Cornelius a Lapide

Nombres XV


Table des matières


Sommaire du chapitre

Une mesure fixe de libations pour chaque sacrifice est établie. Deuxièmement, une loi est promulguée concernant l'offrande des prémices du pain, de la moisson et des raisins, verset 18. Troisièmement, l'homme ramassant du bois le jour du sabbat reçoit l'ordre d'être lapidé, verset 32. Quatrièmement, Dieu ordonne aux Hébreux de porter des franges qui leur rappelleront toujours la loi de Dieu, verset 37.


Texte de la Vulgate : Nombres 15, 1-41

1. Le Seigneur parla à Moïse, disant : 2. Parle aux enfants d'Israël et dis-leur : Lorsque vous serez entrés dans la terre de votre habitation, que je vous donnerai, 3. et que vous ferez une offrande au Seigneur en holocauste, ou un sacrifice, accomplissant des vœux, ou offrant volontairement des dons, ou en vos solennités brûlant une odeur de suavité au Seigneur, de bœufs ou de brebis : 4. quiconque immolera une victime offrira un sacrifice de fleur de farine, un dixième d'épha, aspergé d'huile, qui aura la mesure d'un quart de hin ; 5. et du vin pour les libations de la même mesure, il donnera pour l'holocauste ou pour le sacrifice. Pour chaque agneau, 6. et pour les béliers, il y aura un sacrifice de fleur de farine de deux dixièmes, qui sera aspergé d'huile d'un tiers de hin ; 7. et du vin pour une libation d'un tiers de la même mesure, il offrira en odeur de suavité au Seigneur. 8. Mais lorsque vous ferez un holocauste de bœufs ou un sacrifice, pour accomplir un vœu ou des offrandes pacifiques, 9. vous donnerez pour chaque bœuf de la fleur de farine de trois dixièmes, aspergée d'huile, qui sera d'un demi-hin ; 10. et du vin pour les libations de la même mesure, en offrande d'une très suave odeur au Seigneur. 11. Ainsi ferez-vous 12. pour chaque bœuf et bélier et agneau et chevreau. 13. Tant les indigènes que les étrangers 14. offriront les sacrifices avec le même rite. 15. Il y aura un seul précepte et un seul jugement pour vous et pour les étrangers de la terre. 16. Le Seigneur parla à Moïse, disant : 17. Parle aux enfants d'Israël et dis-leur : 18. Lorsque vous serez venus dans la terre que je vous donnerai, 19. et que vous mangerez du pain de cette région, vous mettrez à part des prémices pour le Seigneur 20. de votre nourriture. De même que vous mettez à part les prémices de vos aires, 21. de même aussi donnerez-vous des prémices au Seigneur de votre pâte. 22. Et si par ignorance vous omettez quelqu'une de ces choses que le Seigneur a dites à Moïse, 23. et qu'il a commandées par lui à vous, depuis le jour où il commença à commander et au-delà, 24. et que la multitude a oublié de le faire : ils offriront un veau du troupeau, un holocauste en odeur très suave au Seigneur, et son sacrifice et ses libations, comme les cérémonies le requièrent, et un bouc pour le péché ; 25. et le prêtre priera pour toute la multitude des enfants d'Israël, et il leur sera pardonné, parce qu'ils n'ont pas péché volontairement, offrant néanmoins de l'encens au Seigneur pour eux-mêmes et pour leur péché et leur erreur ; 26. et il sera pardonné à tout le peuple des enfants d'Israël, et aux étrangers qui séjournent parmi eux, parce que la faute appartient à tout le peuple par ignorance. 27. Mais si une seule âme pèche par ignorance, elle offrira une chèvre d'un an pour son péché ; 28. et le prêtre priera pour elle, parce qu'elle a péché par ignorance devant le Seigneur, et il obtiendra son pardon, et il lui sera pardonné. 29. Pour les indigènes et pour les étrangers, il y aura une seule loi pour tous ceux qui pèchent par ignorance. 30. Mais l'âme qui commet quelque chose par orgueil, qu'il soit indigène ou étranger (parce qu'il s'est rebellé contre le Seigneur), périra du milieu de son peuple ; 31. car il a méprisé la parole du Seigneur et a rendu son commandement sans effet : c'est pourquoi il sera détruit et portera son iniquité. 32. Or il arriva, lorsque les enfants d'Israël étaient dans le désert, qu'ils trouvèrent un homme ramassant du bois le jour du sabbat ; 33. ils le présentèrent à Moïse et Aaron et à toute la multitude. 34. Et ils l'enfermèrent en prison, ne sachant ce qu'ils devaient faire de lui. 35. Et le Seigneur dit à Moïse : Que cet homme meure, que toute la multitude le lapide hors du camp. 36. Et lorsqu'ils l'eurent conduit dehors, ils le lapidèrent, et il mourut comme le Seigneur l'avait commandé. 37. Le Seigneur dit aussi à Moïse : 38. Parle aux enfants d'Israël et dis-leur qu'ils se fassent des franges aux coins de leurs vêtements, y plaçant des rubans d'hyacinthe ; 39. lesquelles, lorsqu'ils les verront, ils se souviendront de tous les commandements du Seigneur, et ne suivront pas leurs propres pensées et leurs yeux, se prostituant à des choses diverses, 40. mais plutôt, se souvenant des préceptes du Seigneur, ils les accompliront et seront saints pour leur Dieu. 41. Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai fait sortir de la terre d'Égypte, afin que je fusse votre Dieu.


