Cornelius a Lapide

Nombres XVIII


Table des matières


Synopsis du chapitre

Pour leur part héréditaire, leur subsistance et leur rétribution, Dieu assigne aux prêtres les victimes sacrificielles, les prémices et les offrandes ; et aux Lévites, verset 21, les dîmes. En second lieu, verset 26, Il ordonne aux Lévites de donner la dîme de leurs dîmes aux prêtres, et ce, les meilleures et les plus choisies.


Texte de la Vulgate : Nombres 18, 1-32

1. Et le Seigneur dit à Aaron : Toi, et tes fils, et la maison de ton père avec toi, vous porterez l'iniquité du Sanctuaire, et toi et tes fils ensemble vous porterez les péchés de votre sacerdoce ; 2. mais prends aussi avec toi tes frères de la tribu de Lévi, et le sceptre de ton père, et qu'ils se tiennent prêts et te servent : mais toi et tes fils, vous servirez dans le tabernacle du témoignage. 3. Et les Lévites veilleront selon tes ordres, et pour tous les travaux du tabernacle : à cette seule condition qu'ils n'approchent pas des vases du Sanctuaire ni de l'autel, de peur qu'eux et vous ne mouriez ensemble. 4. Mais qu'ils soient avec toi, et qu'ils veillent à la garde du tabernacle, et dans toutes ses cérémonies. Aucun étranger ne se mêlera à vous. 5. Veillez à la garde du Sanctuaire, et au ministère de l'autel, de peur que l'indignation ne s'élève contre les enfants d'Israël. 6. Je vous ai donné vos frères les Lévites du milieu des enfants d'Israël, et je les ai livrés en don au Seigneur, pour qu'ils servent dans les ministères de Son tabernacle. 7. Mais toi et tes fils, gardez votre sacerdoce ; et tout ce qui concerne le culte de l'autel, et ce qui est au-delà du voile, sera administré par les prêtres : si un étranger s'approche, il sera mis à mort. 8. Et le Seigneur parla à Aaron : Voici, je t'ai donné la garde de Mes prémices. Tout ce qui est sanctifié par les enfants d'Israël, je te l'ai livré, à toi et à tes fils, pour la charge sacerdotale, comme une ordonnance perpétuelle. 9. Voici donc ce que tu recevras des choses qui sont sanctifiées et offertes au Seigneur. Toute offrande, et tout sacrifice, et tout ce qui m'est rendu pour le péché et pour le délit, et qui entre dans le Saint des Saints, sera à toi et à tes fils. 10. Dans le Sanctuaire tu le mangeras : seuls les mâles en mangeront, car il t'est consacré. 11. Mais les prémices que les enfants d'Israël auront vouées et offertes, je les ai données à toi, et à tes fils et tes filles, par droit perpétuel : quiconque est pur dans ta maison en mangera. 12. Tout le meilleur de l'huile, et du vin, et du blé, tout ce qu'ils offrent en prémices au Seigneur, je te l'ai donné. 13. Tous les premiers produits des fruits que la terre produit, et qui sont portés au Seigneur, passeront à ton usage : quiconque est pur dans ta maison en mangera. 14. Tout ce que les enfants d'Israël auront rendu en accomplissement d'un vœu sera à toi. 15. Tout ce qui sort le premier du sein de toute chair, qu'ils offrent au Seigneur, qu'il s'agisse d'hommes ou de bêtes, sera de ton droit : à cette seule condition que pour le premier-né de l'homme tu acceptes un prix, et que tu fasses racheter tout animal qui est impur : 16. dont le rachat se fera après un mois, pour cinq sicles d'argent, au poids du Sanctuaire. Le sicle a vingt oboles. 17. Mais le premier-né du bœuf, et de la brebis, et de la chèvre, tu ne le feras pas racheter, car ils sont sanctifiés au Seigneur ; seulement tu répandras leur sang sur l'autel, et tu brûleras la graisse en odeur très suave au Seigneur. 18. Mais la chair passera à ton usage, tout comme la poitrine consacrée, et l'épaule droite, seront à toi. 19. Toutes les prémices du Sanctuaire, que les enfants d'Israël offrent au Seigneur, je les ai données à toi, et à tes fils et tes filles, par droit perpétuel. C'est une alliance de sel, éternelle devant le Seigneur, pour toi et tes fils. 20. Et le Seigneur dit à Aaron : Dans leur terre vous ne posséderez rien, et vous n'aurez pas de part parmi eux ; je suis ta part et ton héritage au milieu des enfants d'Israël. 21. Mais aux fils de Lévi j'ai donné toutes les dîmes d'Israël en possession, pour le ministère par lequel ils me servent dans le tabernacle de l'alliance : 22. afin que les enfants d'Israël n'approchent plus du tabernacle, et ne commettent pas un péché mortel, 23. les seuls fils de Lévi me servant dans le tabernacle et portant les péchés du peuple : ce sera une ordonnance perpétuelle pour vos générations. Ils ne posséderont rien d'autre, 24. se contentant de l'offrande des dîmes, que j'ai mises à part pour leur usage et leurs nécessités. 25. Et le Seigneur parla à Moïse, disant : 26. Ordonne aux Lévites, et déclare-leur : Quand vous recevrez des enfants d'Israël les dîmes que je vous ai données, offrez-en les prémices au Seigneur, c'est-à-dire la dixième partie de la dîme, 27. afin que cela vous soit compté comme une offrande de prémices, tant des aires que des pressoirs : 28. et de toutes les choses dont vous recevez les prémices, offrez au Seigneur et donnez à Aaron le prêtre. 29. Tout ce que vous offrirez des dîmes, et que vous mettrez à part comme dons du Seigneur, sera le meilleur et le plus choisi. 30. Et vous leur direz : Si vous offrez ce qu'il y a d'excellent et de meilleur parmi les dîmes, cela vous sera compté comme si vous aviez donné les prémices de l'aire et du pressoir : 31. et vous les mangerez en tous vos lieux, vous et vos familles, car c'est le prix du ministère par lequel vous servez dans le tabernacle du témoignage. 32. Et vous ne pécherez pas en cette matière, vous réservant les choses excellentes et grasses, de peur que vous ne profaniez les offrandes des enfants d'Israël, et que vous ne mouriez.


