Cornelius a Lapide
Table des matières
Synopsis du chapitre
Dieu ordonne de faire l'arche, verset 10, et le propitiatoire avec deux Chérubins, verset 17. Deuxièmement, la table des pains de proposition, verset 23. Troisièmement, le candélabre à sept branches d'un talent d'or, verset 31.
Moïse passe des lois morales et judiciaires aux lois cérémonielles. Note : Les lois de l'Ancien Testament étaient de trois sortes, à savoir morales, judiciaires et cérémonielles. Dieu prescrivit les lois morales au chapitre 20, les judiciaires aux chapitres 21, 23, 24 ; les cérémonielles, il commence à les prescrire ici.
Dans ce chapitre donc, avec les trois suivants, est décrite la forme du tabernacle avec ses vases et son mobilier. Sur ce tabernacle, voir Abulensis ici, Bède et Richard de Saint-Victor dans leur livre Sur le Tabernacle, et de manière approfondie Ribera, livre 5 Sur le Temple, et Villalpando dans sa Description du Temple.
Texte de la Vulgate : Exode 25, 1-40
1. Et le Seigneur parla à Moïse, disant : 2. Parle aux enfants d'Israël, afin qu'ils m'apportent des prémices de tout homme dont le cœur les offre volontairement ; vous les recevrez. 3. Voici ce que vous devez recevoir : de l'or, de l'argent et du bronze, 4. de l'hyacinthe et de la pourpre, de l'écarlate deux fois teinte, du lin fin, des poils de chèvres, 5. des peaux de béliers teintes en rouge, des peaux violettes et du bois de sétim : 6. de l'huile pour préparer les lampes, des aromates pour l'onguent et l'encens de bonne odeur : 7. des pierres d'onyx et des pierres précieuses pour orner l'éphod et le pectoral. 8. Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux : 9. selon la pleine ressemblance du tabernacle que je te montrerai, et de tous ses vases pour le culte ; et vous le ferez ainsi : 10. Construisez une arche de bois de sétim, dont la longueur aura deux coudées et demie, la largeur, une coudée et demie, la hauteur, également une coudée et demie. 11. Tu la recouvriras de l'or le plus pur au-dedans et au-dehors ; et tu feras par-dessus une couronne d'or tout autour : 12. et quatre anneaux d'or, que tu mettras aux quatre coins de l'arche ; deux anneaux d'un côté, et deux de l'autre. 13. Tu feras aussi des barres de bois de sétim, et tu les recouvriras d'or. 14. Tu les passeras dans les anneaux qui sont sur les côtés de l'arche, afin qu'elle soit portée par eux : 15. ils resteront toujours dans les anneaux et n'en seront jamais retirés. 16. Tu mettras dans l'arche le témoignage que je te donnerai. 17. Tu feras aussi un propitiatoire de l'or le plus pur ; deux coudées et demie seront sa longueur, et une coudée et demie sa largeur. 18. Tu feras aussi deux Chérubins d'or battu, aux deux côtés de l'oracle. 19. Qu'un Chérubin soit d'un côté, et l'autre de l'autre. 20. Qu'ils couvrent les deux côtés du propitiatoire, étendant leurs ailes et couvrant l'oracle, et qu'ils se regardent l'un l'autre, leurs faces tournées vers le propitiatoire dont l'arche doit être couverte, 21. dans laquelle tu placeras le témoignage que je te donnerai. 22. De là je donnerai des commandements, et je te parlerai au-dessus du propitiatoire, et du milieu des deux Chérubins, qui seront sur l'arche du témoignage, tout ce que je commanderai aux enfants d'Israël par toi. 23. Tu feras aussi une table de bois de sétim, ayant deux coudées de long, une coudée de large et une coudée et demie de haut. 24. Tu la recouvriras de l'or le plus pur ; et tu lui feras un rebord d'or tout autour, 25. et pour le rebord lui-même une couronne ajourée haute de quatre doigts ; et par-dessus, une autre petite couronne d'or. 26. Tu prépareras aussi quatre anneaux d'or, et tu les mettras aux quatre coins de la même table, à chaque pied. 27. Sous la couronne seront les anneaux d'or, pour que les barres y soient passées et que la table puisse être portée. 28. Tu feras aussi les barres de bois de sétim, et tu les recouvriras d'or pour porter la table. 29. Tu prépareras aussi des coupes, des patères, des encensoirs et des calices, dans lesquels les libations doivent être offertes, de l'or le plus pur. 30. Tu placeras sur la table les pains de proposition devant moi toujours. 31. Tu feras aussi un candélabre d'or battu de l'or le plus pur, sa tige et ses branches, ses coupes, ses sphérules et ses lis, en procédant de lui. 32. Six branches sortiront des côtés, trois d'un côté et trois de l'autre. 33. Trois coupes en forme de noix sur chaque branche, avec une sphérule et un lis ensemble : et de même trois coupes en forme de noix sur l'autre branche, avec une sphérule et un lis ensemble. Tel sera l'ouvrage des six branches qui doivent sortir de la tige : 34. et dans le candélabre lui-même il y aura quatre coupes en forme de noix, avec des sphérules à chacune, et des lis. 35. Des sphérules sous deux branches en trois endroits, qui ensemble font six, procédant d'une seule tige. 36. Les sphérules donc et les branches seront du même métal, le tout en or battu le plus pur. 37. Tu feras aussi sept lampes, et tu les placeras sur le candélabre, pour qu'elles éclairent du côté opposé. 38. Les mouchettes aussi, et les vases où ce qui est mouché sera éteint, seront faits de l'or le plus pur. 39. Tout le poids du candélabre avec tous ses vases sera d'un talent de l'or le plus pur. 40. Regarde, et fais-le selon le modèle qui t'a été montré sur la montagne.
Verset 2 : Qu'ils m'apportent des prémices
2. QU'ILS M'APPORTENT DES OFFRANDES. — Parce que ce fut la première offrande commune des Hébreux, qui fut faite pour la construction du tabernacle.
Théodoret, Question 70, et Abulensis l'expliquent autrement : « Des prémices, » disent-ils, c'est-à-dire les premières et les meilleures choses ; car ce sont celles qui doivent être offertes à Dieu.
QUI OFFRE VOLONTAIREMENT. — En hébreu, que son cœur a rendu spontané et généreux.
Verset 4 : L'hyacinthe
4. L'HYACINTHE. — Proprement, l'hyacinthe est une sorte de violette ; d'où il désigne une gemme de couleur semblable à la violette : car c'est celle qu'on appelle hyacinthe. Troisièmement, il désigne la laine de couleur hyacinthine, c'est-à-dire violette et céleste, laine qui était un luxe chez les anciens. Aussi Homère, dans l'Odyssée, livre 4, parlant d'Hélène, dit : Mais par-dessus la quenouille s'étendait, portant de la laine violette. Ici partout, l'hyacinthe désigne cette laine violette.
Tropologiquement, l'hyacinthe représente un esprit céleste et une manière de vivre céleste. Aussi l'Église, et toute âme sainte, est chaussée d'un soulier violet, c'est-à-dire céleste. Ézéchiel chapitre 16, verset 9 : « Je t'ai chaussée d'hyacinthe, » ou, comme le disent les Septante, d'hyacinthe, c'est-à-dire d'un soulier de couleur violette et céleste ; de sorte que par ce symbole Dieu signifiait que la vie des saints qui sont dans l'Église est céleste. Ainsi chaussé d'hyacinthe, saint Paul, foulant les cieux et les étoiles des pieds de son esprit, disait : « Notre cité est dans les cieux. » Ainsi chaussé, saint Jérôme prononçait cette parole socratique : « Je m'élève vers les cieux, et je regarde de haut cette terre et ce ciel. » Car, comme dit l'Apôtre : « Vous n'êtes plus des étrangers ni des hôtes de passage, mais vous êtes concitoyens des saints et membres de la maison de Dieu. » Et encore : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, de la multitude de milliers d'anges, de l'Église des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, de Dieu le Juge de tous, des esprits des justes rendus parfaits, et de Jésus le Médiateur de la Nouvelle Alliance, » Hébreux 12, 22. C'est pourquoi saint Martin, contemplant sans cesse le ciel tant dans sa vie que dans sa mort, alors que dans une fièvre ardente il gisait sur le dos, le visage levé vers le ciel, et que ses disciples lui demandaient de tourner son corps un moment jusqu'à ce que la violence de la maladie s'apaisât, et de se reposer face contre terre, dit : « Laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, afin que mon esprit, sur le point de prendre son chemin vers le Seigneur, soit dirigé dans la bonne direction. » Les yeux et les mains donc toujours fixés vers le ciel, jamais il ne relâchait son esprit invaincu de la prière. C'est pourquoi l'Église chante justement de lui : « Martin est joyeusement reçu dans le sein d'Abraham ; Martin, pauvre et humble ici-bas, entre riche dans le ciel, et est honoré d'hymnes célestes. »
De même, saint Étienne, intrépide au milieu de la grêle de pierres crépitantes, dit : « Je vois les cieux ouverts, et Jésus debout à la droite de la puissance de Dieu ; » et aussitôt s'écriant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit, » il s'envola vers Lui dans le ciel pour être couronné.
Et la pourpre
ET LA POURPRE. — La pourpre est un poisson, ou plutôt un coquillage, dont le sang sert à teindre la laine, laquelle, teinte de cette couleur rouge foncé, est également appelée pourpre : c'est de cette laine que l'on faisait autrefois, et que l'on fait encore, les vêtements royaux ; d'où son usage ici dans le tabernacle.
Selon la cabale, comme le rapporte Valverde dans son Alphabet de Salomon, on observe que argaman, c'est-à-dire pourpre, est composé des quatre premières lettres, par lesquelles commencent les noms de quatre anges, à savoir Raphaël, Gabriel, Michel, Nuriel ; dont ils affirment qu'ils sont les noms de ces êtres vivants qu'Ézéchiel vit au chapitre 1. Car Dieu était revêtu de cette splendeur comme d'une pourpre royale, selon le verset : « Revêtu de lumière comme d'un vêtement. » Voyez comme ces tisseurs de bagatelles tissent facilement leurs anges à partir de la pourpre — plus facilement en vérité qu'une araignée ne tisse sa toile !
Et l'écarlate deux fois teinte
ET L'ÉCARLATE DEUX FOIS TEINTE. — L'écarlate est une graine tinctoriale (d'où elle est aussi parfois appelée « graine »), qui croît sur l'arbuste du foulon, semblable à l'yeuse : cette graine produit en elle un petit ver de couleur rouge, et de son sang on rougit les laines, qui sont pour cette raison appelées écarlates, et en hébreu « ver » ou « vermisseau ». De ce vermisseau, ou écarlate, il est dit en Isaïe 1, 18 : « Si vos péchés sont rouges comme un vermisseau. » Or la laine, pour être plus rouge, était ordinairement trempée deux fois dans ce sang du ver — d'abord quand elle n'était encore que de la laine brute ; et ensuite, quand par le filage elle avait été tirée en fils : d'où elle était appelée deux fois teinte, et en hébreu tolaat scani, c'est-à-dire écarlate ou ver répété. De là aussi le mot scani, employé seul, signifie écarlate deux fois teinte ou doublement trempée, que les Septante appellent diploun, c'est-à-dire double.
