Cornelius a Lapide
Table des matières
Synopsis du chapitre
Dieu commande aux Hébreux de célébrer la Pâque au Sinaï, qui dans l'ordre fut la seconde (car la première, les Hébreux la célébrèrent en Égypte, Exode XII). En second lieu, verset 15, est décrite la nuée, qui était le guide de leur marche et de leur repos.
Texte de la Vulgate : Nombres 9, 1-23
1. Le Seigneur parla à Moïse, dans le désert du Sinaï, la seconde année après leur sortie de la terre d'Égypte, le premier mois, en disant : 2. Que les enfants d'Israël fassent la Pâque en son temps, 3. le quatorzième jour de ce mois, au soir, selon toutes ses cérémonies et justifications. 4. Et Moïse ordonna aux enfants d'Israël de faire la Pâque. 5. Et ils la firent en son temps, le quatorzième jour du mois, au soir, au mont Sinaï. Selon toutes les choses que le Seigneur avait commandées à Moïse, les enfants d'Israël les accomplirent. 6. Or voici que certains hommes qui étaient impurs à cause de l'âme d'un homme, et qui ne pouvaient faire la Pâque en ce jour, s'approchèrent de Moïse et d'Aaron, 7. et leur dirent : Nous sommes impurs à cause de l'âme d'un homme ; pourquoi sommes-nous frustrés au point de ne pouvoir offrir l'oblation au Seigneur en son temps parmi les enfants d'Israël ? 8. Moïse leur répondit : Attendez, que je consulte ce que le Seigneur ordonnera à votre sujet. 9. Et le Seigneur parla à Moïse, en disant : 10. Parle aux enfants d'Israël : L'homme qui sera impur à cause d'une âme, ou qui sera en voyage au loin dans votre nation, qu'il fasse la Pâque au Seigneur, 11. au deuxième mois, le quatorzième jour du mois, au soir ; ils la mangeront avec des pains azymes et des laitues sauvages : 12. ils n'en laisseront rien jusqu'au matin, et ils n'en briseront aucun os : ils observeront tout le rite de la Pâque. 13. Mais si quelqu'un est pur, et n'était pas en voyage, et cependant n'a pas fait la Pâque, cette âme sera retranchée de ses peuples, parce qu'il n'a pas offert le sacrifice au Seigneur en son temps : il portera son péché. 14. L'étranger aussi et le résident, s'ils se trouvent parmi vous, feront la Pâque au Seigneur selon ses cérémonies et ses justifications. Le même précepte sera parmi vous pour l'étranger comme pour l'indigène. 15. Donc, le jour où le tabernacle fut dressé, la nuée le couvrit. Mais depuis le soir, sur la tente, il y avait comme une apparence de feu jusqu'au matin ; 16. ainsi en était-il continuellement : le jour la nuée le couvrait, et la nuit, comme une apparence de feu. 17. Et lorsque la nuée qui couvrait le tabernacle s'élevait, alors les enfants d'Israël se mettaient en marche, et à l'endroit où la nuée s'arrêtait, là ils campaient. 18. Sur l'ordre du Seigneur ils se mettaient en marche, et sur son ordre ils plantaient le tabernacle. Tous les jours où la nuée demeurait sur le tabernacle, ils restaient au même lieu. 19. Et s'il arrivait qu'elle demeurât longtemps au-dessus, les enfants d'Israël étaient en veille pour le Seigneur, et ne se mettaient pas en marche. 20. Pendant autant de jours que la nuée était au-dessus du tabernacle. Sur l'ordre du Seigneur ils dressaient leurs tentes, et sur son ordre ils les démontaient. 21. Si la nuée était là depuis le soir jusqu'au matin, et qu'aussitôt à l'aube elle quittait le tabernacle, ils se mettaient en marche ; et si après un jour et une nuit elle s'éloignait, ils démontaient leurs tentes. 22. Mais si elle demeurait sur le tabernacle deux jours, ou un mois, ou un temps plus long, les enfants d'Israël restaient au même lieu et ne se mettaient pas en marche ; mais dès qu'elle s'éloignait, ils levaient le camp. 23. Sur la parole du Seigneur ils plantaient leurs tentes et sur sa parole ils se mettaient en marche : et ils étaient en veille pour le Seigneur selon son ordre donné par la main de Moïse.