Verset 1 : Vous porterez l'iniquité du Sanctuaire

1. TOI ET TES FILS, VOUS PORTEREZ L'INIQUITÉ DU SANCTUAIRE — c'est-à-dire : toi et ta postérité, en tant que prêtres, vous subirez les châtiments si quelqu'un parmi le peuple pèche dans les cérémonies du Sanctuaire, ou si un étranger s'y introduit, par votre négligence, ou par crainte et dissimulation. Car je vous ai maintenant confirmés dans le sacerdoce, et par les deux miracles rapportés aux chapitres 16 et 17, je vous ai assuré l'autorité auprès du peuple : c'est donc votre devoir de défendre courageusement les choses sacrées de Dieu et les droits du sacerdoce.


Verset 2 : Prends le sceptre de ton père

2. ET PRENDS LE SCEPTRE DE TON PÈRE AVEC TOI. — « Sceptre » signifie tribu. Car le mot hébreu shebet désigne à la fois le sceptre et la tribu. En effet, chaque tribu avait sa propre verge ou sceptre, comme je l'ai dit au chapitre 17, 3. D'où la traduction des Septante : « le peuple de ton père », à savoir les Lévites descendant de Lévi ton père.


Verset 3 : Les Lévites veilleront

3. ET LES LÉVITES VEILLERONT SELON TES ORDRES — pour les accomplir, comme des serviteurs vigilants qui se tiennent debout et pour ainsi dire veillent, attendant les ordres et les commandements de leurs maîtres ; d'où en hébreu on lit : « Qu'ils gardent ta garde », c'est-à-dire qu'ils garderont tes commandements très exactement et très diligemment. Car cette répétition du mot « garde » signifie ce zèle et cette diligence.

ET POUR TOUS LES TRAVAUX DU TABERNACLE — c'est-à-dire pour les garder et les transporter quand il faut lever le camp ; les démonter et les dresser quand il faut établir le camp.

DE PEUR QU'EUX ET VOUS NE MOURIEZ. — Eux, pour la transgression, à savoir pour avoir touché les choses sacrées qui leur sont interdites ; vous, pour l'omission et la négligence par laquelle vous ne les en avez pas empêchés.


Verset 4 : Dans toutes ses cérémonies

4. Et dans toutes ses cérémonies. — « Cérémonies » désigne ici les ministères religieux des Lévites concernant le tabernacle et ses vases, que j'ai mentionnés au verset 3. Notons que ces cinq choses sont identiques ou quasi identiques : à savoir les veilles, les travaux, les ministères, les gardes et les cérémonies du tabernacle ; car toutes ne signifient rien d'autre que les devoirs et les services que les Lévites et les prêtres devaient accomplir concernant le tabernacle. Car en ceux-ci les prêtres doivent veiller, tout comme les soldats au camp, et y mener le bon combat, comme le dit saint Paul.


Verset 5 : Veillez à la garde du Sanctuaire

VEILLEZ À LA GARDE DU SANCTUAIRE ET AU MINISTÈRE DE L'AUTEL, DE PEUR QUE L'INDIGNATION NE S'ÉLÈVE CONTRE LES ENFANTS D'ISRAËL. — Notons que Dieu menace ici de venger la négligence des choses sacrées et des prêtres sur le peuple, parce que le peuple avec les prêtres forme un seul corps et une seule communauté, et c'est le devoir du peuple de soutenir les prêtres, et ainsi de veiller à ce que les rites sacrés soient convenablement accomplis par eux. C'est donc le devoir des prêtres de traiter convenablement les choses sacrées, et ainsi de s'interposer comme médiateurs entre Dieu et le peuple, et de détourner la colère de Dieu de celui-ci.

Que les chrétiens et les prêtres du Nouveau Testament entendent ceci, et ce qui suit : « Toi et tes fils, gardez votre sacerdoce, et tout ce qui concerne le culte de l'autel ; » c'est pourquoi saint Paul dit justement : « Nul homme de guerre ne s'embarrasse des affaires de ce monde, » II Timothée II, 4, et encore moins de l'oisiveté, de l'ambition, de la paresse et des plaisirs. Que les clercs vains, oisifs et voluptueux entendent le reproche que saint Bernard leur lance, écrivant au pape Eugène : « Vous voyez, dit-il, le zèle de certains dans l'Église brûler entièrement pour la défense de leur dignité ; tout est donné à la dignité, peu ou rien à la sainteté : pendant ce temps vous, ô Pasteur, vous vous promenez revêtu de variété, et que font les brebis pendant ce temps ? Ceci je l'avoue en effet, ce sont les pâturages des démons, non des hommes. »

Qu'ils entendent le cardinal Hugo sur la Genèse XLVII, tonnant d'après saint Bernard ces paroles contre les clercs amollis, qui réclament pour eux-mêmes les plaisirs de tous les états de vie, mais aucune de leurs charges ni de leurs labeurs : « Chaque occupation humaine, dit-il, a quelque chose de laborieux et quelque chose qui délecte. Considérez la prudence de certains qui, courant avec un nouvel artifice parmi ces choses, choisissent et embrassent tout ce qui délecte ; ce qui est pénible, ils le fuient et l'évitent. Avec les soldats ils fréquentent la pompe de l'orgueil, une grande maisonnée, des harnachements ornementaux, des faucons, des dés et choses semblables. Aux femmes ils empruntent des peaux de petit-gris pendant du cou, des chambres ornées, des bains et toute mollesse. Ils évitent soigneusement tout à fait le poids de la cuirasse, et les nuits sans sommeil au camp, et les périls incertains des guerres ; et ils évitent la pudeur et la discipline féminines, et tout labeur que ce sexe comporte. Quand les hommes commenceront à se lever chacun dans son propre ordre, où pensez-vous que cette génération sera placée ? S'ils se tournent vers les soldats, ils seront repoussés parce qu'ils n'ont pas partagé leurs labeurs et leurs dangers : de même les agriculteurs, de même les vignerons, et tous les autres. Que reste-t-il donc, sinon que chaque ordre les expulse et les accuse, afin qu'ils soient assignés à ce lieu où il n'y a pas d'ordre, mais où habite une horreur éternelle. »

Saint Paul a dit, citant Moïse : « Tu ne muselleras pas le bœuf ; » quel bœuf ? Peut-être un qui joue ? Peut-être un qui folâtre ? Peut-être un qui est oisif ? Nullement, mais « celui qui foule le grain, » celui qui travaille sur l'aire ; car, comme le même Apôtre dit, II Thessaloniciens III : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. » Que les clercs qui cueillent les fruits de l'Église, mais ne consacrent pas de labeur à l'Église, lisent saint Bernard sur ces paroles : « Voici, nous avons tout quitté ; » et saint Grégoire, homélie 17 sur les Évangiles.