Et le lin fin
ET LE LIN FIN. — Le lin fin (byssus), dit Jérôme Prado sur Ézéchiel 16, 10, page 186, est le lin le plus blanc et le plus doux, ou bien c'est le duvet d'un arbre, qui est quelque chose d'intermédiaire entre la laine et le lin ; car par son origine c'est du lin, mais par sa douceur c'est de la laine, et une fois tissé il ressemble au lin, dit Pollux. C'est, dis-je, le duvet d'un arbre enfermé dans une cosse, que l'on appelle communément gossypium ou coton — les Flamands et les Français l'appellent coton — dont on faisait en Égypte et en Palestine, et dont on fait encore en Crète, en Sicile et en Espagne, des tissus de coton ou de byssus. Ainsi d'après Pollux et Pline, livre 10, chapitre 1, Prado à l'endroit déjà cité.
D'où Prado note en second lieu, au même endroit, que ce duvet, à savoir le coton ou byssus, était parfois teint en pourpre, et est alors appelé ici pourpre ; parfois en violet, et est alors appelé ici hyacinthe ; parfois en écarlate, et est alors appelé ici écarlate. Mais on l'appelle byssus quand il n'est teint d'aucune couleur, mais dans son état naturel est très blanc et très doux. Il le prouve par Deutéronome 22, 11, où il est interdit de faire un tissu de laine et de lin ; donc ici, dans les tentures et les vêtements du tabernacle, la laine ne pouvait être tissée avec le lin, et par conséquent le byssus du tabernacle n'était pas du lin, mais de la laine ou le coton déjà mentionné. Deuxièmement, si le byssus était du lin, le tissu qu'on en aurait fait n'aurait pas été lisse et pur ; car les fils de lin n'absorbent pas la teinture d'hyacinthe ou de pourpre de manière à briller ; mais la laine ou le coton l'absorbe, et, saturé de couleur, il resplendit.
Mais Pline, livre 19, chapitre 1, distingue le byssus du coton, où, après avoir d'abord traité du lin de coton, il traite ensuite du lin de byssus comme d'une chose différente ; donc ce byssus n'était pas le duvet du coton. De plus, le byssus est ici appelé lin, comme il ressort du chapitre 39, verset 28, en hébreu : mais l'écarlate, l'hyacinthe et la pourpre étaient de la laine, comme l'enseignent tous les interprètes ; bien plus, l'Écriture elle-même distingue clairement le byssus de l'hyacinthe, de l'écarlate et de la pourpre ; donc la matière du byssus était différente de celle des trois autres : à savoir, la matière du byssus était le lin, tandis que celle des autres était la laine.
Je dis donc que le byssus ici n'est pas de la soie, qui est filée par des vers, à savoir les vers à soie, et que le peuple appelle maintenant byssus et soie ; ni du coton, comme je l'ai déjà montré ; mais c'est une sorte du lin le plus blanc et le plus fin, et par conséquent le byssus est le lin le plus fin. Et le lin le plus fin, dit Pline, est celui qui possède, premièrement, une blancheur et un éclat extraordinaires ; deuxièmement, une finesse admirable ; troisièmement, une résistance et une consistance de fil égale, dense et nerveuse. Un lin de cette sorte, de quelque province qu'il vienne, sera du byssus, dit Alcazar sur l'Apocalypse 1, 43, note 11, car il est précieux : d'où le byssus d'Achaïe se vendait au prix de l'or ; et le byssus juif était supérieur à celui d'Achaïe, dit Pausanias. Ce byssus était donc un lin poussant en Égypte et en Palestine, dans les cosses d'une certaine plante (qui sont semblables aux cosses de pavots), et l'on dit qu'on en fait un tissu qui, comme l'amiante, n'est pas consumé par le feu mais en est purifié (d'où aussi Pline compare ce byssus à la pierre d'asbeste, qui brûle sans se consumer), tissu qui est encore connu des Vénitiens aujourd'hui, et qui est semblable en blancheur et en finesse à notre toile de Cambrai. Ainsi Delrio sur Genèse 43, 42, et d'autres.
D'où en hébreu ce byssus est appelé shesh, c'est-à-dire très blanc : c'est pourquoi le marbre aussi est appelé shesh, Esther 1, 6, parce qu'il est très blanc ; en latin et en grec il est appelé byssus, de l'hébreu buts. D'où aussi ce byssus, parce qu'il était très fin, était retors et doublé, comme le disent les Septante ici et l'hébreu, et notre traducteur dans la suite.
Aux arguments de Prado, je réponds que dans le Deutéronome 22, seuls les particuliers ont l'interdiction de faire des vêtements de laine et de lin, et non les prêtres pour le culte public de Dieu. De plus, l'interdiction porte sur le mélange des fils de laine et de lin dans la trame du tissu ou de l'étoffe ; mais ici ils n'étaient pas mélangés dans la trame : car la chaîne était de byssus, tandis que la trame était de laine — à savoir hyacinthine, écarlate et pourpre.
Ce que signifient ces quatre matières
On peut demander ce que signifient symboliquement et mystiquement ces quatre choses — à savoir le byssus, l'écarlate, la pourpre et l'hyacinthe — dont le tabernacle fut fait.
Je réponds qu'elles signifient les quatre éléments et le monde entier ; car le tabernacle était une figure du monde. En effet, le byssus signifie la terre, parce qu'il croît de la terre ; la pourpre signifie la mer, parce qu'elle est teinte avec des coquillages marins ; l'hyacinthe signifie l'air, parce qu'il est de couleur aérienne ; pour la même raison, l'écarlate signifie le feu et l'éther : car toutes ces choses représentent la majesté de Dieu, et rappellent avec quelle révérence et quelle pureté il faut s'approcher du tabernacle et du temple. Deuxièmement, toutes ces choses signifient que le prêtre est le ministre du Créateur, et qu'il intercède dans le tabernacle pour toute la création et le monde entier. Ainsi saint Jérôme à Fabiola, sur les vêtements sacerdotaux, Philon, Josèphe, Théodoret et Bède.
Tropologiquement, à notre tabernacle, c'est-à-dire l'Église, les uns apportent l'écarlate deux fois teinte, c'est-à-dire le double amour de Dieu et du prochain ; d'autres la pourpre, c'est-à-dire la mortification du corps ; d'autres le byssus, c'est-à-dire la chasteté ; d'autres l'hyacinthe, c'est-à-dire la contemplation des choses célestes ; d'autres les poils de chèvres, c'est-à-dire l'habitude de la pénitence et de la patience ; d'autres les peaux violettes, c'est-à-dire l'espérance des réalités d'en haut ; d'autres les peaux de béliers teintes en rouge, c'est-à-dire la force et le martyre, comme le pratiquèrent les Apôtres et les Martyrs ; d'autres le bois de sétim, c'est-à-dire la pureté du cœur ; d'autres l'huile de la miséricorde ; d'autres l'encens d'un bon et pieux exemple. Voir Bède sur Origène, chapitre 27. Écoute aussi Origène ici, homélie 9 : La foi, dit-il, peut être comparée à l'or, la parole de la prédication à l'argent, la patience au bronze, la connaissance au bois imputrescible, la virginité au byssus, la gloire de la confession à l'écarlate, la vigueur de la charité à la pourpre, l'espérance du royaume des cieux à l'hyacinthe.
Les poils de chèvres
LES POILS DE CHÈVRES, — dont on fait des toiles, appelées camelots, propres à supporter la pluie : car elles n'absorbent pas rapidement l'eau. Ainsi Arias, traité Sur l'Arche de Noé. Ces toiles, parce qu'elles étaient faites de poils, étaient pour cette raison appelées cilices ; elles étaient cependant belles et soignées à l'extérieur : d'où les femmes habiles à filer sont dites avoir filé ces poils, chapitre 35, verset 23. Ainsi Cajétan.
Verset 5 : Les peaux de béliers et les peaux violettes
5. ET DES PEAUX DE BÉLIERS TEINTES EN ROUGE, ET DES PEAUX VIOLETTES. — Pour « violettes », l'hébreu a tachas, dont le sens est incertain ; les Juifs pensent qu'il s'agit du blaireau. Le blaireau, qui est aussi appelé taxus, est un animal rude, mordant, avide de miel, de la taille d'un renard, ennemi des ruches. Mais qui ne voit qu'ils transforment le mot hébreu tachas en mot latin, et devinent à partir des seules lettres qu'il s'agit du taxus (blaireau), alors que les peaux de blaireaux sont de couleur fauve, et non violette ? C'est pourquoi il faut davantage faire confiance aux Septante, qui traduisent tachas par violettes ; et à saint Jérôme, qui traduit par ianthines, c'est-à-dire violettes ; et à Josèphe, qui dit que tant ces peaux que les précédentes n'étaient pas de blaireaux mais de béliers et de brebis, teintes en partie en violet, en partie en rouge. Car de même que la même laine était teinte de couleur hyacinthine et était appelée hyacinthe, ou de couleur pourpre et était appelée pourpre, comme je l'ai dit au verset 4 : de même certaines peaux de béliers étaient teintes en rouge, d'autres en violet, et ces dernières étaient appelées en hébreu tachasim.
Et le bois de sétim
ET LE BOIS DE SÉTIM. — Kimchi et d'autres rabbins entendent par sétim le cèdre ; mais ils se trompent. Car saint Jérôme, sur Isaïe chapitre 59, dit : « Le sétim est une sorte d'arbre croissant dans le désert (dans le désert d'Arabie, et peut-être dans le lieu appelé Sétim, où les enfants d'Israël forniquèrent avec Beelphégor, Nombres 25, 1), ayant la ressemblance de l'épine blanche, dont tous les ustensiles en bois de l'arche et du tabernacle furent faits ; » et c'est un bois imputrescible, comme le traduisent les Septante, très léger, et il surpasse tous les autres bois tant en force et en solidité qu'en beauté et en splendeur.
J'ai dit que le bois de sétim est semblable à l'épine blanche, à savoir par ses feuilles et sa couleur ; d'où il advint que le sétim est appelé épine par les Latins et les Grecs. C'est pourquoi aussi Théodotion et saint Jérôme, en Isaïe 41, 19 et Joël 3, 18, ont traduit sétim par épine. Mais que le sétim diffère de l'épine par la taille est clair du fait que les sétim sont de grands arbres, dont on coupe de larges planches, comme cela est évident ici dans la construction du tabernacle ; tandis que l'épine blanche n'a qu'un pouce d'épaisseur et deux coudées de hauteur, comme l'expérience le montre et l'enseigne Dioscoride, livre 3, chapitre 12.
Rabbi Salomon raconte une fable quand il dit, selon Lyra : « Jacob prévit par l'Esprit Saint que ses descendants allaient construire un tabernacle dans le désert, et il emporta avec lui des semences en Égypte, et des racines d'arbres de sétim, et les y planta et les nourrit, ordonnant à ses descendants de les emporter en quittant l'Égypte. » Car, comme je l'ai dit d'après saint Jérôme, le sétim pousse naturellement dans le désert.
Allégoriquement et anagogiquement, le tabernacle fait de bois de sétim imputrescible signifie l'Église, tant militante que plus encore triomphante, qui en chacune de ses parties est incorruptible et éternelle : ainsi Bède. Auguste César, alors que Pison bâtissait soigneusement une maison des fondations jusqu'au toit, dit : « Tu réjouis mon cœur, bâtissant comme si Rome devait durer éternellement. » De même, et très véritablement, Dieu bâtit l'Église, qui devait être éternelle. Les Septante ajoutent, ou plutôt anticipent, les pierres de sardoine. Mais nous en entendrons parler ci-dessous.