Versets 1-2 : Le Seigneur parla à Moïse — l'ordre chronologique
Le Seigneur parla à Moïse dans le désert du Sinaï, la seconde année après leur sortie de la terre d'Égypte, le premier mois, en disant : Que les enfants d'Israël fassent la Pâque. — Il est de nouveau manifeste par là que l'ordre de l'histoire et du temps n'est pas observé ici : car selon cet ordre, ce chapitre devrait être placé avant le premier chapitre ; en effet, les événements narrés au chapitre I eurent lieu au deuxième mois, comme il y est dit ; mais ceux-ci se produisirent au premier mois de la même année : évidemment, Moïse voulut commencer ce livre des Nombres par le dénombrement du peuple et des Lévites, qui était le sujet principal de ce livre, et y ajouter ensuite les autres événements, même s'ils s'étaient produits auparavant.
Dieu proclama donc ces choses au premier mois, avant le quatorzième jour du mois, et ordonna que le quatorzième jour ils célébrassent la Pâque : et cela afin que le peuple sût que cette fête et son rite légal étaient permanents, et n'avaient pas été observés une seule fois pour la sortie effective d'Égypte, mais dureraient à jamais dans la terre de Canaan.
Je dis en Canaan : car dans le désert, après le départ du Sinaï, ils ne semblent plus avoir célébré la Pâque, parce que là ils étaient incertains du moment où il faudrait lever le camp. C'est pourquoi ils n'observèrent ni la circoncision ni les autres lois cérémonielles dans le désert, sauf celles qui sont expressément mentionnées, comme il est ici expressément déclaré que la seconde année, au premier mois, la Pâque fut célébrée.
Note : Quelles fêtes les Hébreux célébrèrent au Sinaï
Note : Les Hébreux au Sinaï ne célébrèrent que la Pâque ; ni la Pentecôte, ni la fête des Tabernacles, ni celle des Trompettes, etc. ; parce qu'ils partirent du Sinaï avant que le temps de ces fêtes ne fût venu ; car après l'érection du tabernacle, qui eut lieu le premier jour du premier mois de la deuxième année après la sortie d'Égypte, ils ne demeurèrent au Sinaï que 50 jours. En effet, ils levèrent le camp du Sinaï le 20e jour du deuxième mois, comme il ressort du chapitre X, verset 11 ; ils quittèrent donc le Sinaï avant la Pentecôte : car celle-ci tombait le sixième jour du troisième mois.
Verset 3 : Justifications
Justifications, — en hébreu, jugements, c'est-à-dire le rite dû et prescrit. On retrouve la même chose au verset 14.
Verset 5 : Ils firent la Pâque en son temps
Qui firent (la Pâque) en son temps, — à savoir le quatorzième jour du premier mois. En cette Pâque, ils n'observèrent pas la loi relative aux pains azymes, parce que dans le désert ils mangeaient quotidiennement la manne azyme renouvelée chaque jour.
Note : Cette Pâque ne fut mangée que par ceux qui étaient sortis d'Égypte. Car ceux qui étaient nés dans le désert étaient incirconcis ; il ne leur était donc pas permis de manger la Pâque : bien qu'ils ne l'eussent pas pu non plus en raison de leur âge, car ils étaient de tendres nourrissons d'un an. En effet, ces événements eurent lieu la seconde année après la sortie d'Égypte.
Verset 7 : Nous sommes impurs à cause d'une âme
Nous sommes impurs à cause d'une âme. — « Âme », c'est-à-dire un cadavre, par antiphrase, parce que nous avons touché le cadavre d'un homme. De telles personnes, en effet, selon Lévitique XXII, 4, sont exclues de tout sacrifice : et par conséquent de l'agneau pascal. De même, les lépreux, ceux qui ont un écoulement séminal et ceux qui souffrent d'un flux de sang, étant impurs, ne célébraient jamais la Pâque.
Pourquoi sommes-nous frustrés, — pourquoi sommes-nous privés ? En hébreu, pourquoi sommes-nous empêchés et écartés de la Pâque ?
