Cornelius a Lapide
Table des matières
Synopsis du chapitre
On façonne l'autel des holocaustes ; et au verset 8, la cuve d'airain avec les miroirs des femmes ; et au verset 9, le parvis avec ses colonnes et ses voiles ; enfin, au verset 24, on dénombre les talents d'or, d'argent et d'airain offerts et dépensés pour la construction du tabernacle.
Texte de la Vulgate : Exode 38, 1-31
1. Il fit aussi l'autel des holocaustes en bois de sétim, de cinq coudées de côté et de trois coudées de hauteur ; 2. ses cornes s'élevaient de ses angles, et il le revêtit de lames d'airain. 3. Et pour son usage il prépara divers ustensiles d'airain : des marmites, des pinces, des fourchettes, des crochets et des brasiers. 4. Il fit aussi sa grille d'airain en forme de filet, et au-dessous, au milieu de l'autel, un foyer, 5. en fondant quatre anneaux aux quatre extrémités de la grille, pour y passer les barres afin de le porter, 6. lesquelles barres il fit aussi en bois de sétim et les revêtit de lames d'airain : 7. et il les passa dans les anneaux qui faisaient saillie sur les côtés de l'autel. L'autel lui-même n'était pas massif, mais creux, fait de planches et vide à l'intérieur. 8. Il fit aussi la cuve d'airain avec sa base, des miroirs des femmes qui veillaient à l'entrée du tabernacle. 9. Il fit aussi le parvis, dont le côté sud avait des tentures de fin lin retors, de cent coudées de long, 10. avec vingt colonnes d'airain et leurs bases ; les chapiteaux des colonnes et toute la ciselure étaient d'argent. 11. De même au côté nord, les tentures, les colonnes, les bases et les chapiteaux des colonnes étaient de même mesure, de même facture et de même métal. 12. Et du côté qui regarde l'occident, il y avait des tentures de cinquante coudées ; dix colonnes avec leurs bases d'airain, et les chapiteaux des colonnes et toute la ciselure étaient d'argent. 13. De plus, face à l'orient, il prépara des tentures de cinquante coudées, 14. dont quinze coudées avec trois colonnes et leurs bases occupaient un côté ; 15. et de l'autre côté (car il avait fait l'entrée du tabernacle entre les deux) il y avait également des tentures de quinze coudées, avec trois colonnes et autant de bases. 16. Toutes les tentures du parvis étaient tissées de fin lin retors. 17. Les bases des colonnes étaient d'airain, mais leurs chapiteaux avec toutes leurs ciselures étaient d'argent ; et il revêtit aussi d'argent les colonnes mêmes du parvis. 18. Et à son entrée il fit une tenture en ouvrage de broderie, d'hyacinthe, de pourpre, d'écarlate et de fin lin retors, qui avait vingt coudées de longueur ; la hauteur était de cinq coudées, selon la mesure qu'avaient toutes les tentures du parvis. 19. Les colonnes à l'entrée étaient au nombre de quatre, avec des bases d'airain, et leurs chapiteaux et ciselures étaient d'argent. 20. Il fit aussi les pieux du tabernacle et du parvis tout autour, en airain. 21. Voici les ustensiles du tabernacle du témoignage, qui furent dénombrés selon l'ordre de Moïse pour les cérémonies des lévites, par la main d'Ithamar, fils d'Aaron le prêtre ; 22. que Bézaléel, fils d'Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda, avait achevés sur l'ordre du Seigneur donné par Moïse, 23. avec son associé Oholiab, fils d'Ahisamech, de la tribu de Dan, qui était lui aussi un excellent ouvrier en bois, tisseur et brodeur en hyacinthe, pourpre, écarlate et fin lin. 24. Tout l'or qui fut dépensé pour l'ouvrage du Sanctuaire, et qui avait été offert en dons, s'élevait à vingt-neuf talents et sept cent trente sicles, selon la mesure du Sanctuaire. 25. Et il fut offert par ceux qui furent dénombrés à partir de vingt ans et au-dessus, parmi six cent trois mille cinq cent cinquante hommes en état de porter les armes. 26. Il y eut en outre cent talents d'argent, dont furent fondues les bases du Sanctuaire et l'entrée où pend le voile. 27. Cent bases furent faites de cent talents, chaque talent étant compté pour chaque base. 28. Et des mille sept cent soixante-quinze, il fit les chapiteaux des colonnes, qu'il revêtit aussi d'argent. 29. On offrit aussi de l'airain soixante-douze mille talents et quatre cents sicles en sus, 30. dont furent fondues les bases à l'entrée du tabernacle du témoignage, et l'autel d'airain avec sa grille, et tous les ustensiles servant à son usage ; 31. et les bases du parvis, tant autour de son enceinte qu'à son entrée, et les pieux du tabernacle et du parvis tout autour.