Verset 7 : Des pierres précieuses pour orner l'éphod
7. DES PIERRES PRÉCIEUSES POUR ORNER L'ÉPHOD. — En hébreu, des pierres milluim, c'est-à-dire « de remplissage », qui, comme le dit le Chaldéen, remplissent les sertissures de l'éphod et du pectoral, comme une gemme remplit ordinairement le chaton d'un anneau.
Verset 8 : Ils me feront un sanctuaire
8. ILS ME FERONT UN SANCTUAIRE, — c'est-à-dire un tabernacle, qui serait comme un temple saint dans lequel on accomplirait pour moi des rites sacrés et des sacrifices ; qui serait comme ma maison, dans laquelle je serais adoré, recherché et trouvé par le culte solennel et public de tous.
Verset 9 : Selon la ressemblance du tabernacle
9. SELON LA PLEINE RESSEMBLANCE DU TABERNACLE QUE JE TE MONTRERAI. — De ce passage et du dernier verset, il est clair que Dieu montra à Moïse sur le mont Sinaï le modèle du tabernacle, afin qu'il le construisît conformément à celui-ci.
Apprends ici combien grande est la révérence due aux temples et aux lieux consacrés à Dieu. Premièrement, du fait que Dieu commanda à Moïse et à Salomon d'ériger et de consacrer un temple en son honneur ; et quand il eut été incendié par les Babyloniens, Il ordonna par Aggée et d'autres qu'il fût rebâti : de même que la bienheureuse Vierge voulut être instituée héritière par Jean le Patricien, au temps du pape Libère, en faisant construire un temple à l'endroit qu'elle avait miraculeusement couvert de neige le cinq août, quand la chaleur à Rome est grande — temple qui est maintenant appelé l'église Sainte-Marie-Majeure.
Deuxièmement, parce que le temple est la maison de Dieu habitant parmi les hommes, de même que le ciel est la maison de Dieu habitant parmi les Anges et les Bienheureux. De même donc que nous devons révérer Dieu, de même devons-nous révérer son temple, et dire : « En présence des anges je te chanterai des louanges. » C'est pourquoi le Psalmiste dit au Psaume 64, 5 : « Saint est ton temple : admirable dans l'équité. » Et en ce lieu Dieu dit : « Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux. » Dans le temple donc, devant Dieu, soyons comme des anges.
Troisièmement, parce que le temple est une maison de prière, et que là Dieu exauce les prières. Car il le promit à Salomon lorsque celui-ci priait et consacrait le temple, 3 Rois [1 Rois] 8.
Quatrièmement, parce que dans les temples un lieu d'asile était établi pour les accusés et les coupables. C'est pourquoi le grand prêtre Joïada interdit de tuer Athalie dans le temple, mais ordonna de la conduire dehors, 4 Rois [2 Rois] 11, 15. De même Banaïas, sur le point de tuer Joab, lui ordonna de sortir du tabernacle du Seigneur, 3 Rois [1 Rois] chapitre 2, verset 30. De même saint Jean Chrysostome protégea de la mort Eutrope qui avait fui vers le temple.
Cinquièmement, parce que le temple est appelé un sanctuaire : « Craignez mon sanctuaire, je suis le Seigneur, » Lévitique 19, 30. De plus, en hébreu il est appelé hechal, c'est-à-dire basilique, un palais auguste, puissant, splendide, dans lequel habite le Tout-Puissant.
Sixièmement, parce que Dieu est un vengeur redoutable du temple profané et violé. C'est pourquoi Lui-même dit en Isaïe 31, 9 : « Le Seigneur a dit, dont le feu est dans Sion, et dont la fournaise est dans Jérusalem ; » de sorte que, d'un temple violé par les ennemis, il puisse bondir sur eux comme un feu et les consumer. Ainsi le Christ chassa avec un fouet ceux qui vendaient et achetaient des colombes dans le temple, et renversa les tables, et en nulle autre occasion ne montra un tel zèle, disant : « Ma maison sera appelée maison de prière ; mais vous en avez fait une caverne de voleurs, » Matthieu 21, 14. Et Paul : « Si quelqu'un viole le temple de Dieu, Dieu le détruira, » 1 Corinthiens 3, 17.
Septièmement, parce qu'Il établit dans le temple l'oracle et le propitiatoire, et de là, consulté par Moïse et le grand prêtre, Il donnait des réponses, comme cela est clair ici au verset 22. C'est pourquoi Salomon dit avec émerveillement : « Est-il donc croyable que Dieu habite avec les hommes sur la terre ? Si le ciel et les cieux des cieux ne peuvent te contenir, combien moins cette maison que j'ai bâtie ? » 2 Chroniques 6, 18.
Huitièmement, parce que les païens honoraient leurs sanctuaires et leurs temples avec une grande dévotion. Car chez eux un temple était un lieu marqué par un augure soit dans le ciel, soit sur la terre. D'où « temple » (templum) dérive de « contempler » (tuendo), c'est-à-dire d'observer, parce qu'il peut être vu de toute direction, ou parce que de lui toute direction peut être vue, comme dit Donat. D'abord ils appelèrent le ciel lui-même un temple, parce que nous le contemplons au premier regard. Sur terre, un temple était tout lieu consacré dans le but du culte religieux. De plus, ils appelaient un temple fanum, de fando (parler), parce qu'en lui Apollon, ou quelque autre de leurs dieux, consulté, parlait et donnait des réponses.
Neuvièmement, cela est évident par les exemples des saints et des rois. Premièrement, David dit : « J'entrerai dans ta maison, j'adorerai en ton saint temple avec crainte, » Psaume 5, 8. Et « Nous entrerons dans son tabernacle, nous adorerons au lieu où se sont tenus ses pieds, » Psaume 132, 7. Deuxièmement, Jacob dit de Béthel, Genèse 28, 17 : « Que ce lieu est terrible ! Ce n'est rien d'autre que la maison de Dieu et la porte du ciel. » Troisièmement, Isaïe chapitre 2, verset 3, dit : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, et à la maison du Dieu de Jacob ; et il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. » Quatrièmement, Constantin le Grand, et sainte Hélène, tant à Rome qu'à Jérusalem et ailleurs, bâtirent de très nombreux et très magnifiques temples. Constantin lui-même, déposant sa couronne et gisant à terre, et versant un torrent de larmes, prit une pioche et creusa la terre, et après avoir retiré douze corbeilles de terre en l'honneur des douze Apôtres, sur le site désigné pour la basilique du Prince des Apôtres, il bâtit une église d'une facture admirable, que saint Sylvestre consacra, dont le mémorial est maintenant célébré dans l'Église le 18 novembre. Cinquièmement, en cela Constantin fut imité par Théodose, Charlemagne, Pulchérie, et d'autres empereurs et princes très chrétiens. Pour en omettre d'autres, écoute Crantzius, livre 3, Metropolis, chapitre 8 : Il y avait, dit-il, dans le diocèse de Minden, une noble matrone nommée Hilburgis, qui, désespérant que son mari, parti par vœu en Palestine, en revînt, dépensa toute sa fortune à construire un couvent et neuf églises. Peu de temps après, son mari revint, et elle, voulant l'apaiser, alla à sa rencontre et, après l'avoir salué, dit : « Je t'ai enfanté neuf filles en ton absence ; mais elles n'ont pas encore été régénérées dans le Christ. » L'homme pieux comprit que neuf églises avaient été construites, mais pas encore consacrées, et il ratifia et tint pour approuvé ce que sa femme avait fait. Sixièmement, saint Ambroise tint bon pour le temple de Dieu jusqu'au point de la mort et du martyre. Car lorsque les ariens, par l'intermédiaire de l'impératrice arienne Justine, exigèrent qu'il leur fût donné, et que Justine eut persuadé son fils l'empereur Valentinien de le faire, Ambroise lui résista en face, disant : « Les palais et les murs appartiennent à l'Empereur ; les églises appartiennent à l'Évêque. » Voir sa longue lettre à ce sujet à sa sœur Marcelline. Septièmement, saint Jean Chrysostome, lorsque l'Empereur lui demanda de céder à Gainas, général arien, l'une des églises catholiques, répondit : « Ne lui promettez pas cela, Empereur, et n'ordonnez pas que les choses saintes soient données aux chiens. Car je ne permettrai jamais que ceux qui louent Dieu par des hymnes nuit et jour soient expulsés d'une église, et que cette église soit donnée à ceux qui profèrent des blasphèmes contre Lui. »
Verset 10 : Construisez une arche de bois de sétim
10. CONSTRUISEZ UNE ARCHE DE BOIS DE SÉTIM. — Note premièrement : L'arche était comme un petit coffre carré, ou plutôt rectangulaire. Car l'arche avait une coudée et demie de haut, une coudée et demie de large, mais deux coudées et demie de long. Deuxièmement, l'arche était faite de bois de sétim recouvert d'or, dans le but d'y conserver les tables du Décalogue, données par Dieu à Moïse. Car que celles-ci seules étaient conservées dans l'arche est clair de 3 Rois [1 Rois] 8, 9, et c'est pourquoi la plus grande révérence et vénération était due à l'arche, et c'est pourquoi elle fut appelée l'arche de l'alliance, ou du témoignage, comme je le dirai au verset 16. C'est pourquoi l'arche fut placée dans le Saint des Saints. Car l'arche était la gloire d'Israël : c'est pourquoi la femme de Phinéas dit, 1 Rois [1 Samuel] 4, 21 : « La gloire s'est retirée d'Israël, parce que l'arche de Dieu a été prise. » De plus, l'arche est appelée la force et la beauté d'Israël, Psaume 78, 61 : « Et il livra leur force en captivité, et leur beauté aux mains de l'ennemi » — c'est-à-dire qu'il livra l'arche aux mains des Philistins. Troisièmement, l'arche était ouverte par le haut ; mais au-dessus elle avait le propitiatoire, comme un couvercle, fait non de bois de sétim mais d'or massif. Quatrièmement, deux Chérubins étaient au-dessus du propitiatoire, de sorte que par leurs ailes déployées et jointes ils présentaient comme un trône pour Dieu, tandis que le propitiatoire avec l'arche était comme l'escabeau de ses pieds. Cinquièmement, l'arche était surmontée d'une couronne tout autour, dont je parlerai au verset 11 ; et de chaque côté elle avait deux anneaux d'or, à travers lesquels deux barres dorées étaient insérées, par lesquelles l'arche était portée par les prêtres sur leurs épaules lorsque le camp devait être déplacé. Sixièmement, l'arche était posée sur le sol du Saint des Saints ; cependant il est vraisemblable que ce sol était recouvert de quelque tapis ou couverture : ou plutôt cette arche avait ses propres pieds — à savoir quatre boules ou sphères aux quatre coins, sur lesquelles elle reposait comme sur quatre roues. Car c'est ainsi que l'hébreu du verset 12 peut être traduit. D'où l'arche était comme le char de Dieu, ou le char royal et triomphal de Dieu sur les Égyptiens vaincus, et ce char Ézéchiel le vit au chapitre 1. Ainsi Jérôme Prado au même endroit, dont nous parlerons davantage au verset 18.