Versets 2, 3 et 4 : Les libations pour chaque sacrifice

On peut se demander en quelle année après la sortie d'Égypte et à quel campement cette loi fut donnée, ainsi que les autres qui sont entrelacées dans ce chapitre et les suivants jusqu'au chapitre 20. Je réponds : Cela est incertain. Car Moïse passe ici sous silence dix-sept campements ; en effet, le dernier qu'il mentionne dans le chapitre précédent était le quinzième, à Rithma ; mais au chapitre 20, verset 1, il rapporte qu'ils vinrent à Cadès, qui était le trente-troisième campement : il tait donc et passe sous silence les campements intermédiaires, à savoir dix-sept. Il est vraisemblable, cependant, que tout cela fut dit et fait la deuxième année de la sortie d'Égypte. Car ils ne semblent pas avoir longtemps manqué des cendres de la vache rousse, dont il est question au chapitre 19, en raison des fréquentes purifications qui devaient nécessairement être faites avec ces cendres, après l'institution des cérémonies, des sacrifices et des prêtres au Sinaï.

2, 3 ET 4. LORSQUE VOUS FEREZ UNE OFFRANDE AU SEIGNEUR EN HOLOCAUSTE, OU UN SACRIFICE (pacifique, etc.), QUICONQUE OFFRE UNE VICTIME SACRIFICIELLE OFFRIRA UN SACRIFICE DE FLEUR DE FARINE. -- De ce passage et d'autres, il ressort clairement que les libations n'étaient habituellement ajoutées que dans l'holocauste et le sacrifice pacifique, mais non dans le sacrifice pour le péché, parce qu'en celui-ci aucune chair n'était brûlée pour Dieu. Car les libations n'étaient ajoutées qu'aux chairs, comme condiments de celles-ci, dans la mesure où elles étaient comme la nourriture et le festin de Dieu, que l'on assaisonne habituellement de telles choses. Excepté, toutefois, les libations du sacrifice pour le péché lors de la purification des lépreux, dont il est question en Lévitique 14, 11, où les libations étaient comme des compléments ou des condiments du sacrifice, et il y en avait cinq, à savoir : premièrement, la fleur de farine ; deuxièmement, l'huile ; troisièmement, le vin ; quatrièmement, le sel ; cinquièmement, l'encens ; mais parce que le sel et l'encens étaient en petite quantité, aucune mesure fixe n'en est prescrite ici, tandis que pour les trois autres elle est prescrite.

