Cornelius a Lapide
Table des matières
Synopsis du chapitre
Les 42 campements des Hébreux dans le désert sont recensés. J'avais envisagé de les faire, ainsi que plusieurs autres choses, graver sur cuivre et imprimer ici, mais j'ai jugé préférable de m'en abstenir, de peur que le prix du livre n'augmente trop. Que le lecteur consulte les tables d'Adrichomius.
Texte de la Vulgate : Nombres 33, 1-56
1. Voici les campements des enfants d'Israël, qui sortirent d'Égypte en leurs troupes, sous la conduite de Moïse et d'Aaron, 2. que Moïse décrivit selon les lieux de leurs campements, qu'ils changeaient sur l'ordre du Seigneur. 3. Partant donc de Ramsès le premier mois, le quinzième jour du premier mois, le lendemain de la Pâque, les enfants d'Israël sortirent d'une main puissante, à la vue de tous les Égyptiens, 4. qui ensevelissaient leurs premiers-nés que le Seigneur avait frappés (car il avait aussi exercé sa vengeance sur leurs dieux), 5. et ils campèrent à Soccoth. 6. Et de Soccoth ils vinrent à Étham, qui est à l'extrémité du désert. 7. Partant de là, ils vinrent en face de Phihahiroth, qui fait face à Béelséphon, et ils campèrent devant Magdal. 8. Et partant de Phihahiroth, ils passèrent au milieu de la mer vers le désert ; et marchant trois jours à travers le désert d'Étham, ils campèrent à Mara. 9. Et partant de Mara, ils vinrent à Élim, où il y avait douze sources d'eau et soixante-dix palmiers ; et ils campèrent là. 10. Et partant de là, ils dressèrent leurs tentes près de la mer Rouge. Et partant de la mer Rouge, 11. ils campèrent dans le désert de Sin. 12. Partant de là, ils vinrent à Daphca. 13. Et partant de Daphca, ils campèrent à Alus. 14. Et quittant Alus, ils dressèrent leurs tentes à Raphidim, où le peuple manqua d'eau à boire. 15. Et partant de Raphidim, ils campèrent dans le désert du Sinaï. 16. Et quittant le désert du Sinaï, ils vinrent aux Sépulcres de la Concupiscence. 17. Et partant des Sépulcres de la Concupiscence, ils campèrent à Haséroth. 18. Et de Haséroth ils vinrent à Rethma. 19. Et partant de Rethma, ils campèrent à Remmon-Pharès. 20. Partant de là, ils vinrent à Lebna. 21. De Lebna, ils campèrent à Ressa. 22. Et quittant Ressa, ils vinrent à Céélatha. 23. Partant de là, ils campèrent au mont Sépher. 24. Quittant le mont Sépher, ils vinrent à Arada. 25. Partant de là, ils campèrent à Macéloth. 26. Et partant de Macéloth, ils vinrent à Thahath. 27. De Thahath, ils campèrent à Tharé. 28. Partant de là, ils dressèrent leurs tentes à Methca. 29. Et de Methca, ils campèrent à Hesmona. 30. Et partant d'Hesmona, ils vinrent à Moséroth. 31. Et de Moséroth, ils campèrent à Béné-Jaacan. 32. Et partant de Béné-Jaacan, ils vinrent au mont Gadgad. 33. Partant de là, ils campèrent à Jétébatha. 34. Et de Jétébatha, ils vinrent à Hébrona. 35. Et quittant Hébrona, ils campèrent à Asion-Gaber. 36. Partant de là, ils vinrent au désert de Sin, qui est Cadès. 37. Et quittant Cadès, ils campèrent au mont Hor, aux confins de la terre d'Édom. 38. Et Aaron le prêtre monta sur le mont Hor sur l'ordre du Seigneur ; et il y mourut la quarantième année de la sortie des enfants d'Israël d'Égypte, le cinquième mois, le premier jour du mois, 39. alors qu'il avait cent vingt-trois ans. 40. Et le roi cananéen d'Arad, qui habitait au midi, apprit que les enfants d'Israël étaient venus dans la terre de Canaan. 41. Et partant du mont Hor, ils campèrent à Salmona. 42. Partant de là, ils vinrent à Phunon. 43. Et partant de Phunon, ils campèrent à Oboth. 44. Et d'Oboth, ils vinrent à Jé-Abarim, qui est aux confins des Moabites. 45. Et partant de Jé-Abarim, ils dressèrent leurs tentes à Dibon-Gad. 46. Partant de là, ils campèrent à Helmon-Deblathaïm. 47. Et quittant Helmon-Deblathaïm, ils vinrent aux monts Abarim, en face de Nébo. 48. Et partant des monts Abarim, ils passèrent dans les plaines de Moab, au-dessus du Jourdain en face de Jéricho. 49. Et là ils campèrent, de Beth-Jésimoth à Abel-Sittim, dans les lieux plus plats des Moabites, 50. où le Seigneur parla à Moïse : 51. Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : Lorsque vous aurez traversé le Jourdain, entrant dans la terre de Canaan, 52. faites périr tous les habitants de cette terre ; brisez leurs stèles et fracassez leurs statues, et dévastez tous les hauts lieux, 53. purifiant la terre et l'habitant ; car je vous l'ai donnée en possession, 54. que vous partagerez entre vous par le sort. Aux plus nombreux vous donnerez une part plus large, et aux moins nombreux une part plus étroite. À chacun selon ce que le sort aura décidé, ainsi sera attribué l'héritage. La possession sera répartie par tribus et par familles ; 55. mais si vous ne voulez pas tuer les habitants de la terre, ceux qui resteront seront pour vous comme des épines dans vos yeux et des lances dans vos flancs, et ils vous seront hostiles dans la terre de votre habitation : 56. et tout ce que j'avais projeté de leur faire, je vous le ferai.