Et c'est pour cette raison que l'arche est appelée la gloire du Seigneur, parce qu'en elle Dieu montrait aux Hébreux sa présence, son aide et son triomphe glorieux ; et c'est ce qui est dit dans le Deutéronome 4, 7 : « Il n'y a pas d'autre nation si grande qui ait des dieux si proches d'elle, comme notre Dieu est présent à toutes nos supplications ; » et Psaume 26 : « J'ai aimé la beauté de ta maison, et le lieu où habite ta gloire. » C'est pourquoi aussi Héli ne fut pas abattu par la double mort de ses fils, ni par un si grand massacre du peuple, mais s'effondra à la nouvelle que l'arche avait été prise, et sa belle-fille enfanta en disant : « La gloire s'est retirée d'Israël. » Septièmement, cette arche, après que le temple eut été bâti par Salomon, y fut placée dans le Saint des Saints, et y demeura aussi longtemps qu'il subsista, à savoir jusqu'à la captivité de Babylone. Car alors Jérémie emporta l'arche et le tabernacle au mont Nébo, d'où Moïse vit la terre promise, et la cacha avec l'autel de l'encens dans une certaine grotte, comme il est dit en 2 Maccabées 2, 4 et suivants, disant : « Le lieu demeurera inconnu jusqu'à ce que Dieu rassemble la congrégation du peuple. » C'est pourquoi Épiphane dans sa Vie de Moïse, Dorothée dans sa Synopsis, au chapitre Sur Jérémie, et d'autres rapportent que l'arche ne se trouvait pas dans le second temple, que les Juifs bâtirent après leur retour de Babylone, mais qu'elle devait rester cachée jusqu'à la fin du monde, et alors être révélée pour la conversion des Juifs. Assurément Josèphe, de son temps quand le temple fut détruit par les Romains, affirme expressément au livre 6 de la Guerre des Juifs, chapitre 6, qu'il n'y avait absolument rien dans le Saint des Saints ; les paroles de Josèphe sont : « La partie la plus intérieure du temple avait vingt coudées. Elle était de même séparée de la partie extérieure par un voile, et il n'y avait absolument rien de placé en elle ; » donc ni l'arche ni les Chérubins ; « elle était tenue pour inaccessible, inviolée et invisible à tous, et était appelée le Saint des Saints. » Se trompent donc ceux qui pensent que l'arche fut conduite en triomphe par Titus et est encore conservée à Rome dans l'église du Latran, parce que sur l'arc de triomphe de Titus à Rome paraît être représentée une arche dans le cortège triomphal ; car ce n'est pas l'arche, mais la table des pains de proposition, comme l'affirme Josèphe, qui fut spectateur du triomphe de Titus. Enfin, Épiphane dans sa Vie de Jérémie a ceci au sujet de l'arche : À la résurrection, dit-il, l'arche ressuscitera la première et sortira du rocher et sera placée sur le mont Sinaï : Moïse l'ouvrira, et tous les saints afflueront vers elle, pour y recevoir le Seigneur et mettre l'ennemi en fuite. Ce rocher est dans le désert, là où l'arche fut originellement fabriquée, au milieu des montagnes où gisent Moïse et Aaron ensevelis, et là durant la nuit un petit nuage brille comme du feu. La crédibilité de ces choses repose sur saint Épiphane.
Sens allégorique de l'arche
On peut demander ce que l'arche signifiait allégoriquement. Rupert répond que l'arche signifie l'humanité du Christ ; et saint Grégoire, dans sa dernière homélie sur Ézéchiel, dit : « L'arche derrière le voile est notre Rédempteur. »
Mais je dis : Proprement et véritablement l'arche, qui était dans le Saint des Saints, lequel représentait le ciel, signifiait les Bienheureux au ciel, parmi lesquels la bienheureuse Vierge se distingue éminemment : c'est pourquoi elle est appelée non sans raison l'arche de l'alliance par saint Bernard, sermon Sur la Bienheureuse Marie, et par d'autres. Écoute le même auteur dans les Sentences : « L'Auteur des merveilles, Dieu, opéra en Marie trois merveilles certaines. Premièrement, il suscita admirablement l'intégrité de la pureté, de sorte que l'arche de l'alliance fût couverte de l'or le plus pur. Deuxièmement, il rendit puissamment féconde la pureté virginale, de sorte que le buisson ardent ne fût pas consumé. Troisièmement, il unit ineffablement les choses les plus basses aux plus hautes, de sorte que par le moyen de l'échelle de Jacob les réalités terrestres fussent unies aux réalités célestes. » La longueur de l'arche est la longanimité et la sagesse des saints ; la largeur, la charité ; la hauteur, la contemplation et le désir des biens éternels. Ces dimensions ont la mesure d'une coudée, qui est parfaite, parce que chez les Bienheureux toutes choses en toute direction sont entières et parfaites.
Deuxièmement, l'arche était faite de bois de sétim, parce que les Bienheureux après la résurrection auront des corps immortels ; elle était couverte d'or, parce que tant les âmes des saints resplendiront de l'éclat ineffable de la vision divine, que leurs corps d'une admirable splendeur. En elle se trouvent les tables de la loi, parce que les saints méditaient autrefois la loi de Dieu jour et nuit, et maintenant s'y délectent continuellement. Écoute saint Jérôme, à Eustochium, sur la virginité : « L'Épouse du Christ est l'arche de l'alliance, dorée au-dedans et au-dehors, gardienne de la loi du Seigneur. De même que dans cette arche il n'y avait rien d'autre que les tables de l'alliance, de même en toi qu'il n'y ait aucune pensée extérieure. Sur ce propitiatoire, comme sur les Chérubins, le Seigneur veut s'asseoir. » Et saint Grégoire, livre VII du Registre, épître 30 : « Qu'est-ce qu'un cœur sacerdotal, sinon l'arche de l'alliance ? Dans laquelle, parce que la doctrine spirituelle y fleurit, les tables de la loi y reposent sans aucun doute. »
Troisièmement, l'arche avait le propitiatoire au-dessus d'elle, parce que les saints ont au-dessus d'eux le Christ Rédempteur, Romains 3, 21.
Quatrièmement, l'arche est entourée de Chérubins, parce que les Bienheureux sont entourés de saints anges.
Cinquièmement, la couronne de l'arche signifiait les couronnes des saints, en tant que vainqueurs, triomphateurs, rois et prêtres de Dieu : de même les couronnes spéciales des Vierges, des Martyrs et des Docteurs. Les anneaux et les barres de l'arche signifiaient les dons du Saint-Esprit, par lesquels l'âme sainte est rendue mobile et agile pour tout bien : donc les quatre anneaux d'or sont les quatre dons qui se rapportent à l'intellect, à savoir la sagesse, l'intelligence, la science et le conseil ; les deux barres sont les trois restants, à savoir la piété, la crainte et la force, qui se rapportent à la volonté. Les barres doivent être insérées dans les anneaux, car si la volonté n'est pas mue, le mouvement et l'illumination de l'intellect servent de peu.
Enfin, devant l'arche se trouvait l'urne avec la manne, parce que les Bienheureux se souviennent toujours du pain céleste de l'Eucharistie, dont ils furent nourris dans le désert de cette vie. Devant l'arche se trouvait la verge d'Aaron, qui en fleurissant confirma le sacerdoce à Aaron ; ils se souviennent du sacerdoce du Christ, qui par le sacrifice de son propre corps ôta les péchés du monde, et pour cela ils louent sans cesse le Christ et Dieu : ceci et davantage dans Ribera, livre II Sur le Temple, chapitre III.
Pourquoi donc ne soupirons-nous pas après cette arche, après ces couronnes ? « Nous tenons le paradis pour notre patrie, » dit saint Cyprien, traité Sur la Mortalité, « nous avons déjà commencé à avoir les patriarches pour parents. Un grand nombre de nos bien-aimés nous attend là-bas ; une foule abondante de parents, de frères et d'enfants aspire à nous, déjà assurés de leur immortalité, mais encore soucieux de notre salut. Là est le glorieux chœur des Apôtres, là le nombre des Prophètes exultants, là l'innombrable armée des Martyrs couronnés pour la victoire de leur lutte et de leur passion ; là triomphent les vierges qui ont dompté la convoitise de la chair par la force de la continence. »
Et saint Bernard, Sur la Récompense de la Patrie Céleste : « Le Bienheureux verra Dieu à volonté, le possédera pour délice, en jouira pour joie. Dans l'éternité il fleurira, dans la vérité il resplendira, dans la bonté il se réjouira. De même qu'il aura l'éternité pour demeurer, la facilité de connaître, le bonheur de se reposer. Car il sera citoyen de cette sainte cité, dont les anges sont citoyens, Dieu le Père est le temple, son Fils la splendeur, l'Esprit Saint la charité. » Le même dans un sermon : « Ô bienheureuse région du paradis, ô bienheureuse région des délices, vers laquelle je soupire de la vallée des larmes ! Là la sagesse sans ignorance, là la mémoire sans oubli, là l'intelligence sans erreur, là la raison resplendira sans obscurité. Bienheureux ceux qui y habitent ! Ils loueront Dieu dans les siècles des siècles, amen. Le royaume de Dieu est accordé, promis, montré, reçu : il est accordé dans la prédestination, promis dans la vocation, montré dans la justification, reçu dans la glorification. » Et saint Augustin : « Là sont les chœurs des anges chantant des hymnes, là la société des citoyens d'en haut, là la douce solennité de ceux qui reviennent du triste labeur de ce pèlerinage, là la fête sans fin, l'éternité sans tache, la sérénité sans nuage. »
Symboliquement, saint Thomas, III, Question 102, article 4, réponse 6 : Les trois choses, dit-il, qui étaient dans l'arche ou à côté de l'arche signifiaient trois attributs de Dieu, à savoir les tables de la loi la sagesse, la verge la puissance, la manne la bonté de Dieu. De plus, l'arche, c'est-à-dire l'Église et la république et son chef, doit avoir les tables de la loi, la verge de la discipline et de la correction, la manne de la douceur dans le gouvernement : ainsi saint Grégoire, épître 25, livre I. D'où le Samaritain, dit-il, verse de l'huile et du vin sur le blessé, « afin que par le vin les blessures soient piquées, par l'huile adoucies. Qu'il y ait donc de l'amour, mais qui n'amollisse pas ; qu'il y ait de la vigueur, mais qui n'exaspère pas. » Voir le même auteur, Partie II de la Règle Pastorale, chapitre VI, et livre XX des Morales, chapitre VIII. Les abeilles ont du miel, et elles ont aussi un aiguillon avec lequel elles défendent leurs ruches. Que celui donc qui gouverne la république ait du miel, c'est-à-dire la douceur de la clémence ; et qu'il ait l'aiguillon de la justice, par lequel contre les méchants il puisse protéger la république. Ce roi très prudent l'indiqua, qui voulut avoir comme emblème de gouvernement une grenade, qui a de la douceur mêlée à de l'acidité. « Dans le gouvernement, » dit saint Grégoire, « la douceur doit être mêlée à la sévérité, de sorte que quand il sourit on le craigne, et quand il est en colère on l'aime, de peur qu'une joie excessive ne le rende méprisable, ou qu'une sévérité immodérée ne le rende odieux. » Mais revenons maintenant au texte.
Verset 11 : Et tu la recouvriras d'or
Verset 11. ET TU LA RECOUVRIRAS D'OR — de plaques d'or, et non de feuilles d'or ; cela est suffisamment clair du fait qu'en hébreu, au lieu de « tu recouvriras », il est dit « tu cacheras, couvriras et revêtiras d'or » : et cela tant au-dedans qu'au-dehors, de sorte que tropologiquement cela signifie que l'âme du juste doit être sainte tant intérieurement qu'extérieurement, et être entourée de toute part de l'or de la charité. saint Jérôme reproche à Rufin d'être « intérieurement un Néron, extérieurement un Caton, » de vivre en privé dans les délices, mais d'afficher publiquement la sévérité dans l'habit et la démarche : c'est de l'hypocrisie qui déplaît à Dieu et aux hommes. Que le saint, tant au-dedans qu'au-dehors, ne soit pas un Caton, mais un Paul, un Jean, un ange.