Notons deuxièmement : Pour l'huile et le vin dans la libation, la même mesure est toujours établie.

La manière et le rite de la libation étaient ceux-ci, comme l'a justement noté Abulensis : le laïc offrant la victime et les libations versait chez lui l'huile sur la farine prescrite pour son sacrifice, et dans la mesure prescrite ici, à savoir pour un dixième, ou pour un gomer de fleur de farine, il versait un quart de la mesure d'un hin ; pour deux dixièmes, il versait un tiers de hin ; pour trois, un demi-hin. Le hin était une mesure contenant douze sextarii hébreux, ou coupes de treize onces d'eau ou de vin, comme je le montrerai à la fin de cet ouvrage. Cette farine, qui devait être offerte en libation à Dieu, ne pouvait donc être mélangée avec de l'eau : car alors elle aurait été considérée comme impure et impropre au sacrifice, comme l'enseigne Abulensis dans son commentaire sur Nombres chapitre 28, question 23 ; elle devait être mélangée avec de l'huile. Ensuite l'offrant apportait la farine ainsi mélangée au Sanctuaire, avec la mesure de vin prescrite ici, et la remettait au prêtre, qui, la recevant, versait une partie du vin sur la victime à brûler, comme on le déduit du verset 5 et du chapitre 28, verset 14 ; et de la fleur de farine il prenait une poignée qu'il brûlait sur l'autel ; mais le reste de la farine et du vin, il le gardait pour son propre usage. Car les offrandes de libation revenaient toujours pour la plus grande part au prêtre, même dans les holocaustes.

Le rite du sacrifice et de la libation était donc celui-ci : le prêtre plaçait sur l'autel les chairs de la victime, ou la graisse, si elle seule devait être brûlée ; puis de la fleur de farine, qui avait été mélangée et assaisonnée de sel et d'une mesure déterminée d'huile, il prenait une poignée qu'il plaçait sur la victime à brûler ; et en même temps il versait non seulement sur la farine, mais aussi sur la victime elle-même, la portion prescrite de vin ; enfin il plaçait l'encens sur la victime, puis, ayant disposé le bois en dessous, il allumait le feu et brûlait et consumait la victime avec les libations en offrande à Dieu.


Verset 3 : Brûlant une odeur de suavité

3. BRÛLANT UNE ODEUR DE SUAVITÉ. -- brûlant, c'est-à-dire la victime ; laquelle combustion était en odeur de suavité, c'est-à-dire qu'elle était agréable et plaisante à Dieu, de même qu'une odeur très suave nous est agréable, par exemple celle de l'encens, de la rose, du musc, etc.

DE BŒUFS OU DE BREBIS -- ou de boucs, ou de chevreaux, comme il ressort du verset 11.


Verset 4 : Quiconque offrira une victime

4. QUICONQUE OFFRIRA UNE VICTIME SACRIFICIELLE -- quiconque présente une victime pour être sacrifiée. Car les laïcs ne faisaient que présenter les victimes, mais ne les sacrifiaient pas : cela en effet était le rôle des prêtres.


Verset 5 : Le vin pour les libations

5. ET DU VIN POUR LES LIBATIONS (c'est-à-dire les offrandes de boisson) À VERSER. -- D'où en hébreu on lit : « et du vin pour une libation. » De même le Chaldéen et les Septante.

Qu'il en est ainsi ressort clairement de l'hébreu, du chaldéen et des Septante. Ainsi Vatablus et les Hébreux.

Anagogiquement, Cyrille, livre 16 de De l'Adoration en esprit et en vérité, page 327, dit : Le vin signifie la joie, l'huile signifie l'allégresse, qui dans la gloire future sera dispensée inégalement aux Saints selon la mesure variée des bonnes œuvres offertes à Dieu.

De même, tropologiquement, à une œuvre pieuse plus grande il faut donner plus d'huile et de vin, c'est-à-dire plus d'allégresse et de dévotion, qu'à une moindre.