Verset 6 : Je les ai livrés en don au Seigneur

6. Et je les ai livrés en don au Seigneur. — « Au Seigneur », c'est-à-dire à Moi ; car ce sont les paroles du Seigneur, qui ici, selon l'usage hébreu, parle de Lui-même à la troisième personne.


Verset 7 : Tout ce qui est au-delà du voile

7. TOUT CE QUI EST AU-DELÀ DU VOILE SERA ADMINISTRÉ PAR LES PRÊTRES. — « Au-delà du voile », c'est-à-dire à l'intérieur du Lieu Saint, et à l'intérieur du Saint des Saints. Car il y avait un double voile : l'un séparant le Lieu Saint du parvis ; l'autre séparant le Lieu Saint du Saint des Saints. Les Lévites sont donc ici interdits d'accès tant au Lieu Saint qu'au Saint des Saints.


Verset 8 : La garde de Mes prémices

8. Voici, je t'ai donné (ô Aaron) la garde DE MES PRÉMICES. — « Prémices », c'est-à-dire offrandes ; car le mot prémices est souvent pris en ce sens tant par les Septante que par notre Traducteur. D'où suit, par manière d'explication : « Tout ce qui est sanctifié par les enfants d'Israël, » c'est-à-dire tout ce qui est mis à part et offert à Moi. Car en hébreu on lit : Je t'ai donné la garde de Mes offrandes, à savoir de toutes les choses saintes, c'est-à-dire des choses sanctifiées des enfants d'Israël, afin que tu gardes, c'est-à-dire ordonnes de garder, et prennes soin de tout ce que les enfants d'Israël offrent et consacrent à Dieu ; mais avec la limitation et la précision qui suivent, à savoir que tu le divises et le distribues parmi tes fils, c'est-à-dire parmi les prêtres de rang inférieur.

UNE ORDONNANCE PERPÉTUELLE — à savoir, pour qu'elles reviennent à toi et à tes prêtres, comme des droits légitimes et des redevances qui vous sont dues, à toi et aux prêtres, par une loi perpétuelle : d'où en hébreu on lit par une loi, ou un statut éternel.


Verset 9 : Toute offrande et tout sacrifice

9. TOUTE OFFRANDE ET TOUT SACRIFICE, ET TOUT CE QUI M'EST RENDU POUR LE PÉCHÉ ET POUR LE DÉLIT, ET QUI ENTRE DANS LE SAINT DES SAINTS, SERA À TOI ET À TES FILS — c'est-à-dire : tout ce qui m'est offert et sacrifié, et qui est par conséquent saint des saints, c'est-à-dire très saint, cela reviendra aux seuls prêtres, non aux Lévites.

Ceci est la première loi, et le premier don, pour ainsi dire la rétribution assignée par Dieu aux prêtres, à savoir toutes les victimes et tous les sacrifices offerts selon la prescription de la loi.


Verset 10 : Vous le mangerez dans le Sanctuaire

10. Dans le Sanctuaire (dans le parvis du Sanctuaire ou du tabernacle, près de l'autel des holocaustes) vous le MANGEREZ. — Car tous les sacrifices ou victimes devaient être mangés dans le parvis du tabernacle ; mais les autres dons ou offrandes, comme les prémices et les dîmes, pouvaient être mangés à domicile.

SEULS LES MÂLES EN MANGERONT — à savoir du sacrifice pour le péché et pour le délit, qui vient d'être mentionné, et qui, comme il a été dit, est saint des saints, c'est-à-dire très saint. Car de l'hostie pacifique, même les femmes mangeaient, comme il ressort du Lévitique X, 14, du Deutéronome XII, 18, et XVI, 11.

CAR IL T'EST CONSACRÉ. — En hébreu : sainteté il sera pour toi, c'est-à-dire il sera mis à part pour toi, et cette offrande t'appartiendra, comme chose sainte pour une personne sainte, c'est-à-dire consacrée à Dieu.


Verset 11 : Les prémices que les enfants d'Israël offriront

11. MAIS LES PRÉMICES QUE LES ENFANTS D'ISRAËL AURONT VOUÉES ET OFFERTES, JE LES AI DONNÉES À TOI ET À TES FILS. — « Prémices », c'est-à-dire offrandes ; car ainsi l'hébreu porte : L'offrande de leur don, toutes les offrandes que les enfants d'Israël auront offertes, je les ai données à toi, c'est-à-dire : j'ai aussi donné à toi, ô Aaron, et à tes fils les prêtres, tout ce que les enfants d'Israël auront donné et offert en don pour le sacrifice. Car qu'il s'agisse ici de sacrifices est évident du fait que suit : « Quiconque est pur en mangera ; » car des prémices, des dîmes et des autres choses offertes volontairement, mais non sacrifiées, même les impurs pouvaient manger. Ceci est la seconde loi, et le second don assigné par Dieu aux prêtres, à savoir toutes les victimes offertes volontairement.


Verset 12 : Tout le meilleur de l'huile, du vin et du blé

12. TOUT LE MEILLEUR DE L'HUILE ET DU VIN ET DU BLÉ, TOUT CE QU'ILS OFFRENT EN PRÉMICES AU SEIGNEUR, JE TE L'AI DONNÉ. — « Le meilleur », en hébreu la graisse, c'est-à-dire : ce qu'il y a de plus riche et de meilleur parmi les blés, les vins et l'huile, je te l'ai donné. Car les Hébreux étaient obligés d'offrir en prémices, non le pire, mais le meilleur, comme il est prescrit aux versets 29 et 32. Ceci est la troisième loi et le troisième don des prêtres, à savoir les prémices des récoltes.

Notons que les prémices se distinguent des dîmes de double manière ; car les prémices sont les premiers fruits, les dîmes sont la dixième partie des fruits : les premières sont offertes immédiatement à Dieu en action de grâces, pour les fruits de la terre ; les secondes sont données de façon prochaine aux prêtres comme rétribution de subsistance, pour le ministère par lequel ils servent l'Église et le temple.

Notons en second lieu : Par la loi naturelle, ni les Juifs ni les chrétiens ne sont obligés de donner les prémices, pas plus qu'ils ne sont obligés de donner les dîmes, sauf dans la mesure où celles-ci sont nécessaires à la subsistance des ministres de l'Église. Les Juifs étaient donc tenus aux prémices et aux dîmes par le droit divin, la loi mosaïque, qui est promulguée tant ici qu'au dernier chapitre du Lévitique ; les chrétiens, quant à eux, sont tenus aux dîmes par le droit canonique.