Verset 8 : Il fit la cuve d'airain avec les miroirs des femmes
8. IL FIT AUSSI LA CUVE D'AIRAIN AVEC SA BASE, DES MIROIRS DES FEMMES. — Pour « des miroirs », l'hébreu porte bemarot, c'est-à-dire « en visions » ou « en miroirs », comme pour dire : Il fit la cuve si polie et si lisse qu'elle servait de miroir, dans lequel, bien entendu, les femmes et les autres personnes venant au tabernacle pouvaient se voir. Ainsi dit Cajétan. Mais la lettre hébraïque beth, signifiant « en », est souvent prise pour min, signifiant « de » ou « avec ». C'est pourquoi d'autres traduisent généralement « des miroirs », ce que certains expliquent d'abord non pas en ce sens que la cuve aurait été faite de miroirs, mais qu'elle avait des miroirs suspendus autour d'elle, dans lesquels les prêtres pouvaient se regarder pour voir s'ils étaient tachés de souillures. D'autres pensent que la cuve fut faite de miroirs, c'est-à-dire des revêtements d'airain des miroirs. Ainsi dit Abulensis. Mais tout cela est sans fondement, car les Septante traduisent ek katoptron, et le Chaldéen ainsi que les autres entendent généralement mar'it comme des miroirs, et ils soutiennent que cette cuve de purification fut proprement faite à partir d'eux. Et l'on ne doit pas s'étonner que ces miroirs aient été faits d'airain, car Pline, livre XXXIII, chapitre IX, et livre XXXIV, chapitre XVII, enseigne qu'autrefois les meilleurs miroirs étaient ceux de Brindes, faits d'étain et d'airain très soigneusement polis et lissés, mais que par la suite les miroirs d'argent furent préférés. Certains soutiennent avec vraisemblance que ces miroirs ne constituaient pas la cuve entière, mais qu'ils y étaient habilement insérés tout autour et, pour ainsi dire, enchâssés — ce qui paraît assez facile à agencer et élégant, pourvu que l'on reconnaisse que la cuve était composée de ces miroirs, et qu'ils n'étaient pas simplement suspendus ou attachés à la cuve. Car de la même manière, des calices d'or sont sertis de diamants et d'autres pierres précieuses, à grand prix et avec beaucoup d'ornement et d'élégance ; et l'on peut véritablement dire de ceux-ci qu'ils sont faits de diamants ou qu'ils en sont composés, bien qu'ils soient constitués d'or pour la plus grande part.
Notons ici l'ancienne dévotion et la coutume par laquelle les saintes femmes d'autrefois, surtout lorsqu'elles se consacraient entièrement au service de Dieu, vouaient à Dieu leurs miroirs et leurs ornements, par lesquels elles avaient auparavant servi la vanité et le monde, étant désormais converties et consacrant ces objets, en même temps qu'elles-mêmes, à Dieu.
Ainsi Sophia, la belle-mère, et Constantina, épouse de l'empereur Maurice, offrirent leurs couronnes dans l'église de Dieu. Ainsi sainte Lutgardis, matrone très sainte et très chaste, outre son patrimoine, offrit aussi à l'église tout son attirail féminin, qu'elle possédait en riche abondance, afin que le culte divin en fût avancé.