Pour chaque agneau

POUR CHAQUE AGNEAU. -- Ces mots doivent être rapportés à ce qui précède, avec les Bibles royales, l'hébreu, le chaldéen et les Septante, et non à ce qui suit. Car avec un agneau il fallait offrir un dixième de fleur de farine, mais avec un bélier deux dixièmes de fleur de farine, comme il suit.


Note sur les proportions des libations

Notons ici : Plus l'animal ou la victime était grand, plus la libation devait être importante. Car avec un agneau (sous lequel il faut aussi entendre un chevreau) qui n'avait pas encore dépassé un an, il fallait donner un dixième de fleur de farine et un quart de hin tant d'huile que de vin ; mais pour un bélier ou un bouc, il fallait donner deux dixièmes de fleur de farine, avec un tiers de hin d'huile et de vin ; enfin pour un jeune taureau ou un bœuf, il fallait donner trois dixièmes de fleur de farine, avec un demi-hin d'huile et de vin.


Verset 13 : Étrangers et indigènes

13. ÉTRANGERS -- c'est-à-dire les gens venus d'ailleurs, à savoir les prosélytes convertis au judaïsme. Car en hébreu celui-ci est appelé ger, que notre traducteur rend tantôt par « étranger », tantôt par « immigrant », comme il ressort des versets 13, 14, 26 et ailleurs.

14. IL Y AURA UN SEUL PRÉCEPTE ET JUGEMENT (c'est-à-dire statut ou loi ; car c'est l'hébreu mishpat) TANT POUR VOUS QUE POUR LES ÉTRANGERS (prosélytes) DE LA TERRE.


Verset 19 : Les prémices de votre nourriture

19. VOUS METTREZ À PART DES PRÉMICES POUR LE SEIGNEUR DE VOTRE NOURRITURE (c'est-à-dire de votre pain) -- comme il a été dit précédemment. Cela sera plus clair au verset 20.


Versets 20-21 : Les prémices des mets préparés

20 ET 21. DE MÊME QUE VOUS METTEZ À PART LES PRÉMICES DES AIRES : DE MÊME AUSSI DE VOS METS PRÉPARÉS VOUS DONNEREZ LES PRÉMICES AU SEIGNEUR. -- Sous « aires » il faut aussi entendre « pressoirs ». Car de même que de l'aire ils devaient offrir à Dieu les prémices de la moisson, de même de la vigne ou du pressoir ils devaient offrir les prémices de la vendange et des raisins à la fin de l'année, à savoir à la fête des Tabernacles. De plus, les prémices devaient être données « des mets préparés », c'est-à-dire du pain. Ainsi l'hébreu, le chaldéen et les Septante. Le pain est donc ici appelé « mets préparé » parce que les anciens, tant Romains qu'Hébreux, utilisaient de la bouillie en guise de pain ; d'où ils furent aussi appelés « mangeurs de bouillie ». Car donner à Dieu des prémices quotidiennes de tous les autres aliments eût été quasi impossible. C'est donc seulement lorsque les Hébreux cuisaient du pain qu'ils donnaient quelque pain des prémices aux prêtres, ou aux Lévites qui se trouvaient dans leur ville, ou qui avaient été désignés par le grand prêtre et les prêtres pour recevoir les prémices.


La tradition de la challah chez les Juifs

Aujourd'hui encore les femmes juives, chaque fois qu'elles pétrissent la pâte, séparent la challah, c'est-à-dire un gâteau ou un petit pain rond, du reste de la pâte, et le consacrent pour ainsi dire au Seigneur. Mais parce qu'ils n'ont plus de temple ni de prêtres à qui il était donné, ils le jettent dans le four et le brûlent : car ils disent qu'il n'est pas permis de le manger ; il serait assurément meilleur de le donner aux pauvres. Du reste, la formule de la bénédiction qu'utilise la femme lors de la consécration de ce gâteau est celle-ci : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l'univers, qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as ordonné de séparer le gâteau de la pâte », etc. J'en dirai davantage sur ces prémices au chapitre 28, verset 12.