ET TU FERAS PAR-DESSUS UNE COURONNE D'OR TOUT AUTOUR. — Cette couronne de l'arche n'était pas ronde, mais carrée ; car l'arche elle-même était carrée, et cette couronne l'entourait de tous côtés comme une bordure. Ainsi Hugues. Cette bordure donc était extérieure, et s'élevait et se dressait au-dessus de l'arche. Les Septante traduisent : tu feras des cymatia d'or, tournants ou plutôt torsadés ; je m'étonne que le traducteur de Complutum rende cela par « tu feras des ondulations d'or » : car les cymatia ne signifient pas seulement de petites vagues et des ondulations, mais aussi, par une métaphore tirée des vagues, ils signifient chez Vitruve la partie supérieure de l'épistyle ou du chapiteau sur les colonnes — ce que les Septante imitèrent à propos quand ils appelèrent la bordure saillante de l'arche des cymatia, et en effet torsadés, c'est-à-dire fixes certes, mais travaillés d'un art torsadé, comme des torques torsadés. Ainsi saint Augustin, Question 104.
Verset 12 : Et quatre anneaux d'or
12. Et quatre anneaux d'or. — C'étaient des anneaux aux quatre coins de l'arche, et des barres y étaient insérées, de sorte que par elles l'arche pût être portée majestueusement sur les épaules de quatre prêtres : car il ne convenait pas que l'arche fût tirée ou convoyée par un chariot. De plus, les barres s'étendaient le long de la longueur de l'arche, et non le long de la largeur ; et l'arche était portée en longueur, non en largeur ou en travers, comme le soutient Cajétan ; Josèphe l'indique quand il dit : « De chacun des deux côtés les plus longs, les anneaux entrent, » à travers lesquels les barres étaient insérées pour porter l'arche. Dieu ordonna de plus au verset 15 que les barres ne fussent jamais retirées de ces anneaux, de peur que les prêtres ne pensent jamais être libérés du soin et du fardeau de porter l'arche, dit Arias.
QUE TU METTRAS AUX QUATRE COINS DE L'ARCHE. — Pour « coins », l'hébreu a pa'amotav, qui signifie proprement des pas et des pieds ; d'où il semble que l'arche n'était pas au sol, mais avait quatre pieds, c'est-à-dire des globes et des petites sphères, sur lesquels elle reposait, qui avaient l'apparence de petites roues : car l'arche était le char de la gloire de Dieu, comme je le dirai au verset 18.
La coudée ici doit être comprise non comme la coudée plus grande ou royale, qui contient 27 doigts, comme l'atteste Hérodote, livre I ; encore moins la plus grande, c'est-à-dire la coudée géométrique, qui contient six coudées communes, comme l'enseigne saint Augustin d'après Origène, livre XV de la Cité de Dieu, chapitre 27 ; mais la coudée commune, qui est la longueur qui s'étend du pli du bras jusqu'à l'extrémité du doigt appelé index, et contient vingt-quatre doigts transversaux, ou deux empans ; l'empan est l'espace entre le pouce et l'index lorsque la main est étendue, et contient douze doigts transversaux. Cela est clair d'après Josèphe, livre III des Antiquités, chapitre VI, et Bède, livre I Sur le Tabernacle, chapitre IV. « La longueur de l'arche, » dit Josèphe, « était de cinq palmes, et la hauteur et la largeur de trois palmes ; » car le palme en grec est spithama, qui, comme je l'ai dit, contient douze doigts. De sorte que deux coudées et demie font cinq palmes ou empans.
Verset 16 : Et tu mettras dans l'arche le témoignage
16. ET TU METTRAS DANS L'ARCHE LE TÉMOIGNAGE — c'est-à-dire la loi, ou les tables de la loi : car la loi est souvent appelée le témoignage ou l'attestation, parce qu'elle contient l'attestation de la volonté divine, et par elle Dieu laissa un acte formel de ce qu'il veut que les hommes fassent.
De là elle fut appelée l'« arche du témoignage », c'est-à-dire de la loi, et l'« arche de l'alliance », c'est-à-dire du pacte : car elle contenait la loi, qui était la condition de l'alliance conclue entre Dieu et les Hébreux ; par conséquent le tabernacle fut nommé d'après l'arche qu'il contenait, le « tabernacle de l'alliance » et le « tabernacle du témoignage » ; bien plus, l'arche elle-même est appelée le « témoignage », chapitre 30, 6 ; Nombres 17, 4 ; Lévitique 24, 3, et cela par métonymie, parce que l'arche contenait en elle le témoignage, c'est-à-dire les tables de la loi. De plus, que seules les tables de la loi se trouvaient dans cette arche, pour laquelle il y avait une si grande révérence chez les Hébreux, et non l'urne avec la manne ni la verge d'Aaron, l'Écriture l'enseigne expressément, 3 Rois 8, 9, et 2 Paralipomènes 5, 10, et Josèphe, livre VIII des Antiquités, chapitre II. C'est pourquoi tant l'urne avec la manne que la verge d'Aaron sont rapportées dans le Pentateuque comme ayant été placées non dans l'arche, mais dans le tabernacle devant le Seigneur, c'est-à-dire devant l'arche, comme il ressort d'Exode 16, 33 ; Nombres 17, 4. Voir ce qui a été dit à Hébreux 9, 4.
Verset 17 : Et tu feras un propitiatoire
17. ET TU FERAS UN PROPITIATOIRE DE L'OR LE PLUS PUR. — Note premièrement : Le propitiatoire était le couvercle de l'arche, ou une plaque couvrant et recouvrant l'arche, comme il ressort du verset 20 ; d'où il était de même longueur et largeur que l'arche : c'est pourquoi il est aussi appelé par les Septante epithema, c'est-à-dire quelque chose placé dessus, à savoir sur l'arche, c'est-à-dire le couvercle de l'arche, qui était joint à l'arche par des gonds d'or, comme l'enseigne Josèphe, livre III des Antiquités, chapitre VI : « L'arche avait un couvercle ajusté par des gonds d'or, ne dépassant d'aucun côté. »
Deuxièmement, le propitiatoire était une plaque faite non de bois de sétim recouvert d'or, comme l'arche, mais d'or pur.
Troisièmement, le propitiatoire est appelé en hébreu kapporet, qui signifie à la fois le propitiatoire et le couvercle de l'arche. D'où les Septante le traduisent par hilasterion epithema, c'est-à-dire le couvercle placatoire ou propitiatoire.
Quatrièmement, il fut appelé propitiatoire, comme un lieu d'apaisement, parce que là Dieu apparaissant à Moïse et parlant avec lui était apaisé et rendu propice au peuple ; dans le propitiatoire donc se trouvait l'oracle de Dieu, comme il ressort du verset 18, et du chapitre 37, 6, et de Nombres 7, dernier verset : « Et quand Moïse entrait dans le tabernacle de l'alliance pour consulter l'oracle, il entendait la voix de Celui qui lui parlait du propitiatoire, qui était au-dessus de l'arche du témoignage entre les deux Chérubins ; » et c'est pourquoi Dieu était dit siéger sur les Chérubins : car ils couvraient le propitiatoire. C'est pourquoi cette partie du temple, ou du Saint des Saints, dans laquelle se trouvait le propitiatoire, était appelée l'oracle, parce que de là Dieu rendait des oracles.
Cinquièmement, le propitiatoire avec les deux Chérubins était comme un siège et un trône de Dieu ; l'arche était l'escabeau de ses pieds, comme il ressort du Psaume 98, où il est dit : « Adorez l'escabeau de ses pieds, » c'est-à-dire adorez l'arche, prosternez-vous devant l'arche. C'est pourquoi certains estiment avec probabilité, comme saint Thomas, Cajétan, Delrio, et a Castro sur les Lamentations 2, 1, que le propitiatoire était élevé et haussé au-dessus de l'arche par les Chérubins : car autrement il n'aurait pas pu être le siège de Dieu, de sorte que l'arche fût l'escabeau de ses pieds. Plus véritablement cependant, Abulensis, Alcazar, Ribera et d'autres estiment que le propitiatoire était immédiatement et directement posé sur l'arche elle-même, la touchant et la couvrant.
Allégoriquement, le propitiatoire signifie le Christ, « que Dieu a établi comme propitiation par la foi en son sang, » Romains 3, 21. Premièrement donc, le propitiatoire était au-dessus de l'arche, parce que le Christ surpasse tous les Bienheureux en grâce et en gloire ; cependant l'arche lui est jointe par des gonds, parce que toute la grâce et la gloire des saints descend du Christ et des mérites du Christ. Deuxièmement, il était tout entier d'or, parce que l'humanité du Christ ne subsiste pas en elle-même, mais dans la divinité, à savoir dans le Verbe ; et c'est pourquoi en lui « habite corporellement toute la plénitude de la divinité. » Et, comme dit saint Jean : « Nous avons vu sa gloire, gloire comme celle du Fils unique venu du Père, plein de grâce et de vérité. » Troisièmement, le Christ est le couvercle de l'arche, parce qu'il est entouré de la gloire et des couronnes des saints, dit Origène, et les saints eux-mêmes placent et offrent leurs couronnes au Christ. Quatrièmement, le Christ est l'oracle du Père, déclarant les choses qu'il a vues cachées dans le sein du Père depuis la fondation du monde. Cinquièmement, l'humanité du Christ était comme un siège et un trône, voire un escabeau de la divinité du Verbe. « Le Christ, » dit saint Bernard, sermon 22, « s'est fait pour nous sagesse dans la prédication, justice dans l'absolution des péchés, sanctification dans sa manière de vivre, rédemption dans sa passion. » Et saint Grégoire, homélie 4 sur Ézéchiel : « Notre Rédempteur s'est fait homme en naissant, veau en mourant, lion en ressuscitant, aigle en montant au ciel. »
C'est pourquoi saint Ambroise : « Nous avons tout dans le Christ, et le Christ est tout en nous. Si tu désires être guéri d'une blessure, il est le médecin : si tu brûles de fièvres, il est la fontaine : si tu es accablé par l'iniquité, il est la justice : si tu as besoin d'aide, il est la force : si tu crains la mort, il est la vie : si tu fuis les ténèbres, il est la lumière : si tu désires le ciel, il est le chemin : si tu cherches la nourriture, il est l'aliment. »
Car le Christ fut le véritable Noé, qui nous fit reposer de nos labeurs et de nos fardeaux.
Notre propitiatoire donc, vers lequel nous devons fuir en toute difficulté, est le Christ souffrant et crucifié. « La Passion du Christ soutient le ciel, gouverne le monde, perce l'enfer ; par elle les anges sont confirmés, les peuples rachetés, les ennemis écrasés, les êtres sont établis, les vivants animés, les êtres sensibles s'accordent, les êtres intelligents sont illuminés, » dit Raban, Sur la Louange de la Croix.
