Cornelius a Lapide
Table des matières
Synopsis du chapitre
À cause des filles de Salphaad, Dieu promulgue une loi selon laquelle, en l'absence de descendance masculine, les filles succèdent à leurs parents dans l'héritage. En second lieu, au verset 12, Moïse reçoit l'ordre de contempler Canaan depuis le mont Abarim et de désigner Josué comme son successeur dans la conduite du peuple.
Texte de la Vulgate : Nombres 27, 1-23
1. Or les filles de Salphaad, fils de Hépher, fils de Galaad, fils de Machir, fils de Manassé, qui fut fils de Joseph, se présentèrent : leurs noms étaient Maala, Noa, Hégla, Melcha et Thersa. 2. Et elles se tinrent devant Moïse, Éléazar le prêtre et tous les princes du peuple, à l'entrée du tabernacle de l'alliance, et dirent : 3. Notre père est mort dans le désert ; il n'était pas dans la sédition qui fut suscitée contre le Seigneur sous Coré, mais il est mort dans son propre péché ; et il n'a pas eu de fils. Pourquoi son nom serait-il retranché de sa famille, parce qu'il n'a pas eu de fils ? Donnez-nous une possession parmi les parents de notre père. 4. Et Moïse porta leur cause au jugement du Seigneur. 5. Et le Seigneur lui dit : 6. Les filles de Salphaad demandent une chose juste : donne-leur une possession parmi les parents de leur père, et qu'elles lui succèdent dans son héritage. 7. Et tu diras ces choses aux enfants d'Israël : 8. Quand un homme mourra sans fils, son héritage passera à sa fille. 9. S'il n'a pas de fille, ses frères lui succéderont. 10. S'il n'a pas de frères, vous donnerez l'héritage aux frères de son père. 11. S'il n'a pas non plus d'oncles paternels, l'héritage sera donné à ceux qui lui sont les plus proches. Et cela sera pour les enfants d'Israël chose sacrée par une loi perpétuelle, comme le Seigneur l'a commandé à Moïse. 12. Le Seigneur dit aussi à Moïse : Monte sur ce mont Abarim, et contemple de là le pays que je donnerai aux enfants d'Israël. 13. Et quand tu l'auras vu, tu iras toi aussi vers ton peuple, comme y est allé ton frère Aaron. 14. Parce que vous m'avez offensé dans le désert de Sin, lors de la contradiction de la multitude, et que vous n'avez pas voulu me sanctifier devant elle auprès des eaux. Ce sont les eaux de la contradiction, à Cadès, dans le désert de Sin. 15. Et Moïse lui répondit : 16. Que le Seigneur, le Dieu des esprits de toute chair, pourvoie un homme qui soit à la tête de cette multitude, 17. et qui puisse sortir et entrer devant eux, les conduire au dehors ou les ramener : afin que le peuple du Seigneur ne soit pas comme des brebis sans pasteur. 18. Et le Seigneur lui dit : Prends Josué, fils de Noun, homme en qui est l'Esprit, et impose-lui la main. 19. Il se tiendra devant Éléazar le prêtre et devant toute la multitude ; 20. et tu lui donneras des préceptes en présence de tous, et une part de ta gloire, afin que toute l'assemblée des enfants d'Israël l'écoute. 21. S'il y a quelque chose à faire, Éléazar le prêtre consultera le Seigneur pour lui. À sa parole il sortira, et à sa parole il entrera, lui et tous les enfants d'Israël avec lui, et le reste de la multitude. 22. Moïse fit comme le Seigneur l'avait commandé. Et ayant pris Josué, il le plaça devant Éléazar le prêtre et devant toute l'assemblée du peuple. 23. Et lui imposant les mains sur la tête, il répéta tout ce que le Seigneur avait commandé.
Versets 1-2 : Les filles de Salphaad
1 et 2. Or les filles de Salphaad se présentèrent, etc., et elles se tinrent devant Moïse, Éléazar le prêtre et tous les princes du peuple, à l'entrée du tabernacle. -- Car près de l'entrée du tabernacle se trouvait la tente de Moïse, et c'est vers elle, ou du moins vers le parvis voisin du tabernacle, que les anciens du peuple se rassemblaient, convoqués par Moïse en conseil.