C'est donc avec piété, et conformément à ce conseil, voire à cette loi de Dieu, qu'agissent les mères de famille chrétiennes qui, chaque fois qu'elles pétrissent le pain, mettent un pain de côté en prémices pour Dieu et pour les pauvres.


Versets 22 et 24 : Les péchés d'ignorance

22 ET 24. MAIS SI PAR IGNORANCE VOUS AVEZ OMIS QUELQU'UNE DE CES CHOSES, etc., ET QUE LA MULTITUDE A OUBLIÉ DE LE FAIRE, ELLE OFFRIRA UN VEAU DU TROUPEAU EN HOLOCAUSTE, etc., ET UN BOUC POUR LE PÉCHÉ. -- On pourrait objecter : En Lévitique 4, 13, il est prescrit que si toute la multitude des enfants d'Israël pèche, elle doit offrir un taureau pour le péché, à brûler hors du camp ; comment donc cette loi prescrit-elle un taureau non pour le péché, mais en holocauste, et un bouc pour le péché ? Cajétan répond que le Lévitique parle des péchés commis contre le droit divin naturel, tandis que cette loi parle des péchés commis contre le droit positif de Dieu, et que par conséquent une victime différente est prescrite pour l'expiation ici et là. Mais cela ne semble pas vrai : car cette loi du Lévitique, au même chapitre 4, parlant des victimes et des péchés tant du prince que de chaque particulier, parle de tous leurs péchés quels qu'ils soient ; par conséquent, de même, lorsqu'elle parle des victimes et des péchés de tout le peuple, elle parle de tous ses péchés quels qu'ils soient.

Je dis donc que cette loi est différente de celle du Lévitique : et par conséquent, outre le taureau pour le péché prescrit en Lévitique 4, il est ici ordonné au peuple pécheur d'offrir en outre un autre taureau en holocauste, et un bouc pour le péché. Ainsi Abulensis.

Notons : Ce bouc pour le péché n'était pas brûlé hors du camp (car rien de tel n'est dit ici), comme l'était ce taureau de Lévitique 4, parce que le sang de ce bouc n'était pas apporté dans le Saint des saints, comme y était apporté le sang de ce taureau. Seule la graisse de ce bouc revenait donc à Dieu et était brûlée pour lui, tandis que la chair revenait au prêtre : car c'est ainsi que l'on procédait dans les autres sacrifices pour le péché, selon la loi de Lévitique 6, 26.

24. ET SON SACRIFICE ET SES LIBATIONS (entendez un sacrifice de grains : car en hébreu c'est minchah ; et les libations sont les offrandes de boisson d'huile et de vin, à offrir avec le taureau et le bouc), COMME LES CÉRÉMONIES (ici prescrites par moi) LE REQUIÈRENT.


Verset 25 : Ils n'ont pas péché volontairement

25. PARCE QU'ILS N'ONT PAS PÉCHÉ VOLONTAIREMENT. -- Car si quelqu'un péchait volontairement, et par orgueil méprisant le commandement de Dieu, cette faute n'était pas expiée par un sacrifice, mais par le juge, si l'affaire était prouvée ; sinon, il était puni et mis à mort par Dieu, comme il ressort du verset 31.

OFFRANT NÉANMOINS DE L'ENCENS AU SEIGNEUR, c'est-à-dire : Leur péché leur sera pardonné, parce qu'il a été commis par ignorance ; de telle sorte cependant qu'ils offrent néanmoins de « l'encens », c'est-à-dire le sacrifice ou la victime qui vient d'être prescrit, qui doit être brûlé et consumé par le feu pour Dieu. Cela ressort de l'hébreu, du chaldéen et des Septante. Car ainsi « encens », ou comme il est dit en hébreu, « une offrande par le feu », est souvent pris dans le Lévitique, non pour l'encens proprement dit, mais pour un sacrifice et une victime animale.