Notons en troisième lieu : Néanmoins, le paiement des prémices, comme aussi celui des dîmes, est tout à fait conforme au droit et à la raison naturels. Car la raison naturelle dicte qu'il est convenable que nous offrions à Dieu les premiers de tous les biens. C'est pourquoi aussi chez les anciens Romains, on ne goûtait pas les nouvelles récoltes ni les vins avant que les prêtres n'eussent offert les libations des prémices, comme le dit Pline, livre XVIII, chapitre II. De même les païens payaient les dîmes. Voir Pline, livre XIX, chapitre XIV, et Plutarque dans sa Vie de Lucullus, et dans ses Problèmes, chapitre XVI. Je démontrerai le même point plus amplement à la fin du chapitre. C'est pourquoi aussi avant la loi, Abraham, par l'instinct de Dieu et de la nature, donna la dîme à Melchisédech, Genèse XIV ; et Jacob voua la dîme de tout ce qu'il recevrait de Dieu, Genèse XXVIII. Car la droite raison dicte qu'une juste et convenable portion des biens soit offerte à Dieu ; et telle est la dîme. Ajoutons-y la raison symbolique : car le nombre dix signifie la perfection, étant la limite des nombres simples, les contenant tous ; car les autres sont composés de dix lui-même, répété une ou plusieurs fois, et d'un autre nombre simple. Ainsi celui qui paie la dîme à Dieu en Ses ministres, retenant neuf pour lui-même, signifie qu'il est imparfait, et qu'il attend la perfection de Dieu par Ses ministres.

Notons en quatrième lieu : Les Juifs payaient quatre sortes de prémices : premièrement, les prémices des épis le deuxième jour des azymes, Lévitique XXIII, 10 ; deuxièmement, les prémices des pains à la Pentecôte, Lévitique XXIII, 17 ; troisièmement, les prémices des pains qu'ils pétrissaient chaque semaine, comme je l'ai dit à Nombres XV, 21 ; quatrièmement, au septième mois, à savoir à la fête des Tabernacles, quand toutes les récoltes avaient été engrangées, ils donnaient les prémices de toutes, tant de la moisson que des aires : et ces quatrièmes prémices sont généralement entendues quand il est fait mention des prémices dans l'Écriture.

Où notons : Bien que la quantité de ces quatrièmes prémices n'ait pas été définie par Dieu, elle a cependant été définie par la coutume ou par le décret des anciens, à savoir qu'ils devaient donner entre un quarantième et un soixantième ; de sorte que le maximum était un quarantième de la récolte, et le minimum un soixantième, comme l'a transmis saint Jérôme dans son commentaire sur Ézéchiel XLV, et Abulensis au chapitre XVIII des Nombres, Question XIV, et Ribera, livre III Du Temple, chapitre II, et cela se recueille suffisamment du chapitre Decimam, titre Des Dîmes. Chacun donc, entre un quarantième et un soixantième, donnait la portion qu'il voulait.

Ainsi tropologiquement, il convient que les chrétiens offrent à Dieu les commencements non seulement de la vie et des études, mais aussi de chaque œuvre et action particulière. C'est pourquoi aussi depuis les temps anciens, les empereurs, aussitôt après leur élévation, présentaient leur devoir et leur hommage au Pontife romain, comme les prémices de leur empire. Parmi d'autres, l'empereur Justin le fit, à qui le pape Hormisdas écrivit en réponse : « Vous avez rendu les prémices dues de votre empire au bienheureux Apôtre Pierre. »


Verset 13 : Tous les premiers produits des fruits

13. Tous les premiers produits des fruits (« premiers produits », c'est-à-dire prémices), QUICONQUE EST PUR DANS TA MAISON EN MANGERA — si, c'est-à-dire, quelque chose de ces prémices avait été sacrifié et offert à Dieu ; car autrement, si elles étaient offertes seulement au prêtre, elles pouvaient être mangées par n'importe qui, même les impurs.


Verset 14 : Tout ce qui est rendu en accomplissement d'un vœu

14. TOUT CE QUE LES ENFANTS D'ISRAËL AURONT RENDU EN ACCOMPLISSEMENT D'UN VŒU SERA À TOI — si, c'est-à-dire, ils l'ont voué à Dieu, non pour le sacrifice, mais seulement pour une offrande. Ceci est le quatrième don des prêtres, à savoir les vœux, c'est-à-dire les choses offertes en vertu d'un vœu.


Verset 15 : Tout ce qui sort le premier du sein maternel

15. Tout ce qui sort le premier du sein maternel, etc., SERA DE TON DROIT. — Ceci est le cinquième don et la cinquième rétribution des prêtres, à savoir les premiers-nés des animaux.

TOUT ANIMAL QUI EST IMPUR, TU LE FERAS RACHETER. — Par « impur » entendez non selon l'espèce, comme le cheval, le mulet ou le chameau, mais accidentellement, comme une brebis boiteuse, mutilée ou aveugle, etc., qui par conséquent ne peut être sacrifiée à Dieu ; car les Hébreux n'offraient à Dieu les premiers-nés que des animaux purs, à savoir la brebis, le bœuf, la chèvre et l'homme, mais non des animaux impurs, sauf l'âne seul, comme je l'ai montré à l'Exode XIII, 12 et 13.

Le premier-né de l'homme seul devait donc être offert à Dieu après un mois, et racheté au prix fixé, à savoir cinq sicles d'argent, c'est-à-dire cinq florins de Brabant. D'où il est clair qu'un enfant premier-né pouvait être offert à Dieu et racheté avant la purification de sa mère (car celle-ci avait lieu le quarantième jour après la naissance), et même devait être offert et racheté si la mère mourait en couches ou peu après. Communément, cependant, les mères attendaient leur propre purification, afin qu'avec elle elles offrent et rachètent en même temps leurs enfants premiers-nés, comme le fit la bienheureuse Vierge avec l'enfant Jésus, Luc II, 22.


Verset 17 : Les premiers-nés du bœuf, de la brebis et de la chèvre

17. MAIS LE PREMIER-NÉ DU BŒUF ET DE LA BREBIS ET DE LA CHÈVRE, TU NE LE FERAS PAS RACHETER, CAR ILS SONT SANCTIFIÉS — parce que, c'est-à-dire, ils sont consacrés au Seigneur, pour lui être sacrifiés selon la loi ; c'est pourquoi ils ne peuvent être rachetés, comme sont rachetées les autres choses qui ne doivent pas être sacrifiées à Dieu. Les premiers-nés du bœuf, de la brebis et de la chèvre devaient donc être sacrifiés à Dieu, de telle sorte que leur sang fût répandu sur l'autel, et que leur graisse fût brûlée à Dieu sur l'autel, tandis que leur chair revenait à l'usage et à la consommation des prêtres.