Verset 3 : Donnez-nous une possession
2 et 3. Et elles dirent : Notre père, etc., est mort dans son propre péché, -- à savoir, à cause du péché de murmure au temps des espions, péché qui fut commun à tout le peuple. Car tous ceux de vingt ans et au-dessus moururent dans le désert à cause de ce péché.
3. Il n'a pas eu de fils ; pourquoi le nom de notre père serait-il retranché de sa famille, parce qu'il n'a pas eu de fils ? Donnez-nous une possession parmi les parents de notre père, -- c'est-à-dire : Donnez-nous, à nous ses filles, un héritage en Canaan à la place de notre père mort sans descendance masculine, afin que par cet héritage qui sera le nôtre, le nom et la famille de notre père demeurent en Israël ; car ainsi nos fils, du moins certains d'entre eux, seront appelés descendants ou famille de Salphaad en vertu de cet héritage de Salphaad ; en effet, certains de nos fils suivront le nom et l'héritage de leur père, tandis que d'autres suivront le nom et l'héritage de leur mère, c'est-à-dire du grand-père maternel, à savoir le nôtre et celui de notre père (car chez les Hébreux, l'héritage était immeuble et perpétuel, et par conséquent la famille à laquelle il appartenait et dont il tirait son nom était elle aussi perpétuelle). Autrement, si aucun héritage ne nous est donné, nos fils ne recevront pas le nom de notre père, mais le nom et l'héritage du mari que nous épouserons ; et ainsi le nom et la famille de notre père périront. Ainsi Abulensis.
Sur la loi hébraïque de l'héritage
De ce passage, on déduit que chez les Hébreux, si un descendant quelconque était de sexe masculin, il était l'héritier de tout, de sorte que les filles ne pouvaient recevoir aucune part de l'héritage ; la raison en était que c'est par les hommes, non par les femmes, que les familles sont nommées, distinguées et conservées. Or, par la providence de Dieu, il y avait dans l'Ancien Testament un si grand souci de la conservation et de la distinction des familles, tant en raison des droits de primogéniture que pour la certitude de toutes les familles selon la succession des héritages : afin qu'il fût certain, lorsqu'une famille venait à s'éteindre, quelle autre lui était la plus proche par le sang pour lui succéder dans son héritage ; et aussi afin qu'il fût clairement établi que le Christ était né des Juifs et de Juda, comme Dieu l'avait promis à Jacob, Genèse 49, 10. Et telle fut l'une des raisons, parmi d'autres, pour lesquelles Dieu voulut que la Bienheureuse Vierge épousât Joseph : afin que pour les Juifs, qui pensaient qu'elle avait entièrement conçu et enfanté le Christ de Joseph, on pût prouver que le Christ descendait de David et de Juda. Car tous les Juifs savaient que Joseph en descendait.
Verset 4 : Moïse porta leur cause devant le Seigneur
4. Et Moïse porta leur cause au jugement du Seigneur, -- c'est-à-dire que Moïse consulta le Seigneur sur cette question, à l'entrée du tabernacle (car c'est là que Dieu parlait par la colonne de nuée), ou bien au propitiatoire dans le Saint des Saints.
Versets 5-6 : Les filles demandent une chose juste
5 et 6. Et Il (le Seigneur) lui dit (à Moïse) : Les filles de Salphaad demandent une chose juste ; donne-leur (ordonne qu'on leur donne en Canaan. Car Moïse n'entra pas en Canaan, et par conséquent ne pouvait donner effectivement et en réalité à personne un héritage sur cette terre) une possession parmi les parents de leur père. -- Ces filles entrèrent donc en possession, non de leur propre droit, mais de celui de leur père ; c'est pourquoi on dit qu'elles succèdent à leur père dans l'héritage, à savoir celui que le père aurait eu en Canaan s'il avait vécu et y était entré ; car les femmes hébraïques n'avaient aucun droit aux héritages, sauf dans ce seul cas, à savoir si leur père était mort sans descendance masculine, et que par conséquent son nom allait périr : car alors les filles succédaient à leur père et étaient préférées à tous les autres parents mâles (comme Dieu le décrète au verset suivant), mais de telle sorte qu'elles n'avaient qu'un seul lot de leur père, qui était divisé également entre toutes les filles du père, alors que les fils individuels, à partir de vingt ans et au-dessus, recevaient et se partageaient chacun de leur propre droit des possessions individuelles en Canaan.