Verset 30 : Rébellion contre le Seigneur

30. PARCE QU'IL S'EST REBELLÉ CONTRE LE SEIGNEUR. -- Les Septante et le Chaldéen rendent : parce qu'il a provoqué le Seigneur.


Verset 31 : Il a rendu le commandement sans effet

31. IL A RENDU LE COMMANDEMENT SANS EFFET -- non quant à l'obligation du commandement, mais quant à sa fin et à son but, qui est d'obéir au commandement. Ainsi les Hébreux disent souvent : « Il a rendu la loi sans effet », c'est-à-dire il a transgressé la loi, l'a violée et lui a été désobéissant ; car un tel homme, autant qu'il est en son pouvoir, brise, détruit et rend sans effet la loi elle-même.


Verset 32 : L'homme ramassant du bois le jour du sabbat

32. OR IL ARRIVA, LORSQUE, etc., ILS TROUVÈRENT UN HOMME RAMASSANT DU BOIS LE JOUR DU SABBAT. -- De ceci il ressort que le sabbat était observé dans le désert, bien que les Hébreux n'y observassent pas les autres lois cérémonielles, parce que le sabbat avait été promulgué par la voix de Dieu au Sinaï devant tout le peuple, Exode 20, 8. Les Hébreux observaient donc le sabbat dans le désert quant à l'abstention du travail, mais non quant aux sacrifices, à savoir qu'au sabbat ils devaient offrir deux agneaux, l'un le matin et l'autre le soir ; car après leur départ du Sinaï, ils ne sacrifièrent plus jusqu'à ce qu'ils atteignissent Canaan.


Verset 34 : Ne sachant que faire de lui

34. NE SACHANT CE QU'ILS DEVAIENT FAIRE DE LUI. -- En hébreu, ki lo paras, c'est-à-dire parce qu'il n'avait pas été déclaré, ou, comme rendent les Septante, décrété, ce qu'on devait faire de lui. Car bien qu'en Exode 31, 14, la peine de mort eût été prononcée contre celui qui violait le sabbat, les Hébreux ne savaient pas si Dieu voulait qu'on mît quelqu'un à mort pour un travail aussi minime que de ramasser du bois ; et s'il le voulait, ils ne savaient pas par quel genre de mort il désirait qu'il fût frappé. Dieu ordonne donc ici qu'il soit lapidé. Voyez ici combien strictement et sévèrement Dieu ordonne que ses préceptes et ses fêtes soient observés.


Exemples de violateurs du sabbat punis

Grégoire de Tours, livre 1 de De la Gloire des Martyrs, chapitre 15, rapporte qu'une certaine femme qui pétrissait du pain le dimanche eut sa main aussitôt enflammée par le feu divin.

Rodrigue de Tolède, partie 4 de l'Histoire d'Espagne, rapporte que Jean, roi victorieux de Castille, s'adonnant à l'équitation le dimanche avant le déjeuner, fut jeté à bas de son cheval qui trébucha et mourut écrasé, afin que nous apprenions à consacrer les jours de fête à Dieu, et non à la chasse ou aux vains amusements. Dans la Vie de saint Austregisile, archevêque de Bourges, qui se trouve chez Surius sous le 20 mai, chapitre 9, il est rapporté que, lorsqu'un certain meunier nommé Monulphus réparait sa meule le dimanche, le manche de son outil adhéra si fermement à sa main que personne ne pouvait l'en retirer. Du sang jaillit aussi entre ses doigts, lequel, se putréfiant, provoquait la nausée de tous par sa puanteur. Mais il fut guéri par saint Austregisile qui toucha sa main. Eucher, dans la Vie de saint Maurice et de ses compagnons Martyrs, écrit qu'un certain orfèvre, païen, parce qu'il travaillait chez lui le dimanche, fut battu par les Martyrs thébains, et que par cette terreur il devint chrétien.