Versets 10-11 : La seconde Pâque au deuxième mois
L'homme qui sera impur à cause d'une âme, ou qui sera en voyage au loin dans votre nation, qu'il fasse la Pâque au Seigneur au deuxième mois, — c'est-à-dire : Celui qui est impur ou qui voyage, loin de la Judée et de Jérusalem (car en elle seule il était permis de faire la Pâque, comme il ressort de Deutéronome XVI, 2) au temps de la Pâque, qu'il célèbre sa Pâque au deuxième mois. Les Juifs qui voyageaient au premier mois, c'est-à-dire le mois pascal, devaient donc se préparer, s'ils le pouvaient, à revenir chez eux avant le 14e jour où la Pâque devait être célébrée. Le même jugement s'applique à tous les impurs, car la raison est la même pour tous ; mais s'ils ne le pouvaient, ils devaient se préparer pour le deuxième mois, afin d'en célébrer la Pâque le quatorzième jour. De même, ceux qui aujourd'hui, à cause de l'absence ou d'une autre cause, ne peuvent communier à Pâques sont tenus, dès qu'ils reviennent ou qu'ils le peuvent, de communier et de célébrer leur Pâque.
Des vœux qui s'opposent au précepte de la Pâque
Il est donc clair que si un Juif avait fait le vœu de s'abstenir de viande pendant toute l'année, il aurait néanmoins été obligé, nonobstant son vœu, de manger la chair de l'agneau à la Pâque, parce que cela était commandé par Dieu, et ne pouvait donc être annulé par un vœu ; bien plus, si quelqu'un avait fait le vœu de ne pas manger de viande à la Pâque, il aurait péché, et son vœu aurait été nul, comme étant contraire au commandement de Dieu. Ainsi l'enseigne Abulensis.
Note sur « dans votre nation »
Note : Les mots dans votre nation doivent être rapportés non pas à en voyage, mais à l'homme, c'est-à-dire : Un homme de votre nation, qui sera au loin en voyage, qu'il fasse la Pâque au deuxième mois.
Si la Pâque pouvait être différée au-delà du deuxième mois
On demandera : Si au deuxième mois ils étaient encore impurs, ou étaient encore loin de Jérusalem, voyageant à l'étranger sur la route — leur eût-il été permis de célébrer la Pâque au troisième ou au quatrième mois ? Je réponds que cela n'eût pas été permis, tant parce qu'ici seul le deuxième mois est prescrit pour la Pâque, que parce que autrement l'ordre des fêtes eût été troublé, et la Pâque eût été célébrée en même temps que la Pentecôte, ou la fête des Tabernacles, des Trompettes, etc. ; et parce que du temps où les Hébreux furent tirés d'Égypte, c'est-à-dire du premier mois, ou du moins du plus proche, il est tenu le plus grand compte dans cette fête de la Pâque : car la fête de la Pâque était un mémorial exprès de la libération d'Égypte, autrefois accomplie en ce même temps ; et c'est ainsi que les Juifs la pratiquèrent, comme il ressort de II Paralipomènes XXX, 15, comparé avec le verset 18.
Objection tirée de saint Augustin
On objectera : saint Augustin ici, Question XV, prolonge la Pâque pour les impurs et les voyageurs jusqu'au troisième mois.
Je réponds : saint Augustin parle de manière disjonctive ; car il dit que de telles personnes ou bien célébrèrent la Pâque au troisième mois, ou bien certainement, si elles n'avaient pas fait la Pâque cette année-là, elles ne péchèrent pas — et c'est cette dernière partie qui est vraie.
Verset 13 : Il portera son propre péché
Il portera son propre péché (le châtiment de son péché — c'est une métonymie).
Verset 14 : L'étranger et le résident
L'étranger aussi et le résident, s'ils se trouvent parmi vous, feront la Pâque. — Pour étranger et résident, il n'y a en hébreu qu'un seul mot, ger, signifiant celui qui vient de l'étranger, c'est-à-dire un résident ; entendez, s'il est Juif, ou initié au judaïsme : car lui seul pouvait et était tenu de célébrer la Pâque ; et c'est pourquoi tous, même les étrangers et les prosélytes, qui le pouvaient, étaient tenus de venir à Jérusalem pour la Pâque : beaucoup cependant, habitant dans des lieux éloignés d'elle, étaient excusés en raison de divers empêchements. D'où il dit : « S'ils se trouvent parmi vous. »
Verset 15 : La nuée couvrit le tabernacle
Donc, le jour où le tabernacle fut dressé, la nuée le couvrit. — « Nuée », c'est-à-dire la colonne de nuée, qui précédait le camp comme un guide montrant le chemin à travers le désert vers Canaan, comme je l'ai dit à propos d'Exode chapitre XIII, verset 12.