Ainsi Pulchérie, fille d'Arcadius, bâtit de son patrimoine un noble temple à la Vierge Mère de Dieu, dans lequel elle fit conserver avec le soin le plus magnifique les vêtements de la bienheureuse Vierge, et les orna de pierreries, de colliers et même de ses propres vêtements ; et ainsi elle consacra à la bienheureuse Vierge tant ses biens qu'elle-même, y compris sa virginité, et elle mena une vie religieuse à la cour avec ses sœurs royales et avec son frère l'empereur Théodose, et plus tard avec son époux l'empereur Marcien, sa virginité demeurant toujours intacte ; et de cette position, elle administra l'empire sous l'un et l'autre avec la plus grande piété et le plus grand bonheur, telle une femme à la tête d'une si grande entreprise : Cédrénus et d'autres en sont témoins.
De la Romaine Paula, saint Jérôme écrit dans son épitaphe que, dès qu'elle se fut consacrée à Dieu, elle échangea tous ses ornements et même tout son attirail féminin contre du mobilier sacré. La même chose fut faite par sainte Élisabeth, fille d'André, roi de Hongrie, et épouse du landgrave de Thuringe, matrone d'une sainteté admirable, mère et servante des pauvres, comme on peut le voir dans sa Vie.
Écoutons aussi les païens. Livie, épouse d'Auguste, consacra au Capitole un cristal pesant environ 50 livres : Pline en est le témoin, livre XXXVII, chapitre II. Lorsque les Romains eurent décrété d'envoyer à Delphes une coupe d'or comme dîme de leur butin, et qu'ils n'avaient pas d'or sous la main, les matrones aussitôt, de leur propre gré, ôtèrent de leurs corps les ornements d'or et les fournirent tous, pesant huit talents, pour le don. Et c'est pourquoi le sénat décréta qu'un éloge funèbre serait prononcé en leur honneur ; Plutarque, dans sa Vie de Camille, en est le témoin.
QUI VEILLAIENT À L'ENTRÉE DU TABERNACLE. — Pour « qui veillaient », les Septante traduisent « qui jeûnaient » ; le Chaldéen, « qui priaient » ; Cajétan traduit « qui s'exerçaient ». L'hébreu tsobeath signifie proprement « qui servaient dans l'armée » ou « qui montaient la garde ». Il y avait donc, dit R. Abraham, en Israël des femmes craignant Dieu qui, méprisant la vanité du monde et s'efforçant de plaire à Dieu seul, offraient leurs miroirs au Seigneur et venaient chaque jour à l'entrée du tabernacle pour prier et entendre les préceptes de Dieu. Cette pratique fut encore plus répandue après la construction de ce tabernacle solennel, et surtout après l'édification du temple : car alors une habitation déterminée fut construite à l'entrée ou dans le parvis du tabernacle pour ces pieuses femmes, consacrées à la prière, au jeûne et au service du tabernacle. Telle fut Anne la prophétesse, Luc chapitre II, verset 27 ; et l'Écriture parle de ces femmes en I Rois chapitre II, verset 22, et II Maccabées chapitre III, verset 20. Parmi elles vécut et fut élevée la bienheureuse Vierge, après qu'elle eut été présentée au temple à l'âge de trois ans. C'était là comme une communauté religieuse de femmes dévotes de ce temps, qui était un type et une ombre de nos Religieuses, lesquelles peuvent à juste titre faire remonter leur origine et leur antiquité à celles-ci. Bien plus, les païens eux aussi instituèrent une communauté semblable de vierges qui veillaient dans les temples et gardaient le feu sacré de Vesta — d'où le nom de Vestales.