Qu'ainsi notre espérance, notre amour, notre refuge soient toujours et partout le Christ. Ainsi Théodore le Martyr répondit à Publius qui lui demandait : « Préférerais-tu être avec ton Christ, ou avec nous ? » Il répondit : « Avec mon Christ je suis, j'ai été et je serai : et c'est pourquoi je ne crains pas tes tourments. » Ainsi Charles Quint retourna cette parole de Jules César, « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu », en disant : « Je suis venu et j'ai vu, mais c'est le Christ qui a vaincu. » Ainsi Paul : « Pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un gain. »
Verset 18 : Deux Chérubins d'or
Verset 18. ET TU FERAS DEUX CHÉRUBINS D'OR BATTU, DE CHAQUE CÔTÉ DE L'ORACLE.
On demande ici premièrement, qu'étaient ces deux Chérubins ? Note : Moïse exprime ou indique à peine l'apparence de ces Chérubins, et cela de peur que les Juifs, enclins à l'idolâtrie, n'en fissent et n'en adorassent une idole. Premièrement donc, Philon, dans le livre Sur les Chérubins, dit que les Chérubins sont des symboles ou des signes qui signifient et représentent la circonférence extrême de tout le ciel. Deuxièmement, Josèphe, livre III des Antiquités, chapitre VI : « Les Chérubins sont des êtres ailés, d'une apparence nouvelle, jamais vus par aucun homme, que Moïse avait vus figurés sur le trône de Dieu. »
Mais je dis premièrement, ces deux Chérubins avaient une apparence et une forme humaines. Ainsi l'enseignent communément les Hébreux et les chrétiens ; et cela ressort de 2 Paralipomènes 3, 13, où il est dit des Chérubins : « Ils se tenaient les pieds droits. » Je dis deuxièmement : Il est probable que ces Chérubins, outre l'apparence de l'homme, avaient aussi l'apparence d'autres animaux. Car Ézéchiel, chapitre 1, enseigne expressément que les Chérubins avaient l'apparence de quatre animaux, à savoir l'homme, l'aigle, le lion et le veau.
Les Chérubins étaient donc des effigies dorées, ayant l'apparence d'un jeune homme ailé et imberbe, de sorte que par cette apparence ils représentassent la vigueur, la vivacité et l'éternité des anges, qui sont comme des princes toujours veillant et se tenant debout devant Dieu.
Position des Chérubins
Leur position était telle que, en partie par leurs ailes, en partie par leurs corps, ils couvraient tout le propitiatoire. Car un Chérubin était du côté sud du propitiatoire, l'autre du côté nord, de sorte que par l'épaisseur de leurs corps ils couvraient ces côtés représentant la largeur du propitiatoire : mais les côtés oriental et occidental, qui étaient les côtés de la longueur du propitiatoire, ils les couvraient et les voilaient de leurs ailes déployées l'une vers l'autre ; comme si deux hommes se regardaient l'un l'autre et se tenaient par les mains.
Ces deux Chérubins n'étaient pas fixés au propitiatoire, mais furent produits du propitiatoire lui-même par martelage ; car c'est ce que signifie « battu », et plus clairement l'hébreu qui dit « du propitiatoire tu les feras ». D'où il s'ensuit que les Chérubins étaient faits d'or massif.
Je dis donc : il semble plus vrai que les Chérubins ne soutenaient pas le propitiatoire, mais se tenaient debout dessus par leurs pieds, de sorte qu'avec leurs ailes déployées ils couvraient en partie le propitiatoire comme un toit ou un dais, c'est pourquoi ils sont appelés par l'Apôtre « ombrageant le propitiatoire, » Hébreux 9, 5 ; et en partie de sorte qu'avec les mêmes ailes ils offraient un siège à Dieu, qui est pour cette raison dit siéger sur les Chérubins : de sorte que l'arche avec son couvercle, à savoir le propitiatoire, était l'escabeau des pieds de Dieu.
Cela est prouvé par Josèphe, qui l'affirme expressément, livre III des Antiquités, chapitre VI : « Il y avait placé sur le couvercle (de l'arche, c'est-à-dire le propitiatoire) deux figures que les Hébreux appellent Chérubins. »
Note ici que ces Chérubins avaient l'apparence non seulement de se tenir debout, mais de voler : car ils avaient leurs ailes déployées, parce que par elles ils signifiaient les anges, qui volent très rapidement, desquels le Psalmiste dit, et saint Paul : « Il fait de ses anges des esprits, et de ses ministres une flamme de feu. » C'est pourquoi aussi Dieu est dit voler sur les Chérubins, Psaume 17, 11.
Sens allégorique des Chérubins
Les Chérubins sont pour ainsi dire les gardes du corps de Dieu. C'est pourquoi ils portent les quatre armoiries et insignes du Seigneur leur Dieu : car la ressemblance de l'aigle signifie la sagesse de Dieu ; la ressemblance de l'homme signifie la bonté, la douceur et la clémence de Dieu ; le bœuf signifie la justice de Dieu, le culte et la dévotion qui lui sont dus ; le lion signifie la force et la puissance de Dieu. Ces attributs, les Chérubins eux-mêmes, c'est-à-dire les anges, y participent et les représentent de la part de Dieu. Car ils sont des aigles par la rapidité et la contemplation ; ils sont des lions par la force ; ils sont des hommes par la douceur ; ils sont des bœufs par la patience et les labeurs. Ainsi dit saint Denys, Hiérarchie Céleste, chapitre 15.
Allégoriquement, ce char des Chérubins signifie le char triomphal du Christ rédempteur de l'humanité ; ce char est l'Église, dont il est dit au Cantique des Cantiques 1, verset 4 : « À ma cavalerie, je t'ai comparée. » Les quatre roues sont les Apôtres, les Pasteurs et les Docteurs, qui puissamment et rapidement, comme l'éclair, conduisent et répandent le char de l'Évangile et de l'Église à travers le monde entier. C'est pourquoi les Chérubins portent les quatre insignes du Christ : car la ressemblance de l'homme signifie l'incarnation du Christ ; la ressemblance du veau signifie la mort du Christ et son immolation sur la croix ; la ressemblance du lion signifie la force du Christ dans la résurrection ; la ressemblance de l'aigle signifie l'ascension du Christ au ciel.
Allégoriquement, saint Grégoire, homélie 26 sur les Évangiles : Les deux anges que Madeleine vit dans le sépulcre du Christ, et les deux Chérubins de l'arche, sont les deux testaments : le propitiatoire est le Christ incarné. « Et tandis que l'Ancien Testament annonce ce qui doit être fait, que le Nouveau Testament proclame comme ayant été fait par le Seigneur, les deux Chérubins se regardent pour ainsi dire l'un l'autre, quand ils tournent leurs faces vers le propitiatoire : parce que voyant le Seigneur incarné placé entre eux, ils ne divergent pas dans leur regard, eux qui narrent harmonieusement le mystère de sa dispensation. »
Étymologie de Chérubins
On demande d'où les Chérubins sont ainsi appelés, et ce que Chérubins signifie en hébreu. Ils sont appelés Chérubins de la multitude de force, de gloire, de science et de sagesse, comme l'enseigne saint Denys, chapitre 7 de la Hiérarchie Céleste. En outre, Chérubin signifie une multitude de connaissance, de la racine nachar, c'est-à-dire « il connut », et rab, c'est-à-dire « beaucoup ». Ou plutôt, et plus simplement, de ke et rab, c'est-à-dire « comme un rabbi », c'est-à-dire comme un homme sage, puissant, honoré et glorieux. Par métathèse, Chérubin fait allusion à recheb, c'est-à-dire char : car les Chérubins accompagnaient et ornaient le char de la gloire de Dieu ; et à rocheb, c'est-à-dire chevauchant, un prince, directeur et gouverneur. Tels sont les anges, qui gouvernent le monde, et le dirigent, le meuvent et le conduisent comme un char de la providence divine.
Le nom de Chérubin fait aussi allusion, par métathèse, à cabbir, c'est-à-dire multiple. Enfin, par le procédé anagrammatique hébreu ethbash, kerub est la même chose que kannescer, c'est-à-dire comme un aigle. Ainsi le Chérubin, tant par sa forme que par son nom, inclut et exprime en lui les ressemblances des quatre animaux.
Les Chérubins comme symbole de sagesse
Moralement, les Chérubins sont le symbole de la sagesse, qui l'emporte sur toutes les autres choses, et qui seule est apte au gouvernement. Car la sagesse de Dieu, dans le gouvernement de cet univers, « atteint d'une extrémité à l'autre avec force, et dispose toutes choses avec douceur. » Tel est le modèle du meilleur gouvernement. Veux-tu gouverner de la meilleure façon ? Gouverne comme Dieu le fait, avec force et avec douceur.
Platon a dit que les républiques seraient heureuses si ou bien les sages les gouvernaient, ou bien leurs gouvernants s'adonnaient à la sagesse. Et Aristote dit : « Il appartient au prince d'être sage. » Apulée : « Le sage n'est ni enflé dans la bonne fortune, ni abattu dans l'adversité. » Et Sénèque, épître 60 : « Le sage est fortifié et en éveil contre toute attaque : ni la pauvreté, ni le deuil, ni le déshonneur, ni la douleur ne le feront reculer s'ils l'assaillent. Il marchera sans crainte contre eux et parmi eux. Le sage est plein de joie, gai, calme et inébranlable, il vit sur un pied d'égalité avec les dieux. »
Cicéron, livre 3 des Tusculanes : « Au sage rien dans les affaires humaines ne peut paraître grand, lui à qui toute l'éternité et la grandeur du monde entier sont connues. » Veux-tu donc être sage ? Méprise le temps et les choses temporelles, pense aux choses éternelles et à l'éternité.
saint Grégoire, livre 10 des Morales, chapitre 27 : « La sagesse des justes est de ne rien feindre par ostentation, de révéler sa pensée en paroles, d'aimer les choses vraies telles qu'elles sont, d'éviter les fausses, de montrer gratuitement les bonnes, de supporter les maux plus volontiers que de les faire, de ne chercher aucune vengeance pour l'injure, de compter l'insulte pour la vérité comme un gain. »
Lactance, livre 3, chapitre 30 : « Celui qui veut être sage et bienheureux, qu'il écoute la voix de Dieu, qu'il apprenne la justice, qu'il connaisse le mystère de sa naissance, qu'il méprise les choses humaines, qu'il regarde vers les choses divines, afin de pouvoir atteindre ce bien suprême pour lequel il est né. La sagesse suprême consiste donc en ceci seul : que l'homme connaisse et adore Dieu. »
Verset 21 : Dans laquelle tu placeras le témoignage
Verset 21. DANS LAQUELLE TU PLACERAS LE TÉMOIGNAGE. — C'est-à-dire la loi, à savoir les tables de la loi. Voir ce qui a été dit au verset 16.
Verset 22 : De là je commanderai et je parlerai
Verset 22. DE LÀ JE COMMANDERAI ET JE TE PARLERAI AU-DESSUS DU PROPITIATOIRE. — De là il est clair que Moïse, chef et législateur du peuple, entrait plus souvent dans le Saint des Saints, pour consulter Dieu sur les questions incertaines, ou pour y entendre Dieu avertissant et commandant, comme il est dit ici. C'est pourquoi ce que Dieu commande au Lévitique chapitre 16, que le grand prêtre n'entre dans le Saint des Saints qu'une fois par an, ne s'applique pas à Moïse, qui n'était pas grand prêtre, mais ambassadeur et intermédiaire de Dieu.