On demandera si cette colonne de nuée était une nuée créée et réelle. Calvin, dans son commentaire sur Exode chapitre XIII, attaque l'exécrable délire de son disciple Servet : en effet, Servet imagina que cette nuée était incréée, comme si elle était la divinité même du Christ, qu'il substitua seul aux trois Personnes de la Très Sainte Trinité, qu'il niait ; comme si la divinité avait alors été corporelle, qu'il appelle un fils figuratif, qui plus tard se serait fait chair, non parce qu'il aurait revêtu la chair, mais parce qu'il serait apparu comme un homme, composé de trois éléments incréés et de la semence de David. Que de monstrueuses erreurs ici ! Tels sont les disciples que Calvin nous a donnés ; reconnaissez le corbeau à l'œuf : car Servet fut le mauvais œuf d'un mauvais corbeau (Calvin), parce que de Calvin l'hérésiarque il n'apprit rien d'autre que d'inventer des hérésies.
Je dis donc premièrement : Il est certain que cette nuée n'était pas incréée, mais créée, et qu'elle s'étendait vers le haut sous la forme et la figure d'une colonne, à laquelle un ange assistait comme un pilote à un navire, et par elle parlait au nom de Dieu, l'inclinant vers la terre ou vers le tabernacle, Nombres XII, 5. C'est pourquoi il est dit au Psaume XCVIII, 7 : « Dans une colonne de nuée il leur parlait. »
La nature de la colonne de nuée
Je dis deuxièmement que cette colonne de nuée était semblable à une nuée quant à sa matière et quant à sa couleur : car elle était blanche et lumineuse, à l'instar d'une nuée blanche ; cependant elle différait d'une nuée, parce qu'elle était, premièrement, plus pure et plus lumineuse qu'une nuée ; deuxièmement, plus dense et plus solide ; troisièmement, elle conservait toujours la forme d'une colonne, tandis que les nuées changent très souvent de forme. Quatrièmement, les nuées sont mues par les vents, cette colonne était mue par un ange. Cinquièmement, cette colonne était toujours semblable à elle-même, tandis que les nuées changent très souvent de couleur, de lieu ou de densité. Sixièmement, les nuées se dissolvent en pluie, cette colonne demeurait une colonne. Septièmement, les nuées sont mues d'un mouvement circulaire avec le ciel, cette nuée était mue d'un mouvement rectiligne, tantôt en avant, tantôt en arrière, tantôt sur le côté.
Car lorsque le camp se déplaçait, cette nuée se plaçait au-dessus ou devant l'étendard de la tribu de Juda (car celle-ci était la première et la conductrice des autres, comme il ressort du chapitre X, versets 13 et 14), et tous les camps suivaient son mouvement et sa conduite ; mais lorsque les camps devaient être établis, cette colonne revenait de l'étendard de la tribu de Juda au tabernacle, qui se trouvait au milieu des camps, comme il ressort du chapitre II, verset 2. Huitièmement, cette colonne adaptait son mouvement aux forces des Hébreux, de sorte qu'elle n'allait pas plus vite qu'ils ne pouvaient suivre : elle réglait donc son mouvement selon la force et le pas de tant de femmes, de petits enfants, de vieillards, de brebis, d'agneaux, etc., qu'il y en avait dans les camps des Hébreux, qui avaient coutume de marcher à pas lent.
L'apparence de feu pendant la nuit
Mais depuis le soir, sur la tente, il y avait comme une apparence de feu jusqu'au matin, — c'est-à-dire : Cette colonne avait de jour l'apparence d'une nuée, mais de nuit elle avait l'apparence du feu, qui illuminait tous les camps. Les Hébreux pensent qu'il y avait deux colonnes, l'une de nuée pendant le jour, à laquelle une autre de feu succédait la nuit ; mais il est plus vrai que c'était une seule et même colonne, qui de jour apparaissait telle qu'elle était réellement, à savoir une nuée dressée en forme de colonne : mais la nuit elle brillait comme du feu. Car dans ce passage il est dit que la nuit il y avait comme une apparence de feu, parce que cette nuée en forme de colonne apparaissait enflammée la nuit. Bien plus, Philon aussi rapporte que c'était la même colonne, mais une colonne qui de jour brillait d'un éclat solaire, et de nuit d'un éclat de flamme. Cela ressort encore du fait que dans Exode chapitre XIV, versets 20 et 24, la même est appelée colonne de nuée et de feu, qui s'interposa entre les camps des Hébreux et des Égyptiens, et illumina les Hébreux comme du feu, mais obscurcit les Égyptiens comme une nuée. Ainsi l'enseignent Abulensis, Cajétan, Pererius et d'autres, sur Exode XIII. D'où il ressort plus clairement que la vérité est que ce feu nocturne de la colonne n'était pas un vrai feu, mais comme du feu, c'est-à-dire qu'il avait l'apparence du feu, comme il est dit aux chapitres 15 et 16.