C'est donc une armée de soldats que la multitude des vierges religieuses qui, dans les couvents et les églises, présentées dans la fleur même de leur âge, suivent l'étendard de la Vierge Mère de Dieu. Car, comme le dit saint Jean Chrysostome dans l'Homélie 8 sur Matthieu, « Le combat contre le diable est commun aux femmes et aux hommes, et souvent dans un tel combat les femmes ont lutté plus vaillamment que les hommes et ont brillé de trophées illustres. » Et pour passer sous silence le reste, une faible femme a en elle-même un ennemi plus grand — à savoir l'inconstance et la pétulance de l'esprit autant que de la chair — qu'un homme : la victoire d'une femme est donc plus noble que celle d'un homme. Qui ne s'émerveillerait devant Thècle, Agnès, Catherine, Ursule ? « Telle est, » dit saint Ambroise au livre I Des Vierges, « cette milice céleste que l'armée des anges louant Dieu promet sur la terre. De là ce passage du Cantique des cantiques chapitre VII : Que verrez-vous dans la Sulamite, sinon les chœurs des camps ! » Les congrégations de vierges sont semblables à des camps parce qu'elles font la guerre à l'ennemi ; à des chœurs, parce qu'elles chantent les louanges divines, dit Théodose. D'où saint Ambroise, au même endroit : « Que dirai-je, » dit-il, « des vierges de Bologne, qui, quittant la demeure de leurs parents, s'avancent dans les tabernacles du Christ en infatigables soldats de la chasteté : tantôt elles résonnent de cantiques spirituels, tantôt elles gagnent leur vie par leurs travaux ? »
Que les vierges se proposent donc un autre miroir par lequel orner leur esprit et leurs mœurs par l'imitation — à savoir la bienheureuse Vierge, en qui, comme le dit saint Ambroise au livre II Des Vierges, « comme dans un miroir resplendit la beauté de la chasteté et la forme de la vertu. » saint Bernard dit avec vérité, Épître 413 : « Les filles de Babylone, » dit-il, « se vêtent de pourpre et de fin lin, mais leur conscience gît en haillons ; elles brillent de colliers, mais elles sont sordides dans leurs mœurs. Au contraire, toi, Sophia la vierge, tu es en haillons au-dehors mais tu resplendis de beauté au-dedans — mais pour les regards divins, non pour les regards humains : au-dedans est ce qui charme, parce qu'au-dedans est Celui qu'il charme. » Les images de Silène étaient telles que, fermées de l'extérieur, elles montraient l'aspect ridicule d'un joueur de flûte, mais ouvertes, elles révélaient une divinité. Tel était Socrate, dit Alcibiade. Et telle doit être la vierge — vile au-dehors, belle et divine au-dedans.
C'est pourquoi sainte Paula, comme saint Jérôme l'atteste, si elle voyait quelque vierge un peu trop soignée, reprenait la fautive avec un froncement de sourcils et un air attristé, en disant : « L'élégance du corps et du vêtement est une souillure de l'âme. »
Que les vierges et les femmes qui se consacrent à Dieu rejettent donc leurs miroirs qui servent la fragile beauté de la chair, et les vouent à Dieu comme des offrandes sacrées. C'est avec raison que la virginité, dans le poème de Nazianze, dépeint ainsi son propre aspect :
« Une chevelure négligée est ma parure, un manteau sans valeur mon vêtement. »
Verset 9 : Les tentures
9. Les tentures. — Il appelle ainsi partout ici les voiles du parvis, aux versets 10, 11, 12, 13, 15, 16, 18.
Verset 17 : Les bases des colonnes étaient d'airain
17. LES BASES DES COLONNES ÉTAIENT D'AIRAIN, MAIS LEURS CHAPITEAUX AVEC TOUTES LEURS CISELURES ÉTAIENT D'ARGENT. — « Chapiteaux », à juste titre : car Oleaster enseigne bien, d'après le chapitre XXVII, versets 10 et 11, que le mot hébreu vav signifie cela ; car là, tous traduisent vavim par « chapiteaux ». Mais parce qu'ici un autre mot hébreu est employé, qui signifie « tête », les Septante et les Chaldéens traduisent ici vavim par « crochets » : les uns et les autres ont raison, car vav signifie un clou et sa tête — telle est la forme de la lettre hébraïque vav, que les Septante et les Chaldéens appellent un crochet. Et il est vraisemblable que les chapiteaux des colonnes étaient tels que, comme un clou, ils se terminaient en pointe à la partie inférieure et en renflement à la partie supérieure, lequel renflement était la tête de ces chapiteaux, ou la tête des crochets. Vous pouvez donc traduire l'hébreu ainsi : il fixa les chapiteaux d'argent des colonnes avec leurs ciselures, et le revêtement d'argent, ou renflement des chapiteaux. Entendez le verset 19 de la même manière.