Verset 11 : L'héritage sera donné aux plus proches
11. L'héritage sera donné à ceux qui lui sont les plus proches, -- à savoir les mâles. Car la loi parle de la succession qui s'opère du côté paternel. En effet, si quelqu'un avait succédé à l'héritage de sa mère et de son grand-père maternel et était mort sans enfants, les parents de sa mère, non ceux de son père, lui succédaient, parce que ces biens appartenaient à la famille de la mère, ou du grand-père maternel (non à celle du père) ; c'est pourquoi ils devaient rester dans cette famille et ne pouvaient être transférés à une autre, à savoir celle du père, comme l'enseigne Abulensis, Question xxxiii, et cela afin qu'il n'y eût pas de mélange et de confusion des familles et des tribus. Car c'est dans ce but que Dieu ordonna que les héritages ne fussent pas transférés d'une famille ou d'une tribu à une autre, afin que par l'héritage on pût savoir avec certitude à quelle famille ou tribu chacun appartenait.
Verset 12 : Monte sur le mont Abarim
12. Le Seigneur dit aussi à Moïse : Monte sur ce mont Abarim, -- à la fois pour que de là tu voies la terre promise, et pour que tu y meures : cela ressort de ce qui suit. Ce mont Abarim, du moins selon ses différentes parties et crêtes, porte divers noms. Car il est appelé Phasga, Péor, les hauteurs de Baal, Nébo ; c'est sur le Nébo en effet que Moïse est dit être mort, Deutéronome, dernier chapitre, verset 4. Dieu voulut que Moïse mourût sur la montagne, et non dans le camp, de peur que les Hébreux, enclins à l'idolâtrie, n'adorassent son corps comme une divinité.
Contemple de là le pays que je donnerai aux enfants d'Israël, -- afin que tu jouisses au moins de quelque plaisir à la vue de cette terre où tu as tant demandé et désiré entrer, comme il ressort de Deutéronome 3, 24-25. Car de ce passage il apparaît que Moïse pria Dieu avec la plus grande ardeur pour entrer dans la terre promise ; mais Dieu ayant refusé et lui ayant imposé le silence, il demanda qu'on lui désignât un successeur, comme il ressort de ce chapitre, verset 16.
Verset 13 : Tu iras vers ton peuple
13. Tu iras toi aussi vers ton peuple, -- tu mourras, ô Moïse, en Moab, et tu iras aux limbes des pères, c'est-à-dire dans le sein d'Abraham.
Versets 16-17 : Que le Seigneur pourvoie un homme
16 et 17. Que le Seigneur, le Dieu des esprits (c'est-à-dire : Toi qui es le Dieu des esprits, c'est-à-dire qui seul crées les esprits et les âmes -- car c'est pour cette raison que l'Apôtre, Hébreux 12, 9, appelle Dieu le Père des esprits, tandis que les parents sont appelés pères de la chair -- et qui connais les esprits et les cœurs de tous les hommes, et par conséquent sais le mieux qui est le plus apte à un si grand fardeau, à savoir me succéder dans le gouvernement d'un si grand peuple, pourvois et désigne) un homme qui soit à la tête de cette multitude, et qui puisse sortir et entrer devant eux, -- c'est-à-dire qui puisse être leur chef et guide en toute œuvre, tant militaire que civile. Car telle est la signification de cette métaphore en hébreu, tirée des pasteurs qui conduisent leur troupeau ; ils sortent et entrent en effet devant lui, et ainsi le paissent et le gouvernent.
Verset 18 : Prends Josué, fils de Noun
18. Prends Josué, fils de Noun, homme en qui est l'Esprit de Dieu. -- « Esprit de Dieu », c'est-à-dire la prudence, la piété, la force et les autres vertus nécessaires à un tel prince.
Et impose-lui la main, -- afin que par cette cérémonie Josué soit établi comme ton successeur et chef du peuple, et qu'en conséquence il soit doté par moi d'un esprit plus grand et d'une grâce appropriée à cette charge, comme il est dit dans le Deutéronome, dernier chapitre, verset 9. Sur cette cérémonie, j'ai traité la question à I Timothée 4, 14.
Verset 20 : Donne-lui des préceptes
20. Tu lui donneras des préceptes, -- sur la manière de gouverner le peuple, surtout afin qu'il le conserve et le fasse progresser dans la vraie religion et la loi du Dieu unique.