Verset 38 : Des franges aux coins de leurs vêtements

38. DIS-LEUR QU'ILS SE FASSENT DES FRANGES AUX COINS DE LEURS VÊTEMENTS. -- En hébreu : qu'ils se fassent des franges aux ailes, c'est-à-dire aux extrémités de leurs vêtements, à savoir les vêtements extérieurs, que l'on appelle manteaux : sur ceux-ci donc il est ordonné aux Hébreux de coudre ou de tisser des franges fil à fil, de sorte qu'elles dépassent de la manière dont nous voyons les franges, ou les fils restants, dépasser aux extrémités des tissus.


Les Pharisiens et les franges du Christ

De là les Pharisiens, comme le Christ en témoigne en Matthieu 23, 5, pour paraître plus religieux que les autres, agrandissaient ces franges ; bien plus, le Christ lui-même, selon la coutume de sa nation, portait ces franges, comme il ressort de Luc 8, 44, où la femme atteinte d'un flux de sang est dite avoir touché la frange du vêtement du Christ et avoir été guérie aussitôt.

Par-dessus ces franges, les Juifs tiraient et étendaient tout autour un fil, ou un ruban, ou une bande de couleur hyacinthe, tant pour se distinguer, afin que par ce signe ils fussent reconnus des Gentils, que par piété, afin que cela fût comme un mémorial des commandements de Dieu.


La couleur hyacinthe et sa signification

Or ces franges étaient d'hyacinthe, c'est-à-dire de couleur violette et céleste, afin qu'il fût signifié par là que la conduite et l'espérance des Juifs devaient être dans le ciel, de sorte que, ayant leurs pensées auprès de Dieu, ils eussent toujours devant les yeux la crainte et la présence de Dieu ; car voici ce qui suit : « Lorsqu'ils les verront, qu'ils se souviennent de tous les commandements du Seigneur. »


Les coutumes juives relatives aux franges

Les Juifs, encore à notre époque, pratiquent cette cérémonie dans leurs synagogues. Car parmi leurs autres vêtements, ils en ont un ressemblant à un plastron, sauf qu'il n'a pas de manches, qu'ils utilisent quotidiennement dans leurs prières, et ils le revêtent par-dessus tous leurs autres vêtements, et ils l'appellent arba camphot, c'est-à-dire « quatre coins » ; car il a quatre ailes ou coins, desquels pendent les tzitzit, c'est-à-dire ces fils torsadés ou franges, qu'ils appellent communément zetten, et ils disent que ceux-ci ont un pouvoir spécial contre la mauvaise concupiscence, et cela d'après ce qui est ajouté ici : « Qu'ils ne suivent pas leurs propres pensées et leurs yeux, se prostituant à des choses diverses. » C'est pourquoi ceux d'entre eux qui sont plus religieux, ou plutôt plus superstitieux, portent toujours ce vêtement à franges sous leurs autres vêtements, dit Oleaster et d'autres. Saint Jérôme ajoute dans son commentaire sur Matthieu 23 que les Juifs inséraient dans ces franges des épines très acérées, afin qu'en marchant ils fussent toujours rappelés à la loi divine par leurs piqûres. Que feront alors les chrétiens ? Comment s'efforceront-ils pour que la loi de Dieu soit constamment observée devant leurs yeux ?


Verset 39 : Ne pas suivre leurs propres pensées et leurs yeux

39. QU'ILS NE SUIVENT PAS LEURS PROPRES PENSÉES ET LEURS YEUX, SE PROSTITUANT À DES CHOSES DIVERSES. -- En hébreu : de peur que vous n'exploriez, ou ne regardiez, ou ne recherchiez d'après votre cœur et d'après vos yeux, à la suite desquels vous vous prostituez, c'est-à-dire : Portez ces franges, afin qu'étant rappelés par elles à la loi de Dieu, vous ne suiviez pas les pensées et, comme traduit le Chaldéen, hirhur, c'est-à-dire la curiosité impie de votre cœur, et la concupiscence de vos yeux, qu'en suivant vous vous écartez des préceptes de Dieu, et que, comme des fornicateurs, vous vous souillez de l'amour illicite des choses convoitées et de péchés, dit Vatablus.