Verset 21 : Voici les ustensiles du tabernacle
21. VOICI LES USTENSILES DU TABERNACLE, etc. POUR LE SERVICE (c'est-à-dire pour le ministère, comme portent l'hébreu et les Septante) DES LÉVITES. — Car les lévites servaient au démontage et au transport du tabernacle lorsqu'il fallait déplacer le camp, et de nouveau à son remontage lorsque le camp devait être établi. Sur ceux-ci présidait Ithamar, le fils cadet d'Aaron, à qui par conséquent le compte de chacun des ustensiles du tabernacle devait être rapporté. De même qu'Éléazar, le frère d'Ithamar et le fils aîné, présidait aux autres lévites qui portaient les vases et le mobilier proprement dits du tabernacle, lesquels étaient uniquement les Caathites, c'est-à-dire les descendants de Caath, fils de Lévi. Sur ce sujet, voir davantage en Nombres IV.
Versets 25 et 26 : Ceux qui furent dénombrés à partir de vingt ans
25 et 26. ET IL FUT OFFERT PAR CEUX QUI FURENT DÉNOMBRÉS (qui furent comptés) À PARTIR DE VINGT ANS ET AU-DESSUS, PARMI SIX CENT TROIS MILLE CINQ CENT CINQUANTE HOMMES EN ÉTAT DE PORTER LES ARMES ; IL Y EUT EN OUTRE CENT TALENTS D'ARGENT. — « Il fut offert » — non pas l'or mentionné précédemment, car il avait déjà dit qu'il avait été recueilli non par le recensement du peuple mais par des dons volontaires ; mais plutôt ce qui avait été ordonné d'offrir lors du recensement selon la loi du chapitre XXX, 13, à savoir un demi-sicle d'argent par tête, de sorte que cent talents et 1 775 sicles d'argent furent offerts par six cent trois mille cinq cent cinquante Hébreux (car c'est le nombre de ceux qui furent comptés et dénombrés). Mais notre Traducteur a laissé cela à comprendre d'après le chapitre XXX, 13 ; et de peur de répéter trop souvent la même chose, il l'a omis, comme c'est sa coutume, d'autant que la répartition de l'argent recueilli par le recensement suit immédiatement. Ce qu'il traduit donc par « il y eut en outre cent », etc. revient à dire « il y eut donc » ou « d'où il y eut en outre » — c'est-à-dire : Lors du recensement, le montant prescrit fut offert par six cent trois mille cinq cent cinquante, à savoir un demi-sicle par tête ; d'où il advint qu'« en outre », c'est-à-dire en plus des 29 talents d'or mentionnés au verset 24, cent talents d'argent furent recueillis du recensement du peuple. Qu'il en soit ainsi, et que tel soit le sens, cela ressort clairement de l'hébreu, qui dit textuellement : et l'argent, à savoir le nombre et le poids qui furent offerts par les dénombrés de la congrégation, fut de cent talents, mille sept cent soixante-quinze sicles selon le poids du sanctuaire ; un demi-sicle par tête, ou de chaque tête, fut offert. Les Septante et le Chaldéen portent la même chose, mais notre Traducteur a omis une grande partie de cela pour la raison déjà indiquée. Ainsi disent Abulensis, Lipomanus et les Hébreux.
25. Hommes en état de porter les armes. — Ce mot n'est pas dans l'hébreu mais se comprend : car seuls ceux qui étaient aptes à la guerre et pouvaient porter les armes étaient comptés, comme je l'ai dit au chapitre XXXVIII, verset 14.