Une part de ta gloire
Et une part de ta gloire, -- c'est-à-dire : Communique, ô Moïse, à Josué les cornes, c'est-à-dire la splendeur et les rayons de ton visage, comme le soleil le fait pour la lune, dit Rabbi Moïse. C'est pourquoi le Chaldéen traduit : Et il donnera de sa splendeur sur lui. De là vient aussi que les Hébreux comparent généralement Moïse au soleil et Josué à la lune, qui reçoit sa lumière du soleil ; mais nulle part l'Écriture ou les auteurs anciens n'attribuent ces rayons à Josué, et Moïse ne pouvait les lui insuffler. Ainsi Abulensis, qui réfute longuement cette opinion.
D'autres entendent par « gloire » la douceur et l'humilité de Moïse, qui l'avaient rendu merveilleusement aimable et louable aux yeux du peuple ; car du fait qu'il avait coutume de parler avec Dieu comme un ami avec un ami, il n'en devint nullement plus orgueilleux et se montra pieux et doux envers tous. Mais Moïse ne pouvait pas non plus insuffler cette douceur à Josué.
Je dis donc : Donne à Josué une part de ta gloire, c'est-à-dire de ton honneur et de ton autorité auprès du peuple, afin que tu t'adresses à lui avec respect comme au futur chef du peuple, et que tu le proposes et le recommandes comme tel à tout le peuple, afin que le peuple l'accepte à ta place comme chef et le révère, en tant qu'homme qu'ils auront vu honoré par toi et investi d'autorité ; c'est pourquoi il est ajouté : « Afin que toute l'assemblée des enfants d'Israël l'écoute. » Cajétan ajoute qu'il est ici commandé à Moïse de partager les insignes de sa charge et de son commandement avec Josué, par exemple de lui remettre son bâton, qui était comme un sceptre et donc un emblème de commandement ; de lui assigner une partie de ses serviteurs, de lui donner l'anneau sigillaire, le manteau militaire, etc. Car c'est de ces insignes que l'on revêt et en quelque sorte inaugure habituellement un nouveau magistrat et prince. Oleaster traduit différemment, à savoir : « Donne à Josué une part de ton abaissement, ou humilité ; » car la racine hoda signifie jeter à terre, abaisser, c'est-à-dire : Enseigne à Josué ton humilité et ta douceur, afin qu'elle le rende agréable au peuple, comme elle t'a rendu agréable.
Ce sens n'est pas incongru ; le premier cependant est plus authentique, et c'est celui des Septante, du Chaldéen et des autres en général.
Pourquoi les fils de Moïse ne lui succédèrent pas
Pourquoi les fils de Moïse ne lui succédèrent pas dans la conduite du peuple -- la raison en est donnée par l'auteur du traité Des Merveilles de la Sainte Écriture, livre I, chapitre xxv, chez saint Augustin, tome III : parce que, « eux, » dit-il, « furent engendrés d'une mère païenne (de Séphora la Madianite) durant le séjour (l'exil de Moïse) à l'étranger. » C'est pourquoi Josué lui succéda, lui qui était hébreu tant du côté maternel que paternel. Ajoutons : cette conduite du peuple hors d'Égypte était unique et extraordinaire, non héréditaire ; par le choix de Dieu, elle fut donc conférée à Moïse et à son serviteur Josué. Enfin, les descendants de Moïse furent dégénérés, Juges 18, 30.
Verset 21 : Éléazar consultera le Seigneur
21. Pour cet homme (pour Josué), s'il y a quelque chose à faire, Éléazar le prêtre consultera le Seigneur. -- En hébreu : Éléazar interrogera pour lui, par le jugement de l'Urim devant le Seigneur, c'est-à-dire : Éléazar le grand prêtre, revêtu de l'éphod et du pectoral sur lequel est inscrit l'Urim, se tenant ainsi dans ses ornements pontificaux et exerçant pour ainsi dire la fonction pontificale, interrogera le Seigneur sur les questions douteuses qui se présenteront à Josué, et sera ainsi instruit et éclairé par Lui sur toutes choses. Sur cet oracle de l'Urim, voir ce qui a été dit à Exode 28, 30.