Tropologie : Les 42 stations comme jours du Carême
Tropologiquement, de même que les Hébreux se rendaient en Canaan par 42 campements, ou stations, de même les chrétiens, par les 40 jours de jeûne, tendent vers la résurrection ; de là il advint que ces jours de jeûne furent appelés Stations par les Pères, tant parce qu'en ces jours les chrétiens priaient et veillaient debout, cheminant pour ainsi dire à travers les nations vers la terre promise dans les cieux, que parce que ces jours de station étaient représentés par les 42 stations des Hébreux dans le désert, comme je l'ai montré d'après saint Ambroise, Tertullien et d'autres, à la fin d'Exode XXIV. Cet abbé dans les Vies des Pères, livre VII, chapitre XXVIII, a dit sagement : « Que l'homme peine jusqu'à ce qu'il possède le Christ. En outre, se remémorant la tribulation de sa peine, qu'il se garde de tout côté, craignant de perdre de si grands labeurs. Car Dieu aussi a conduit les enfants d'Israël à travers le désert pendant quarante ans pour cette raison : que, se remémorant la tribulation du voyage, ils ne veuillent pas retourner en arrière. »
Verset 1 : Par la main de Moïse et d'Aaron
1. « Par la main de Moïse et d'Aaron » — par Moïse et Aaron, ou sous la conduite de Moïse et d'Aaron : car l'hébreu « dans la main » signifie une cause instrumentale, et a la même valeur que « par ».
Verset 3 : Le lendemain de la Pâque
3. LE LENDEMAIN DE LA PÂQUE — le lendemain de l'immolation de l'agneau, le 14e jour de la lune vers le soir, c'est-à-dire le 15e jour de la lune, ou jour du premier mois ; car c'est ce 15e jour qu'ils sortirent d'Égypte.
D'UNE MAIN PUISSANTE — avec une grande puissance, force et terreur pour les Égyptiens, c'est-à-dire qu'ils sortirent puissamment, vaillamment et glorieusement, puisque les Égyptiens étaient déjà prosternés par tant de plaies et par le massacre des premiers-nés ; c'est pourquoi ils n'osèrent plus empêcher la sortie des Hébreux ni les retenir. Ici le Chaldéen traduit : Ils sortirent ouvertement, à la vue de tous les Égyptiens.
Verset 4 : Il avait exercé sa vengeance sur leurs dieux
4. CAR IL AVAIT AUSSI EXERCÉ SA VENGEANCE SUR LEURS DIEUX — parce que, à savoir, dans la même nuit où les Hébreux partirent, Dieu renversa les idoles d'Égypte, comme je l'ai dit à Exode XII, 12, comme pour dire : C'est pourquoi les Hébreux sortirent d'une main puissante, à la vue de tous les Égyptiens, parce que le Seigneur les avait terrifiés par le massacre non seulement des premiers-nés, mais aussi de leurs propres idoles.
Verset 8 : Le désert d'Étham
8. « Marchant à travers le désert d'Étham. » — Le désert d'Étham était donc vaste, des deux côtés de la mer Rouge, comme je l'ai dit à Exode XIV, 21 et 29. C'est pourquoi Abulensis conjecture à tort, d'après ces paroles, que les Hébreux n'ont pas traversé mais contourné la mer Rouge, de sorte qu'ils seraient demeurés continuellement dans le même désert d'Étham.