Verset 27 : Cent bases
27. CENT BASES. — Car il y en avait 40 au sud, 40 au nord, 16 du côté occidental, et 4 sous les quatre colonnes séparant le Saint du Saint des Saints, comme il avait été prescrit au chapitre XXVI, versets 19 et 32. Ainsi disent Abulensis, Cajétan et d'autres.
Verset 28 : Des mille sept cent soixante-quinze
28. ET DES MILLE SEPT CENT SOIXANTE-QUINZE. — Entendez : sicles, comme l'expriment les Septante et le Chaldéen, et comme il ressort de ce qui précède. IL FIT LES CHAPITEAUX DES COLONNES, QU'IL REVÊTIT AUSSI D'ARGENT — c'est-à-dire : Tout ce qui restait au-delà des 100 talents d'argent recueillis du recensement, à savoir 1 775 sicles, Moïse le dépensa pour les chapiteaux des colonnes et pour revêtir les colonnes d'argent. Non pas que ces 1 775 sicles fussent suffisants pour cela, mais qu'ils furent dépensés à cette fin ; et le reste qui manquait fut complété par d'autres fonds volontairement offerts par le peuple, qui ne sont pas comptés ici, mais dont l'Écriture fait mention au chapitre XXXV, 24. Car Moïse a voulu ici seulement consigner l'usage auquel l'argent recueilli par le recensement fut employé.
Note : Pour « il fit les chapiteaux », l'hébreu porte « il revêtit les chapiteaux », comme pour dire : Il fit le renflement des chapiteaux en argent. Les Septante traduisent « il orna leurs chapiteaux » ; mais il semble clairement qu'une erreur s'est glissée dans leur texte, de sorte qu'au lieu de katergyrosen (il argenta), s'est introduit le terme voisin katechryosen (il dora). Car l'hébreu, le Chaldéen et notre Traducteur enseignent que ces chapiteaux des colonnes furent argentés, non dorés, et cela ressort clairement du verset 19.
Verset 29 : On offrit aussi de l'airain
Verset 29. ON OFFRIT AUSSI SOIXANTE-DOUZE MILLE TALENTS D'AIRAIN ET QUATRE CENTS SICLES EN SUS. — L'hébreu et le Chaldéen portent ainsi : l'airain offert fut de soixante-dix talents, et deux mille, et quatre cents sicles. Les Septante, tels que nous les avons maintenant, entendent cela de sorte que les deux mille se rapportent non aux talents mais aux sicles ; Cajétan, Lipomanus, Vatable et d'autres auteurs plus récents les suivent. Mais alors il y aurait eu plus de talents d'argent offerts et dépensés que d'airain. De plus, avec si peu d'airain, on n'aurait pu faire 60 colonnes d'airain, dont j'ai parlé au chapitre 27, verset 10, ni les bases, l'autel, les marmites, les pieux, etc., puisque les seules bases d'argent des planches contenaient chacune un talent, comme nous l'avons vu au chapitre 27. C'est pourquoi tout s'accordera très bien si l'on distingue et ponctue ainsi : « On offrit d'airain soixante-dix talents, deux mille (suppléez : talents, et il ne faut pas s'étonner que le plus grand nombre soit placé après le plus petit ici ; car cela est habituel chez les Hébreux) et quatre cents sicles » ; de sorte qu'il y eut deux mille talents d'airain, et 70 talents, et 400 sicles en sus. Du reste, nul n'ignore que de très nombreuses erreurs se sont glissées dans les nombres chez les Septante, tout comme ici trois cents se sont ajoutés aux autres nombres.
Note : Deux mille talents avec 70 talents et 400 sicles font 258 766 livres ; c'est pourquoi tout cela ne pouvait être transporté sur six chariots, donnés aux Gersonites et aux Mérarites pour transporter les ustensiles du tabernacle, Nombres 7, 3. Car un chariot avec deux bœufs ne peut transporter trois mille livres ; mais tout au plus deux mille cinq cents, comme l'attestent les charretiers ; c'est pourquoi, pour transporter 258 766 livres, il fallait cent chariots. Donc ce qui ne pouvait être chargé sur six chariots fut en partie chargé sur d'autres chariots, en partie porté par les lévites eux-mêmes, et enfin la part d'airain qui ne fut pas employée pour les ustensiles du tabernacle mais resta excédentaire, étant profane, ne fut transportée non par les lévites, mais par des laïcs d'autres tribus dans des chariots.