Objection : Pourquoi est-elle appelée feu ?
On objectera : Comment alors, en Exode 13, 12 et 22, cette colonne nocturne est-elle appelée feu, si en réalité elle n'était pas du feu mais une nuée ? Je réponds : Elle est appelée feu parce que, pour ceux qui la regardaient, elle semblait être du feu : car elle brillait comme du feu, et Dieu conférait cet éclat à la nuée pendant la nuit, mais le retirait pendant le jour. En effet, il est habituel pour l'Écriture de parler à la manière commune des hommes, et d'appeler une chose telle qu'elle apparaît, même si en réalité elle n'est pas telle. Ainsi elle appelle « dieux étrangers » les idoles, qui ne sont en réalité ni des dieux ni étrangères, mais qui sont regardées comme des dieux par les nations étrangères ou païennes. Ainsi, en Exode 3, le buisson est dit « en feu », parce qu'il semblait brûler ; cependant en réalité il ne brûlait pas. Car ainsi Platon, dans le Timée, distingue un triple feu : le premier, qui est dans un corps embrasé, comme dans un charbon ou un fer rougi ; le deuxième, qui est appelé flamme, et qui brûle et brille à la fois ; le troisième, qui brille mais ne brûle pas : telle est la lumière du soleil et des étoiles. D'où le Poète :
Vous, feux éternels, et vous, majesté inviolable,
je vous prends à témoin.
Ce feu n'était donc rien d'autre qu'une lumière et une splendeur admirable conférée à la colonne pendant la nuit, qui illuminait tout le camp, à la manière de la lune ou du soleil ; c'est pourquoi elle est aussi appelée un soleil dans Sagesse 18, 3. Remarquons ici que la lumière de cette colonne était rouge comme une flamme, comme le dit Philon. C'est pour cette raison qu'elle est appelée feu, et c'est pour cette raison que dans Sagesse 18, 3, cette colonne est dite « ardente », c'est-à-dire couleur de flamme, nommée non d'après la chaleur mais d'après la couleur.
La double fonction de l'unique colonne
Il y avait donc une seule colonne, mais elle avait une double fonction, et par conséquent une double apparence ou forme. Car de jour elle couvrait le camp d'ombre comme une nuée ; mais de nuit la même colonne l'illuminait, comme un flambeau de feu.
Sens allégorique : le Christ et le Saint-Esprit
Ainsi, allégoriquement, le Christ et le Saint-Esprit nous protègent comme une nuée et nous embrasent comme le feu. « L'Esprit de Jésus, dit saint Bernard, l'Esprit bon, l'Esprit Saint, l'Esprit droit, l'Esprit doux, l'Esprit fort, fortifiant les faibles, aplanissant ce qui est rude, purifiant les cœurs, rend léger tout ce qui en ce siècle mauvais semble difficile et étroit : il juge que l'injure reçue est une joie, et persuade que le mépris est une élévation. »
Sous cette conduite nous montons vers la terre promise, car, comme le dit le Vénérable Bède : « Les saints trouvent l'entrée de la vie céleste par la grâce septiforme du Saint-Esprit : humbles par la crainte de Dieu, miséricordieux par le zèle de la piété, discernants par la science, libres par la force de l'âme, prudents par le conseil, prévoyants par l'intelligence, mûrs par la sagesse. » C'est donc à juste titre que saint Augustin invoque le Saint-Esprit, en disant : « Inspire toujours en moi ta sainte œuvre, afin que je pense ; contrains-moi, afin que j'agisse ; persuade-moi, afin que je t'aime ; confirme-moi, afin que je te retienne ; garde-moi, afin que je ne te perde. »
Sens tropologique : colonnes de lumière — les saints
Tropologiquement, les colonnes de lumière sont les saints forts et illustres. L'abbé Hilarion vint un jour auprès de l'abbé Antoine, et l'abbé Antoine lui dit : « Bienvenue, étoile du matin, qui se lève à l'aurore. » Et l'abbé Hilarion répondit : « Paix à toi, colonne de lumière, qui soutiens le monde. » Comme on le trouve dans les Vies des Pères, livre V, traité 17, numéro 4.