À sa parole il sortira et entrera, lui et tous les enfants d'Israël. -- « Sa », à savoir de Josué, dit Abulensis. « Car ici, » dit-il, « Josué est placé au-dessus, parce qu'il était le prince séculier, directement au-dessus du grand prêtre, de sorte qu'Éléazar était tenu d'obéir à Josué en tout ce qu'il ordonnait, comme le reste du peuple ; et il en fut ainsi au temps de Moïse, car celui-ci n'était pas prêtre : Aaron cependant, parce qu'il était le grand prêtre, lui obéissait, parce que Moïse était le prince du peuple ; et il en fut ainsi dans l'Ancien Testament : les grands prêtres étaient sous les rois. Mais maintenant c'est le contraire, car toute puissance séculière obéit au Souverain Pontife, qui est parmi tous les hommes ecclésiastiques ce que le grand prêtre était parmi tous les prêtres et les lévites des Hébreux ; » ainsi parle Abulensis.
Mais que ce « sa » ne se rapporte pas à Josué, mais à Éléazar, cela ressort clairement de l'hébreu. Le sens est donc : « à sa parole, » c'est-à-dire selon son oracle, à savoir celui d'Éléazar, mentionné précédemment, « il entrera et sortira, » c'est-à-dire il fera tout ce qu'il y aura à faire, tant « lui-même », à savoir Josué, que « tous les enfants d'Israël. » Car bien que Dieu eût choisi Moïse par un privilège spécial comme Prophète, législateur et consécrateur des prêtres, de sorte qu'en Moïse résidaient les deux pouvoirs, à savoir le civil et le sacré ou sacerdotal, et cela par éminence et surintendance -- car Moïse était le prêtre suprême et pontife, mais extraordinaire ; il était en effet plus digne qu'Aaron, et devait même diriger Aaron : c'est pourquoi il est dit au Psaume 98 : « Moïse et Aaron parmi ses prêtres » -- néanmoins, par la suite, Dieu divisa ces pouvoirs, de sorte qu'Éléazar succéda à Moïse dans le sacerdoce, et Josué dans le commandement ; et alors Il dirigea Josué et les chefs civils par l'intermédiaire des pontifes, et leur ordonna de se conformer à l'oracle et à la décision des pontifes, pour signifier la puissance ecclésiastique de la loi nouvelle, qui surpasse la puissance civile et doit non rarement la diriger : et c'est pour cette raison que le roi Saül, parce qu'il fut désobéissant à Samuel le lévite et prophète, perdit et son royaume et sa vie.
Sur l'attribution des charges au mérite, non à la parenté
Que les princes et les prélats apprennent ici à conférer les charges et les bénéfices non pas aux fils et aux parents, mais aux plus dignes. Voici que Moïse résigna le commandement, sur l'ordre de Dieu, en faveur de Josué, issu d'une autre tribu, à savoir Éphraïm ; quant au pontificat, il ne le résigna pas en faveur de ses fils, dont il en avait deux, mais en faveur d'Aaron : et cela, « afin que nous apprenions, » dit saint Jérôme commentant le chapitre 1 de l'Épître à Tite, « que ces dignités ne doivent pas être conférées en raison du sang, mais de la vie. Or maintenant, » dit-il, « nous voyons beaucoup de gens faire de cette chose un sujet de patronage, de sorte qu'ils ne cherchent pas à élever comme colonnes dans l'Église ceux qu'ils savent être les plus utiles à l'Église, mais ceux qu'eux-mêmes aiment, ou dont les services les ont séduits, ou pour lesquels quelque personnage important a intercédé ; et -- pour taire les choses pires -- ceux qui ont obtenu la cléricature par des présents. » Origène a aussi pesé ce point, homélie 22 sur les Nombres : « Nulle acclamation du peuple, » dit-il, « nul regard pour la parenté ne fut pris en considération ici. Et certes, qu'est-ce d'autre que de diriger le pontificat vers l'enrichissement d'une famille, sinon profaner entièrement une chose si sacrée et si divine, et l'appliquer à un usage séculier, comme le fit ce Balthasar dans son banquet ? Sacrilège qu'il paya chèrement d'ailleurs, étant aussitôt dépouillé et du royaume et de la vie. »
Célestin V, comme le rapporte Alvarus, quand il apprit que le fils de son frère était venu à la curie, ordonna aussitôt de l'expulser ; et lorsque de nombreux cardinaux s'interposèrent comme intercesseurs, c'est à grand-peine et par de longues prières qu'ils obtinrent tout au plus qu'un bénéfice simple et modeste lui fût accordé ; l'ayant reçu, il fut immédiatement renvoyé chez lui. Ainsi Alvarus, livre II Du Deuil de l'Église, chapitre xv, et Hieronymus Platus, De la Dignité des Cardinaux, chapitre xxv.
