participé à ces mystères avec une conscience pure, au moment de rendre leur dernier souffle, sont conduits tout droit au ciel par des anges escortant leurs corps comme des gardes, en raison de ce sacrement qu'ils ont reçu. » C'est pour cette raison que l'Eucharistie est appelée par les Pères le « remède d'immortalité », parce que par sa vertu non seulement l'âme est rendue bienheureuse, mais le corps aussi ressuscitera de la mort pour la gloire. Vingt-deuxièmement, qu'il soit chaussé, afin qu'à travers les pierres et les épines — c'est-à-dire toutes les difficultés — il pénètre au ciel d'un pied indemne. Vingt-troisièmement, l'agneau est mangé avec hâte : parce que dans l'Eucharistie on ne cherche pas tant le plaisir que la nourriture et la force pour endurer les labeurs sur le chemin de Dieu, et pour se hâter vers la patrie céleste. Vingt-quatrièmement, les premiers-nés des Égyptiens, parce qu'ils ne mangèrent pas de l'agneau, moururent : ainsi celui qui néglige l'Eucharistie périra de la mort éternelle. C'est pourquoi le Christ dit, Jean 6 : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. » Ainsi d'après saint Grégoire, Bède et d'autres, Abulensis, Question 50, et Ribera, livre 5 Du Temple, chapitre 4.