Verset 18 : Comme la poitrine consacrée

18. COMME LA POITRINE CONSACRÉE — c'est-à-dire : De même que la poitrine et l'épaule droite de l'hostie pacifique sont à toi, de sorte que quiconque est pur dans ta maison puisse en manger ; de même aussi ces chairs des premiers-nés qui me sont sacrifiés seront à toi et t'appartiendront, de sorte qu'elles puissent être mangées par quiconque est pur dans ta maison : cela est clair d'après ce qui suit.


Verset 19 : Une alliance de sel éternelle

19. C'EST UNE ALLIANCE DE SEL ÉTERNELLE DEVANT LE SEIGNEUR, POUR TOI ET TES FILS — c'est-à-dire : Ces dons et ces offrandes, je te les donne et te les assigne, comme d'une promesse et d'une alliance perpétuelles.

Notons premièrement : Cette donation de Dieu est appelée alliance, parce qu'elle était conditionnelle et avec une charge pour le donataire ; car en retour, les prêtres recevant ces dons étaient obligés de servir Dieu et le tabernacle.

Notons en second lieu : Une alliance de sel est appelée alliance perpétuelle, parce que le sel est un symbole d'éternité, comme je l'ai dit au Lévitique II, 13.


Verset 20 : Je suis ta part et ton héritage

20. ET LE SEIGNEUR DIT À AARON : DANS LEUR TERRE (des Hébreux, vos frères) VOUS NE POSSÉDEREZ RIEN, ET VOUS N'AUREZ PAS DE PART (d'héritage) PARMI EUX — à savoir des champs, des vignes, des prés, etc. ; les Lévites possédaient cependant 48 villes, mais seulement pour y habiter ; et leurs faubourgs, pour nourrir et faire paître leur bétail, comme il sera clair au chapitre XXXV et à Josué XIV. C'est donc à tort que Wyclif a tenté de prouver par ce passage qu'il n'est pas permis aux clercs d'avoir aucune possession ; car c'est une loi cérémonielle, et elle est désormais abolie. De plus, les Lévites, outre les villes et les faubourgs, avaient une dixième partie des récoltes de la terre, alors qu'eux-mêmes formaient à peine un soixantième de l'ensemble du peuple.

JE SUIS TA PART ET TON HÉRITAGE AU MILIEU DES ENFANTS D'ISRAËL — c'est-à-dire : je suis ta part, ô Aaron, ô grand prêtre, ô prêtre, et le lot de ton héritage, que tu auras parmi les enfants d'Israël ; c'est-à-dire, comme il est expliqué en Josué XIII, 14, les sacrifices, les victimes et les offrandes qui me sont offerts sont ton héritage, et je ne veux pas que tu en aies un autre, tant parce que celui-ci te suffit amplement, que de peur que tu ne t'empêtres dans la culture des champs et des vignes, mais que tu te consacres tout entier à Moi et à Mes ministères. Car, comme le dit saint Ambroise, dans son livre De la fuite du monde, chapitre II : « Celui dont Dieu est la part ne doit se soucier de rien sinon de Dieu, de peur d'être entravé par le devoir de quelque autre nécessité : car tout ce qui est consacré à d'autres fonctions est retranché au culte de la religion et à notre office, » comme s'il disait : Moi, Dieu, je serai pour vous, ô prêtres, vos champs, vos vignes, vos oliveraies, vos moissons, vos raisins et vos olives. Moi, sans charrue ni soc, sans bêchage ni culture, sans aucun labeur ni souci de votre part, je vous produirai et rendrai ce que la glèbe la plus grasse, la vigne la plus fertile, l'olivier le plus fécond pourrait rendre avec un labeur et une culture énormes. Je serai pour vous à la fois le champ et son fruit ; je vous procurerai et prodiguerai toujours, sûrement et abondamment toutes les choses nécessaires ; ayez bon courage, fixez toutes vos espérances en Moi, de Moi découlent tous les biens ; que rien ne vous manque sera Mon souci : bien plus, je ferai en sorte qu'il vous reste et abonde beaucoup plus qu'à vos frères, à savoir les autres tribus qui se partageront la terre ; consacrez-vous donc à Moi seul.

La seconde raison de cette ordonnance était que les autres tribus traitent les prêtres avec une grande vénération et charité ; et qu'en retour les prêtres se consacrent plus zèlement à leur salut : c'est pourquoi Il fit en sorte que, dans les matières spirituelles et sacrées, tous dépendent des prêtres ; tandis que les prêtres, pour les soutiens matériels de la vie, dépendent des autres tribus, comme s'il disait : Voulez-vous, ô Israélites, honorer Moi votre Dieu ? Donnez à Mes prêtres ce qui est requis pour la nourriture et le vêtement ; donnez ce qui m'est dû par vous. Voulez-vous en retour, ô prêtres, recevoir de riches victimes sacrificielles, des prémices et des offrandes des Israélites ? Appliquez-vous diligemment aux rites sacrés, enseignez soigneusement Mes lois à Mon peuple, attachez-le à vous par votre religion, votre doctrine, votre zèle et votre exemple ; n'émoussez pas leur générosité et leur munificence par l'impiété, la paresse, l'oisiveté ou la licence : leur esprit vous est confié par Moi, votre corps leur est confié.

La troisième raison était que Dieu voulait que Ses ministres donnent au peuple un modèle de vie céleste, afin qu'ils ne restent pas trop bouche bée devant les biens terrestres et matériels à leur manière habituelle, mais ne les aient qu'en usage, tandis qu'ils aient les biens célestes dans leurs vœux et leurs désirs. Car, comme le dit saint Augustin, homélie 23 Sur les paroles de l'Apôtre : « Les biens temporels ne cessent de nous enflammer quand ils viennent, de nous corrompre quand ils arrivent, et de nous tourmenter quand ils passent ; les choses désirées brûlent, les choses acquises deviennent viles, les choses perdues s'évanouissent ; » et saint Bernard : « N'aimez pas les choses qui, aimées, souillent, possédées, accablent, et perdues, tourmentent. »

David fait allusion à cela, Psaume XV, 5, disant : « Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice ; c'est Vous qui me restituerez mon héritage, » comme s'il disait : Dieu est pour moi tout bien, et toutes choses ; outre Dieu je ne requiers rien, dit saint Augustin : cet héritage, qui êtes Vous-même, ô Seigneur, nul ne me l'enlèvera. Car Vous me le confirmez ici par la grâce, et au ciel Vous le confirmerez en réalité par la gloire. Nos Clercs imitent cela, eux qui sont pour cette raison appelés kleros, c'est-à-dire le lot et la part du Seigneur, et dont en retour le lot et l'héritage est le Seigneur. Ainsi saint Paulin, évêque de Nole, quand Nole fut prise par les Barbares, priait comme captif : « Seigneur, que je ne sois pas tourmenté à cause de l'or et de l'argent ; car où sont tous mes biens, Vous le savez, » c'est-à-dire : Vous êtes mon lot et ma part dans la terre des vivants. Ainsi saint Augustin, livre I de la Cité de Dieu, chapitre X.