Note en second lieu : Pour « il revêtit », l'hébreu porte chissac, c'est-à-dire il encercla, il fit le tour, c'est-à-dire il revêtit tout autour et en circuit.
Du talent hébraïque et de sa valeur
De ceci l'on déduit clairement (comme Vilalpando et quelques autres l'observent à juste titre) que le talent hébraïque contenait trois mille sicles. Je le démontre ainsi : car l'hébreu, le Chaldéen et les Septante disent ici, premièrement, que ceux qui furent dénombrés ici et offrirent le prix du recensement étaient six cent trois mille avec 550 ; et puisque chacun d'eux offrit un demi-sicle, il s'ensuit que le montant total offert, ou la somme des sicles, était la moitié du nombre des offrants, de sorte qu'il y avait autant de sicles entiers que d'offrants divisés par deux. Donc, puisque ceux qui offrirent le demi-sicle étaient six cent trois mille et 550, il s'ensuit que les sicles entiers offerts par eux s'élevaient à trois cent mille et 1 775. Deuxièmement, l'hébreu, le Chaldéen et les Septante disent que le total offert par eux était de 100 talents et 1 775 sicles. Or le total offert était, comme je l'ai dit, de trois cent mille sicles et 1 775 sicles ; donc trois cent mille sicles et 1 775 sicles font 100 talents et 1 775 sicles. Retirons maintenant les 1 775 sicles communs aux deux côtés ; il reste alors 100 talents équivalant à trois cent mille sicles. Divisez donc trois cent mille sicles par 100 talents, et vous obtiendrez trois mille sicles par talent. Ici donc, par une claire démonstration arithmétique, on conclut que le talent hébraïque contenait trois mille sicles — d'argent, s'il s'agissait d'un talent d'argent ; d'or, s'il s'agissait d'un talent d'or.
On objectera : Josèphe attribue au talent six mille sicles ; car au livre III, chapitre VII, il dit que le chandelier (qui était fait d'un talent d'or) pesait 100 mines ; or une mine avait 60 sicles, comme il ressort d'Ézéchiel XLV, 12, et de Josèphe, livre XIV des Antiquités, chapitre XII. Multipliez maintenant cent mines par soixante sicles, et vous trouverez six mille sicles pour 100 mines, et par conséquent pour un talent. Certains, comme Arias Montanus, Didacus, Covarruvias, Torniellus, Robert Cenalis dans son livre Des Mesures, et d'autres, à cause de cet argument, pensent qu'il y avait un double talent chez les Hébreux — l'un plus petit et commun, déjà mentionné, de trois mille sicles, et l'autre plus grand et sacré, de six mille sicles, à partir duquel le chandelier fut fabriqué. Mais cette diversité et cette variété du talent ne peuvent être prouvées par l'Écriture, et il n'est pas vraisemblable que Moïse ait employé le mot « talent » de manière équivoque et variable. De plus, Moïse ordonne ici que les sicles offerts par le peuple soient pesés au poids du sicle du sanctuaire, Exode XXX, 24 ; il pèse donc aussi le talent au poids du talent du sanctuaire. Or le talent du sanctuaire était grand, et selon ceux qui en posent deux sortes, il était le plus grand par rapport au talent profane et commun ; c'est donc le plus grand talent qui doit être pris ici, et non le plus petit. Vilalpando le démontre plus longuement dans son Apparatus de la Cité et du Temple, partie II, livre II, dispute IV, chapitre XXXIII, folio 409.