Une telle colonne de lumière fut aussi Siméon le Stylite, qui, pour attirer tous les hommes de la terre au ciel, se tint sur une colonne pendant quatre-vingts ans, mangeant et dormant à peine, et toujours soit priant, soit donnant des conseils de salut à ceux qui approchaient. Ainsi Pierre, Jacques et Jean semblaient être des colonnes dans l'Église, dit Paul, Galates 2, 9.
Apocalypse 3, 12 — « Je ferai de lui une colonne »
C'est pour cette raison que le Christ, dans Apocalypse 3, 12, promet à l'Ange, c'est-à-dire à l'Évêque, de Philadelphie : « Celui qui vaincra, » dit-il, « je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, » c'est-à-dire : je ferai en sorte qu'il soit ferme, grand et glorieux tant dans l'Église que dans le ciel. Il fait allusion aux deux colonnes du temple, Booz et Jachin, III Rois 7, comme Viegas le montre longuement en cet endroit, section 6. D'où Richard de Saint-Victor expose d'abord ainsi : « Je ferai en sorte que celui qui vaincra les persécutions et les tentations soit comme une colonne, ferme en lui-même par la foi, droit par l'équité, élevé par l'intention, sublime par la contemplation, soutenant les autres par la parole de consolation, par le secours de la prière, par l'exemple de l'action. » Et Primasius : « Une colonne, dit-il, dans les édifices sert à la fois pour la défense et pour la beauté ; de même les gouvernants du monde sont éminents dans l'Église par la charge de la dignité, et portent les autres par le devoir de la charité. »
Deuxièmement, Ambroise : « Je ferai de lui une colonne, » c'est-à-dire un prédicateur dans l'Église ; de même que Paul, en Galates chapitre 2, appela Pierre, Jacques et Jean des colonnes. Mais parce qu'Origène, Tertullien et d'autres qui étaient pour ainsi dire des colonnes sont tombés, Ambroise dit qu'il vaut mieux comprendre : « Je ferai de lui une colonne, » c'est-à-dire qu'il sera exalté dans le ciel, d'où il ne sortira plus jamais.
Troisièmement, l'abbé Joachim : « Je ferai de lui une colonne, » c'est-à-dire un Prélat. Car un tel homme, premièrement, touche la terre de son corps, le ciel de son esprit ; deuxièmement, par la vie active il adhère à ceux d'en bas, et pourtant par la vie contemplative il regarde vers le haut ; troisièmement, il est poli par de nombreux coups ; quatrièmement, au milieu des tourbillons tempétueux des vents, il porte infatigablement la structure confiée à ses soins ; cinquièmement, il est calme et immobile comme une colonne.
Pererius note en cet endroit que l'on observe et loue huit qualités dans une colonne : à savoir la droiture, la hauteur, l'épaisseur, la fermeté, la rondeur, le poli, la couleur et le matériau, que l'on applique facilement à un prédicateur, à un Prélat et à tout Saint excellent dans l'Église, et surtout dans le ciel, où ces Saints, comme des colonnes ne subissant aucun changement, se tiendront pour l'éternité, exaltés et glorieux.
La vision de saint Éphrem sur le grand Basile
C'est pourquoi saint Éphrem, priant Dieu de lui révéler quel homme était le grand Basile, vit en extase une colonne de feu dont le sommet atteignait le ciel, et une voix d'en haut disant : Éphrem, Éphrem, de même que tu as vu cette colonne de feu, tel est le grand Basile, rapporte Amphiloque dans sa Vie.
Le mouvement de la colonne et de l'arche
Note : Chaque fois que la colonne se mettait en mouvement et précédait le camp, les prêtres soulevaient et portaient l'arche du Seigneur ; Moïse cependant invoquait Dieu, disant : « Lève-toi, Seigneur, et que tes ennemis soient dispersés, et que ceux qui te haïssent fuient devant ta face, » c'est-à-dire : Lève-toi, et sors avec nous, Seigneur, et marche devant le camp, et mets nos ennemis, qui sont également les tiens, en fuite et disperse-les, afin qu'ils n'osent pas nous attaquer. Mais lorsque la colonne s'arrêtait de nouveau, les prêtres déposaient l'arche, et Moïse, invitant le Seigneur qui siégeait pour ainsi dire sur l'arche à demeurer là avec les Hébreux, le priait ainsi : « Reviens, Seigneur, vers la multitude de l'armée d'Israël, » comme il ressort du chapitre 10, à la fin.