Verset 21 : Aux fils de Lévi j'ai donné toutes les dîmes

21. MAIS AUX FILS DE LÉVI J'AI DONNÉ TOUTES LES DÎMES D'ISRAËL. — Jusqu'ici Dieu a donné aux prêtres, pour leur ministère, les victimes, les prémices et les autres offrandes votives et volontaires : mais ici Il donne aux Lévites les dîmes. D'où il est clair que les dîmes n'étaient pas données aux Lévites et aux prêtres, comme le voudrait Ribera, livre III Du Temple, chapitre II, mais aux seuls Lévites : car les Lévites en retour donnaient des dîmes de ces dîmes aux prêtres, comme il est dit ici, et comme l'enseignent Josèphe et Néhémie, chapitre X, versets 37 et 38 ; car ce qu'il y dit : « Et le prêtre, fils d'Aaron, sera avec les Lévites pour les dîmes des Lévites ; » il l'explique aussitôt en ajoutant : « Et les Lévites offriront la dixième partie de leur dîme, dans la maison de notre Dieu au trésor, dans la chambre du trésor, » pour qu'elle y soit gardée et de là distribuée aux prêtres.

Rabbi Éliézer rapporte que Lévi était le dixième des fils de Jacob, en comptant à partir de Benjamin, et qu'il fut pour cela offert à Dieu par saint Michel, afin que les Lévites servent Dieu sur terre, comme les anges le font au ciel : et que saint Michel dit alors à Dieu qu'il était juste que le roi nourrisse ses serviteurs, et qu'ainsi Dieu donna les dîmes aux Lévites. Si cela s'est passé historiquement, Dieu le sait : autrement c'est une pieuse et ingénieuse contemplation.


Versets 22-23 : Porter les péchés du peuple

22. ET QU'ILS NE COMMETTENT PAS UN PÉCHÉ MORTEL — qui serait pour eux cause de mort, tant présente qu'éternelle.

23. AUX SEULS FILS DE LÉVI, ME SERVANT DANS LE TABERNACLE, ET PORTANT LES PÉCHÉS DU PEUPLE. — « Péchés », c'est-à-dire les châtiments des péchés du peuple, si le peuple s'introduit dans le ministère du tabernacle, c'est-à-dire si cela arrive par la négligence des Lévites. Car la garde du tabernacle a été confiée aux Lévites : c'est pourquoi s'ils permettent au peuple d'en approcher, à savoir du Lieu Saint, je les punirai pour ce péché du peuple, parce que j'ai transféré le soin du tabernacle du peuple sur eux, et je le leur ai confié, et pour ce soin je leur ai assigné les dîmes du peuple : c'est pourquoi tout péché qu'il y aura en cette matière, je l'exigerai non du peuple, mais des Lévites. Et c'est ce que Dieu a dit à Aaron, verset 1 : « Toi et tes fils, vous porterez l'iniquité du Sanctuaire, et vous porterez les péchés de votre sacerdoce, » c'est-à-dire : vous souffrirez et serez punis si vous permettez à quelqu'un du peuple, qui n'est pas de votre race, à savoir de la race sacerdotale, de servir en dehors de vous, comme s'il disait : Que nul des autres enfants d'Israël n'approche du tabernacle, parce que les seuls fils de Lévi doivent y servir, et porter les péchés du peuple ; et c'est pourquoi si le peuple pèche en ce genre, les Lévites porteront et supporteront ce péché du peuple, parce qu'ils ne l'ont pas empêché, mais l'ont laissé passer.

UNE LOI PERPÉTUELLE — cette loi et cette ordonnance sera éternelle.


Verset 26 : La dîme de la dîme

26. ORDONNE AUX LÉVITES : QUAND VOUS AUREZ REÇU DES ENFANTS D'ISRAËL LES DÎMES QUE JE VOUS AI DONNÉES, OFFREZ-EN LES PRÉMICES (c'est-à-dire les dîmes) AU SEIGNEUR, C'EST-À-DIRE LA DIXIÈME PARTIE DE LA DÎME. — Dieu ordonne ici que les Lévites offrent la dîme de leurs dîmes à Dieu, c'est-à-dire aux prêtres de Dieu, et ce afin que dans ces dîmes les Lévites soient égaux aux autres tribus, qui de leur propre labeur offraient les dîmes au Seigneur, comme je l'expliquerai plus clairement dans un instant.


Verset 27 : Une offrande de prémices des aires et des pressoirs

27. AFIN QUE CELA VOUS SOIT COMPTÉ COMME UNE OFFRANDE DE PRÉMICES, TANT DES AIRES QUE DES PRESSOIRS — c'est-à-dire : Vous, ô Lévites, des dîmes d'Israël que j'ai assignées au verset 21, vous donnerez la dixième partie au grand prêtre et aux prêtres, et vous la mettrez d'abord à part pour eux, avant de rien prendre pour vous-mêmes. Et c'est pourquoi celles-ci seront vos véritables dîmes et prémices, tant des grains que des raisins et du vin, que vous m'offrirez en les donnant aux prêtres ; et je les accepterai de vous tout comme si vous étiez des Israélites laïcs payant les prémices et les dîmes de vos champs et de vos vignes.

Certains pensent, comme Lyranus et Abulensis, que cette dîme de la dîme, c'est-à-dire un centième de tous les fruits de tout Israël, était donnée par les Lévites au grand prêtre. Car c'est ce que semble dire le verset 28 : « Donnez-les à Aaron le grand prêtre. » Et s'il en est ainsi, le grand prêtre était assurément très riche, recevant annuellement un centième des récoltes de toute la Judée. Et de là saint Thomas, II-II, Question LXXXVII, article 4, réponse au 3, et d'autres enseignent qu'il convient que tous les Clercs, même les Évêques, donnent la dîme de leurs biens au Pontife romain. Le Pontife cependant ne les exige pas, mais à leur place, pour les bénéfices majeurs, il requiert les annates, c'est-à-dire les revenus de la première année, quand il confère un bénéfice à quelqu'un.