À Josèphe je réponds que, ou bien une erreur s'est glissée dans ses nombres ici, comme souvent ailleurs, ou bien Josèphe prend ici la mine dans un sens plus petit, à savoir une mine contenant non pas 60 mais seulement 30 sicles : car alors 100 mines feraient trois mille sicles. Puisque donc le talent hébraïque contenait trois mille sicles, et que le sicle contenait 4 drachmes — c'est-à-dire qu'il pesait autant que 4 réaux espagnols, 5 stuivers en argent, et 4 écus français en or — il s'ensuit qu'un talent d'or contenait et valait 12 000 écus français ; tandis qu'un talent d'argent contenait et valait trois mille florins.
De là il s'ensuit, premièrement, que le talent hébraïque était plus grand que le talent euboïque, qui valait 400 pièces d'or, et que le talent attique, qui en valait 600.
Il s'ensuit, deuxièmement, que le talent hébraïque pesait quatre-vingt-treize livres d'or et douze onces — je prends ici la livre comme la grande livre de seize onces. Cela est clair, car le sicle contenait quatre drachmes, soit une demi-once (car huit drachmes font une once) ; c'est pourquoi 32 sicles (qui font 128 écus français) font une livre d'or. Donc, par multiplication, un talent contenant trois mille sicles contenait 93 livres d'or et 12 onces. Mais si l'on prend la livre plus petite ou commune de douze onces, alors le talent contenait 125 livres.
Il s'ensuit, troisièmement, que d'un talent, c'est-à-dire de 93 grandes livres, le chandelier du temple pouvait facilement être fabriqué, Exode XXV, 39. De même, que David ne pouvait porter la couronne de Milcom, qui pesait un talent, mais que c'est seulement à partir d'elle, c'est-à-dire d'une partie de celle-ci, qu'il se fit un diadème, comme cela est expliqué en I Paralipomènes XX, 2 : car il n'eût pas convenu au saint roi de porter la couronne même d'une idole.
Il s'ensuit, quatrièmement, que Giézi, avec deux talents d'argent, pouvait facilement acheter des champs, des vignes, du bétail et des servantes, comme il est dit en IV Rois chapitre V, 23 et 26 ; car un talent d'argent équivalait à trois mille sicles d'argent, c'est-à-dire trois mille florins. Deux talents d'argent valaient donc six mille florins.
Il s'ensuit, cinquièmement, puisqu'une mine contenait 60 sicles (Ézéchiel XLV, 12), que le talent contenait 50 mines. Une mine contenait donc approximativement deux livres ; par conséquent, les boucliers de 300 mines que Salomon fit faire (III Rois X, 17) pesaient près de six cents livres, et ne pouvaient donc guère être portés par un seul homme, et étaient davantage faits pour l'étalage de la magnificence que pour l'usage — c'est pourquoi il fit aussi d'autres boucliers de 600 sicles.
Il s'ensuit, sixièmement, puisque David laissa à Salomon pour le temple, comme il est rapporté en I Paralipomènes XXII, 14, cent mille talents d'or et un million de talents d'argent, qu'il lui laissa deux mille quatre cents millions de pièces d'or. Par un million j'entends dix fois cent mille pièces d'or. Car cent mille talents d'or font mille deux cents millions de pièces d'or ; et précisément la même somme en or serait produite par un million de talents d'argent, car le rapport de l'argent à l'or est de dix pour un — un sicle d'or valant 10 (et à cette époque, 12) sicles d'argent. Cette somme d'or pourrait à peine se trouver aujourd'hui dans toute l'Europe ; c'est pourquoi David l'acquit non pas tant par sa propre industrie que par la bénédiction de Dieu, afin que les rois apprennent que s'ils servent Dieu, ils seront glorieux et riches comme David et Salomon. La manière de la rassembler — d'Ophir, par les tributs, par les guerres et les dépouilles, par les présents — est exposée par Vilalpando et Pizneda dans leur traité De Salomon. D'où qu'il l'ait obtenue, il est certain d'après l'Écriture qu'il eut tant d'or et d'argent ; c'est pourquoi l'Écriture dit qu'au temps de Salomon il y avait une telle abondance d'or à Jérusalem comme il y a de pierres, et que l'argent n'était même pas estimé. Mais j'en dirai davantage sur le talent et les poids à la fin du Pentateuque.