Verset 40 : Le roi cananéen d'Arad
40. ET LE ROI CANANÉEN D'ARAD APPRIT, etc., QUE LES ENFANTS D'ISRAËL ÉTAIENT VENUS DANS LA TERRE DE CANAAN. — « Étaient venus », c'est-à-dire approchaient (car le mot « étaient venus » signifie une action commencée, non achevée), pour l'envahir ; sous-entendu : c'est pourquoi il voulut les empêcher et les provoqua à la guerre, mais fut vaincu et tué par eux, comme il a été dit au début du chapitre XXI.
En second lieu, plus clairement, l'hébreu, le chaldéen, les Septante, Vatablus et d'autres joignent « en Canaan » à ce qui précède, et traduisent : « et le roi d'Arad apprit, habitant au midi en Canaan », c'est-à-dire de Canaan ; car il n'habitait pas dans Canaan même, mais en dehors, et il se trouvait au midi de celle-ci, tout comme Amalec, comme il ressort du chapitre XIV, verset 43, et de 1 Rois XXX, 1. Car l'hébreu beth, c'est-à-dire « en », fonctionne souvent comme un génitif, et selon ce sens notre version latine semble devoir être comprise, et il faut lire avec Abulensis : Arad qui habitait au midi dans la terre (non « vers la terre ») de Canaan, c'est-à-dire qui habitait au midi de la terre de Canaan elle-même, dit Abulensis.
Verset 49 : De Beth-Jésimoth à Abel-Sittim
49. ET LÀ ILS CAMPÈRENT, DE BETH-JÉSIMOTH À ABEL-SITTIM — non pas comme si le camp des Hébreux s'étendait de Beth-Jésimoth à Abel-Sittim, sur douze milles, comme le prétend Rabbi Salomon : car alors il n'y aurait pas 42 mais 41 campements. Le sens est donc, comme pour dire : Les Hébreux établirent d'abord leur camp à Beth-Jésimoth, puis à Abel-Sittim, où fut le 42e et dernier campement. Ainsi Abulensis.
Verset 52 : Brisez leurs stèles
52. « Brisez leurs stèles » — en hébreu, « brisez leurs gravures ou images » (des Cananéens), par lesquelles ils représentent leurs dieux et les adorent : car il interdit ici l'idolâtrie ; voir ce qui a été dit à Lévitique XXVI, 1.
DÉVASTEZ LES HAUTS LIEUX (à savoir les autels et les chapelles dans les lieux élevés, consacrés aux idoles).
Verset 55 : Des épines dans vos yeux et des lances dans vos flancs
55. MAIS SI VOUS NE VOULEZ PAS TUER LES HABITANTS DE LA TERRE, etc., ILS SERONT POUR VOUS COMME DES ÉPINES DANS VOS YEUX ET DES LANCES DANS VOS FLANCS — comme pour dire : Les Cananéens, si vous les épargnez, vous piqueront comme des épines et des lances, et vous tourmenteront et vous déchireront par des guerres. Telle fut l'une des raisons pour lesquelles Dieu ordonna que tous les Cananéens fussent entièrement détruits ; il y en avait aussi une seconde, à savoir l'impiété de ces nations ; et une troisième, à savoir qu'ils ne fussent pas un scandale pour les Hébreux et ne les souillassent pas de leurs idoles et de leurs vices. C'est pourquoi les Hébreux péchèrent lorsque, avec le temps, prenant le dessus sur les Cananéens, ils ne les détruisirent pas entièrement, mais par paresse, ou par pitié, ou par espoir de tribut, ou pour quelque autre cause semblable, les épargnèrent, d'où ensuite ils ne purent être exterminés par eux : mais Dieu tourna cela en bien, à savoir pour que ces nations fussent une sorte de fléau pour les Juifs chaque fois qu'ils se détournaient vers les idoles, comme il ressort de Juges II, 22 ; et pour que les Hébreux eussent un exercice militaire continuel avec eux et ne s'amollissent pas dans l'oisiveté, comme il ressort de Juges III, 1. C'est pour cette raison que Scipion jugea que Carthage, rivale de Rome, ne devait pas être détruite, afin qu'elle servît de pierre à aiguiser pour la jeunesse romaine.