Rien n'est plus illustre à cet égard que Clément IV, Souverain Pontife, qui, élu Pasteur de l'Église en l'an 1265, maintint merveilleusement cette même constance. Car il est rapporté qu'il avait deux filles issues d'un mariage légitime, et que pour l'une d'elles, afin qu'elle fût placée dans un monastère, il fit compter 30 livres tournois ; pour l'autre, afin qu'elle se mariât, trois cents, à condition qu'elle épousât un homme de condition égale. De plus, comme il avait un neveu auquel il n'avait lui-même jamais rien donné, mais un prélat de France, par faveur pour le Pontife, lui avait conféré trois canonicats ; lorsque beaucoup demandèrent ensuite qu'il honorât le neveu de quelque dignité, non seulement il ne put jamais être amené à le faire, mais il contraignit de lui-même le neveu à ne garder de ces trois bénéfices qu'un seul, celui qu'il préférait, et à résigner les autres. Ainsi Platus au même endroit.
Platina ajoute dans sa Vie de Clément IV que celui-ci répondit en ces termes aux amis qui intercédaient pour le neveu susmentionné : « J'obéirai à Dieu, non à la chair et au sang ; Dieu veut que ce qui est à Lui soit dispensé en des causes pieuses. Il n'est pas un digne successeur de Pierre, celui qui accorde plus à la parenté qu'à la piété et au Christ. » En outre, Onuphrius et Ciacconus, dans leur notice sur Clément IV, rapportent une lettre de Clément lui-même sur ce sujet à l'un de ses parents ; laquelle, parce qu'elle est rare et très digne de mémoire éternelle et d'imitation, il a paru bon de la reproduire ici ; elle se lit ainsi : « Tandis que beaucoup se réjouissent de notre promotion, nous sommes le seul à éprouver plus certainement l'immensité du fardeau, et c'est pourquoi ce qui donne de la joie aux autres nous procure crainte et tourment. Afin que vous sachiez comment vous devez vous conduire à cette nouvelle, nous voulons que vous sachiez que vous devez être plus humble que d'ordinaire. Car ce qui nous abaisse si grandement ne doit pas élever nos proches, surtout puisque l'honneur de ce siècle est passager et s'en va comme la rosée du matin ; et nous ne voulons pas que vous, ni votre frère, ni personne des nôtres ne vienne à nous sans notre ordre spécial, car, frustré dans son espérance, s'il présumait de venir autrement, il devrait repartir confus. Ne cherchez pas non plus un rang plus élevé pour le mariage de votre sœur à cause de nous, car vous ne nous trouveriez ni favorable ni aucunement secourable. Si cependant vous la fiancez au fils d'un simple chevalier, nous nous proposons de vous aider de trois cents livres tournois. Et si vous cherchez plus haut, n'espérez pas un denier de nous ; et nous voulons que cela reste très secret et ne soit connu que de vous et de votre mère. Sachez aussi que nous ne voulons qu'aucun homme ni aucune femme de notre sang s'enfle sous le prétexte de notre élévation ; mais nous voulons que tant Mobilia que Cécilia aient les maris qu'elles auraient si nous étions dans la simple cléricature. Visitez Sibylle et dites-lui de ne pas changer de résidence, mais de demeurer à Suse, et d'observer toute maturité et modestie de conduite, et de ne pas présumer de nous adresser des requêtes pour qui que ce soit. Car elles seraient inutiles à celui pour qui elles seraient faites, et nuisibles à ceux qui les présentent. Et si par hasard des présents lui étaient offerts par quelqu'un pour cette raison, qu'elle les refuse, si elle veut conserver notre faveur. Saluez notre mère et nos frères. Donné à Pérouse, en la fête des saintes Perpétue et Félicité. »