Mais d'autres jugent plus justement que cette dîme de la dîme était donnée par les Lévites, non au seul grand prêtre, mais à tous les prêtres. Car autrement le grand prêtre serait très riche, tandis que les prêtres, étant très nombreux, seraient très pauvres. C'est ce qu'enseigne Josèphe, témoin oculaire, livre IV des Antiquités, chapitre IV, et saint Jérôme sur le chapitre XLV d'Ézéchiel, et Philon, dans son livre Des honneurs des prêtres, à la fin, et d'après eux Ribera, livre III Du Temple, chapitre II. Il est vraisemblable cependant que de cette dîme de la dîme, une bonne part, en rapport avec la dignité d'un si grand personnage, revenait au grand prêtre.


Verset 28 : Donnez-les à Aaron le prêtre

28. DONT VOUS RECEVEZ LES PRÉMICES — c'est-à-dire les dîmes : ainsi le Chaldéen ; car celles-ci revenaient aux Lévites : mais les prémices proprement dites revenaient aux prêtres, comme il est clair au verset 11 et suivants.

DONNEZ-LES À AARON LE PRÊTRE — afin qu'il les distribue parmi les prêtres : car il est le chef et le prince des prêtres.


Verset 29 : Les meilleures et les plus choisies

29. TOUT CE QUE VOUS OFFRIREZ DES DÎMES, ET QUE VOUS METTREZ À PART COMME DONS DU SEIGNEUR, SERA LE MEILLEUR ET LE PLUS CHOISI. — Dieu commande que le meilleur soit donné en dîmes. Que les chrétiens le notent, ceux qui dans les dîmes, les prémices et les autres offrandes donnent les choses les plus viles à Dieu, et par conséquent reçoivent les choses les plus viles de Lui, et sont justement punis par la stérilité des récoltes et la pauvreté, tout comme les Juifs furent punis, comme en témoigne Malachie, chapitre 1, verset 14, et chapitre II, verset 2 ; et Aggée enseigne qu'ils furent punis dans un cas semblable, chapitre 1, verset 6 et suivants. Au contraire, Dieu a coutume de récompenser par la fertilité ceux qui paient les dîmes comme il convient. Entendez saint Augustin, homélie 48 parmi les 50 : « Nos ancêtres abondaient en toutes ressources parce qu'ils donnaient les dîmes à Dieu et rendaient le tribut à César : mais maintenant, parce que la dévotion envers Dieu s'est retirée, l'impôt du fisc est arrivé ; nous n'avons pas voulu partager les dîmes avec Dieu, mais maintenant tout est enlevé : le fisc prend ce que le Christ ne reçoit pas. » Et sermon 219 Sur les temps : « Telle est la très juste coutume du Seigneur, que si tu ne Lui as pas donné les dîmes, tu seras réduit au dixième. » Voyez-le tout au long de ce sermon.


Verset 31 : Le prix du ministère

31. CAR C'EST LE PRIX DU MINISTÈRE PAR LEQUEL VOUS SERVEZ DANS LE TABERNACLE. — « C'est le prix », en hébreu : c'est le salaire, à savoir du labeur par lequel, comme serviteurs et porteurs, vous, ô Lévites, vous travaillez à transporter, disposer et diriger le tabernacle, etc. Car ce ministère était en lui-même corporel, et méritait un prix et un salaire corporels ; bien qu'il fût ordonné à une fin spirituelle, à savoir le culte de Dieu : laquelle relation spirituelle ne pouvait être vendue sans simonie. En second lieu, « le prix », c'est-à-dire la rétribution pour la subsistance ; car celle-ci aussi dans la loi nouvelle est due en justice aux pasteurs et aux autres ministres de l'Église.


Verset 32 : Ne profanez pas les offrandes

32. NE PROFANEZ PAS LES OFFRANDES DES ENFANTS D'ISRAËL (ce que vous feriez si, quand ils vous donnent les meilleures dîmes, vous en choisissez la pire dixième partie pour la donner aux prêtres), ET MOURIEZ — c'est-à-dire : Si vous faites cela, vous serez tués par Moi. D'où il est clair combien sévèrement Dieu exigeait, non seulement les dîmes, mais aussi que la meilleure part en fût offerte à Lui-même.


Les Gentils aussi donnaient la dîme à leurs dieux

Concernant ce chapitre sur les dîmes, notons premièrement que les Gentils aussi donnaient des dîmes perpétuelles à leurs dieux. Cicéron l'enseigne, au livre III De la nature des dieux : « Quelqu'un a-t-il jamais voué la dîme à Hercule, s'il devenait sage ? » et Plaute : « Qu'il paye la dîme à Hercule ; » et Hérodote dans la Clio : « Postez à chaque porte quelques-uns de vos gardes du corps comme sentinelles, qui empêchent les trésors d'être emportés, afin que leurs dîmes soient nécessairement rendues à Jupiter. » Telles étaient les paroles de Crésus à Cyrus roi des Perses ; et Xénophon : « Agis partit pour Delphes, et offrit la dîme à Dieu. »


Philon sur le tribut dû aux prêtres comme aux rois

Philon note en second lieu, dans son livre De l'honneur des prêtres, que le tribut doit être payé aux prêtres tout comme aux rois, selon le jugement de Dieu : d'où, selon le jugement de la loi, les prêtres sont égalés en honneur et en majesté aux rois, et même préférés à eux ; car les sujets paient le tribut aux rois par contrainte et à contrecœur : « Mais cette nation (la juive), dit-il, présente l'argent dû volontiers et joyeusement, comme si elle ne donnait pas mais recevait, ajoutant des vœux favorables et des actions de grâces. »


Saint Jérôme sur les dîmes de la loi nouvelle

Saint Jérôme note en troisième lieu, sur Malachie III, que les prémices et les dîmes données aux Lévites et aux prêtres de l'ancienne loi préfiguraient et annonçaient que les mêmes devaient être données aux prêtres de la loi nouvelle ; car, comme le dit Origène ici, homélie 11 : « Il est impie que celui qui adore Dieu, et sait que Ses ministres assistent à l'autel et servent la parole de Dieu ou le ministère de l'Église, n'offre pas aux prêtres les prémices des fruits de la terre que Dieu donne, en produisant Son soleil et en dispensant Ses pluies ; car une telle âme ne semble pas avoir le souvenir de Dieu, ni penser, ni croire, que Dieu a donné les fruits qu'elle a reçus. »

C'est pourquoi depuis longtemps déjà le Concile romain sous Damase décréta que les dîmes et les prémices devaient être données par les fidèles, et que ceux qui refuseraient seraient frappés d'anathème. Bien plus, saint Jean Chrysostome, homélie 43 sur la Première aux Corinthiens, ordonne que les cordonniers et les autres artisans, quand ils vendent des chaussures et d'autres produits de leur métier, ou les achètent, paient au moins la dixième partie du prix à Dieu. Voulez-vous des exemples ?