Interprétation mystique de saint Jérôme sur les 42 stations
Mystiquement, saint Jérôme dit : Ces 42 campements, par lesquels les Hébreux cheminèrent vers Canaan, signifient 42 voies par lesquelles les fidèles cheminent vers le ciel. La première est Ramsès, c'est-à-dire « tonnerre de joie », par lequel, c'est-à-dire par le tonnerre — la prédication — des Apôtres et d'autres, les infidèles et les impies furent convertis au Christ et se réjouirent donc ; la deuxième est Soccoth, c'est-à-dire « tabernacles » : parce que dans cette vie, en pèlerins, nous célébrons une fête continuelle des tabernacles et nous nous dirigeons vers le ciel comme vers notre patrie ; la troisième est Étham, c'est-à-dire « force » : parce que toutes les choses difficiles et adverses doivent être bravement surmontées sur cette voie ardue ; la quatrième est Phihahiroth, c'est-à-dire « bouche du noble », afin que, comme des personnes nobles et généreuses, nous louions Dieu de notre bouche dans l'adversité ; la cinquième est Mara, c'est-à-dire « amertume », à savoir de la pénitence ; la sixième est Élim, c'est-à-dire « béliers », à savoir les Apôtres et les semblables : car nous devons les suivre comme des guides ; la septième est à la mer Rouge, parce que c'est à travers les flots et les bouleversements de ce monde, et même à travers le martyre, qu'il faut cheminer vers le ciel ; la huitième est Sin, c'est-à-dire « haine », parce que les fidèles doivent endurer une grande haine et de grandes persécutions tant du diable que du monde ; la neuvième est Daphca, c'est-à-dire « frapper à la porte », à savoir la prière, dont le Christ dit : « Frappez, et l'on vous ouvrira » ; la dixième est Alus, c'est-à-dire « levain », à savoir de l'Évangile, qu'une femme, le prenant, mêla à trois mesures de farine jusqu'à ce que le tout fût levé ; la onzième est Raphidim, c'est-à-dire « affaiblissement des forts » : car là, tandis que Moïse priait, Josué terrassa Amalec ; la douzième est le Sinaï, c'est-à-dire « buisson », c'est-à-dire l'âpreté de la vie dans laquelle Dieu apparaît et communique sa loi et sa volonté à l'âme.
La treizième est les Sépulcres de la Concupiscence, dans lesquels la gourmandise et les gourmands sont ensevelis ; la quatorzième est Haséroth, c'est-à-dire « cour », à savoir le vestibule des vertus, pour montrer que ceux qui sont tombés par la gourmandise peuvent se relever, et que ceux qui sont debout peuvent tomber : car à Haséroth, Marie, murmurant contre Moïse, fut frappée de lèpre puis guérie ; la quinzième est Rethma, c'est-à-dire « son » ou « genévrier », qui conserve le feu longtemps, de sorte que si des braises sont couvertes de sa cendre, elles durent jusqu'à un an : afin que nous soyons fervents en esprit et que nous proclamions l'Évangile du Seigneur d'une voix claire et forte ; la seizième est Remmon-Pharès, c'est-à-dire « division de la grenade » : parce que la multitude des croyants n'a qu'un seul cœur et qu'une seule âme : car en elle il y a variété et harmonie des vertus ; la dix-septième est Lebna, c'est-à-dire « briques », que le peuple fabriquant en Égypte gémissait : parce que dans cette vie nous croissons tantôt et décroissons tantôt, et après l'Ordre ecclésiastique, nous passons parfois au travail de fabrication des briques ; la dix-huitième est Ressa, c'est-à-dire « frein » : car si après avoir progressé nous redescendons aux ouvrages d'argile, il faut nous brider, et notre course vagabonde et effrénée doit être dirigée par les rênes de l'Écriture ; la dix-neuvième est Céélatha, c'est-à-dire « Église » : parce que les pas errants de ceux qui courent sont ramenés par des freins à l'Église, afin qu'ils se hâtent d'entrer par les portes qu'ils avaient auparavant abandonnées ; la vingtième est Sépher, c'est-à-dire « beauté ». Voyez ce que les freins accomplissent : ils nous retirent des vices et nous introduisent dans les chœurs des vertus, pour nous faire habiter dans le Christ, la plus belle des montagnes.