Bravo, Clément ! Par cet acte plus que par aucun marbre tu as rendu ton nom éternel ; le souvenir reconnaissant et saint de ta personne vivra à jamais ; nul siècle n'effacera ce décret qui est le tien ; les âges futurs diront cette gloire et cette renommée qui sont les tiennes ; la postérité louera ta sagesse ; les habitants du ciel célébreront ton intégrité devant Dieu et l'univers entier, en ce dernier et décisif jour du grand jugement, et ensuite pour toute l'éternité ; tandis que si tu avais consigné à des héritiers oublieux, bientôt voués à la mort et souvent ingrats, des biens qui n'étaient pas les tiens mais ceux du Christ, depuis longtemps tu giserais sans gloire et inconnu, enseveli avec les tiens dans un perpétuel oubli (sans parler de l'offense faite à Dieu et aux hommes) ! Car Dieu ne permet pas que les familles élevées et exaltées par les biens ecclésiastiques subsistent longtemps, comme l'enseigne une expérience fréquente. Dis donc ce que tu disais vivant et espérant, mais ce que maintenant, possédant et jouissant, tu dis : « Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice ; c'est Toi qui me restitueras mon héritage. »
Le pape Marcel, bien qu'il n'ait tenu le pontificat que très peu de jours, donna néanmoins en ce bref temps la preuve de la vertu qu'il avait sans nul doute résolu de maintenir par la suite. Car ce Pontife, une fois élu, ne permit à aucun des siens de venir à Rome, pas même à son frère Alexandre, dont il avait aussi deux fils qu'il élevait à Rome : il ne permit à personne de les saluer, leur fit rarement paraître en public, et à peine si ce n'était pour assister à la messe. Onuphrius rapporte également, lui qui était très proche de lui et connaissait ses plus intimes desseins, que c'était son intention délibérée et arrêtée de ne donner à son frère et à ses enfants que ce qui conviendrait à un gentilhomme né en ce lieu ; mais non pas qu'ils s'élevassent au-delà d'une condition privée, ni qu'ils fussent promus à aucune dignité. Bien plus, il avait résolu de ne pas donner un seul denier des fruits de l'Église, sauf par le jugement de tous les cardinaux. Ainsi Platus, De la Dignité des Cardinaux, chapitre xxv.
Il y eut aussi, presque de notre temps, le fait mémorable d'Adrien VI, dont on rapporte qu'il fut si modéré envers tous ses parents que certains le trouvèrent même trop sévère. Car le fils de son cousin, étudiant en lettres à l'université de Sienne, étant venu à Rome sans y être invité, il le fit aussitôt placer sur un cheval de louage et renvoyer ; et d'autres proches, liés à lui par une parenté assez étroite, qui étaient accourus d'Allemagne vers lui, après avoir donné à chacun un manteau de laine et une modeste somme pour le voyage, il leur ordonna de même de retourner à pied, comme ils étaient venus. Ainsi le même auteur, au même endroit.
Saint Richard, évêque de Chichester, ne voulut en aucune façon admettre ses parents aux bénéfices ecclésiastiques, bien qu'ils fussent mûrs et qualifiés, sachant que le Prince des pasteurs, notre Seigneur Jésus-Christ, avait remis les clés du royaume des cieux non pas au bienheureux Jean l'Évangéliste, son parent, mais au bienheureux Pierre, qui ne lui était aucunement lié par le sang. Ainsi le rapporte sa Vie, dans Surius, 3 avril.
Oh, pour combien de gens aujourd'hui les bénéfices sont en réalité des maléfices ! Combien avalent les charges comme des bouchées empoisonnées ! Car ceux qui les confèrent à des parents ou amis ignorants, impurs, vicieux et indignes ne leur dispensent pas des bénéfices mais des poisons, par lesquels ils tuent leur propre âme et celle de leur famille, et les envoient en enfer. Ces hommes jouent avec le patrimoine du Christ et de la chose publique comme s'il s'agissait de leur propre héritage ancestral, et ils ne considèrent pas qu'ils n'en sont que les dispensateurs, non les maîtres ; ils ne considèrent pas avec quelle rigueur le Christ leur demandera compte de cette dispensation qui leur a été confiée ; ils ne considèrent pas qu'eux, en tant que pasteurs, doivent nourrir toute l'Église de Dieu, et non tel ou tel parent au prix de tant de dommage pour le grand nombre et pour le bien commun. Malheur aux prélats, malheur aux princes !
Verset 23 : Il transmit
23. Il répéta -- il rapporta, il raconta : l'hébreu porte : il commanda.