Verset 23 : Tu feras une table de bois de sétim
Verset 23. TU FERAS AUSSI UNE TABLE DE BOIS DE SÉTIM. — Note : Cette table fut faite pour recevoir les douze pains à présenter devant Dieu ; c'est pourquoi cette table se trouvait devant le Saint des Saints, dans le Lieu Saint, à côté de l'autel de l'encens : car le Lieu Saint contenait ces trois choses, à savoir l'autel de l'encens, qui sur son côté nord ou gauche avait cette table, et sur son côté sud ou droit avait le candélabre. D'où la table est appelée en hébreu schulchan, signifiant « envoi » ou « émission », parce que sur elle ces pains étaient envoyés à Dieu.
La table était faite de bois de sétim recouvert d'or. Elle avait deux coudées de long, une coudée de large et une coudée et demie de haut : de là il est clair que la table n'était pas ronde, mais rectangulaire. La table avait un rebord, c'est-à-dire une bordure d'or tout autour ; sur le rebord lui-même se trouvait une couronne ajourée de quatre doigts, sur laquelle une autre couronne plus petite était placée pour l'ornement, et pour que la couronne fût plus haute, et pour qu'elle retînt mieux les pains de peur qu'ils ne tombent. La table avait quatre pieds, et au sommet de chaque pied elle avait un anneau d'or, de sorte que par quatre anneaux placés sur les côtés, non de la longueur, mais de la largeur, deux barres de transport étaient insérées, par lesquelles la table était portée sur les épaules de quatre prêtres. Ainsi dit Ribera, d'après Josèphe.
Allégoriquement, le Lieu Saint est l'Église sur terre, l'Église militante, tendant vers le Saint des Saints, c'est-à-dire vers le ciel : dans laquelle les uns se consacrent à l'aumône et aux œuvres de charité — ceux-ci sont signifiés par cette table des pains ; d'autres se consacrent à l'enseignement et à la vie sainte — ceux-ci sont signifiés par le candélabre ; d'autres se consacrent à la prière, à la louange de Dieu et à la contemplation — ceux-ci sont signifiés par l'autel de l'encens. De même que cette table se trouvait dans le Lieu Saint à côté du Saint des Saints, dans lequel était le trône de Dieu, de même « l'aumône, » dit saint Jean Chrysostome, homélie 9 sur Matthieu, « se tient comme amie de Dieu, et est toujours près de lui : car à quiconque elle le veut, elle obtient facilement un don, elle dissout les liens des péchés, chasse les ténèbres, éteint le feu : pour elle les portes du ciel s'ouvrent avec grande confiance, et comme si une reine entrait, nul parmi les portiers, nul parmi les gardes qui veillent, n'ose dire : Qui es-tu, ou d'où viens-tu ? mais tous la reçoivent de tout côté. C'est une vierge aux ailes d'or, ornée de tous côtés de beauté, mais ceinte, ayant un visage beau et doux, elle est ailée et légère, et se tient toujours devant le trône royal. »
De plus, cette table signifie la table du corps et du sang du Christ dans l'Eucharistie. Ainsi disent Rupert et saint Jérôme sur 1 Malachie, et Damascène, livre 4, chapitre 14, et Cyrille, Catéchèse 4, Mystagogique. De cette table le Psalmiste chante au Psaume 115, verset 4 : « Que rendrai-je au Seigneur, pour tout ce qu'il m'a donné ? Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le nom du Seigneur. » Et Psaume 22, verset 5 : « Tu as préparé devant moi une table contre ceux qui me persécutent. Tu as oint d'huile ma tête, et mon calice qui enivre, qu'il est excellent ! »
Verset 24 : Un rebord d'or tout autour
Verset 24. ET TU LUI FERAS UN REBORD D'OR : — « rebord », c'est-à-dire une bordure tout autour.
Verset 25 : Une couronne ajourée haute de quatre doigts
Verset 25. ET SUR LE REBORD LUI-MÊME UNE COURONNE AJOURÉE HAUTE DE QUATRE DOIGTS. — En hébreu : sur le rebord lui-même, ou la bordure, tu feras une clôture, c'est-à-dire une autre bordure qui enferme les bords de la table, de peur que les pains n'en tombent. Villalpando décrit cet ouvrage ajouré ainsi : Si tu places une planche épaisse de quatre doigts, dont les deux du milieu sont retirés vers l'intérieur et rendus plus rugueux par diverses ciselures, c'est l'ouvrage ajouré ; tandis que les deux doigts restants, à savoir un en bas et un en haut, formeront un cymatium (moulure) pour la planche elle-même.
ET PAR-DESSUS, UNE AUTRE PETITE COURONNE D'OR. — C'était la troisième bordure de la table, placée sur la seconde. Notre traducteur appelle cette couronne une auréole (petite couronne d'or), non qu'elle ne fût pas en or pur, mais parce qu'elle était petite, et contenait par conséquent moins d'or que les autres. De là les Scolastiques sont réputés avoir pris le nom d'auréole, pour signifier par là certaines dotations accidentelles de la béatitude, qui appartiendront proprement aux Vierges, aux Martyrs et aux Docteurs, estiment Ribera et d'autres.
Verset 27 : Les barres de transport
Verset 27. POUR QUE LES BARRES DE TRANSPORT Y SOIENT PASSÉES. — Il est vraisemblable que ces barres étaient insérées dans les anneaux et étendues, non selon la longueur, mais selon la largeur de la table, de sorte que la table pesante pût être portée par quatre hommes sur leurs épaules. Ainsi dit Abulensis.
Verset 29 : Coupes, patères, encensoirs et calices
Verset 29. TU PRÉPARERAS AUSSI DES COUPES, DES PATÈRES, DES ENCENSOIRS ET DES CALICES, DANS LESQUELS LES LIBATIONS DOIVENT ÊTRE OFFERTES, DE L'OR LE PLUS PUR. — « Coupes » (acetabula), en hébreu, des écuelles ; les Septante les rendent comme des plats d'accompagnement, des patelles ou des bols, à savoir pour recevoir et contenir la fleur de farine, quand elle devait être offerte ; de même pour recevoir les sacrifices de la poêle et du four, au sujet desquels voir Lévitique chapitre 2.
PATÈRES. — Ce sont de petits vases concaves, bien connus dans les banquets plus nobles ; en hébreu ils sont appelés cappoth, de la courbure de la paume de la main, qu'ils imitent. Ces patères étaient préparées pour verser le vin et les autres libations dans les sacrifices. Ces vases signifient allégoriquement la mesure de la prédication, de sorte qu'elle soit adaptée et donnée à chaque personne selon la capacité de son caractère et de son intellect.
saint Grégoire, homélie 6 sur les Évangiles, prend les patères pour les plus instruits, et les calices pour les moins instruits et les moins sages. « Dans le tabernacle, par le commandement du Seigneur, furent faites non seulement des patères, mais aussi des calices. Par les patères en effet est désignée une doctrine débordante, mais par les calices une connaissance petite et étroite. Placés donc dans le tabernacle de Dieu, c'est-à-dire dans l'Église, si vous ne pouvez absolument pas servir des patères par l'enseignement de la sagesse, autant que vous le pouvez par la générosité divine, donnez à vos prochains des calices de la bonne parole. Entraînez aussi d'autres avec vous, désirez avoir des compagnons sur le chemin du Seigneur : si vous tendez vers Dieu, veillez à n'y point parvenir seuls. »
ENCENSOIRS — à savoir pour conserver tant l'encens qui devait être brûlé, que l'oliban qui devait être placé sur les pains de proposition, comme il est dit au Lévitique chapitre 24, verset 7.
Verset 30 : Les pains de proposition
30. ET TU PLACERAS SUR LA TABLE LES PAINS DE PROPOSITION EN MA PRÉSENCE TOUJOURS. — Note « pains de proposition », qui sont ainsi appelés parce qu'ils sont proposés, ou placés, devant le Seigneur, ou en présence de l'arche et du propitiatoire, dans lequel Dieu se montre présent. D'où en hébreu ils sont appelés lechem panim, c'est-à-dire « pains de la face ». Concernant ces pains j'en dirai plus au Lévitique 24, 5.
Note : De même que dans les églises chrétiennes les candélabres et les lumières correspondent au candélabre mosaïque, et spécialement la lampe brûlant devant le Saint-Sacrement (car c'est notre Saint des Saints) ; et de même que nos encensoirs et l'encensement au sacrifice de la Messe correspondent à l'autel de l'encens : ainsi la table du Saint-Esprit, comme ils l'appellent, correspond à la table des pains de proposition, qui en bien des endroits est dressée dans les églises les dimanches, pleine de pains, afin que ceux-ci soient distribués aux pauvres, et cela selon l'antique rite de l'Église. Car saint Paul, 1 Corinthiens chapitre 16, verset 2, commande qu'une collecte d'aumônes soit faite dans l'église le jour du Seigneur, pour être distribuée aux pauvres.
Verset 31 : Le candélabre d'or battu
31. TU FERAS AUSSI UN CANDÉLABRE D'OR BATTU DE L'OR LE PLUS PUR. — Note premièrement : Ce candélabre était l'une des trois choses qui se trouvaient dans le Lieu Saint, et il était à la droite de l'autel de l'encens. Ce candélabre était d'or battu, c'est-à-dire produit par martelage et façonné d'un seul talent d'or : car il était creux et petit. Deuxièmement, la tige médiane du candélabre avait de chaque côté trois branches, ou bras, c'est-à-dire six en tout, qui s'élevaient tous également en hauteur avec la tige : d'où le candélabre était à sept branches ; et au sommet tant de la tige que de chaque branche il avait une lampe ; il avait donc sept lampes. De plus, toutes ces parties n'étaient pas insérées ou fixées, mais étaient d'or battu, produites par martelage d'une seule masse et d'un seul talent d'or. Troisièmement, les branches étaient ornées d'un triple, et la tige d'un quadruple arrangement de coupes, de sphérules ou globes, et de lis alternant entre eux. Quatrièmement, ces lampes illuminaient le tabernacle ou Lieu Saint, l'autel de l'encens et la table des pains de proposition, mais seulement la nuit, comme je le dirai plus amplement au chapitre 27, verset 21. Cinquièmement, le candélabre avait ses mouchettes, de même des encensoirs ou vases, dans lesquels ce qui avait été mouché était éteint. Sixièmement, le candélabre placé dans le Lieu Saint était posé obliquement, de sorte que les lampes fissent face au sud et à l'est. Ainsi Josèphe. Septièmement, dans le tabernacle il n'y avait qu'un seul candélabre ; mais dans le temple de Salomon il y en avait dix, cinq à droite et cinq à gauche, comme il ressort de 3 Rois 7, 49.
Symboliquement, ce candélabre était une image de la sphère céleste avec ses sept lumières, c'est-à-dire des sept planètes. Car le tabernacle portait la figure du monde, tandis que le Saint des Saints représentait le ciel empyrée des Bienheureux. Ainsi Philon et Josèphe.
Allégoriquement, le candélabre est le Christ, ou plutôt l'Église, Apocalypse chapitre 1, dernier verset, qui est la lumière et l'enseignante de la vérité. Premièrement et très justement, le candélabre est la foi et la doctrine de l'Église rayonnant sur le monde entier et l'illuminant. Deuxièmement, ses sept lampes sont tous les docteurs, qui brillent tout au long de la nuit du siècle présent par leur vie et leur enseignement. Troisièmement, les coupes signifient la soif de Dieu et des choses divines, les sphérules le mépris des choses terrestres (car une sphère ou un globe ne touche la terre qu'en un point), et les lis la beauté des vertus et le parfum d'une vie bonne. Toutes ces choses étaient faites d'or, parce que les vertus déjà mentionnées doivent couler de la charité. De plus, le candélabre est d'or battu, non coulé, parce que les docteurs doivent être martelés et polis par beaucoup de tentations et de persécutions avant d'atteindre le sommet de la vertu.