De là, à la vingt-et-unième, nous venons à Arada, c'est-à-dire « stupeur et émerveillement » : parce que nous sommes stupéfaits et émerveillés par la grâce et les vertus du Christ, de sorte que notre parole est surpassée par ses louanges ; la vingt-deuxième est Macéloth, c'est-à-dire « assemblées », dont il est dit : « Voici qu'il est bon, qu'il est agréable pour des frères d'habiter ensemble dans l'unité ! » La vingt-troisième est Thahath, c'est-à-dire « crainte », dont l'Apôtre dit : « Ne t'élève point par l'orgueil, mais crains : car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles. » La vingt-quatrième est Tharé, nom que portait le père d'Abraham, lequel, dans le livre apocryphe de la Genèse, ayant chassé les corbeaux qui ravageaient les moissons des hommes, reçut le nom de « chasseur » ou « repousseur » : ainsi imitons-nous aussi Tharé, et empêchons-nous avec diligence les oiseaux du ciel qui se hâtent de dévorer le blé semé au bord du chemin. La vingt-cinquième est Methca, c'est-à-dire « douceur », cette douceur dont le Psalmiste dit : « Que vos paroles sont douces à mon palais : plus douces que le miel et le rayon de miel à ma bouche ! » La vingt-sixième est Hesmona, c'est-à-dire « hâte », par laquelle, nous hâtant vers ce qui est devant nous, nous oublions ce qui est passé et nous nous tendons vers l'avenir. La vingt-septième est Moséroth, c'est-à-dire « liens » ou « discipline », dont il est dit en Isaïe chapitre LIV : « Des hommes de haute stature viendront à toi et seront tiens ; ils marcheront derrière toi, liés par des chaînes. » Nous demeurons dans ces liens tandis que d'un pas empressé nous nous rendons chez les maîtres et usons leurs seuils, pour nous occuper des préceptes des vertus et des mystères de l'Écriture. La vingt-huitième est Béné-Jaacan, c'est-à-dire « fils de la nécessité » ou « du grincement », lesquels, par la crainte du châtiment et de la géhenne, abandonnant le diable, se hâtent de renaître dans le Christ ; dont tu peux dire avec Sion : « Moi, stérile, je n'enfantais pas, etc. Et ceux-ci, où étaient-ils ? » Isaïe XLIX. La vingt-neuvième est le mont Gadgad, c'est-à-dire « expédition » ou plutôt « tranchement », à savoir que nous ne devons pas retenir notre épée du sang, comme dit le Prophète, Jérémie XLVIII : « Maudit celui qui fait l'œuvre du Seigneur avec fraude, et maudit celui qui retient son épée du sang », à savoir de dévorer les chairs, c'est-à-dire de mettre à mort les vices de la chair.
La trentième est Jétébatha, c'est-à-dire « bonté », afin que, parvenus à l'homme parfait, au rang sacerdotal, nous imitions Celui qui a dit : « Je suis le bon pasteur ; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » La trente-et-unième est Hébrona, c'est-à-dire « passage » ou « traversée », afin que nous recueillions des exemples de l'Écriture qui nous enseignent que nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais que nous devons passer vers un tel lieu, d'un tabernacle admirable, jusqu'à la maison de Dieu. La trente-deuxième est Asion-Gaber, c'est-à-dire « bûches d'homme », ce que nous sommes dans la main de notre artisan Dieu, qui fabrique des vases divers nécessaires dans une grande maison. La trente-troisième est Cadès, c'est-à-dire « sainte », par antiphrase, parce qu'ici Moïse et Aaron offensent le Seigneur aux eaux de la contradiction et il leur est interdit d'entrer en Canaan : car là où il y a un commandement, il y a aussi péché ; là où il y a péché, il y a offense ; là où il y a offense, il y a mort : afin que nous nous souvenions pareillement que nous sommes tous condamnés à mort à cause du péché. La trente-quatrième est le mont Hor : ici Aaron meurt sur le mont Hor, c'est-à-dire « de la montagne », à savoir dans l'élévation du rang et de la vertu. La trente-cinquième est Salmona, c'est-à-dire « petite image », à savoir du serpent d'airain, c'est-à-dire du Christ crucifié, que nous devons contempler sans cesse. De même, Salmona signifie « ombre » : « Car maintenant nous voyons comme dans un miroir, en énigme. » La trente-sixième est Phunon, c'est-à-dire « bouche de la bouche » : « Car c'est par le cœur que l'on croit pour la justice, et c'est par la bouche que l'on confesse pour le salut. » La trente-septième est Oboth, c'est-à-dire « mages