Exemples historiques de dîmes

À Mylapore en Inde, les Portugais découvrirent un temple et le tombeau de saint Thomas l'Apôtre, sur lequel était inscrit en lettres anciennes que ce temple avait jadis été bâti par le saint Apôtre de Dieu, Thomas ; que pour l'entretien et le soin du temple, une dîme des marchandises importées dans la ville avait été attribuée par le roi Sagamo ; et il y avait été ajouté une adjuration à la postérité, qu'elle ne veuille rien diminuer de ce tribut par donation. C'est ce que rapporte notre Maffei, livre VIII de l'Histoire des Indes.

Quand Charles Martel voulut détourner les dîmes de l'Église vers la solde des soldats contre les Sarrasins, saint Eucher, évêque d'Orléans, lui résista, et fut pour cette raison envoyé en exil par lui, comme le rapporte Joannes Molanus, docteur de Louvain, dans les Annales des Saints de Belgique, le 20 février.

Quand saint Étienne, roi de Hongrie, eut soumis les Hongrois et les eut convertis à la foi, aussitôt les dépouilles furent dédiées par lui à saint Martin, qui était Hongrois, par l'invocation duquel il avait obtenu la victoire, et les dîmes furent assignées à l'Église, comme il ressort de sa Vie, qui se trouve chez Surius, le 20 août, chapitres IV et V.

Entendez ce que rapporte Joannes, archevêque d'Uppsala, sur les dîmes dans l'Histoire des Goths, livre XVIII, chapitre XIII, Saxo Grammaticus, livre XI de l'Histoire des Danois, le Martyrologe d'Usuard au 6 des Ides de juillet, Joannes Molanus, oraisons 2 et 3 Sur les dîmes, Jacobus Meyerus, livre III de l'Histoire des Flamands, en l'an du Christ 1088. Le roi Knut, alors qu'il s'efforçait avec le plus grand zèle pieux que les ministres du Christ fussent plus généreusement et convenablement pourvus par les dîmes et les prémices, fut trahi par l'insigne perfidie d'un certain Blaccon, et fut assassiné par le peuple en fureur. Après cela, une si grande pénurie de blé envahit tout le Danemark que la plus grande partie du peuple, manquant de nourriture, fut consumée par la famine. En vérité, la moisson était abondante pour les peuples voisins, de sorte que cela semblait un châtiment particulier de la nation, non une calamité publique des terres. Et la fécondité ne fut pas restituée aux champs danois avant que le peuple, converti en son cœur, ne se repentît d'avoir tué un si saint roi, qui avait demandé des choses si justes et honorables pour les ministres du Christ. Et ils avaient appris par l'expérience qu'ils avaient justement perdu les neuf parts de leur blé, eux qui n'avaient pas voulu rendre la dixième à Dieu et aux ministres de Dieu.

Concernant les Polonais, Longinus, chanoine de Cracovie, rapporte, et d'après lui Baronius, tome XI, en l'an du Christ 1022, que, comme certains de leurs nobles, à cause du paiement onéreux des dîmes, songeaient à reculer devant le christianisme et à retourner au paganisme, et par conséquent à ne pas payer les dîmes, à ne pas fréquenter les églises, mais à expulser les prêtres des églises, Boleslas, le pieux roi, saisit les auteurs du crime et les punit, les uns par la mort, les autres par des coups.

Concernant les Italiens, Joannes Molanus, au 26 novembre, rapporte d'après Crantzius, Usuard et d'autres que saint Bellin, évêque de Padoue, alors qu'il contraignait un certain homme riche nommé Thomas Capivaccius à payer les dîmes, fut tué par celui-ci en chemin ; et quand après sa mort il devint célèbre par de nombreux miracles, il fut inscrit par Eugène IV au catalogue des Martyrs ; mais le meurtrier fut puni par Dieu, réduit à la plus extrême indigence, et abandonné de tous, et finit misérablement sa vie en prison : et ses descendants ne purent jamais entrer dans l'église dédiée à Dieu en l'honneur de saint Bellin ; bien plus, peu après ils s'éteignirent complètement.

Concernant les Écossais, Hector Boèce écrit, livre XIII, et Joannes Magnus, livre IV Des Hauts Faits des Écossais, chapitre X, que les gens de Caithness brûlèrent leur évêque Adam dans sa propre cuisine — Adam qui exigeait les dîmes selon la coutume et les y contraignait par l'anathème ; en apprenant cela, Alexandre, roi d'Écosse, rassembla ses forces, saisit les auteurs du crime, et en mit plus de quatre cents à mort par un châtiment extrême ; et dépouilla le comte de Caithness de son comté, parce qu'il n'était pas venu au secours d'Adam quand celui-ci avait imploré son aide. Mais Dieu le punit plus sévèrement ; car ses serviteurs, parce qu'il les avait traités plus durement qu'il n'était juste, l'assassinèrent de nuit après quelques années, le placèrent sur un lit (afin que le crime reste caché), et mirent le feu à la maison et le brûlèrent. Il périt donc par le même genre de supplice que ses gens avaient infligé à l'évêque Adam.

Concernant les Saxons, entendez Lambert de Schafnabourg en l'an du Christ 1059. L'évêque Burchard de Halberstadt revendiquait pour lui les dîmes de Saxe qui appartenaient au monastère de Hersfeld, en raison de sa juridiction épiscopale. Meginher, l'abbé de ce monastère, fit informer l'évêque par Frédéric le Palatin que, puisqu'il ne pouvait être amené par aucun droit à restituer ce qu'il avait dérobé, le temps était proche où cette cause devrait être jugée devant Dieu. L'abbé mourut peu après. Et quand l'évêque eut convoqué un synode à ce sujet, il tomba de cheval en chemin et fut porté chez lui : où il demanda tant à sa maisonnée qu'aux évêques qui le visitaient de restituer ces dîmes sans délai au monastère, car il payait déjà les peines de son injustice.

Concernant les gens du Norique punis par la famine pour n'avoir pas payé les dîmes, j'en parlerai au Deutéronome XIV, à la fin.