Quatrièmement, ce candélabre illuminait la table, l'autel et tout le Lieu Saint la nuit, parce que la foi et la doctrine de l'Église doivent illuminer et diriger les prières, les œuvres de miséricorde et toutes les œuvres saintes des fidèles en cette vie. Cinquièmement, les mouchettes représentent les disputes et les explications par lesquelles les erreurs sont écartées et sa propre lumière est rendue à la vérité. Sixièmement, dans le tabernacle il y avait un candélabre, dans le temple dix, parce que la lumière de la doctrine et la connaissance des mystères divins est plus grande dans l'Église qu'elle ne l'était dans la Synagogue.
Moralement donc, les docteurs et la doctrine sont la lumière et les candélabres de l'Église. Que ceci soit leur première règle : « Le docteur, » dit saint Bernard, « doit être une vasque, non un canal » — c'est-à-dire qu'il doit d'abord recevoir la connaissance et s'en remplir, de sorte que, plein, il puisse ensuite la verser sur les autres ; il doit s'enseigner lui-même avant d'enseigner les autres. Troisièmement, il doit imbiber non seulement l'intellect mais aussi les affections, « car l'enseignement de l'esprit n'aiguise pas la curiosité, mais enflamme la charité, » dit saint Bernard. Quatrièmement, il doit enseigner par l'acte avant la parole. Car ainsi Jésus commença d'abord par faire, puis par enseigner. « La doctrine, » dit saint Grégoire, « est enseignée avec pleine autorité quand elle est pratiquée avant d'être prononcée. »
Verset 33 : Trois coupes en forme de noix
33. Trois coupes en forme de noix sur chaque branche. — Il appelle « coupes » les parties du candélabre saillant comme des noix, ou, comme le dit l'hébreu, des amandes (car l'amande est une espèce de noix), quant à la courbure des côtés.
ET UNE SPHÉRULE ENSEMBLE AVEC UN LIS. — Pour « sphérule », l'hébreu a caphtorim, c'est-à-dire des pommes, des petits globes ou sphérules semblables à des pommes. D'où il paraît que dans ce candélabre il y avait quelque ressemblance d'un arbre, en tant qu'il étendait des branches et des bras de chaque côté, et était chargé de fleurs et de fruits.
ET UN LIS. — Philon rapporte que ces lis étaient au sommet des branches, et que la lampe était placée sur ces lis. Enfin, comme il est dit au verset 31, toutes ces choses « procédaient du même » — car du tronc ou de la tige du candélabre toutes les parties étaient tirées et façonnées au marteau ; aucune partie faite ailleurs n'y était appliquée.
Verset 34 : Dans le candélabre lui-même
34. Mais dans le candélabre lui-même — dans la tige elle-même ou le tronc du candélabre, d'où les branches procèdent, il y aura quatre arrangements de coupes, de sphérules et de lis.
Verset 35 : Des sphérules sous deux branches
35. DES SPHÉRULES SOUS DEUX BRANCHES EN TROIS ENDROITS, QUI ENSEMBLE FONT SIX, PROCÉDANT D'UNE SEULE TIGE — comme pour dire : Dans la tige il y aura trois endroits d'où trois séries de deux branches s'élèveront, et sous chaque endroit et série de deux branches il y aura une sphérule. Pour le voir clairement, voici l'arrangement sur la tige elle-même : en bas, au pied de la tige, se trouvait la première coupe, puis la première sphérule ; après elle, les deux branches les plus longues montaient de chaque côté. Après ces deux premières branches les plus basses, en montant sur la tige, venait le premier lis, après lui la deuxième coupe et la deuxième sphérule ; après cette sphérule venaient les deux branches médianes. Après celles-ci venait le deuxième lis, après lui la troisième coupe avec la troisième sphérule, après lesquelles venaient les deux dernières et plus courtes branches. Après celles-ci le troisième lis, et enfin la quatrième coupe, la quatrième sphérule et le quatrième lis, avec la lampe au sommet.
Tropologiquement, après les sphérules vient la branche, parce que le saint docteur est une sphérule, c'est-à-dire d'un visage et d'une disposition ronds et égaux toujours, dans les temps joyeux et tristes ; d'où comme une branche il s'élève vers le haut, afin de donner la lumière aux autres.
Verset 37 : Pour qu'elles éclairent du côté opposé
37. POUR QU'ELLES ÉCLAIRENT DU CÔTÉ OPPOSÉ — vers la table des pains de proposition, qui se trouvait dans la partie opposée, à savoir la partie nord, du tabernacle : car cette table était la table de Dieu, à laquelle Dieu pour ainsi dire dînait ; et à un repas du soir on place une chandelle ou une lampe pour éclairer la table, afin que ceux qui mangent voient ce qu'ils mangent.
Verset 38 : Les mouchettes
38. POUR QUE CE QUI A ÉTÉ MOUCHÉ SOIT ÉTEINT — à savoir des vases qui reçoivent les cendres mouchées des mèches, afin qu'elles y soient éteintes, de peur que dispersées à travers le tabernacle elles ne le souillent et ne l'infectent d'une mauvaise odeur. Le Chaldéen appelle ces vases des encensoirs.
Verset 39 : Un talent d'or
39. TOUT LE POIDS DU CANDÉLABRE, ETC., SERA D'UN TALENT D'OR. — Un talent, dit Josèphe, livre III, chapitre VII, était un poids de 100 mines ; ce que Ribera entend de la mine hébraïque, qui contenait soixante sicles, c'est-à-dire 240 drachmes. Mais au chapitre 38, verset 23, je démontrerai que le talent hébreu ne contenait que trois mille sicles ; et puisque le sicle contenait 4 drachmes attiques, c'est-à-dire 4 pièces d'or, il s'ensuit que le talent hébreu contenant trois mille sicles pesait et valait douze mille pièces d'or. Je parle d'un talent d'or ; car un talent d'argent était de poids égal, mais de valeur inégale, comme cela est évident. D'un talent on pouvait faire un candélabre, parce qu'il était petit et creux, de manière à signifier l'Esprit intérieur de Dieu, qui se communique intimement à l'Église et à ses Docteurs.
Verset 40 : Fais-le selon le modèle
40. REGARDE, ET FAIS-LE SELON LE MODÈLE QUI T'A ÉTÉ MONTRÉ SUR LA MONTAGNE. — « Fais selon le modèle » — en hébreu est ajouté « d'eux », à savoir du candélabre et du tabernacle avec ses vases, qui t'est décrit de vive voix par Dieu pendant ces 40 jours sur le mont Sinaï, et en même temps est proposé à la vue par quelque représentation sensible. Car saint Étienne enseigne que ces paroles doivent être comprises littéralement de cet ancien modèle du tabernacle, Actes 7, 44.
Deuxièmement, de l'Apôtre, Hébreux 8, 5, il semble clair qu'ici aussi Dieu montra un modèle anagogique, à savoir les réalités célestes et le tabernacle spirituel qui était signifié par celui-ci matériel, comme si Moïse reçoit ici l'ordre de construire son tabernacle matériel selon ce modèle, à savoir de manière à ce qu'il corresponde à ce tabernacle spirituel comme son antitype, et le signifie et le représente de manière appropriée. Ainsi Bède l'entend ici. C'est pourquoi saint Justin, dans son Exhortation aux Grecs, vers la fin, pense que Platon tira sa théorie des idées de ce passage de Moïse.
Tropologiquement, saint Grégoire, au livre I sur les Rois, chapitre 10, dit : Telle est la forme de l'obéissance choisie, que dans tout ce que nous faisons extérieurement, nous regardions la puissance et la sagesse du Créateur comme un modèle partout présent. De même, regarde le modèle de l'obéissance, de la patience, de la force, de la charité, de l'humilité, du mépris du monde et de toutes les vertus, qui t'a été montré sur le mont Calvaire par le Christ, et que Moïse préfigurait par son autel des holocaustes et de l'encens, par le tabernacle, les vêtements sacrés et les victimes — exprime et imite ce modèle ; et ainsi tu construiras dans ton âme un tabernacle orné et perfectionné de toutes les vertus pour Dieu. Car, comme dit saint Augustin, dans le livre Sur la Vraie Religion, chapitre 16 : « Toute la vie du Christ fut une discipline des mœurs. Les esclaves du plaisir désiraient pernicieusement les richesses : il choisit d'être pauvre. Ils aspiraient aux honneurs et au pouvoir : il refusa d'être fait roi. Ils tenaient les enfants charnels pour un grand bien : il méprisa un tel mariage et une telle descendance. Ils redoutaient les outrages avec le plus grand orgueil : il endura toute sorte d'outrages. Ils jugeaient les injures intolérables : quelle plus grande injure que de condamner un homme juste et innocent ? Ils exécraient les douleurs du corps : il fut flagellé et torturé. Ils craignaient la mort : il fut puni de mort. Ils jugeaient la croix le genre de mort le plus ignominieux : il fut crucifié. Toutes les choses que, en désirant les avoir, nous vivions mal — en s'en passant il les rendit viles ; toutes les choses que, en cherchant à les éviter, nous nous détournions de la poursuite de la vérité — en les supportant il les renversa. »
saint François contemplait sans cesse ce modèle du Christ crucifié afin de l'exprimer en lui-même, et c'est pourquoi il reçut non seulement dans son esprit mais aussi dans son corps les sacrés stigmates divinement imprimés sur lui. saint Bonaventure écrit dans sa Vie, livre I, chapitre 13 : « Il avait grandi en lui un incendie d'amour insurmontable pour le bon Jésus, brûlant comme des lampes de feu et de flamme. Alors que par l'ardeur séraphique de ses désirs il était emporté vers Dieu, un matin aux alentours de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, tandis qu'il priait sur le flanc d'une montagne, il vit un Séraphin ayant six ailes, aussi enflammées que splendides, descendant du ciel. Quand il fut arrivé à un endroit dans les airs près de l'homme de Dieu, apparut entre les ailes la figure d'un homme crucifié. Voyant cela, il fut véhémentement stupéfait, et une joie mêlée de douleur frappa son cœur. Il comprit enfin par cela, le Seigneur le lui révélant, qu'il devait être transformé tout entier à la ressemblance du Christ crucifié, non par le martyre de la chair, mais par le feu de l'esprit. La vision donc, disparaissant, laissa dans son cœur une ardeur admirable ; mais elle imprima aussi dans sa chair une image de signes non moins admirable. Car aussitôt dans ses mains et ses pieds commencèrent à apparaître les marques des clous ; son côté droit aussi, comme transpercé par une lance, était couvert d'une cicatrice rouge, qui souvent, répandant un sang sacré, imprégnait sa tunique et ses sous-vêtements. »
Enfin saint Bernard, dans le traité Sur la Vie Solitaire : « Une maison de la beauté de Dieu doit être construite par chacun, qui lui est montrée dans la hauteur de l'esprit et la pieuse méditation, comme en un modèle, afin qu'il construise selon la forme de la pauvreté — non des maisons pour y demeurer, mais des tabernacles pour les quitter — de manière ainsi à éveiller en lui le mépris de toutes les choses extérieures et l'amour des choses intérieures et célestes. »