et devins », tels que ceux qui combattirent contre Moïse et Aaron : afin que nous sachions que nous habitons parmi les scorpions et que néanmoins nous devons vaincre leur venin. La trente-huitième est Jé-Abarim, c'est-à-dire « amas de pierres de ceux qui passent », dont Zacharie dit, chapitre IX : « Les pierres saintes roulent sur la terre. » Ce sont ceux qui vont de vertu en vertu. Il y a aussi d'autres pierres que Jérémie, au chapitre L, ordonne d'ôter du chemin, de peur qu'elles ne heurtent les pieds de ceux qui marchent à travers ce monde et se hâtent de passer à d'autres campements. La trente-neuvième est Dibon-Gad, c'est-à-dire « tentation bravement comprise », par laquelle nous comprenons que nous ne devons pas nous élever dans l'orgueil : car avant la ruine le cœur s'élève, et avant la gloire il s'humilie. La quarantième est Helmon-Deblathaïm, c'est-à-dire « dans le mépris des blessures » ou « des opprobres » : par quoi nous apprenons que toutes les douceurs et les attraits des plaisirs en ce monde doivent être méprisés, et que nous ne devons pas nous enivrer de vin, dans lequel sont les opprobres de la luxure. La quarante-et-unième ce sont les monts Abarim, en face de Nébo. Abarim signifie « ceux qui passent » : parce que les saints, bien qu'ils soient sur les montagnes de la vertu, doivent néanmoins toujours monter plus haut vers le ciel. Nébo signifie « conclusion » : là meurt Moïse, c'est-à-dire que la Loi prend fin, et sa mémoire ne se retrouve plus, afin que succède la grâce de l'Évangile, qui s'étend sans aucune fin : « Car leur voix a retenti par toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux extrémités du monde. » La quarante-deuxième et dernière est Abel-Sittim, c'est-à-dire « deuil des épines », afin que nous apprenions à la fin de la vie à pleurer avec saint Augustin les péchés anciens et récents, et à ne pas quitter cette vie sans pénitence, afin que nous disions avec le Psalmiste, Psaume XXXI : « Je me suis retourné dans ma misère, tandis que l'épine s'enfonçait. » Car à Abel-Sittim les Hébreux furent massacrés à cause du culte de Baal-Péor ; de même les Madianites et Balaam. De plus, c'est ici que furent accomplis et dits tout ce que Moïse écrivit depuis ce chapitre jusqu'à la fin du Deutéronome.
Ainsi saint Jérôme explique ces 42 campements, dans son traité Des 42 Campements, adressé à Fabiola, et après lui Rupert. D'une manière mystique à peu près semblable, le bienheureux Pierre Damien explique ces 42 campements, livre II, épître 7, à Hildebrand.
Du devoir de progresser continuellement dans la vertu
Apprenez d'ici que les fidèles doivent progresser dans la vertu tout au long de leur vie, et ainsi cheminer vers la terre promise dans les cieux. Car, comme le dit saint Bernard : « Progresser, c'est une sorte de cheminement. » Et comme le dit le Psalmiste, Psaume LXXXIII : « Ils iront de vertu en vertu. » Et : « Bienheureux l'homme dont le secours vient de vous ; il a disposé des montées dans son cœur. » Sur ces paroles saint Jérôme écrit ainsi : « Il a disposé des montées dans son cœur, quiconque est saint et chaque jour s'étend vers ce qui est devant lui et oublie ce qui est passé. C'est pourquoi il y a aussi dans le psautier quinze psaumes graduels, et le premier dit : Vers le Seigneur, lorsque j'étais dans la tribulation, j'ai crié. Et dans le deuxième : J'ai levé mes yeux vers les montagnes, d'où me viendra le secours. Et dans le troisième : Je me suis réjoui de ce qui m'a été dit ; et toujours il avance, progresse et monte vers les choses plus élevées. Ce qu'il dit est ceci : Il a disposé des montées dans son cœur. C'est celui qui chaque jour progresse, qui ne considère pas ce qu'il a fait hier, mais ce qu'il doit faire aujourd'hui pour avancer. Le saint dispose des montées dans son cœur, le pécheur des descentes. De même que celui qui est saint avance chaque jour, de même celui qui est pécheur décline chaque jour. »