La durée de la colonne jusqu'à Josué
Les Hébreux pensent que la colonne de feu et de nuée cessa aussitôt après la mort d'Aaron, qui survint au cinquième mois de la quarantième année, quelques mois avant la mort de Moïse et l'entrée des Hébreux en Canaan. Mais ils se trompent ; car en Deutéronome 31, 15, peu avant la mort de Moïse, cette colonne est dite avoir apparu à Moïse et à Josué. Cette colonne dura donc jusqu'au commandement de Josué, et le conduisit, lui et les Hébreux, dans la terre même de Canaan, où, en même temps que la manne, elle cessa et disparut.
Verset 18 : Sur l'ordre du Seigneur
Sur l'ordre du Seigneur ils se mettaient en marche. — « Du Seigneur », à savoir qui mouvait par un ange la colonne de nuée qui était le guide de la marche, et par là avertissait et commandait au camp de se déplacer et de partir.
Verset 19 : Les veilles du Seigneur
Et s'il arrivait que la nuée demeurât longtemps au-dessus (du tabernacle), les enfants d'Israël étaient en veille pour le Seigneur, — c'est-à-dire qu'ils se tenaient comme faisant le guet et veillant sur le mouvement de la nuée, à savoir quand Dieu mettrait la nuée en mouvement et par là leur commanderait de lever le camp.
Note : La colonne se reposait deux fois par jour
Note : Cette colonne de nuée se reposait deux fois par jour, même pendant le déplacement du camp, à savoir au repas de midi et au souper : car en ces moments, hommes et animaux devaient préparer la nourriture et se restaurer. En outre, elle se reposait toujours le soir et la nuit : car alors hommes et animaux devaient prendre leur sommeil. C'est pourquoi nous ne lisons jamais qu'ils aient levé le camp de nuit ; mais quand elle se reposait plus longtemps, ils dressaient là les tentes, et un tel repos était appelé station ou halte, dont les Hébreux eurent quarante-deux dans le désert, comme il ressort du chapitre 33.
On demandera comment les Hébreux savaient que ce repos serait plus long et que le camp devait être planté là. Je réponds : de ceci : Si après midi, le repas étant déjà terminé, la colonne se reposait encore, c'était un signe que le camp devait être planté là ; de même, si après le repos de la nuit, au matin, la colonne se reposait encore, c'était un signe qu'il fallait rester là au moins jusqu'au repas de midi.
Verset 20 : Sur l'ordre du Seigneur ils dressaient leurs tentes
Sur l'ordre du Seigneur ils dressaient leurs tentes. — Et ils étaient en veille pour le Seigneur, — veillant sur le mouvement de la colonne, et par conséquent du camp, comme je l'ai dit au verset 19.
Verset 21 : Ils démontaient leurs tentes
Ils démontaient (c'est-à-dire enlevaient) leurs tentes, — et emballaient tous leurs biens.
Verset 23 : Sur la parole du Seigneur ils plantaient leurs tentes
Sur la parole du Seigneur ils plantaient leurs tentes, — c'est-à-dire : sur l'ordre du Seigneur donné à Moïse, de sorte que lorsque la colonne de nuée se mouvait, ils levaient le camp ; lorsqu'elle s'arrêtait, ils plantaient le camp. Les Hébreux levaient ou plantaient le camp en conséquence. Ainsi, tropologiquement, les Religieux qui suivent la conduite de l'obéissance, et les hommes pieux qui suivent leurs saintes inspirations, agissent sous la conduite et l'ordre du Seigneur ; c'est pourquoi il convient qu'ils soient en veille pour le Seigneur et disent : J'écouterai ce que le Seigneur dit en moi.
C'est donc à juste titre que saint Grégoire, XVII Moralia, 14, dit : « Quiconque, dit-il, est établi avec une droite intention dans l'œuvre de Dieu, est élevé comme une colonne dans la structure de l'édifice spirituel ; de sorte que, placé dans ce temple qu'est l'Église, il serve à la fois à l'utilité et à la beauté. »