C'est pourquoi Salomon, dans ses Proverbes, décrit ainsi le juste : « Mais le sentier des justes est comme une lumière resplendissante qui croît et grandit jusqu'au jour parfait. » La première raison en est que tous sont tenus d'aspirer à la perfection de la vie chrétienne, et donc de progresser chaque jour en elle. Car tel est le décret du Christ, Matthieu V, 48 : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Et chapitre XXII, 27 : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, etc., et ton prochain comme toi-même. » D'où saint Augustin, livre I du De la Doctrine chrétienne, chapitre XXII : « L'homme est alors le meilleur, dit-il, lorsque tout au long de sa vie il chemine vers la vie immuable et s'y attache de toute son affection. »
La deuxième raison est que tant que nous vivons en cette vie, nous sommes à l'école : donc, en véritables disciples du Christ, nous devons progresser chaque jour en elle. D'où saint Bernard, épître 141 : « Ainsi, je vous en prie, ainsi faites, très chers. Car un disciple qui progresse est la gloire de son maître. Quiconque ne progresse pas à l'école du Christ est indigne de son enseignement. »
La troisième raison est que « la vraie vertu », comme parle le même saint dans son épître à l'abbé Guarin, épître 243, « ne connaît pas de fin, n'est pas bornée par le temps. D'où cette parole : La charité ne périt jamais, 1 Cor. XIII, 8. Et de même : La patience des pauvres ne périra pas pour toujours, Psaume IX, 19. Et : La sainte crainte du Seigneur demeure pour les siècles des siècles, Psaume XVIII, 10. Le juste ne considère jamais qu'il a atteint le but, Philippiens III, 13 ; il ne dit jamais : C'est assez ; mais il a toujours faim et soif de justice ; de sorte que s'il devait vivre toujours, il s'efforcerait toujours, autant qu'il est en lui, d'être plus juste, et s'appliquerait toujours de toutes ses forces à progresser de bien en mieux. Car il ne se consacre pas au service divin pour un an ou pour un temps, à la manière d'un mercenaire, mais pour l'éternité. Écoute enfin la voix du juste : Je n'oublierai jamais tes justifications, car par elles tu m'as donné la vie, Psaume CXVIII, 93. Et encore : J'ai incliné mon cœur à accomplir tes justifications pour toujours, Psaume CXVIII, 112 ; non donc pour un temps. Par conséquent, sa justice ne dure pas quelque temps, mais pour les siècles des siècles. C'est pourquoi la faim éternelle du juste mérite un éternel rassasiement. Et bien qu'il soit consommé en peu de temps, il est néanmoins jugé avoir rempli de nombreuses années, Sagesse IV, 13, en raison de la perpétuité de sa vertu. »
Il prouve ensuite la même chose par le contraire, lorsqu'il dit : « Par quelle raison la brièveté du temps pour les bons pourrait-elle porter préjudice à leur dévotion perpétuelle, alors qu'elle ne suffit pas à excuser la malice obstinée des réprouvés ? C'est pourquoi, sans aucun doute, le mal d'un esprit inflexible et obstiné est puni éternellement, bien qu'il ait été perpétré temporellement, parce que ce qui fut bref dans le temps ou dans l'acte se révèle être long dans sa volonté persistante », de sorte que s'il ne mourait jamais, il ne voudrait jamais cesser de pécher : bien au contraire, il voudrait toujours vivre afin de pouvoir toujours pécher. C'est pourquoi on peut aussi dire de lui, par contraste : Il a été consommé en peu de temps et a rempli de nombreuses années, parce qu'il a mérité de recevoir l'équivalent de nombreuses, bien plus de toutes les années, lui qui en aucun temps n'a voulu changer d'intention. Ainsi parle Bernard.
La quatrième raison est que celui qui ne veut pas progresser, ou pense n'avoir pas besoin d'avancer davantage, commence à décliner. « Si longtemps que nous ayons vécu ici, dit saint Augustin sur le Psaume LXIX, si loin que nous ayons avancé ici, que personne ne dise : C'est assez pour moi, je suis juste ; celui qui a dit cela est resté en chemin, il n'a pas su arriver. Là où il a dit : C'est assez, là il s'est arrêté. Considère l'Apôtre pour qui ce n'était pas assez : et en effet, comme l'atteste l'Écriture, Il a passé en faisant le bien et en guérissant tous, Actes X, 38. Il a donc traversé, non pas sans fruit, non pas avec mollesse, non pas avec paresse, mais d'un bon pas, mais comme il est écrit de Lui : Il a exulté comme un géant pour courir la voie, Psaume XVIII, 7. Mais toi, tu t'es arrêté ; Lui dit qu'il n'est pas encore parfait, et toi tu te glorifies déjà de ta perfection ? Qu'ils soient confondus, ceux qui te disent : Bravo, bravo. » Et le Docteur au miel (Bernard, épître 341) : « Ne pas progresser, c'est sans aucun doute décliner. Que personne donc ne dise : C'est assez, je veux rester ainsi, il me suffit d'être comme hier et avant-hier. Celui qui en est là s'assied en chemin, il s'arrête sur l'échelle, où le Patriarche ne vit personne qui ne montât, Genèse XXVIII, 12. Je dis donc : Que celui qui croit être debout prenne garde de ne pas tomber, 1 Cor. X, 12. La voie est escarpée et étroite ; et ce n'est pas ici, mais dans la maison du Père qu'il y a de nombreuses demeures, Jean XIV, 2. »
La cinquième raison est que rien en ce monde ne demeure en repos : « Ô moine, dit le même abbé de Clairvaux, épître 253, tu ne veux pas progresser ? Veux-tu donc décliner ? Nullement ; quoi alors ? Voici comment je veux vivre, dit-il, et demeurer là où je suis parvenu ; je ne me permets pas de devenir pire, et je ne désire pas devenir meilleur. C'est donc ce que tu veux, ce qui ne peut être. Car qu'est-ce qui demeure en repos en ce monde ? Et certes, de l'homme il a été dit spécialement : Il fuit comme une ombre et ne demeure jamais dans le même état, Job chapitre XIV, 2. » Et ailleurs encore, épître 341 : « Que l'exemple même de la cupidité mondaine nous émeuve aussi. Car quel ambitieux avons-nous jamais vu content des dignités obtenues, sans aspirer à d'autres ? De même l'œil de tout curieux n'est pas rassasié de voir, ni l'oreille remplie d'entendre. Quoi, ceux qui servent l'avarice, ou sont amateurs de plaisirs, ou poursuivent les vaines louanges des hommes — leurs désirs insatiables ne nous convainquent-ils pas aussi de négligence et de tiédeur ? Ayons certainement honte d'être trouvés moins avides de biens spirituels. »
Or, nous procurons ce progrès, premièrement, par la grâce de Dieu et par notre vigoureuse coopération avec elle. Cette grâce doit être obtenue par les prières, afin que nous priions continuellement avec le Psalmiste : « Trace-moi, Seigneur, la voie de tes justifications, et je la rechercherai toujours. »
Deuxièmement, en nous proposant les exemples du Christ et des saints. D'où saint Bernard, épître 253 : « Lui-même, dit-il, l'auteur de l'homme et du monde, tant qu'il fut vu sur la terre et qu'il conversa avec les hommes — s'est-il arrêté ? Et en effet, comme l'atteste l'Écriture, Il a passé en faisant le bien et en guérissant tous, Actes X, 38. Il a donc traversé, non pas sans fruit, non pas avec mollesse, non pas avec paresse, mais d'un bon pas, mais comme il est écrit de Lui : Il a exulté comme un géant pour courir la voie, Psaume XVIII, 7. » « Mais une seule chose, oubliant ce qui est derrière moi et m'étendant vers ce qui est devant moi, selon mon intention je poursuis la course vers la palme de la vocation céleste. » Il court donc ; quiconque ne court pas pareillement lui-même ne rattrape pas celui qui court. Et quel profit y a-t-il à suivre le Christ si l'on ne parvient pas à le rejoindre ? C'est pourquoi Paul disait : Courez de manière à saisir le prix, Philippiens III, 8. Là, ô chrétien, fixe le but de ta course et de ton progrès, là où le Christ a fixé le sien. Il s'est fait, dit-il, obéissant jusqu'à la mort. Si loin que tu aies donc couru, si tu n'es pas parvenu jusqu'à la mort, tu ne saisis pas le prix.
Troisièmement, par un examen de conscience sérieux et fréquent. D'où saint Augustin, sermon 15 Sur les paroles de l'Apôtre : « Vous demandez, dit-il, qu'est-ce que marcher ? Je le dis brièvement : progresser, de peur que peut-être vous ne compreniez pas et ne marchiez plus paresseusement. Progressez, mes frères, examinez-vous sans tromperie, sans flatterie, sans complaisance. Car il n'y a personne en vous devant qui vous deviez rougir ou vous vanter. Il y en a Un en vous, mais Lui à qui l'humilité plaît — qu'il vous éprouve. Éprouvez-vous aussi vous-mêmes. Soyez toujours mécontent de ce que vous êtes, si vous voulez parvenir à ce que vous n'êtes pas encore. Car là où vous vous êtes complu en vous-même, là vous êtes resté. Mais si vous avez dit : C'est assez, alors vous avez péri : ajoutez toujours, marchez toujours, progressez toujours. Ne restez pas en chemin, ne revenez pas en arrière, ne vous égarez pas. Celui qui ne progresse pas reste ; celui qui retourne aux choses qu'il avait déjà quittées recule ; celui qui apostasie s'égare. Un boiteux qui avance sur le chemin marche mieux qu'un coureur hors du chemin. »